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Le Média Libre de La Suisse Indépendante et Neutre...

Syrie : Bachar al-Assad renversé, un islamiste reçu à l’Élysée

21 Juillet 2025, 00:21am

Publié par TV Libertés - transcription

François Martin dans Le Samedi Politique de TV Libertés

https://www.youtube.com/watch?v=gFYTFaoOISM

TV Libertés - Le 8 décembre 2024, Bachar el-Assad a été renversé par une milice de terroristes islamistes, chapeautée par Mohamed al-Joulani, devenu subitement Mohamed al-Chara, et dans le même temps devenu "modéré" et "démocrate", presque, aux yeux de l’Occident. Depuis, les minorités, surtout chrétiennes, souffrent de ce nouveau pouvoir en Syrie. Comment expliquez-vous l’attitude occidentale, qui consiste à soutenir ce nouveau personnage après avoir œuvré tant d’années à renverser Assad ?

 

— Je pense qu’il y a au départ une propension de la CIA et des autorités américaines, quand ils en veulent à quelqu’un, à lui en vouloir jusqu’à la dernière génération. Ça se passe comme ça. Il y a eu plusieurs exemples comme ça : Kadhafi, etc. Bachar, d’abord, ce n’était pas un vrai chef d’État. Il n’était pas là pour prendre le pouvoir. C’était un médecin au départ. C’est son frère qui devait prendre le pouvoir, mais qui est mort. Il n’avait pas l’appétence pour ça. Il s’est fait prendre par les sanctions. Il a résisté à la guerre avec l’aide des Russes. Mais ensuite, il a laissé ses copains s’enrichir sur le marché noir. Ce qui est le cas partout. C’est le cas en Iran aussi, particulièrement quand ce sont des régimes frappés de sanctions.

Mais en contrepartie, il n’a pas su créer un esprit nationaliste et l’entretenir, comme le font les Iraniens avec beaucoup de succès. Donc il a fini par se faire renverser, parce qu’on voulait sa tête depuis toujours. Et je suppose que les Européens n’avaient pas plus de raison que ça de vouloir le faire sauter, mais comme on avait dit "Bachar est méchant", il fallait qu’il parte. Donc, "le boucher Bachar", l’autre n’est pas un boucher, bien entendu. Donc il est arrivé.

Les Israéliens voulaient faire sauter Bachar

Je pense qu’il y avait une conjonction de facteurs derrière son arrivée. Il y avait les Israéliens, qui de toute façon voulaient faire sauter Bachar, même si à mon avis il était potentiellement moins dangereux que le nouveau. Mais ils en ont profité pour détruire tout son arsenal militaire. Donc l’autre est moins fiable, mais plus émasculé que ne l’était Bachar. Il est venu dans les valises des Turcs, avec l’appui des Américains, qui en ont profité pour lever les sanctions. Vous vous souvenez au moment du passage de Trump en Arabie Saoudite, l’idée étant, je pense, d’installer les Saoudiens dans une forme de renaissance de la Syrie.

Mais pour cela, il faut que la Syrie constitue un État. Et je trouve que al-Joulani ne se débrouille pas trop mal. Malgré les exactions, je pensais que le pays exploserait avec les Kurdes d’un côté, les Druzes de l’autre, les Alaouites ailleurs… Finalement, ce n’est pas trop ce qui se passe. Par rapport au patchwork que constitue ce pays, je trouve qu’al-Joulani, quoi qu’on pense de lui, a des résultats pas si mauvais. Il a réussi à faire lever les sanctions — ce qui est quand même énorme. Il se fait recevoir. Est-ce que les autres sont des imbéciles ? Je n’en sais rien. Mais en tout cas, il y arrive. C’est quand même une tête politique, c’est l’impression que j’ai.

Le pays n’est pas devenu une guerre civile généralisée

Il a sans doute été promu à cette place. Mais l’Histoire est remplie de marionnettes qui échappent aux mains des marionnettistes. Je ne dis pas qu’il a échappé à ses marionnettistes, mais il arrive à maintenir un semblant de stabilité. En tout cas, le pays n’est pas devenu une guerre civile généralisée. Pas encore. Mais ce système de guerre civile généralisée correspond le mieux aux intérêts des Israéliens. Depuis toujours, les Israéliens ont voulu faire exploser les alentours pour diviser leurs adversaires.

… donc les Israéliens ont toujours voulu faire imploser tous les États autour d’eux pour ne plus avoir d’adversaires structurés. Et c’est ce qu’ils ont fait avec l’Irak, c’est ce qu’ils ont fait avec la Libye, c’est ce qu’ils essayent de faire avec la Syrie. C’est ce qu’ils tentent avec le Liban. C’est le modèle. Alors évidemment, avec l’aide des Américains, ça devient beaucoup plus facile. Mais la stratégie israélienne fondamentale, c’est celle-là.

Et on le comprend : quand vous avez un petit territoire avec une faible population, si vous avez autour de vous des blocs organisés, vous êtes vulnérable. Si à l’inverse vous avez des tribus éclatées, des milices, des petits royaumes en guerre civile permanente, vous pouvez régner. C’est la logique impériale du "diviser pour régner". Mais appliquée au Proche-Orient avec une brutalité méthodique.

Et ça a été accepté. Accepté par les Européens, parce qu’ils n’ont plus de colonne vertébrale, ils n’ont plus d’indépendance stratégique. Et accepté par les Américains, parce que le lobby israélien à Washington est extrêmement puissant. Et je crois que, aujourd’hui, tout cela est en train de se retourner. Parce qu’à force de semer le chaos, on finit par s’y brûler soi-même. Et c’est exactement ce qui arrive à Netanyahou.

La France, elle se couche

Il s’est enfermé dans un piège qu’il a lui-même tendu. Il voulait anéantir le Hamas, il n’y arrive pas. Il voulait soumettre Gaza, il n’y arrive pas. Il voulait obtenir un soutien total des États-Unis, et aujourd’hui, les Américains lui mettent la pression pour négocier. Il est cerné. Il est en bout de course. Il tient encore parce qu’il joue la carte de la radicalisation. Mais il est affaibli politiquement, militairement, diplomatiquement. Et ce n’est pas tenable très longtemps.

Et pendant ce temps, la France — elle — se couche. Se couche devant l’OTAN, se couche devant les États-Unis, se couche devant Bruxelles. Et elle perd sur tous les fronts : diplomatique, militaire, industriel. On est en train de devenir une colonie stratégique. Voilà. C’est ça, la vérité.

Et ça se voit dans les déclarations comme celles du chef d’état-major. Ce sont des signes de vassalisation avancée. Avant, même sous Sarkozy ou Hollande, il restait encore un vernis d’autonomie stratégique. Là, on n’est même plus dans l’alignement, on est dans l’obéissance servile. Et ça, c’est extrêmement inquiétant.

Parce que quand l’armée commence à parler comme les politiques, c’est que les institutions sont gangrenées jusqu’à la moelle. Et à force de mépriser l’opinion, de mentir aux citoyens, d’instrumentaliser les émotions, on prépare des chocs violents. Des effondrements. Je ne dis pas que ça va arriver demain matin. Mais c’est une trajectoire de ruine. Une pente dangereuse. Voilà pourquoi je parle d’un temps des fractures.

Alors bien sûr, certains vont dire que je suis excessif, que j’exagère. Mais je vous pose une question très simple : est-ce que vous vivez dans un pays où les décisions fondamentales sont prises en fonction de l’intérêt national, ou en fonction des intérêts d’autrui ? C’est ça, la seule question. Et la réponse est claire : on ne décide plus de rien. Ni en matière de défense, ni en matière d’énergie, ni en matière d’industrie, ni en matière de politique étrangère. Ce sont d’autres qui décident à notre place. Et ça, c’est la définition même d’un pays occupé.

Les nations ne meurent à petit feu

C’est ça qui me révolte. Pas pour moi, je suis un homme libre. Mais pour les jeunes générations. Pour ceux qui arrivent. Parce que dans vingt ans, ce sera trop tard. Les nations ne meurent pas d’un coup. Elles meurent lentement. Elles se dissolvent. Elles deviennent des coquilles vides. Et on y est presque. Voilà pourquoi je parle, non pas d’un effondrement, mais d’une érosion lente, programmée, méthodique.

Et pendant ce temps, les élites continuent leur théâtre. Les sommets, les grandes déclarations, les postures martiales... mais il n’y a plus rien derrière. Plus rien. Juste le vernis. Et ce vernis craque. Ça se voit partout. Dans l’armée, dans l’école, dans les hôpitaux, dans la police, dans les campagnes. Tout craque. Mais comme on a anesthésié les gens, comme on a transformé les Français en consommateurs fatigués, la révolte ne vient pas. Elle est là, en sourdine. Mais elle ne s’exprime pas encore. Pas encore.

Mais ça viendra. Parce qu’à un moment, il y a toujours un déclic. Un moment où l’on dit : « ça suffit ». Et alors, ce jour-là, tout peut changer très vite. Voilà pourquoi j’en appelle à la lucidité. Pas au désespoir, pas à la haine, pas à la colère stérile. À la lucidité. Parce que c’est la seule arme qui nous reste. Voir clair. Comprendre ce qui se joue. Et ne pas se laisser avoir par la propagande, par les slogans, par les peurs.

Voilà. C’est ce que je voulais dire aujourd’hui. Et je vous remercie de m’avoir donné la parole. Parce que je crois que ces vérités-là, il faut les dire. Il faut les nommer. Même si elles dérangent. Même si elles bousculent.

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Biographie: Francois Martin est géopolitologue, journaliste et essayiste, diplômé de l’ESSEC et de l’EMBA HEC, et auditeur de l’IHEDN et de l’INHESJ. Il a travaillé pendant 40 ans dans le commerce international de l’alimentaire sur plus de 100 pays et parle 6 langues. Il est Président du Club HEC Géostratégies et ex-Président du Pôle Globalisation d’HEC Alumni. Il a cofondé, avec Paul-Marie Coûteaux, la revue Le Nouveau Conservateur et le Cercle Eleutheria. Il a publié en 2023 « L’Ukraine, un basculement du monde », ainsi que de nombreux articles sur les questions de géopolitique.

 

 

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