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Le Média Libre de La Suisse Indépendante et Neutre...

Sanctions contre Jacques Baud: Berne sort de son silence en murmurant... les réponses d’un petit État qui se couche avant même qu’on ne le pousse...

20 Décembre 2025, 15:10pm

Publié par Louis GIROUD

Selon un article paru dans Weltwoche (« Wir haben mit dem Herrn nichts zu tun: Nach EU-Sanktionen gegen Schweizer Generalstabsoberst Jacques Baud lässt Bundesbern seinen Bürger fallen wie eine heisse Kartoffel »), la Berne fédérale est sortie de sa tanière. Non pour protester, mais pour murmurer des réponses convenues d’une vacuité édifiante.

Sanctions contre Jacques Baud: Berne sort de son silence en murmurant... les réponses d’un petit État qui se couche avant même qu’on ne le pousse...

Département fédéral de la défense (DDPS), dirigé par Martin Pfister (Le Centre):
— «Il ne nous appartient pas de commenter les sanctions de l’UE.»
— «Nous n’avons rien à voir avec cet homme.»

 

Secrétariat d’État à l’économie (SECO), Département fédéral de l’économie, Guy Parmelin (UDC) :
— «Les autorités fédérales compétentes prennent en principe acte de ce type de décisions.»

Le SECO et le Département fédéral des affaires étrangères estiment que les sanctions constituent des «décisions relevant de l’État de droit».

 

Traduction: ce que fait Bruxelles est par définition fondé, légitime, incontestable. Le Bien a parlé.

 

Les Suisses aiment se raconter leur pays comme un îlot de droit, de démocratie, de sagesse, de sang-froid juridique, perdu dans un monde instable où les idéologies s’emballent. Tout cela relève désormais de la mythologie nationale. Car leur Suisse — non pas celle de leur cœur —, mais celle de ceux qui sont aux manettes, cette Suisse «violée» a capitulé. Sans bruit.

 

À l’heure où Bruxelles décide de frapper un citoyen suisse pour délit d’opinion déguisé en sanction morale, la gouvernance de la Confédération, loin de s’indigner, se défausse avec cette élégance administrative qui est la signature des lâchetés modernes. Face à un acte grave, inédit pour un citoyen suisse, les autorités fédérales ne trouvent rien de mieux à dire que: circulez, nous n’avons rien à voir avec cet homme. Rideau. Nettoyage terminé.

 

Petit traité de la lâcheté gouvernementale en régime soumis à une bureaucratie

La Suisse n’a pas abandonné Jacques Baud. Elle a fait plus subtil. Elle l’a recyclé. Transformé en déchet idéologique conforme aux normes européennes. Un citoyen devenu encombrant, puis discrètement jeté, avec ce sourire poli, impeccable, caractéristique des sociétés arrivées au stade ultime de la moraline bureaucratique.

 

Il faut admirer la mécanique. Bruxelles frappe. Berne acquiesce. Et la Confédération, jadis obsédée par la souveraineté, découvre soudain qu’elle n’a «rien à voir avec cet homme». Rien. Ni devoir. Ni solidarité. Ni réflexe. Le citoyen suisse devient un usufruit conditionnel: valable tant qu’il pense correctement.

 

Le plus exquis reste le ton. Ce ton administratif, glacial, aseptisé, qui ne dit jamais «nous avons peur», mais toujours «nous prenons acte». Prendre acte: formule magique. Elle permet de se laver les mains tout en gardant les gants. Elle dit: ce n’est pas nous, c’est le processus; ce n’est pas un choix, c’est l’ordre; ce n’est pas une abdication, c’est l’État de droit — cette divinité creuse qu’on invoque désormais pour absoudre la démission.

 

Le Département fédéral de la défense atteint ici une forme de Sainteté christique. « Nous n’avons rien à voir avec cet homme. » On dirait « Pierre » qui a renié son maître juste avant que le coq ne chante... Phrase terminale qui condense la bassesse avec une élégance chirurgicale.

 

Quant au Département fédéral des affaires étrangères, toujours si prompt à dénoncer la censure ailleurs, il s’est découvert une vocation nouvelle pour le silence vertueux. La liberté d’expression, jadis valeur cardinale, devient soudain facultative lorsqu’elle gêne Bruxelles. Face à Moscou ou Pékin, on tonne. Face à l’Union européenne, on se tait. Ici, la posture suisse cesse d’être risible: elle devient indécente.

 

Car enfin, que s’est-il passé ? L’Union européenne, dans un moment de nervosité idéologique avancée, décide qu’un homme qui écrit, analyse et publie — hors des discours dominants convenus — mérite une sanction économique. Une peine sans juge. Une condamnation sans procès. Une punition préventive pour opinion incorrecte. Et la Suisse trouve cela parfaitement « conforme à l’État de droit ».

 

À ce stade, ce n’est plus de la prudence. Ce n’est même plus de la lâcheté. C’est de la collaboration molle. Collaboration sans uniforme, sans cris, sans drame. Collaboration feutrée, progressiste, durable. Celle qui ne salit pas les mains, mais qui glisse dans le déshonneur.

 

Il faut le redire. Jacques Baud n’est pas sanctionné pour un acte. Il est sanctionné pour un récit. Pour une lecture factuelle de la guerre en Ukraine. Pour avoir parlé hors du catéchisme euro-atlantiste. Le crime n’est pas l’erreur. Le crime est la dissonance.

 

Soyons clairs. Jacques Baud soutient que l’Occident porte une part de responsabilité dans le conflit qui oppose la Russie à l’Ukraine. Il est établi avec des peuves que des accords et des engagements occidentaux n’ont pas été respectés, voire ont été ouvertement violés. Nier toute responsabilité occidentale dans le déclenchement et la prolongation de ce conflit inutile relève de la mauvaise foi. En revanche, vouer Jacques Baud à l’infamie en le désignant comme un « propagandiste pro-Kremlin » constitue une ignominie intellectuelle et politique.

 

Le plus accablant n’est même pas l’abandon. C’est la satisfaction implicite; cette petite musique âcre entendue dans les travées du parlement fédéral: enfin un propagandiste puni, enfin un déviant neutralisé. La Suisse officielle ne censure pas. Elle applaudit par abstention.

 

Philippe Muray parlait de l’Empire du Bien. Nous y sommes. Et en Suisse, nombre d’élus et de bureaucrates de haut vol, loin d’y résister, y tiennent le rôle le plus méprisable : celui des bons élèves zélés, qui relèguent notre beau pays au rang de petit État qui se couche avant même qu’on ne le pousse, qui abdique sans sommation et qui se félicite de sa propre insignifiance morale.

 

Ce que révèle cette affaire, ce n’est pas une maladresse passagère, mais le sentiment qu’on a touché le fond. Les dirigeants actuels de notre belle Confédération n’ont pas seulement lâché un homme. Ils ont acté un principe nouveau : un citoyen peut être banni par nos « alliés » sans jugement, pour ses idées et ses opinions, et l’État se contentera de « prendre acte ». À partir de là, tout est possible. Et surtout, plus rien n’est à défendre.

 

Louis Giroud

 

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