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Le Média Libre de La Suisse Indépendante et Neutre...

Jacques Baud : “Les Ukrainiens se cassent les dents sur la défense russe”

12 Septembre 2023, 12:07pm

Publié par Serge Beuret

Faire tomber la Russie par le jeu de la propagande

Il ne faut pas se leurrer, nous assistons à un conflit qui a débuté avec un objectif très clair dès le départ : provoquer l'effondrement de la Russie et du régime de Vladimir Poutine. C'est ce qui ressort de l'interview d'Oleksiy Arestovytch, conseiller militaire de Zelensky, datant de mars 2019, dans laquelle il articule cette stratégie de manière tout à fait explicite. En outre, cette stratégie est développée dans un document de 300 pages de la Rand Corporation, qui vise à déstabiliser la Russie de Vladimir Poutine.

Il est désormais évident qu'autour des événements qui se déroulent en Ukraine, il faut un récit qui "tienne la route" aux yeux du public mondial. Cette guerre, ou plutôt l'intervention russe, a débuté en février 2022, et l'on pourrait presque dire que les Ukrainiens se sont engagés volontairement dans ce "jeu", convaincus que leurs alliés occidentaux leur avaient assuré que le "désagrément" russe serait de courte durée. Ils ont été amenés à croire que la Russie s'effondrerait sous le poids de la condamnation et des sanctions internationales, évitant ainsi à l'Ukraine de subir de plein fouet les conséquences de ce conflit.

Cette conviction a incité Zelensky à publier son décret le 24 mars 2021, décrivant la reconquête rapide de la Crimée et du Donbas - un schéma directeur pour la contre-offensive dont nous sommes témoins aujourd'hui. Ce décret a été suivi de préparatifs au sein de l'armée ukrainienne en vue d'un assaut sur le Donbas, qui a commencé à se concrétiser en février et a déclenché l'intervention russe.

Les Ukrainiens étaient bien conscients que leurs actions provoqueraient une intervention russe, que la communauté internationale condamnerait rapidement. Cette condamnation justifierait à son tour les sanctions et l'indignation mondiale. Ils pensaient que la Russie s'effondrerait avant d'avoir atteint ses objectifs initiaux, exactement comme le décrit le document de la Rand Corporation.

La manipulation des esprits, plus puissante que les armes

Pour y parvenir, tous les moyens ont été mis en œuvre, avec plus ou moins de succès : d'abord, des sanctions massives et sans précédent justifiées par une transgression délibérément provoquée, suivies d'une croisade morale contre le régime russe, conduisant à son isolement de la communauté des nations - le tout étant à nouveau attribué à cette transgression provoquée. Oleksiy Arestovytch décrit cela en détail. Rien n'a été laissé au hasard. Concrètement, les sanctions n'ont pas produit les effets escomptés. Mais la propagande, aidée par la coopération des grands médias occidentaux, a eu des conséquences importantes, une grande partie de la communauté internationale dénonçant la Russie. C'est pourquoi les nations occidentales ont cherché à courtiser l'ensemble de la communauté internationale lors de l'Assemblée générale des Nations unies pour condamner la Russie, car cette condamnation était essentielle pour légitimer les sanctions.

Dès le départ, l'objectif était véritablement d'asphyxier la Russie et, pour soutenir cette entreprise, un narratif convaincant était nécessaire. Il fallait persuader l'opinion que la Russie ne pouvait pas gagner, que l'Ukraine avait déjà triomphé parce qu'elle était dans son bon droit. Tout a été entrepris pour tourner autour de ce récit.

D'une manière ou d'une autre, tous les grands médias occidentaux se sont alignés sur cette version, et les voix dissidentes ont été systématiquement marginalisées. Cela a été observé sur les plateformes de médias sociaux, où toutes les sources alternatives ont été systématiquement supprimées. C'était également évident sur les plateformes de télévision, où tout ce qui était contraire à la perspective "pro-occidentale" était immédiatement censuré. Cette dynamique ne visait pas tant à convaincre l'opinion publique occidentale (qui était moins visée) qu'à persuader l'opinion publique russe. Cette stratégie d'effondrement de la Russie, comme nous l'avons vu précédemment, ne pouvait réussir que si la population était fermement convaincue que son dirigeant avait commis une erreur irréparable unanimement condamnée dans le monde.

Serge BEURET
Journaliste, historien et politologue

L’industrie occidentale parvient-elle à rivaliser avec celle de la Russie en Ukraine ? Pourquoi ne cherche-t-on pas une solution négociée ? En quoi notre perception du conflit est-elle en train de desservir l’Ukraine ? Pour répondre à ces questions et à bien d’autres, Jacques Baud s’appuie sur les informations des services de renseignement occidentaux et les documents américains qui ont fuité en avril 2023.

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J. Baud : «Faire la guerre avec le sang des autres, c'est exactement ce que nous faisons !»

9 Septembre 2023, 11:03am

Publié par Serge Beuret

«Dans «Ukraine entre guerre et paix» Jacques Baud tente de présenter la manière dont les uns et les autres conçoivent la guerre. Parce que cela lui semble fondamental pour comprendre la manière d'aborder la paix. «Il faut voir ce que chacun comprend dans cette guerre, dit-il, ce que chacun essaye d'atteindre après 18 mois de combats.» 
Ces derniers mois on a assisté à une augmentation considérable de l'aide militaire occidentale à l'Ukraine; au point que l'Ukraine dépend presque exclusivement de l'Occident. J. Baud rappelle que le responsable des affaires étrangères de l'Union européenne, Joseph Borel, a dit il n'y a pas si longtemps, que si l'Occident arrêtait de soutenir l'Ukraine, elle s'effondrerait en 24 heures.


L'auteur veut aussi souligner, que la vision "française" du conflit souffre d'objectivité... paradoxalement même, par rapport à la vison du public américain.
S'il y a en France une quantité d'infos qui circulent, la qualité n'est pas forcément au rendez-vous; pour des raisons culturelles, sans doute. En cause, la perception de la liberté d'informer et la liberté de s'exprimer, qui n'est pas la même. Ce qui lui fait dire, que vu de Suisse, certains considèrent la France davantage comme une monarchie élective, qu'une démocratie au sens très large du terme.

Jacques Baud, auteur du livre « Ukraine entre guerre et paix », ancien colonel du renseignement stratégique suisse et censuré par tous les médias mainstream, est l'invité d'Eric Morillot.

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L’énergie, nerf de la guerre

7 Septembre 2023, 15:32pm

Publié par Guy Mettan

On a entendu tout et son contraire sur le dernier sommet des BRICS à Johannesburg. Victoire et défaite de la Chine, isolement de la Russie et succès russe, élargissement réussi mais ambitions financières mises en échec, club de carpes et de lapins et front d’opposition contre l’hégémonie occidentale, etc.

Certains espéraient une rupture révolutionnaire avec l’ordre établi et d’autres le début de la fin du dollar, tandis que beaucoup, au Nord, souhaitaient un échec. Rien de tout cela n’est advenu. Au contraire, le déroulement de cette rencontre frappe par sa modération, son sens des équilibres mondiaux et sa vision stratégique. Ce sont autant de gages de réussite pour l’avenir. Le basculement économique du monde, que nous avons souvent évoqué dans ces colonnes depuis dix ans, est désormais entré dans sa phase politique, mais sans tambours ni trompettes. Et c’est tant mieux ainsi.

Pas de table rase mais une volonté de rééquilibrer la gouvernance mondiale en faveur du Sud global

Premier constat, la longue déclaration finale prend grand soin d’affirmer que le mouvement des BRICS ne s’inscrit pas contre l’Occident mais veut s’insérer dans l’ordre international existant tel que défini par la Charte des Nations Unies. Pas de tabula rasa, mais une volonté clairement exprimée de rééquilibrer la fameuse « gouvernance mondiale » en faveur du Sud global. Idem pour l’économie : le libre-échangisme et le libéralisme ne sont pas remis en cause, ni même le dollar. On veut simplement faire monter en puissance les échanges en monnaies locales dans le commerce bilatéral. C’est modeste mais réaliste, et probablement beaucoup plus efficace à terme que des grandes annonces jamais suivies d’effet.

Mais c’est sur le plan stratégique que l’avancée est la plus manifeste. Le choix des six pays retenus dans cette première phase d’élargissement montre une conscience aiguë des équilibres internationaux et de l’enjeu le plus déterminant pour l’avenir du monde, à savoir celui de l’énergie. En intégrant à la fois l’Iran, l’Arabie saoudite et les Emirats, non seulement on consolide la collaboration entre ces trois pays naguère hostiles mais on renforce l’homogénéité du continent eurasiatique en refermant la porte aux ingérences occidentales. Cela ouvre de grandes perspectives pour l’intégration économique. Et cela tout en arrimant l’Afrique et l’Amérique latine au projet avec l’admission de l’Ethiopie, de l’Egypte et de l’Argentine.

Les BRICS+6, c'est 46% de la population mondiale

Et surtout on consolide l’accès aux sources d’énergie. Les BRICS+6, c’est non seulement un PIB en parité de pouvoir d’achat légèrement supérieur à celui du G7, mais aussi 46% de la population mondiale (contre 10%), 43 % des exportations de pétroles mondiales et surtout 46% des réserves de pétrole et de gaz (3,9% pour le G7). Or la consommation d’énergie continuera à grimper dans les décennies à venir, en dépit des mesures climatiques et des énergies renouvelables, car l’énergie, sous toutes ses formes, constitue le nerf de la guerre. Pas de développement ni de civilisation sans énergie. En réunissant les plus gros producteurs de pétrole, de gaz et de charbon (sans compter l’apport à venir de l’Algérie, du Venezuela, du Nigeria, de l’Angola et de l’Indonésie, tous candidats), le club des BRICS réussit à les mettre directement en contact avec deux des plus grands consommateurs, à savoir la Chine et l’Inde, marginalisant définitivement l’Europe.

L’Arabie saoudite, qui vient de signer un contrat payable en renminbi avec la Chine pour construire une centrale nucléaire, ne s’y est pas trompée.

Guy Mettan

_______________________________

Guy Mettan est un journaliste indépendant, écrivain et homme politique suisse. Il a notamment été directeur et rédacteur en chef de la Tribune de Genève et a fondé le Club suisse de la presse.

Le président du Brésil Lula da Silva, le président de la Chine Xi Jinping, le président de l’Afrique du Sud Cyril Ramaphosa, le premier ministre de l’Inde Narendra Modi, le ministre des affaires étrangères de la Russie Sergey Lavrov à Johannesburg, en Afrique du Sud, BRICS Summit, 22 août 2023. (Wikimedia)

Le président du Brésil Lula da Silva, le président de la Chine Xi Jinping, le président de l’Afrique du Sud Cyril Ramaphosa, le premier ministre de l’Inde Narendra Modi, le ministre des affaires étrangères de la Russie Sergey Lavrov à Johannesburg, en Afrique du Sud, BRICS Summit, 22 août 2023. (Wikimedia)

L’énergie, nerf de la guerre

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Guerre en Ukraine : Guy Mettan, spécialiste des rapports Russie-Occident

3 Septembre 2023, 17:36pm

Publié par Louis Giroud

Youtube 53111 vues au 25 janv. 2023

 

https://dialoguefrancorusse.com/nous-...

 

Guy Mettan est un journaliste, écrivain et homme politique suisse; auteur de plusieurs ouvrages, notamment "Russie-Occident, une guerre de mille ans. La russophobie de Charlemagne à la crise ukrainienne" (Éditions des Syrtes, 2015). Nous parlons du Davos, de la neutralité suisse, relations avec la Russie, du traitement de la guerre en Ukraine, de l'analyse de la situation géopolitique.

 

00:17 - Présentation

01:10 - Histoire de la russophobie (affaire Skripal, Russiagate)

07:10 - Neutralité suisse

08:48 - Banques suisses sous pression

09:39 - Davos

11:15 - Sondages

12:26 - Excédent russe

12:59 - Guy Mettan en Russie

14:44 - Economie russe

16:45 - Secteur agricole russe

18:00 - Oligarchie

19:15 - Propagande

22:22 - Bellingcat

24:40 - La paix ou pas..

28:10 - Guerre existentielle

28:59 - Adresse aux auditeurs du Dialogue

Guerre en Ukraine : Guy Mettan, spécialiste des rapports Russie-Occident

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Bercoff dans tous ses états - Émission du 28 août

2 Septembre 2023, 19:47pm

Bercoff dans tous ses états - Émission du 28 août - YouTube


Avec Jacques Baud, ex-membre des renseignements stratégiques suisses; Fabrice Epelboin, spécialiste de l'influence sur les réseaux sociaux et Arnaud Dimeglio, avocat spécialisé en droit numérique et de la communication.


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Le Niger et le «nouvel ordre mondial»

2 Septembre 2023, 18:31pm

Publié par Patrick Lawrence

Le Niger et le «nouvel ordre mondial»

Comment comprendre le coup d’État du 26 juillet au Niger, au cours duquel des officiers militaires de haut rang ont renversé Mohamed Bazoum, le président pro-occidental du pays ? Il s’agit du sixième putsch de ce type au Sahel au cours des quatre dernières années. Devrions-nous considérer ces territoires de l’Afrique subsaharienne comme des pays coupés du monde et ne plus nous en préoccuper ? Cette idée est implicite dans une grande partie de la couverture médiatique, mais dans quelle mesure nos médias cherchent-ils à nous faire mieux comprendre les événements mondiaux et dans quelle mesure s’emploient-ils à nous en faire ignorer les tenants et les aboutissants?

 

Ne considérez pas ce dernier développement en Afrique comme un événement isolé, si je puis me permettre une suggestion. Son importance réside dans le contexte plus large dans lequel il s’est produit – son environnement global, pour ainsi dire. L’Occident est assiégé par la cohérence et l’influence croissantes du non-Occident et de sa version du 21e siècle. Nos médias ne supportent pas d’écrire ou de diffuser sur ce sujet. Le Niger, d’après ce que j’ai lu, vient de se déclarer partie prenante de ce phénomène historique. Et les grands médias ne supportent pas non plus d’en parler.

 

Ceux qui ont mené le soulèvement sont tournés vers l’avenir, et non vers le passé

Ceux qui ont déposé Bazoum sont dirigés par Abdourahamane Tchiani, ancien chef de la Garde présidentielle, et nourrissent manifestement un profond ressentiment à l’égard de la présence postcoloniale des Français. Des rapports – dans les médias, dans les groupes de réflexion – indiquent que Bazoum était sur le point de renvoyer Tchiani, et que les événements de la fin juillet ont été motivés, principalement ou essentiellement, par des rivalités personnelles, des rancœurs, ou les deux à la fois.

Partout, on a évoqué, en bien ou en mal selon le cas, l’animosité des Nigériens à l’égard des Français expatriés parmi eux. On retrouve ces mêmes tendances dans de nombreuses régions de l’Afrique francophone. Le passé est le passé, affirment les Nigériens, les Maliens et bien d’autres: Nous sommes au XXIe siècle, pas au XIXe. Mais le fait historique n’est qu’une partie de la question, et je dirais même que ce n’est pas la partie la plus importante. Nous ne devrions pas faire trop de cas de l’histoire ou de la mémoire dans ce contexte. En effet, ceux qui ont mené le coup d’Etat sont tournés vers l’avenir, et non vers le passé. Et suggérer que le coup d’Etat qui a destitué Bazoum était une simple affaire de politique de palais, quelle qu’elle soit, revient à servir une entrée en guise de plat principal. Non, il faut voir plus large pour saisir la nouvelle réalité qui se dessine au Niger et dans ses environs.

 

Les insurgés ne veulent plus d'un présence militaire française et américaine empotée et inefficace

Thiani et ses partisans, qui semblent être en nombre dans l’armée et dans les rues de Niamey, la capitale, ont, selon moi, principalement à l’esprit l’Occident tel qu’il est aujourd’hui. S’ils en ont assez des Français, ils sont à ce stade tout à fait clairs sur le fait qu’ils ne veulent pas non plus de ce que les Etats-Unis leur ont offert au cours des deux dernières décennies: une présence militaire empotée et inefficace et une orthodoxie économique néolibérale. Comme au Mali et ailleurs dans la région, le Niger semble maintenant prêt à pencher dans une direction clairement non-occidentale.

 

En d’autres termes, le coup d’Etat du mois dernier me semble être le signal que le Niger est prêt à se rallier au «nouvel ordre mondial» dont les Chinois parlent de plus en plus publiquement depuis quelques années – depuis que le gouvernement Biden s’est aliéné de Pékin dans les mois qui ont suivi son entrée en fonction en 2021. Cela place le putsch qui a causé la chute de Bazoum dans un contexte plus large, là où je pense qu’il devrait être.

Cela signifie que les Etats-Unis se trouveront désormais en concurrence croissante avec la Chine et la Russie en matière d’influence sur le continent africain. A moins d’un changement de cap majeur – et pour le cas où cela vous aurait échappé, les clans politiques de Washington ne sont pas doués pour changer de cap – il est presque certain que l’Amérique sera la perdante de cette rivalité, si tant est qu’il faille l’appeler ainsi. Les Etats-Unis, et en l’occurrence les Français, sont tout simplement sous-équipés. C’est une question de technologies appropriées: les Américains arrivent en Afrique avec des armes, une assistance militaire et des intérêts géopolitiques; les Chinois et les Russes arrivent avec leurs propres intérêts, certes, mais aussi avec une aide économique, des flux commerciaux et des projets de développement industriel.

 

Longtemps, les Nigériens n’ont eu d’autre choix que d’accepter le néocolonialisme

Pendant longtemps, les Nigériens n’ont eu d’autre choix que d’accepter certaines formes de néocolonialisme, en guise d’héritage, un genre de legs historique. La marque de notre époque est que ces nations ont désormais des choix viables et qu’elles sont enfin en mesure de les faire dans leur propre intérêt. Alors que je rédigeais ce commentaire, Chas Freeman, un éminent diplomate, a enregistré un webcast dans lequel il affirme que l’Asie occidentale – comme nous devons apprendre à appeler le Moyen-Orient – est destinée à définir son propre avenir maintenant que l’hégémonie américaine appartient au passé. Disons que ce genre de propos est très répandu: les Nigériens viennent d’annoncer qu’à partir de maintenant, l’Afrique est l’affaire des Africains.

 

Chacune des anciennes puissances impériales avait son style de colonisation bien à elle. Les Belges étaient célèbres pour leur violence et leur impitoyable exploitation, les Britanniques s’appuyaient sur les structures politiques traditionnelles – tribus, chefs, sultanats, etc. – et gouvernaient par le biais de l’«indirect rule», comme on disait alors. Les Français recréèrent la bureaucratie administrative de la métropole, exercèrent un pouvoir direct et, comme chez eux, imposèrent à tout le monde de parler français. Il en allait de même pour les styles postcoloniaux. Les Français ont semé la pagaille dans nombre de leurs anciennes colonies parce que, par essence, ils n’ont pas encore laissé derrière eux la conscience coloniale. Ce constat devient flagrant si l’on établit un parallèle entre les relations de Paris avec les nations francophones et celles de Londres avec le Commonwealth britannique. Je ne dirais pas que ce dernier est une grande et heureuse famille, mais on n’y voit pas le genre de calamités dont nous avons été témoins récemment dans le Sahel. Les Français manifestent parfois une certaine arrogance dans les relations sociales. Ils dominent toujours les industries extractives et d’autres sphères de l’économie comme si l’indépendance – que le Niger a revendiqué en 1960 – n’avait jamais eu lieu.

 

La France condamnée à partir réduira la capacité militaire de l’Occident en Afrique

Le Mali voisin a expulsé le contingent militaire français après les coups d’Etat successifs de 2020 et 2021. Dix jours après le coup d’Etat du 26 juillet, le nouveau gouvernement de Niamey a déclaré qu’il annulait une série d’accords militaires avec Paris régissant la présence militaire française. «Si la France ne modifie pas sa position, ses 1500 soldats présents au Niger vont donc devoir partir», a indiqué la semaine dernière la Brookings Institution, «ce qui réduira considérablement la capacité militaire de l’Occident dans une région du monde où la menace terroriste est de plus en plus forte, meurtrière et évolutive».

Cette situation soulève le problème de la pérennité de la présence du Pentagone au Niger – environ un millier de soldats et une base de drones au nord-est de Niamey, à partir de laquelle le Pentagone surveille les activités terroristes présumées jusqu’en Afrique du Nord et en Afrique de l’Ouest. Je n’ai pas d’informations à ce sujet pour l’instant. J’imagine que les échanges entre Washington et Niamey sont incessants, mais les dirigeants du coup d’Etat nigérien donnent l’impression qu’ils n’apprécient pas plus la présence des troupes américaines sur le sol nigérien que celle des troupes françaises. Certains officiers nigériens seraient favorables à un passage de l’aide militaire russe au détriment de l’aide américaine, et plus particulièrement au profit du Groupe Wagner, qui est déjà opérationnel au Mali.

 

Depuis des décennies, la négligence et l’échec ont caractérisé la position des Etats-Unis au Niger et dans d’autres pays d’Afrique. Le déséquilibre radical entre l’assistance militaire et sécuritaire, d’une part, et l’investissement et l’aide économique, de l’autre, a fait passer aux Nigériens le pire des messages: les Américains ne s’intéressent pas au Niger ni aux Nigériens; ils ne s’intéressent au Niger qu’en tant que site de compétition stratégique.

 

L'Amérique aux Africains: «ne comptez pas sur nous pour vous aider à dynamiser vos économies avec notre carnet de chèques... à moins que nos entreprises ne soient impliquées dans le pétrole et le gaz.»

Howard French, ancien correspondant du New York Times, l’a fort bien résumé la semaine dernière dans Foreign Policy: «Depuis des décennies, Washington traîne les pieds en Afrique, changeant de slogans politiques à intervalles réguliers en fonction de la mode, mais s’en tenant essentiellement à deux messages à l’intention des Africains. Le premier est le suivant: ne comptez pas sur nous pour vous aider à dynamiser vos économies avec notre propre carnet de chèques. Nous vous souhaitons bonne chance dans la poursuite de ce que l’on appelle les ‘partenariats public-privé’, qui ne signifient généralement pas grand-chose pour les premiers et pas grand-chose non plus pour les seconds, à moins que les entreprises privées ne soient impliquées dans le pétrole et le gaz. L’autre thème archi-rebattu est, bien entendu, la démocratie. Les décideurs américains prétendent l’aimer en Afrique, mais ils n’ont jamais fait preuve d’une grande habileté pour trouver comment en assurer la promotion – ni, comme le coup d’Etat du Niger l’a amplement démontré – pour la défendre lorsqu’elle est attaquée.»

 

Depuis les attentats du 11 septembre 2001 à New York et à Washington, l’aide américaine au Niger s’est concentrée presque exclusivement sur les opérations antiterroristes – d’abord les siennes propres et,  par le biais de la formation et du conseil, celles de l’armée nigérienne,  mais pour la même cause.

 

Le Pentagone a l’habitude de présenter le Niger comme un précieux avant-poste dans le cadre de ses campagnes mondiales de lutte contre le terrorisme, en envoyant armes, conseillers, formateurs ainsi que des aides budgétaires à hauteur de 500 millions de dollars au cours de la dernière décennie. En fait, au moins cinq des auteurs du coup d’Etat nigérien ont été formés et conseillés par l’armée américaine. Comme cela le laisse supposer, le bilan de ces opérations est lourd de retombées inattendues.

 

Le terrorisme n'a pas disparu avec les présences française et américaines

Nick Turse, grand connaisseur de l’Afrique, a expliqué tout cela en détail lors d’une interview accordée la semaine dernière à Intercepted. En 2002–2003, le département d’Etat a recensé neuf attentats terroristes dans l’ensemble du Sahel, soit moins de 1% du total mondial. Mais depuis, les chiffres ont quasiment progressé chaque année. L’année dernière, le Niger et ses voisins, le Mali et le Burkina Faso, ont subi 27000 attaques de ce type. Plus de 40% des victimes du terrorisme dans le monde se trouvent aujourd’hui au Sahel.

La question évidente est le pourquoi de tout cela. La réponse tient aux divisions ethniques, sociales, religieuses et claniques du Niger, qui n’intéressent pas le moindre du monde les Américains parce qu’ils ne s’intéressent pas le moindre du monde aux Nigériens. Au cours des deux dernières décennies, les minorités ethniques et islamiques ont constitué un terrain fertile pour le recrutement de groupements terroristes de type Al-Qaïda, précisément parce que ces minorités étaient marginalisées. Les groupes sociaux, ethniques et religieux les plus favorisés, qui dominent le gouvernement et l’armée, ont par conséquent eu tendance à traiter tous ceux qui appartenaient à ces minorités comme des terroristes. Les conseillers américains, inattentifs à ces divisions et à ces animosités, ont efficacement formé l’armée nigérienne à mener des opérations antiterroristes sans aucun discernement.

 

On peut en mesurer les effets dans les statistiques qui viennent d’être citées. Peu importe la Brookings et son explication simpliste de la présence du Pentagone: les opérations de ce  dernier se sont retournées contre lui et la démocratie nigérienne s’est grandement détériorée.

 

A Niamey, on a vu des drapeaux russes flottant au-dessus des manifestants exprimant leur soutien à la destitution de Bazoum, et certains officiers nigériens seraient favorables à une transition de l’aide militaire américaine à l’aide militaire russe, et plus particulièrement au groupe Wagner, déjà opérationnel au Mali. Il convient de suivre ces événements, mais je les considère plutôt comme des gestes symboliques dans le contexte élargi évoqué plus haut. Ils témoignent de la lassitude des Nigériens à l’égard de l’ordre actuel – largement détesté – basé sur les règles de Washington et de leur réceptivité au nouvel ordre mondial promu par la Chine et la Russie comme une alternative pour le XXIe siècle.

 

Je suis presque tenté de dire que nous pourrions assister à une nouvelle ruée vers l’Afrique, mais je ne le ferai pas. Il n’y aura pas de conférence de Berlin, celle qui, en 1884, a lancé la première offensive et fixé les règles de l’exploitation (et de la colonisation) du continent par les Européens. Les Etats-Unis, leurs alliés, la Russie et la Chine rivaliseront de la même manière cette fois-ci pour obtenir le Saint-Graal de la politique internationale de ce siècle, à savoir l’influence géopolitique et les ressources, mais pour les deux nations non-occidentales ici présentes, il ne s’agit pas d’exploitation. Il s’agit de mettre un terme décisif à une ère d’exploitation.

 

La Chine est bien engagée dans ses programmes de commerce, d’investissement et de développement à travers l’Afrique. Sa réaction au coup d’Etat de Niamey a été strictement non interventionniste, ce qui correspond précisément à la position que Tchiani et ses collègues souhaitent voir adopter par les puissances extérieures. Pékin s’est contenté de dire qu’il espérait un règlement négocié de l’impasse politique dans laquelle se trouve le pays. Quant à la Russie, comme par hasard, elle a tenu son deuxième sommet des dirigeants africains à Saint-Pétersbourg les deux jours qui ont suivi le coup d’Etat. Une fois encore, l’accent a été mis sur le commerce, les flux d’investissement et la coopération industrielle. «Au cours des discussions, les participants ont déclaré leur engagement à construire ensemble une nouvelle structure multipolaire plus équitable de l’ordre mondial, fondée sur l’égalité souveraine des Etats et sur une coopération mutuellement bénéfique.»

 

Bazoum qui n'était pas un acteur du changement, est un Arabe issu d'une minorité favorable à la présence française.

Et là, brusquement, j’ai un blanc : je ne vois pas comment les Etats-Unis auraient été en mesure de répondre efficacement à ces nouveaux arrivants installés au pouvoir au Niger ou ailleurs en Afrique.  Il est facile de comprendre la destitution de Bazoum dans ce contexte. Compte tenu de la manière dont il a été traité lors de son assignation à résidence, on peut supposer qu’il n’est pas considéré comme un ennemi grave: ce n’est tout simplement pas un acteur du changement. Bazoum est un modernisateur et un occidentaliste convaincu qui a forgé divers partenariats avec les Etats-Unis et les Européens. Il est le premier président arabe du Niger et un Arabe Ouled Slimane – une minorité au sein d’une minorité et d’un groupe traditionnellement favorable à la présence française. Si Bazoum n’a pas fait du Niger un Etat client de l’Occident depuis son entrée en fonction il y a deux ans, il a certainement progressé dans cette direction. Je considère que ses politiques économiques – auxquelles les putschistes s’opposent – sont proches d’un néolibéralisme pur et dur.

 

Blinken, le secrétaire d’Etat, et d’autres responsables de l’administration Biden ont vigoureusement plaidé la cause de Bazoum, menaçant de couper toute forme d’aide au pays s’il n’était pas rétabli dans ses fonctions.

 

Preuve de l’importance que Washington attache à la réhabilitation de Bazoum, Victoria Nuland s’est rendue à Niamey en début de semaine pour s’entretenir pendant plusieurs heures avec certains responsables militaires nigériens, bien que Thiani et d’autres responsables du coup d’Etat aient refusé de la voir. La numéro 2 par intérim du département d’Etat n’a obtenu aucun résultat, même si elle a rappelé que l’ensemble de l’aide américaine au Niger était en jeu.

 

«Nous ne voulons pas de votre argent, utilisez-le pour financer un programme minceur à Victoria Nuland»

«Nous ne voulons pas de votre argent», a tweeté le nouveau gouvernement. «Utilisez-le pour financer un programme minceur pour Victoria Nuland». Je cite cette grossière riposte publique  pour ce qu’elle sous-entend: la détermination des nouveaux dirigeants à rejeter la domination occidentale du passé du Niger.

 

Je me souviens d’une situation similaire, lorsqu’en 1964, Sukarno, lassé des contraintes imposées par les Etats-Unis à l’Indonésie en contrepartie de leur aide, déclara dans un discours national: «Allez au diable avec vos aides étrangères!» Sukarno était au poste de commande politique, et la souveraineté, l’indépendance et la dignité étaient ses valeurs les plus importantes. Le sentiment qui s’est manifesté à Niamey cette semaine me semble faire écho à celui de Sukarno et refléter les mêmes priorités. Abdourahamane Thiani et ses collègues portent des uniformes, mais ils semblent penser que la politique militaire de Washington à l’égard du Niger est une technologie erronée. Aujourd’hui, c’est le Niger pour les Nigériens.

 

Patrick Lawrence, 15 Août 2023

 

Patrick Lawrence, correspondant à l’étranger pendant de nombreuses années, principalement pour l’International Herald Tribune, est critique des médias, essayiste, auteur et conférencier. Son dernier ouvrage s’intitule Time No Longer: Americans After the American Century.

https://scheerpost.com/2023/08/15/patrick-lawrence-niger-and-the-new-world-order/

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La guerre économique des États-Unis contre la Chine

2 Septembre 2023, 17:53pm

Publié par Jeffrey D. Sachs

Résumé / Abstract

L'auteur met en lumière le schéma bien établi de la politique américaine visant à entraver les concurrents économiques et technologiques majeurs de la Chine. Il rappelle comment les États-Unis ont appliqué un blocus technologique à l'Union soviétique pendant la guerre froide, puis ont cherché à freiner la croissance économique du Japon à la fin des années 1980 et au début des années 1990, malgré l'alliance entre les deux pays. Les États-Unis ont utilisé des mesures telles que des limitations des exportations japonaises et une appréciation forcée du yen japonais pour maintenir leur avantage économique.

L'auteur souligne que les États-Unis ont adopté une attitude similaire envers la Chine depuis 2015, en la considérant davantage comme une menace que comme un partenaire commercial, en réaction à son succès économique. Les États-Unis ont mis en place des droits de douane unilatéraux et bloqué les entreprises technologiques chinoises telles que ZTE et Huawei. Le président Joe Biden a poursuivi ces politiques, signant de nouveaux décrets limitant l'accès de la Chine aux technologies de pointe et encourageant les entreprises américaines à délocaliser leur production hors de Chine.

L'article fait valoir que ces actions américaines vont à l'encontre des principes et des procédures de l'OMC et que les États-Unis nient être engagés dans une guerre économique avec la Chine. Néanmoins, il constate que les importations américaines en provenance de Chine ont considérablement chuté sous l'administration Biden. Toutefois, il reconnaît que l'économie chinoise est complexe et que la Chine peut trouver des partenaires ailleurs dans le monde pour poursuivre sa croissance économique grâce à des initiatives telles que "la Ceinture et la Route".

En conclusion, l'auteur considère que la tentative américaine de contenir la Chine est à la fois erronée dans son principe et vouée à l'échec dans la pratique. Il estime que la Chine continuera à trouver des partenaires dans l'économie mondiale pour soutenir son expansion commerciale et technologique.

La presse occidentale se fait l’écho des prétendus méfaits de la Chine : crise financière du marché immobilier, surendettement généralisé et autres maux. Pourtant, le ralentissement est en grande partie dû aux mesures prises par les États-Unis pour freiner la croissance chinoise. Ces politiques américaines violent les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et constituent un danger pour la prospérité mondiale. Il convient d’y mettre un terme.

Les politiques anti-chinoises s’inscrivent dans un schéma bien connu de l’élaboration des politiques américaines. L’objectif est d’empêcher la concurrence économique et technologique d’un grand rival. La première et la plus évidente application de ce schéma été le blocus technologique que les États-Unis ont imposé à l’Union soviétique pendant la guerre froide. L’Union soviétique était l’ennemi déclaré de l’Amérique et la politique américaine visait à bloquer l’accès de l’Union soviétique aux technologies avancées.

La deuxième application de ce schéma est moins évidente et, en fait, est généralement ignorée même par les observateurs avertis. À la fin des années 1980 et au début des années 1990, les États-Unis ont délibérément cherché à ralentir la croissance économique du Japon. Cela peut paraître surprenant, car le Japon était et reste un allié des États-Unis. Pourtant, le Japon devenait “trop performant”, les entreprises japonaises surpassant les entreprises américaines dans des secteurs clés tels que les semi-conducteurs, l’électronique grand public et l’automobile. Le succès du Japon a été largement salué dans des best-sellers tels que Japan as Number One, écrit par mon regretté et grand collègue, Ezra Vogel, professeur à Harvard.

Le Japon poussé à surévaluer sa monnaie

Entre le milieu et la fin des années 1980, les responsables politiques américains ont limité les marchés américains aux exportations japonaises (par le biais de limites dites “volontaires” convenues avec le Japon) et ont poussé le Japon à surévaluer sa monnaie. Le yen japonais s’est apprécié, passant d’environ 240 yens pour un dollar en 1985 à 128 yens pour un dollar en 1988 et à 94 yens pour un dollar en 1995, ce qui a eu pour effet d’exclure les produits japonais du marché américain. Le Japon s’est enfoncé dans le marasme en raison de l’effondrement de la croissance des exportations. Entre 1980 et 1985, les exportations japonaises ont augmenté de 7,9 % par an ; entre 1985 et 1990, la croissance des exportations est tombée à 3,5 % par an ; et entre 1990 et 1995, à 3,3 % par an. Avec le ralentissement marqué de la croissance, de nombreuses entreprises japonaises se sont retrouvées en difficulté financière, ce qui a conduit à un effondrement financier au début des années 1990.

Au milieu des années 1990, j’ai demandé à l’un des plus hauts responsables du gouvernement japonais pourquoi le Japon ne dévaluait pas sa monnaie pour relancer la croissance. Il m’a répondu que les États-Unis ne le permettraient pas. Aujourd’hui, les États-Unis s’en prennent à la Chine. Depuis 2015, les responsables politiques américains considèrent la Chine comme une menace plutôt que comme un partenaire commercial. Ce changement de point de vue est dû à la réussite économique de la Chine.

L'essor de la Chine, une inquiétude pour les stratèges américains

L’essor économique de la Chine a réellement commencé à inquiéter les stratèges américains lorsque la Chine a annoncé en 2015 une politique “Made in China 2025” visant à promouvoir l’avancement de la Chine à la pointe de la robotique, des technologies de l’information, des énergies renouvelables et d’autres technologies de pointe. À peu près au même moment, la Chine a annoncé son initiative “la Ceinture et la Route” pour aider à construire des infrastructures modernes à travers l’Asie, l’Afrique et d’autres régions, en utilisant en grande partie des financements, des entreprises et des technologies chinoises.

Les États-Unis ont dépoussiéré leur vieux manuel pour ralentir la croissance galopante de la Chine. Le président Barrack Obama a d’abord proposé de créer un nouveau groupe commercial avec les pays asiatiques qui exclurait la Chine, mais le candidat à la présidence Donald Trump est allé plus loin, promettant un protectionnisme pur et simple contre la Chine. Après avoir remporté l’élection de 2016 sur un programme anti-chinois, Trump a imposé à la Chine des droits de douane unilatéraux qui violaient clairement les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Pour s’assurer que l’OMC ne se prononce pas contre les mesures américaines, les États-Unis ont désactivé la cour d’appel de l’OMC en bloquant les nouvelles nominations. L’administration Trump a également bloqué les produits de grandes entreprises technologiques chinoises telles que ZTE et Huawei et a exhorté les alliés des États-Unis à faire de même.

Des décrets de la présidence américaine pour limiter l'accès de la Chine aux technologies de pointe

Lorsque le président Joe Biden est entré en fonction, beaucoup (moi y compris) s’attendaient à ce qu’il inverse ou assouplisse les politiques antichinoises de Trump. C’est le contraire qui s’est produit. M. Biden a redoublé d’efforts, non seulement en maintenant les droits de douane imposés par M. Trump à la Chine, mais aussi en signant de nouveaux décrets visant à limiter l’accès de la Chine aux technologies de pointe en matière de semi-conducteurs et aux investissements américains. Les entreprises américaines ont reçu des conseils informels pour déplacer leurs chaînes d’approvisionnement de la Chine vers d’autres pays, un processus qualifié de “délocalisation amicale” par opposition à la délocalisation. En appliquant ces mesures, les États-Unis ont complètement ignoré les principes et les procédures de l’OMC.

Les États-Unis nient fermement être en guerre économique avec la Chine, mais comme le dit le vieil adage, si cela ressemble à un canard, si cela nage comme un canard et si cela jacasse comme un canard, il s’agit probablement d’un canard. Les États-Unis utilisent une tactique bien connue et les politiciens de Washington invoquent une rhétorique martiale, qualifiant la Chine d’ennemi qu’il faut contenir ou vaincre.
Les résultats se traduisent par un renversement des exportations chinoises vers les États-Unis. Le mois où Trump est entré en fonction, en janvier 2017, la Chine représentait 22 % des importations américaines de marchandises. Lorsque M. Biden est entré en fonction en janvier 2021, la part de la Chine dans les importations américaines était tombée à 19 %. En juin 2023, la part de la Chine dans les importations américaines avait chuté à 13 %. Entre juin 2022 et juin 2023, les importations américaines en provenance de Chine ont chuté de 29 %.

La Chine dispose d’une large marge de manœuvre face au protectionnisme américain

Bien entendu, la dynamique de l’économie chinoise est complexe et ne dépend pas uniquement du commerce entre la Chine et les États-Unis. Peut-être que les exportations chinoises vers les États-Unis se redresseront en partie. Cependant, il semble peu probable que Joe Biden assouplisse les barrières commerciales avec la Chine à l’approche des élections de 2024.

Contrairement au Japon des années 1990, qui dépendait des États-Unis pour sa sécurité et suivait donc les demandes américaines, la Chine dispose d’une plus grande marge de manœuvre face au protectionnisme américain. Plus important encore, je pense que la Chine peut augmenter considérablement ses exportations vers le reste de l’Asie, l’Afrique et l’Amérique latine, grâce à des politiques telles que l’expansion de l’initiative “la Ceinture et la Route”. Je pense que la tentative américaine de contenir la Chine est non seulement erronée dans son principe, mais qu’elle est également vouée à l’échec dans la pratique. La Chine trouvera des partenaires dans l’ensemble de l’économie mondiale pour soutenir une expansion continue du commerce et du progrès technologique.

Jeffrey Sachs, 22 août 2023

Jeffrey D. Sachs est professeur et directeur du Centre pour le développement durable de l’université de Columbia et président du Réseau des solutions pour le développement durable des Nations unies.

https://www.jeffsachs.org/

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