Jacques Baud : “Les Ukrainiens se cassent les dents sur la défense russe”
Faire tomber la Russie par le jeu de la propagande
Il ne faut pas se leurrer, nous assistons à un conflit qui a débuté avec un objectif très clair dès le départ : provoquer l'effondrement de la Russie et du régime de Vladimir Poutine. C'est ce qui ressort de l'interview d'Oleksiy Arestovytch, conseiller militaire de Zelensky, datant de mars 2019, dans laquelle il articule cette stratégie de manière tout à fait explicite. En outre, cette stratégie est développée dans un document de 300 pages de la Rand Corporation, qui vise à déstabiliser la Russie de Vladimir Poutine.
Il est désormais évident qu'autour des événements qui se déroulent en Ukraine, il faut un récit qui "tienne la route" aux yeux du public mondial. Cette guerre, ou plutôt l'intervention russe, a débuté en février 2022, et l'on pourrait presque dire que les Ukrainiens se sont engagés volontairement dans ce "jeu", convaincus que leurs alliés occidentaux leur avaient assuré que le "désagrément" russe serait de courte durée. Ils ont été amenés à croire que la Russie s'effondrerait sous le poids de la condamnation et des sanctions internationales, évitant ainsi à l'Ukraine de subir de plein fouet les conséquences de ce conflit.
Cette conviction a incité Zelensky à publier son décret le 24 mars 2021, décrivant la reconquête rapide de la Crimée et du Donbas - un schéma directeur pour la contre-offensive dont nous sommes témoins aujourd'hui. Ce décret a été suivi de préparatifs au sein de l'armée ukrainienne en vue d'un assaut sur le Donbas, qui a commencé à se concrétiser en février et a déclenché l'intervention russe.
Les Ukrainiens étaient bien conscients que leurs actions provoqueraient une intervention russe, que la communauté internationale condamnerait rapidement. Cette condamnation justifierait à son tour les sanctions et l'indignation mondiale. Ils pensaient que la Russie s'effondrerait avant d'avoir atteint ses objectifs initiaux, exactement comme le décrit le document de la Rand Corporation.
La manipulation des esprits, plus puissante que les armes
Pour y parvenir, tous les moyens ont été mis en œuvre, avec plus ou moins de succès : d'abord, des sanctions massives et sans précédent justifiées par une transgression délibérément provoquée, suivies d'une croisade morale contre le régime russe, conduisant à son isolement de la communauté des nations - le tout étant à nouveau attribué à cette transgression provoquée. Oleksiy Arestovytch décrit cela en détail. Rien n'a été laissé au hasard. Concrètement, les sanctions n'ont pas produit les effets escomptés. Mais la propagande, aidée par la coopération des grands médias occidentaux, a eu des conséquences importantes, une grande partie de la communauté internationale dénonçant la Russie. C'est pourquoi les nations occidentales ont cherché à courtiser l'ensemble de la communauté internationale lors de l'Assemblée générale des Nations unies pour condamner la Russie, car cette condamnation était essentielle pour légitimer les sanctions.
Dès le départ, l'objectif était véritablement d'asphyxier la Russie et, pour soutenir cette entreprise, un narratif convaincant était nécessaire. Il fallait persuader l'opinion que la Russie ne pouvait pas gagner, que l'Ukraine avait déjà triomphé parce qu'elle était dans son bon droit. Tout a été entrepris pour tourner autour de ce récit.
D'une manière ou d'une autre, tous les grands médias occidentaux se sont alignés sur cette version, et les voix dissidentes ont été systématiquement marginalisées. Cela a été observé sur les plateformes de médias sociaux, où toutes les sources alternatives ont été systématiquement supprimées. C'était également évident sur les plateformes de télévision, où tout ce qui était contraire à la perspective "pro-occidentale" était immédiatement censuré. Cette dynamique ne visait pas tant à convaincre l'opinion publique occidentale (qui était moins visée) qu'à persuader l'opinion publique russe. Cette stratégie d'effondrement de la Russie, comme nous l'avons vu précédemment, ne pouvait réussir que si la population était fermement convaincue que son dirigeant avait commis une erreur irréparable unanimement condamnée dans le monde.
Serge BEURET
Journaliste, historien et politologue
L’industrie occidentale parvient-elle à rivaliser avec celle de la Russie en Ukraine ? Pourquoi ne cherche-t-on pas une solution négociée ? En quoi notre perception du conflit est-elle en train de desservir l’Ukraine ? Pour répondre à ces questions et à bien d’autres, Jacques Baud s’appuie sur les informations des services de renseignement occidentaux et les documents américains qui ont fuité en avril 2023.