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Le Média Libre de La Suisse Indépendante et Neutre...

politique

L’époque de l’inquisition est de retour

1 Janvier 2026, 13:36pm

Publié par Thomas Kaiser (ZIF) - L. Giroud (SLR)

« Les sanctions de l’UE contre Jacques Baud sont
une grave violation du droit »

 

Entretien avec le professeur Alfred de Zayas, historien et professeur de droit. Ancien haut fonctionnaire des Nations unies

 

Publié le 23 décembre 2025 – Zeitgeschehen im Fokus

 

Il a fallu des siècles pour que les droits fondamentaux s’imposent comme des principes non négociables et soient intégrés dans les constitutions démocratiques. Interrogé sur l’évolution historique de la liberté d’opinion et de la liberté de croyance, le professeur Alfred de Zayas rappelle que la liberté d’expression est un produit direct des Lumières. Voltaire, Rousseau, Diderot, Montesquieu ou encore Emmanuel Kant en furent des défenseurs majeurs. Dès 1677, Baruch Spinoza plaidait déjà, dans son Tractatus Politicus, pour la liberté d’opinion et la paix.

L’époque de l’inquisition est de retour

Ce droit fondamental ne naît pas avec l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948: il le précède largement. Mais encore faut-il en comprendre la portée réelle. La liberté d’opinion implique la liberté de dire non, la liberté d’exprimer une opinion dissidente. Elle suppose surtout la liberté d’information: nul ne peut formuler un jugement sans accès aux faits. Une liberté d’expression réduite à la répétition mécanique de discours entendus la veille sur une chaîne dominante perd toute valeur.

 

La liberté d’opinion implique le droit d’accéder à toutes les informations, de les rechercher activement, de les étudier et de les discuter librement, sans intimidation, sans inquisition étatique, sans règles de censure imposées par des institutions supranationales. L’alternative est connue: la terreur de l’opinion, le conformisme collectif, le totalitarisme.

Selon Alfred de Zayas, les États-Unis et l’Europe connaissent aujourd’hui une régression grave dans la mise en œuvre des droits humains. Le monde occidental retourne à une logique inquisitoriale: la pensée indépendante n’est plus encouragée mais combattue. Les chercheurs indépendants sont sanctionnés, à l’image de l’ancien officier suisse du renseignement Jacques Baud.

 

La liberté de croyance, quant à elle, signifie le droit d’avoir une croyance ou de n’en avoir aucune. Elle relève de la sphère privée. Croire en Dieu ou non, adhérer à une religion catholique, protestante, juive ou musulmane est un droit garanti par l’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

 

Les racines historiques des droits humains

La source première des droits humains réside dans la dignitas humana, la dignité humaine. L’invention de l’imprimerie par Johannes Gutenberg et la diffusion du savoir à partir de 1450 ont joué un rôle décisif. Grâce aux livres et aux pamphlets — notamment les 95 thèses de Luther — le savoir est sorti du monopole des clercs et des élites. La Renaissance a nourri un appétit intellectuel nouveau, fondement de la pensée critique.

 

Dans toute démocratie fonctionnelle, la liberté d’opinion et la liberté d’information sont indispensables. Les gouvernements démocratiques devraient donc soutenir la recherche libre et protéger les lanceurs d’alerte, et non les combattre. Des figures comme Edward Snowden ou Julian Assange sont essentielles à la vitalité démocratique. De même, une presse libre et pluraliste, offrant une diversité d’informations et d’interprétations, est une condition sine qua non de la démocratie.

 

Or, depuis plusieurs décennies, le monde occidental évolue vers un absolutisme qui rappelle le Léviathan de Thomas Hobbes: une opinion unique, une « souveraineté interprétative » exercée par l’État. C’est le début du totalitarisme. Cette évolution est incompatible avec la démocratie. Des milliards d’argent public sont désormais consacrés à la propagande et aux relations publiques. Les citoyens sont saturés de récits fabriqués, de « fausses informations » et de narratifs imposés, qui dictent ce qu’il convient d’aimer ou de haïr.

 

Les grandes périodes de répression de la liberté d’expression

Historiquement, la liberté d’expression n’a jamais été acquise définitivement. En 1600, Giordano Bruno fut brûlé par l’Inquisition. Trente ans plus tard, Galilée se trouva confronté à une situation similaire. Il ne dut sa survie qu’à sa rétractation formelle de l’héliocentrisme.

 

Après la Révolution française, la censure fut largement pratiquée. Napoléon fit détruire dix mille exemplaires de De l’Allemagne de Madame de Staël. Le Congrès de Vienne freina également la diffusion des idées libérales. En Allemagne, ce furent les associations étudiantes et les cercles intellectuels qui défendirent sans relâche la liberté de pensée, dans l’esprit de Cicéron: liberae sunt nostrae cogitationes.

 

Le XIXᵉ siècle fut marqué par de nouvelles vagues de censure, notamment lors des révolutions de 1830 et 1848, ainsi que dans la Russie tsariste. Mais la négation la plus radicale de la liberté d’opinion et de la liberté de la presse survint sous le national-socialisme en Allemagne: arrestations arbitraires, confiscation de biens, internements, exécutions sans procès.

Dans tout régime totalitaire, il n’existe ni liberté de la presse, ni liberté scientifique, ni liberté d’opinion. La peur devient un instrument permanent de gouvernement.

 

La liberté d’expression dans le droit international

La Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 n’avait qu’une valeur déclarative. Ce n’est qu’avec l’entrée en vigueur, le 23 mars 1976, du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) que ces droits sont devenus juridiquement contraignants. Les articles 18 et 19 en constituent les piliers.

Les gouvernements ne peuvent restreindre la liberté d’expression que dans des circonstances très limitées et strictement encadrées par l’article 19 § 3 du Pacte. Ces restrictions doivent être nécessaires, proportionnées et justifiées, notamment pour protéger les droits d’autrui ou la sécurité nationale — notion que le Comité des droits de l’homme de l’ONU a toujours interprétée de manière restrictive.

Dans le cas de Jacques Baud, aucune de ces exceptions n’est applicable. Le Comité des droits de l’homme a rappelé, dans son Observation générale n° 34, que les lois relatives à la sécurité nationale ne peuvent être utilisées pour faire taire des journalistes, chercheurs ou analystes diffusant des informations d’intérêt public.

 

Les analyses de Jacques Baud: une menace pour la démocratie ?

Selon Alfred de Zayas, les analyses de Jacques Baud ne constituent en aucun cas une menace pour l’ordre démocratique européen. Bien au contraire: si elles avaient été prises en compte dès le départ, la crise ukrainienne aurait pu suivre une trajectoire plus pacifique et des centaines de milliers de vies auraient pu être épargnées.

Plutôt que de débattre des faits, les autorités préfèrent disqualifier ces analyses en les qualifiant de « propagande » ou de « théories du complot ». Cette stratégie d’évitement entretient la poursuite du conflit et le drame humain qui l’accompagne.

 

Les « sanctions » contre des individus: une illégalité manifeste

Le terme même de « sanctions » est trompeur. En droit international, il convient de parler de « mesures coercitives unilatérales ». Seules les sanctions adoptées par le Conseil de sécurité des Nations unies sont légales. Toute autre mesure à portée extraterritoriale constitue une violation de la Charte des Nations unies, notamment de son article 2 § 4.

Les mesures imposées à Jacques Baud sont contraires au droit international, aux droits humains et aux principes fondamentaux de l’État de droit. Aucun crime n’a été commis. Aucun procès n’a eu lieu. Aucun droit à la défense n’a été garanti. Les principes élémentaires — nullum crimen sine lege, nulla poena sine lege — ont été bafoués.

Ces mesures violent notamment les articles 19, 25 et 26 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, relatifs à la liberté d’opinion, à la participation à la vie politique et à la non-discrimination fondée sur les opinions politiques.

 

Une dérive inquiétante des « valeurs européennes »

L’Union européenne, en sanctionnant des individus pour leurs opinions ou leurs analyses, trahit ses propres engagements juridiques: les traités de Maastricht et de Lisbonne, la Convention européenne des droits de l’homme et la Charte des droits fondamentaux de l’UE.

 

Selon Alfred de Zayas, l’Europe connaît un recul massif de l’État de droit et une dérive autoritaire qui vise à empêcher toute véritable discussion démocratique. Criminaliser des interprétations historiques ou des opinions divergentes est incompatible avec les obligations internationales des États.

Le droit de se tromper — the right to be wrong — est une composante essentielle de la liberté d’expression. Comme le rappelait déjà Cicéron: errare humanum est.

 

Le devoir de protection de l’État suisse

Face à la confiscation des biens et au gel des comptes de Jacques Baud, citoyen suisse, la Confédération a l’obligation d’exercer la protection diplomatique. L’inaction constituerait une atteinte grave à l’honneur de la Suisse et à ses engagements en matière de droit international.

Ce dossier dépasse le cas individuel de Jacques Baud. Il engage la crédibilité même des démocraties occidentales et pose la question du devenir de la liberté intellectuelle en Europe.

 

Entretien réalisé par Thomas Kaiser - Traduction et rewriting: Louis Giroud

 

———————————

 

Alfred-Maurice de Zayas est juriste internationaliste, historien et professeur de droit. Ancien haut fonctionnaire des Nations unies, il a été secrétaire du Comité des droits de l’homme de l’ONU puis, de 2012 à 2018, Expert indépendant des Nations unies pour la promotion d’un ordre international démocratique et équitable. Docteur en droit et en histoire (Harvard, Göttingen), il enseigne le droit international et est l’auteur de nombreux ouvrages et rapports de référence sur les droits humains, la liberté d’expression et le droit international public.

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LE CABARET DES ILLUSIONS CROISÉES

24 Novembre 2025, 15:42pm

Publié par Eliot M. Ryder

L’Europe des «ultras» enrôlée dans la grande foire des fidélités interchangeables

 

Une vieille inquiétude ronge les travées d'une célèbre «Communauté» inquiète par sa démographie qui décline, par sa diaspora qui s'effiloche, par la rue et les foules qui s'énervent; et la sombre idée qu'un monde est prêt à s’embraser au premier prétexte. Le décor ressemble à une brocante d’angoisses où l'on cherche sa position de repli, son bunker moral. Subitement, les pulsions de survie deviennent stratégiques et s’habillent de grands mots: alliance, front commun, civilisation assiégée...

Dans cette atmosphère trouble, une étrange manœuvre s’est déployée: la quête de fantassins idéologiques chez ceux qui, hier encore, servaient d’épouvantails.

 

Les noces de la panique et de la stratégie

Chaque période agitée fabrique ses opportunistes visionnaires. Ici, les ingénieurs de la peur ont réactivé une vieille recette: trouver des supplétifs, monter des escouades idéologiques, recruter dans le camp même qui servait naguère de repoussoir.

 

Le passé colonial fournit commodément quelques images d’archives: des officiers tricolores découvrant soudain des affinités méditerranéennes, des militants qui se découvrent des fidélités transversales, des alliances de circonstance maquillées en évidences morales.

La version contemporaine reprend les mêmes ficelles, simplement mieux éclairées, mieux maquillées. Dans les couloirs de l’Europe énervée, on trouve désormais des médiateurs, des entremetteurs, des conjurés volontaires. Leur discours est limpide: la menace vient d’un même bloc, donc rassemblons les nôtres. Le «nous» étant, comme toujours, une invention du moment.

 

Les directeurs de conscience de l’extrême droite mondialisée

Le casting est varié. On y trouve des chroniqueurs omniprésents, des romanciers fascinés par la décadence, des éditorialistes obsédés par l’effondrement, des réseaux discrets prêts à murmurer à l’oreille des plus énervés.

Certains tiennent la plume, d’autres tiennent le chéquier.

Certains se prétendent iconoclastes, d’autres philanthropes de l’identité.

Tous jouent une partition identique: évoquer la ruine imminente, souligner l’effritement civilisationnel, désigner l’ennemi structurel et proposer une mystique d’alliance.

 

Un professionnel du verbe, magnétiseur médiatique

Un nom concentre particulièrement l’attention: celui d’un professionnel du verbe, magnétiseur médiatique devenu totem d’une droite qui cherche désespérément une figure à acclamer. Un homme érudit, souriant, farouche, impeccablement relié à ses réseaux d’origine. Une opération de prestige se monte alors comme un lancement de marque: interviews, roman initiatique, cris d’alarme, piques autorisées. La droite radicale, hypnotisée, applaudit sans comprendre qu’on lui tend un miroir maquillé.

 

Le grand théâtre des spontanéités

Dans les partis en quête d’un destin, certains cadres se découvrent une vocation diplomatique: améliorer leurs relations avec la «Communauté», participer à des groupes transnationaux, signer des pétitions en gage de reconnaissance.

Les plus dociles se félicitent ouvertement d’un climat radieux. Les directions se taisent, profitant du courant. Le silence devient stratégie, le mutisme devient approbation.

La scène politique offre alors un spectacle saisissant: de jeunes populistes en quête de respectabilité posent avec des sourires bienveillants dans les salons où l’on bénit l’Occident assiégé.

Ailleurs, certaines héritières du vieux nationalisme se parent d’un enthousiasme exotique pour des capitales où elles rêvent d’aller défiler comme des pèlerines neuves.

 

L’âge des mécènes ambigus

La pièce prend une tournure plus grotesque lorsqu’apparaissent des millionnaires nomades. Des personnages aux origines incertaines, aux portefeuilles bavards, aux intentions parfumées de philanthropie continentale.

Ils promettent des fondations, des congrès internationaux, des financements discrets.

Ils jurent aimer l’Europe, sa tradition, sa mémoire.

Ils exigent simplement une fidélité non négociable: soutenir une puissance étrangère sans poser de question.

 

Leur storytelling est poignant: voyage initiatique, larmes devant les monuments sacrés, révélation mystique sur la symbiose civilisationnelle. On parle de voyages organisés, de pèlerinages politiques, de fraternité géopolitique. La naïveté de certains militants frise la performance artistique.

Les rares chefs lucides coupent net les liens avec ces mécènes inspirés. Ils ferment la porte et découvrent, stupéfaits, que les financements prétendument privés ressemblent étrangement à des budgets d’influence.

 

Le marché transatlantique de la peur religieuse

Dans d’autres pays, les tribuns populistes se réinventent en croisés mondialisés. Ils vont prêcher la sainte frayeur dans les auditoriums américains, parlent d’Occident menacé, d’alliance sacrée, de civilisation encerclée.

Leur rhétorique s’exporte facilement: ligne de front, phare de l’Occident, bastion de la démocratie, danger absolu.

Le marketing fonctionne à merveille: plus c’est apocalyptique, plus ça convainc.

Sur les réseaux, les propagandistes s’en donnent à cœur joie et baptisent leurs ennemis avec des néologismes hystériques. Les nuances disparaissent, les catégories s’aplatissent, l’ennemi grossit comme un ballon de baudruche.

 

Dans les coulisses des alliances de rechange

Un même phénomène se répète partout: les mouvements populaires qui montent dans les urnes deviennent perméables aux opérations d’influence.

L’alibi est toujours identique: lutte contre l’immigration.

Le prix à payer est identique aussi: loyauté politique.

Peu se rendent compte qu’ils troquent leur horizon stratégique contre une cause extérieure à la leur.

La manipulation devient presque comique: des partis nés pour défendre leur peuple se retrouvent enrôlés comme forces auxiliaires d’intérêts qui les dépassent.

 

Les fidélités impossibles en débandade

À l'issue du spectacle, une homélie en patchwok: une chimère politique par un bricolage idéologique, où chaque phrase sert de mot de passe. On y mélange la presse, les migrations, les guerres lointaines, les querelles théologiques, les provocateurs médiatiques, les dettes américaines, les quartiers populaires.

Une avalanche d’arguments devient prêche, une colère devient doctrine, une obsession devient drapeau.

On invoque la morale, la tradition, le sacré, le territoire, tout cela dans un chaos spectaculaire où plus personne ne sait qui parle, ni pour qui.

 

Le grand miroir truqué

Au terme de cette parade, une évidence surgit: c’est l’Europe énervée qu’on recrute, pas pour elle-même mais comme garnison de substitution.

Une armée de réserve, destinée à défendre une cause qui n’est pas la sienne.

Le décor change, les slogans s’accordent, les alliances s’empressent.

Le piège est simple: transformer la défense identitaire en mission étrangère.

L’Europe radicale devient la vigie d’un autre navire.

 

Une stratégie d’influence se déploie, parfaitement maquillée, parfaitement huilée.

Et dans ce carnaval, les dupes n’ont même pas conscience que la musique ne sort pas de leur orchestre.

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Allemagne: la redécouverte d’une vocation martiale qui fait froid dans le dos

17 Novembre 2025, 18:56pm

Publié par Eliot M. Ryder

L’Allemagne officielle se découvre une vocation martiale avec la componction d’un comptable qui, du jour au lendemain, se prend pour un stratège — un stratège amnésique, qui feint d’oublier que la Russie n’a jamais franchi ses frontières alors que Berlin, lui, a déjà traversé les steppes avec l’ardeur méthodique qu’on sait. Les préparatifs tonitruants, les brochures multicolores de la Bundeswehr, les sermons des évêques : tout concourt à fabriquer une atmosphère de mobilisation où la gravité se confond avec l’automatisme bureaucratique.

Au milieu de ce théâtre de carton-pâte, un détail finit par résumer l’époque : les évêques catholiques se découvrent soudain une vocation de stratèges. Leur lettre à quatre pages, publiée avec le sérieux d’un bulletin paroissial, embrasse sans ciller la version officielle du conflit ukrainien. On y répète la litanie canonique : « agression russe », « invasion totale », « menace croissante ». Rien qui dépasse la ligne sacrée du gouvernement ; l’Église se met au pas, docile comme une administration départementale. Une foi nouvelle s’impose : la foi dans la nécessité militaire. Le vocabulaire s’alourdit de mots pesants — « capacité de défense », « menace », « dissuasion appropriée » — qui tombent comme des hosties blindées sur l’esprit du lecteur.

Les vieux rêves d’uniformes

Le service militaire obligatoire, relégué dans les archives poussiéreuses de la République fédérale, réapparaît soudain dans les tiroirs ministériels. Non pour répondre à une menace tangible, mais pour rappeler à chacun son devoir de figurant dans la grande pièce nationale intitulée OPLAN DEU, le « Plan d’Opération Allemagne », cette matrice secrète où s’élabore une défense totale du territoire, conçue comme une liturgie moderne. Les experts, les Länder, les communes, les secteurs privés, les services d’urgence : tout ce qui respire entre Berlin et Munich est convoqué pour participer à la chorégraphie. L’Allemagne se rêve compacte, disciplinée, soudée dans un embrigadement pacifié. C’est le retour du « Tous ensemble », mais sous uniforme.

Cette frontière entre le militaire et le civil qui se « re-dissout »

Les documents officiels en disent plus long que leurs rédacteurs. « L’Allemagne. Ensemble. Défendre ! » proclame le slogan. Pas un mot de trop : tout est dans la fusion obligatoire entre le citoyen et la machine d’État. La figure du soldat se dilue dans la société civile, comme si l’hôpital de quartier, la crèche municipale et l’entreprise de logistique de Hambourg devaient désormais coécrire la stratégie militaire. La frontière entre civil et militaire se dissout lentement, avec une lenteur volontaire, presque voluptueuse. La guerre redevient une option parmi d’autres dans la gestion du pays, un point du programme gouvernemental, une ligne budgétaire.

L’hystérie autour des drones

Le grotesque n’épargne pas l’imaginaire. L’hystérie autour des drones, savamment entretenue par les médias et confirmée sans honte par des responsables militaires, sert d’outil psychologique. Le citoyen allemand doit se sentir menacé à chaque battement d’ailes mécanique au-dessus de son jardin. Le but n’est plus de comprendre ; le but est de croire. Le drone devient la colombe noire d’une religion nouvelle où la peur assure la cohésion nationale. On alimente ce climat avec une insistance scolaire, comme si l’angoisse devait remplacer la pensée. La stratégie contemporaine ne réclame pas le consentement éclairé mais la panique docile.

Un journaliste allemand le remarquait récemment : tout ce mécanisme d’affolement programmé rappelle avec une ironie involontaire les analyses que Gustave M. Gilbert attribuait naguère à Hermann Göring. Non que la comparaison soit parfaite, mais suffisamment suggestive pour mettre mal à l’aise : la guerre ne se fabrique pas seulement avec des canons ; elle se fabrique avec un récit, une menace omniprésente, un vocabulaire de péril qui finit par saturer les écrans, les esprits, les prières.

Ne pas faire croire qu’on se prépare à la guerre sans la provoquer

À ce stade, une voix du passé tente encore de se faire entendre. Celle de Martin Niemöller, le pasteur qui connut les prisons nazies et qui rappelait, avec une lucidité que l’époque prétend avoir dépassée, que l’homme privé de conscience cesse d’être un homme. L’État qui exige cette abdication creuse sa propre tombe. Il fabrique des robots performants, mais des robots incapables de soutenir ce qui fait vivre une collectivité : le discernement, la responsabilité, la honte. Niemöller dénonçait aussi cette autre folie : croire qu’on peut se préparer à la guerre sans la susciter. L’habituation, selon lui, constitue la première étape de l’embrasement.

On n’hurle plus comme par le passé.. on explique

Aujourd’hui, cette habituation se recompose sous des formes plus policées. Les discours sont feutrés, les conférences de presse mesurées, les dossiers PDF impeccablement mis en page. On ne crie plus ; on explique. On n’impose plus ; on « informe ». On ne mobilise pas ; on « sensibilise ». Les gouvernants avancent avec un calme administratif qui donne à la militarisation un parfum de normalité. On ne prépare plus la guerre : on met en conformité le pays avec un futur supposé inévitable.

Cette Histoire qui n’aura servi à rien…

L’ironie tragique réside là : l’Allemagne croit se fortifier alors qu’elle s’érode. Elle s’enivre de la perspective de sa propre vulnérabilité, comme si la peur devenait la substance identitaire manquante. Elle appelle au sursaut national sans comprendre que ce « sursaut » ne peut produire que l’obéissance, jamais la lucidité. En prétendant se rendre « apte à la guerre », elle prépare la régression de l’homme en instrument, la transformation du citoyen en pièce détachée.

Niemöller avait raison : un État qui réclame des outils et non des consciences prépare sa propre disparition. L’Allemagne contemporaine, en s’adossant à ses fictions de menace, pourrait bien finir par se défaire elle-même, dans une sorte d’autodafé administratif où la sécurité devient un but en soi, une fin sans fin, un simulacre de grandeur.

L’Histoire l’a déjà montré : les nations ne meurent pas toujours sous les bombes.
Elles meurent aussi sous la surcharge de leurs propres plans.

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Les dessous d’un scandale d’État: Nicolas Sarkozy, une condamnation historique dans l’affaire Kadhafi

28 Octobre 2025, 20:23pm

Publié par Louis Giroud

L’annonce a eu l’effet d’un séisme politique : Ce verdict à 5 ans de prison s’ajoute à une série d’affaires pénales dans lesquelles son nom a été cité, parfois impliqué, parfois condamné. L’ancien président de la République française compte déjà trois condamnations : dans l’affaire Bismuth, devenue définitive ; dans l’affaire Bygmalion, en attente du pourvoi en cassation ; et désormais dans l’affaire Kadhafi, pour association de malfaiteurs.

Dans cette dernière, il a fait appel, tout comme le parquet national financier, insatisfait que tous les chefs d’accusation n’aient pas été retenus. La gravité de cette affaire dépasse, de loin, une simple question de financement électoral. Elle remonte à 2005, alors que Sarkozy est ministre de l’Intérieur. Deux de ses proches, Claude Guéant, son directeur de cabinet, et Brice Hortefeux, son ami intime et ministre délégué, se rendent à Tripoli pour rencontrer Abdallah Senoussi, chef des services secrets libyens. Ce dernier avait été condamné à perpétuité en France pour l’attentat contre un DC-10 d’UTA, qui avait fait 170 morts dont 50 Français.

Ces émissaires français serrent la main d’un homme condamné pour terrorisme, dans une opération destinée à préparer le financement occulte de la campagne présidentielle de 2007. L’argent libyen devait alimenter les caisses de la campagne de Nicolas Sarkozy. Une fois élu président, il accueille en grande pompe Muammar Kadhafi à Paris : une image restée célèbre, symbole d’une alliance pour le moins sulfureuse.

Des preuves accablantes réunies par le parquet

Le parquet national financier a réuni un faisceau de preuves particulièrement solide, consignées dans un jugement de 400 pages rendu le 25 septembre 2025. Ces éléments incluent les rencontres entre Hortefeux, Guéant et des responsables libyens ; les mouvements financiers vers des comptes ouverts par Ziad Takieddine dans une banque suisse ; les retraits en espèces de ces sommes ; ainsi que des pièces inattendues comme le journal intime de l’ancien ministre libyen du pétrole — retrouvé après sa mort mystérieuse dans le Danube.

Dans ce carnet, l’homme note les versements opérés par le régime libyen au profit de Sarkozy. Sur la base de ces éléments, le parquet a requis une lourde peine : sept ans de prison ferme, 300 000 euros d’amende et cinq années d’inéligibilité. Le procureur a dénoncé « un pacte de corruption faustien avec l’un des dictateurs les plus infréquentables de la planète », soulignant que Sarkozy avait détourné les moyens de sa fonction pour servir les intérêts libyens.

Même Stéphane Durand-Soufflant, chroniqueur judiciaire réputé proche de Sarkozy, a reconnu que l’argumentation du parquet avait été « dévastatrice ».

Une dette politique transformée en guerre

Quatre ans après ce pacte occulte, le scénario prend une tournure tragique. En 2011, au moment des printemps arabes — eux-mêmes liés aux stratégies d’ingérence occidentales et aux révolutions de couleur soutenues notamment par Open Society Foundations et la Central Intelligence Agency — Nicolas Sarkozy, alors président, lance une offensive militaire contre la Libye.

Celui qui devait sa victoire électorale à Kadhafi participe à l’effondrement de son régime. Quatorze ans plus tard, le chaos né de cette intervention continue de ravager le pays.

Kadhafi, arrêté puis lynché, n’aura jamais été jugé. Il ne pourra donc jamais confirmer les financements occultes versés à Sarkozy. Pour le parquet, les chefs d’accusation — corruption, détournement de fonds publics, financement illégal de campagne électorale, association de malfaiteurs — ne sont que la partie visible d’un acte de haute trahison. Dans un autre contexte politique, Sarkozy aurait pu être poursuivi pour intelligence avec une puissance étrangère.

Le précédent de Lisbonne : une autre trahison politique

Au-delà de l’affaire Kadhafi, une autre décision historique de Sarkozy revient dans le débat : la ratification en 2007 du traité de Lisbonne. Ce texte reprenait presque intégralement le projet de Constitution européenne rejeté par référendum en 2005. En choisissant de le faire adopter par le Parlement plutôt que par le peuple, le président a contourné la souveraineté populaire.

Le traité stipulait que le droit européen primait sur les constitutions nationales, ce qui portait atteinte à la souveraineté française. Le Conseil constitutionnel (France) aurait pu — et dû — censurer cette ratification. Il ne l’a pas fait, invoquant des raisons procédurales hypocrites, alors même que le principe en question figurait en annexe.

Sarkozy n’a jamais été inquiété pour cet acte, pourtant assimilable à une forfaiture. Le Parlement, largement complice, n’a pas dénoncé cette violation des principes démocratiques fondamentaux.

Les faux arguments de la défense et la comparaison avec d’autres affaires

Les défenseurs de Sarkozy ont dénoncé une prétendue « justice politique », rappelant notamment l’article publié par Mediapart en 2012, qu’ils qualifient de faux. Or, même en admettant cette hypothèse, elle n’aurait aucune incidence : les preuves accumulées suffisent largement à établir sa culpabilité.

Des affaires célèbres illustrent cette mécanique : dans l’affaire O.J. Simpson, l’absence de preuve juridiquement irréprochable avait conduit à une relaxe au pénal malgré des éléments accablants. De même, lors de l’affaire Dreyfus, un faux avait été fabriqué alors même que la condamnation avait déjà été prononcée, sans nécessité probatoire supplémentaire.

Dans le cas Sarkozy, l’article de Mediapart est anecdotique : le cœur du dossier repose sur des éléments financiers, diplomatiques et judiciaires documentés. Malgré cela, certains dénoncent une justice « impitoyable ». Pourtant, à y regarder de près, la justice a été plutôt clémente avec l’ancien président.

L’affaire Karachi : une première alerte ignorée

Bien avant l’affaire Kadhafi, un autre dossier sensible avait déjà mis en lumière la proximité de Nicolas Sarkozy avec des circuits de financement illégal : l’affaire Karachi. En 1995, Édouard Balladur, alors Premier ministre, finance sa campagne présidentielle par des rétrocommissions issues de contrats de vente de sous-marins à des États étrangers. Ces rétrocommissions correspondaient au reversement d’une partie des pots-de-vin versés pour conclure ces marchés.

Lorsque Jacques Chirac accède à l’Élysée et décide d’interrompre ces versements, l’affaire tourne au drame : un attentat à Karachi fait plusieurs dizaines de morts, des Français pour la plupart. Balladur, pourtant chef du gouvernement à l’époque, est relaxé par la Cour de justice de la République, comme s’il avait ignoré les flux financiers occultes. Ses collaborateurs directs, eux, sont condamnés par la justice ordinaire.

Sarkozy, alors directeur de campagne de Balladur et ministre du Budget, avait autorisé la création d’une société écran au Luxembourg, outil central du retour des rétrocommissions. Il aurait dû, logiquement, être inquiété pour complicité dans une affaire d’une extrême gravité. Il ne le sera jamais.

L’affaire Bygmalion : un dépassement massif passé au tamis

En 2012, candidat à sa propre réélection, Sarkozy dépasse largement le plafond légal des dépenses de campagne : 40 millions d’euros au lieu des 20 millions autorisés. Pour masquer cet excès, le parti Union pour un Mouvement Populaire finance illégalement la différence via un système de fausses factures orchestré par la société Bygmalion, chargée de l’organisation des meetings.

La justice poursuit alors les dirigeants de Bygmalion et plusieurs responsables de l’UMP pour abus de biens sociaux, recel et complicité. Mais ni Jean-François Copé, alors président du parti, ni Sarkozy ne sont poursuivis pour les infractions les plus lourdes. Ce dernier n’est condamné que pour dépassement des dépenses de campagne. Un traitement d’une clémence remarquable.

L’affaire Kadhafi : des chefs d’accusation réduits

Même dans l’affaire Kadhafi, la justice n’a retenu qu’un seul chef d’accusation — l’association de malfaiteurs — sur les quatre initialement visés par le parquet. Le tribunal estime ne pas disposer de la « preuve absolue » que les fonds libyens soient parvenus directement à la campagne de 2007. Pourtant, les flux sont documentés : argent libyen → comptes suisses de Ziad Takieddine → retraits en espèces.

L’argument du doute paraît fragile. Pourquoi Takieddine aurait-il retiré des sommes considérables pour les garder pour lui, tout en restant en bons termes avec l’entourage de Sarkozy ? La logique même de l’opération financière plaide contre cette version. Le parquet national financier espère que l’appel permettra de rétablir l’ensemble des chefs d’accusation.

L’affaire Bismuth : une corruption enregistrée

Dans l’affaire Bismuth, Sarkozy est condamné définitivement — première instance, appel, cassation — pour corruption et trafic d’influence. Les preuves sont matérielles : des enregistrements publiés notamment par Le Monde révèlent les échanges entre Sarkozy et son avocat Thierry Herzog. Ensemble, ils élaborent un pacte de corruption avec Gilles Azibert, procureur général à la Cour de cassation (France), afin d’obtenir des informations et des interventions favorables dans une procédure visant à récupérer l’agenda présidentiel saisi dans une affaire antérieure.

Le parquet souligne qu’il est exceptionnel d’avoir une preuve aussi directe dans une affaire de corruption. Pourtant, malgré cette solidité probatoire, certains défenseurs de Sarkozy invoquent la violation du secret avocat-client. Les juridictions françaises ont jugé que ces écoutes étaient légitimes : un avocat n’a pas pour rôle de participer à la mise en place d’un pacte de corruption.

Une défense procédurale aux effets limités

L’argument des défenseurs de Sarkozy repose essentiellement sur la forme : le caractère supposément illégal de l’enregistrement. Mais les magistrats ont confirmé la validité des écoutes à chaque niveau de juridiction. Sarkozy a été reconnu coupable sept fois consécutivement, à chaque étape. Même si la Cour européenne des droits de l'homme venait à annuler la procédure pour vice formel, la culpabilité matérielle resterait établie.

Dans les conversations interceptées, Sarkozy utilisait une ligne téléphonique achetée au nom d’un certain « Bismuth » — un Israélien parti à l’étranger — pour échapper à la surveillance. Une taupe l’informe qu’il est écouté, ce qui conduit à un brusque changement de ton dans ses échanges avec Herzog et Azibert. Dès lors, le projet de récompense à Monaco, promis à Azibert en échange de ses interventions, est abandonné.

Même si une annulation procédurale survenait à Strasbourg, elle n’effacerait en rien les éléments matériels accablants : elle ne ferait que souligner l’écart entre culpabilité prouvée et responsabilité judiciaire effective.

Un soutien politique paradoxal

La condamnation dans l’affaire Bismuth entraîne aussi la radiation de Sarkozy de l’Ordre de la Légion d'honneur, conformément à l’article L61 du Code de l’Ordre, qui prévoit l’exclusion automatique pour toute personne condamnée à une peine d’emprisonnement ferme d’au moins un an. Le grand chancelier, François Lecointre, justifie cette application stricte de la règle.

Cette mesure suscite l’indignation de plusieurs responsables politiques, y compris Jordan Bardella, président du Rassemblement national, pourtant chef d’un parti historiquement eurosceptique. Ce soutien interroge : Sarkozy est précisément l’homme du traité de Lisbonne, symbole d’une abdication de souveraineté nationale à laquelle le RN s’était opposé.

« État de droit » et aberrations procédurales

L’orateur illustre ce qu’il considère comme les paradoxes — voire les aberrations — de l’« État de droit » : malgré des preuves constituées, des criminels peuvent être relaxés pour des raisons de pure forme. Exemple à l’appui : un magistrat new-yorkais aurait relaxé un assassin pourtant confondu par des éléments irréfutables au motif que la procédure du FBI n’avait pas été respectée. Cette critique sert de prélude à un rappel : on peut débattre des formes, mais la culpabilité matérielle demeure, y compris lorsque des décisions judiciaires viennent, a posteriori, effacer une procédure.

Parenthèse d’objectivité : Bettencourt, Strauss-Kahn, Le Pen

L’auteur revendique son impartialité et cite trois dossiers où, malgré ses désaccords politiques, il estime que les poursuites ou les condamnations étaient infondées :

  • Affaire Bettencourt (abus de faiblesse) : selon lui, Liliane Bettencourt, quoique âgée, n’était pas « gâteuse » ; elle savait ce qu’elle faisait en remettant des enveloppes d’argent aux responsables politiques, comme elle l’avait toujours fait. Le juge Jean-Michel Gentil a finalement abandonné les poursuites ; pour l’orateur, Nicolas Sarkozy était innocent dans ce dossier.
  • Affaires Strauss-Kahn (Sofitel de New York : accusation de viol ; Carlton de Lille : proxénétisme) : il juge Dominique Strauss-Kahn innocent dans les deux procédures, tout en brossant un portrait moral au vitriol. Il avance l’hypothèse d’un complot au Sofitel ayant visé à écarter un adversaire redoutable en 2012 — complot dont il attribue la paternité, selon toute vraisemblance, à Nicolas Sarkozy. Il s’agit d’une thèse personnelle, qu’il présente explicitement comme telle.
  • Affaire des assistants parlementaires (Marine Le Pen) : l’orateur dit avoir défendu l’innocence de Marine Le Pen malgré la condamnation pour détournement de fonds publics, au motif que la jurisprudence appliquée serait contestable et devrait être abandonnée.

Bismuth, carrefour de quatre dossiers

L’affaire Bismuth n’est pas isolée ; elle se trouve, selon l’analyse proposée, au croisement de quatre contentieux :

  1. Bismuth elle-même : les écoutes révèlent un pacte de corruption avec Gilles Azibert pour influencer une formation de jugement et récupérer l’agenda présidentiel saisi.
  2. Bettencourt : c’est précisément dans ce dossier que l’agenda de Nicolas Sarkozy avait été saisi ; d’où l’empressement à le récupérer, via des voies illégales.
  3. Kadhafi : si Sarkozy est sur écoute, c’est d’abord parce que le parquet national financier cherche des preuves dans l’affaire de financement libyen. Les écoutes mettront pourtant au jour un autre pacte de corruption : celui qualifié de Bismuth.
  4. Tapie / Adidas : l’agenda, que Sarkozy voulait absolument récupérer, répertoriait des dizaines de rendez-vous à l’Élysée avec Bernard Tapie. Ces rencontres ont débouché sur un arbitrage frauduleux octroyant 403 millions d’euros à l’homme d’affaires dans son litige avec le Crédit Lyonnais. Tapie est décédé avant sa condamnation définitive ; ses arbitres, eux, ont été condamnés.
    Quant à Sarkozy, l’immunité présidentielle couvrait ses actes, mais l’exposition politique de son rôle supposé dans cet arbitrage constituait un risque majeur — d’où, selon l’orateur, la volonté d’empêcher que l’agenda alimente les procédures.

Panorama récapitulatif des affaires citées

La liste des dossiers évoqués, d’ampleur et de gravité variables, est la suivante :
Karachi (1995) ; Kadhafi (2007) ; Tapie / Adidas (2008) ; Qatar (2010) ; Sondages de l’Élysée (2011) ; Courbit (2012) ; Bygmalion (2012) ; Bismuth (2014).
Plusieurs d’entre eux, soutient l’orateur, sont « gravissimes » au regard des intérêts fondamentaux de l’État et de la probité publique.

Un entourage sous les projecteurs

Le constat se prolonge par une généalogie des proches de Nicolas Sarkozy, dont un nombre significatif a été poursuivi, condamné, ou cité dans des affaires pénales :

  • Claude Guéant : déjà condamné pour détournement de fonds publics, pour avoir capté les primes destinées à des agents du ministère de l’Intérieur.
  • François Pérol : secrétaire général adjoint de l’Élysée sous Sarkozy, chef d’orchestre de la fusion Caisse d’Épargne / Banques Populaires (BPCE), puis rapidement devenu président de la nouvelle entité ; pour l’orateur, cela caractérise une prise illégale d’intérêts. Poursuivi, avec des réquisitions de prison en première instance et en appel, il a finalement été relaxé, au grand étonnement de l’auteur qui juge les faits patents.

La liste — non exhaustive — s’allonge : Patrick Balkany et Isabelle Balkany, Jean-François Étienne des Rosaies(Kazakhgate), Joëlle Ceccaldi-Raynaud, Éric Woerth, Bernard Squarcini, Stéphane Courbit, Catherine Vautrin, Alain Carignon, ainsi que d’autres noms cités dans le désordre par l’orateur. « Excusez du peu », conclut-il, pour souligner l’ampleur du sillage judiciaire entourant l’ancien chef de l’État.

Conclusion : une chaîne de dossiers et une question de probité publique

Des rétrocommissions de Karachi aux flux libyens, du pacte Bismuth à l’arbitrage Tapie, le récit assemble des briques éparses pour dresser l’image d’un système : tolérances procédurales, clémences sélectives, immunités, et un entourage fréquemment rattrapé par la justice. L’auteur concède des contre-exemples (Bettencourt, Strauss-Kahn, Le Pen) pour revendiquer son objectivité, mais son diagnostic final demeure implacable : la probité de l’État et la souveraineté populaire auraient été mises à mal, et la réponse judiciaire — bien qu’existante — serait restée en-deçàde la réalité des faits allégués.

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