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Le Média Libre de La Suisse Indépendante et Neutre...

L’assassinat d’Igor Kirilov : un coup en plein cœur de Moscou et une nouvelle escalade géopolitique

19 Décembre 2024, 02:14am

Publié par Louis Giroud

L’assassinat d’Igor Kirilov, général de premier plan dans la stratégie de défense russe, marque une escalade dramatique dans la guerre hybride opposant la Russie à l’Occident. Cet acte, revendiqué par les services ukrainiens et présumé orchestré avec l’appui de l’OTAN, vise à porter un coup décisif au cœur du système de protection stratégique russe.

L’attaque ne se limite pas à un acte de terreur isolé. En éliminant Kirilov, l’Occident cherche à affaiblir les capacités militaires russes tout en étouffant une voix qui exposait leurs manœuvres obscures. Kirilov avait révélé au monde les activités clandestines des biolabs américains en Ukraine, financés par Washington, et dénoncé la préparation par Kiev d’une bombe nucléaire sale. Ce courage face aux manipulations occidentales a scellé son destin. Ces déclarations, perçues comme une menace par ses adversaires, l’ont placé au centre d’un conflit d’informations global.

Le général Kirilov, chef des troupes de protection Nucléaire, Radiologique, Biologique et Chimique (NRBC), a été tué par l’explosion d’une bombe dissimulée dans une trottinette électrique, activée à distance dans un quartier résidentiel de Moscou.

L’attaque met en lumière une sophistication qui dépasse les moyens des groupes locaux, suggérant une implication directe de puissances occidentales. Le choix de l’arme — une trottinette électrique truffée d’explosifs — témoigne d’une préparation minutieuse et d’une logistique avancée. Cette audace, en plein cœur de la capitale russe, traduit un message clair : personne n’est à l’abri.

Cet assassinat intervient à un moment critique, à la veille d’un discours très attendu de Vladimir Poutine. Ce discours, comparable à l’état de l’Union aux États-Unis, est considéré comme un moment clé pour énoncer les grandes lignes de la stratégie russe. La disparition de Kirilov pourrait être exploitée pour illustrer la détermination des ennemis de la Russie, mais également pour galvaniser l’opinion publique interne et renforcer la justification des actions russes en Ukraine.

Le général Kirilov jouait un rôle crucial dans la gestion des menaces NRBC, ainsi que dans la dénonciation d’opérations secrètes occidentales. Il avait notamment mis en avant des preuves supposées liées aux laboratoires biologiques en Ukraine, qui, selon lui, auraient été impliqués dans des expérimentations interdites. Il pointait également du doigt des financements opaques et des complicités entre ces installations et des entreprises occidentales, impliquant même des personnalités politiques influentes.

Les accusations de Kirilov avaient été largement rejetées par les institutions internationales et les médias occidentaux, mais elles demeurent une pierre angulaire de la narration russe sur la guerre hybride. Les affirmations selon lesquelles ces laboratoires pourraient manipuler des agents pathogènes pour cibler des populations sur des bases génétiques relèvent de la science-fiction pour certains, mais elles illustrent la profondeur des tensions entre Moscou et ses adversaires.

L’assassinat de Kirilov s’inscrit dans une série d’attaques ciblées, notamment contre des figures clés de la société russe, comme Daria Douguina, fille du philosophe Alexandre Douguine. Ces actions soulèvent des questions sur la capacité des services de sécurité russes à prévenir de telles opérations sur leur propre territoire.

Enfin, cette provocation souligne une stratégie occidentale visant à prolonger le conflit et à maintenir une pression constante sur le Kremlin. Si l’assassinat de Kirilov ne modifie pas fondamentalement les équilibres militaires, il envoie un signal puissant : même dans ses bastions, la Russie reste vulnérable. Cette escalade pourrait toutefois renforcer la détermination de Moscou, tout en exacerbant les tensions internationales et en rapprochant le monde d’un point de non-retour dans ce conflit globalisé.

Vidéo ici

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Le long flirt de Washington avec les groupes terroristes en Syrie

19 Décembre 2024, 00:47am

Publié par Ted Galen Carpenter 

L’effondrement du régime syrien de Bachar Al-Assad s’est produit à une vitesse stupéfiante. Il ne fait aucun doute que l’administration de Joe Biden et plusieurs alliés des États-Unis, en particulier la Turquie, se sont réjouis de ce résultat. Washington a travaillé avec diligence pour forcer Assad à quitter le pouvoir depuis 2011, même si cet effort a déclenché une guerre civile qui a fait plus de 600 000 morts et déplacé plus de 13 millions de personnes.

L’intervention militaire de la Russie en 2015 a cependant donné un nouveau souffle au régime d’Assad et à l’armée syrienne. Jusqu’à la dernière offensive, le contrôle du territoire syrien par les rebelles s’était considérablement réduit.

L’administration Biden, ainsi que les porte-parole pro-impériaux des médias de l’establishment, ont, comme on pouvait s’y attendre, présenté la victoire spectaculaire des rebelles comme la « libération » du peuple syrien opprimé. La séquence principale de l’édition du 15 décembre de l’émission « 60 Minutes » de la chaîne CBS était typique. Cette propagande s’inscrit dans une longue et déshonorante tradition qui consiste à présenter même les agents les plus corrompus et les plus autoritaires de Washington comme des défenseurs de la liberté et de la démocratie. Le blanchiment du régime autocratique de Volodymyr Zelensky en Ukraine en est un autre exemple.

Personne ne conteste sérieusement que la famille Assad, qui a dirigé la Syrie d’une main de fer pendant des décennies, était une élite gouvernante néfaste. Toutefois, la nature abusive du régime en place ne signifiait pas automatiquement que ses opposants étaient meilleurs. Les responsables américains se sont pourtant comportés avec la certitude absolue que les factions anti-Assad constitueraient une amélioration majeure de la gouvernance de la Syrie et qu’elles amélioreraient les perspectives générales de paix au Moyen-Orient. En ce qui concerne la Syrie en particulier, Washington a flirté sans vergogne avec les radicaux islamiques. Les décideurs politiques américains devraient agir avec moins d’arrogance et beaucoup plus de prudence. La principale faction de la coalition qui a renversé Assad est Hay’at Tahrir al-Sham (HTS), qui, jusqu’à très récemment, entretenait des liens étroits avec Al-Qaïda et que les États-Unis considèrent officiellement comme une organisation terroriste. Au cours de la première phase de la guerre civile en Syrie, la faction militaire insurgée la plus puissante (et de loin) était le Front Nosra – l’affilié officiel d’Al-Qaïda en Syrie.

La Syrie était et est toujours une fragile tapisserie ethnoreligieuse. La population ethnique arabe prédominante se subdivise en sunnites (environ 60 % de la population arabe) ; chrétiens (10-12 %) ; alaouites, une ramification chiite (également 10-12 %) ; et druzes, une secte conjuguant des éléments de l’islam chiite, du christianisme et du judaïsme (environ 5 %).Le reste de la population comprend diverses minorités ethniques (principalement sunnites), principalement des Kurdes (environ 10 %) de la population syrienne totale.

Pendant plus de quatre décennies, la famille Assad, qui est alaouite, est restée au pouvoir grâce à la loyauté de son bloc alaouite et à son alliance souple avec les chrétiens, les druzes et d’autres groupes ethniques plus petits. Ce qui a éclaté en 2011 s’est rapidement transformé en une tentative largement sunnite soutenue par la Turquie et l’Arabie saoudite de renverser le gouvernement de la « coalition des minorités religieuses » d’Assad. L’éviction d’Assad pourrait bien ouvrir la porte à la tyrannie et à la persécution des minorités par un nouveau régime dominé par les sunnites.

Néanmoins, certains responsables et leaders d’opinion américains, en particulier sous l’administration de Barack Obama, ont ouvertement prôné la coopération avec Al-Qaïda et ses alliés. L’ancien directeur de la CIA, David Petraeus, par exemple, a insisté sur le fait que certains des éléments « plus modérés » de l’organisation pouvaient être des alliés utiles pour les États-Unis et devaient donc être courtisés. Jake Sullivan, qui deviendra plus tard le conseiller à la sécurité nationale du président Joe Biden, a adopté un raisonnement similaire.
Il s’agit d’un aveuglement politique troublant et persistant.

Il y a quelques semaines à peine, Sullivan se moquait éperdument que les États-Unis ne pleurent pas sur le fait que les forces gouvernementales syriennes subissent une pression croissante de la part des combattants du HTS. Au vu des développements ultérieurs en Syrie, on peut se demander si l’administration Biden n’avait pas déjà décidé d’aider le HTS et ses cohortes idéologiques à lancer une nouvelle offensive pour évincer Assad.

Croire que la révolution en Syrie pourrait bien produire un système démocratique stable et tolérant à long terme semble extrêmement naïf. Les schismes religieux du pays suffisent à eux seuls à générer des résultats dangereux, potentiellement très violents. Si l’on ajoute à ce mélange explosif divers facteurs économiques, géographiques et religieux, une nouvelle guerre civile catastrophique n’est que trop probable.

Il y a aussi la lutte géostratégique en cours entre l’Occident et la Russie, dans laquelle la base navale de Moscou en Syrie pourrait devenir un enjeu majeur. Moscou semble sur le point de conclure un accord avec le nouveau gouvernement syrien sur le maintien du statu quo concernant sa base navale, mais la fiabilité de cette promesse reste incertaine. Elle pourrait devenir un nouveau point d’ignition entre  Moscou et Washington, ce qui est la dernière chose que l’administration entrante de Donald Trump devrait souhaiter.

La Syrie est un gâchis sanglant, et les dirigeants américains sont largement coupables d’avoir contribué à créer cette situation. La meilleure option consiste désormais à mettre fin à l’ingérence incessante de Washington et à ne pas aggraver la situation. Que la Syrie soit la dernière croisade armée tragique des États-Unis au Moyen-Orient – ou ailleurs.

 

Ted Galen Carpenter est maître de conférences au Randolph Bourne Institute et maître de conférences au Libertarian Institute. Il a également occupé plusieurs postes à responsabilité au cours d’une carrière de 37 ans à l’Institut Cato. M. Carpenter est l’auteur de 13 livres et de plus de 1 300 articles sur la politique étrangère, la sécurité nationale et la vie civile. Unreliable Watchdog: The News Media and U.S. Foreign Policy (2022). 

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Le maccarthysme à l’européenne: La répression des élites contre les dissidents

19 Décembre 2024, 00:29am

Publié par Eldar Mamedov

Alors que la guerre entre la Russie et l’Ukraine est présentée par les politiciens et les commentateurs au pouvoir en Europe et en Amérique comme faisant partie d’une prétendue lutte mondiale entre les démocraties et les autocraties, la qualité de la démocratie en Occident elle-même en a pris un coup.

Les voix dominantes qui prônent la victoire de l’Ukraine et la défaite de la Russie, toutes deux définies en termes maximalistes et de plus en plus irréalisables, ont l’intention d’étouffer les perspectives plus réfléchies et nuancées, privant ainsi le public d’un débat démocratique sur les questions existentielles de la guerre et de la paix.

Dans un schéma familier à travers l’Occident, des universitaires respectés qui ont correctement prédit le bourbier dans lequel l’Ukraine et l’Occident se trouvent aujourd’hui ont été dénoncés et délégitimés en tant que porte-parole du Kremlin, soumis au harcèlement, à la marginalisation et à l’ostracisme.

La situation est particulièrement alarmante en Europe. Alors que le débat sur l’Ukraine aux États-Unis est, dans une mesure inquiétante, façonné par des groupes de réflexion pro-militaristes, tels que l’Atlantic Council, des politiciens faucons et des experts néoconservateurs, un mouvement compensatoire composé de voix favorables à la modération s’est développé. Il s’agit notamment de Defense Priorities, du CATO Institute, de publications telles que The Nation à gauche et The American Conservative à droite, ainsi que d’universitaires tels que Stephen Walt, John Mearsheimer et Jeffrey Sachs, entre autres. Il y a plus d’espace pour les voix alternatives dans le discours américain.

En Europe, en revanche, les débats sur la politique étrangère ont tendance à se contenter de faire écho aux voix les plus bellicistes du Cercle de Washington.

La Suède est un exemple particulièrement révélateur de cette tendance. Après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le gouvernement et la classe politique suédois ont rapidement décidé de rejoindre l’OTAN. Pourtant, comme me l’a dit l’une des principales spécialistes suédoises des relations internationales, Frida Stranne, lors d’une interview, « aucun débat digne de ce nom n’a eu lieu sur les questions clés, comme celle de savoir si l’agression de la Russie contre l’Ukraine constituait une menace si immédiate pour la sécurité de la Suède qu’elle devait abandonner le statut de neutralité dont elle jouissait déjà pendant la guerre froide ». (Je peux témoigner moi-même, pour avoir travaillé comme conseiller principal en politique étrangère au Parlement européen au début de l’année 2022, que même certains membres du parti social-démocrate suédois, alors au pouvoir, étaient horrifiés de voir le gouvernement ignorer les points de vue divergents sur l’OTAN).

En outre, lors d’une conversation avec moi, Mme Stranne, tout en reconnaissant que l’invasion de l’Ukraine par la Russie était « une violation flagrante du droit international », a attiré l’attention sur les politiques américaines depuis 2001, telles que l’invasion de l’Irak, notant qu’elles « ont contribué à saper les principes du droit international et à créer un précédent pour d’autres pays agissant de manière “préemptive” contre des menaces perçues ».

Dans la même interview, elle a également averti que « le refus d’envisager un règlement négocié de la guerre en Ukraine conduit le monde dangereusement au bord d’un conflit militaire majeur entre l’OTAN et la Russie ».

Alors que de tels arguments sont couramment avancés par des universitaires relativement reconnus aux États-Unis, ils ont déclenché en Suède une campagne virulente contre Mme Stranne qui l’ont rendue quasiment invisible dans les médias et dans les cercles de politique étrangère. Les principaux médias l’ont vilipendée en la qualifiant de haineuse des États-Unis et de « poutiniste ».

L’Allemagne est un autre exemple de la façon dont la pensée de groupe imposée a conduit à la marginalisation des points de vue divergents dans les débats politiques. Ce qui est particulièrement remarquable, c’est la rapidité et le radicalisme avec lesquels les faucons des groupes de réflexion, des médias et des partis politiques ont réussi à redéfinir le débat dans un pays connu auparavant pour sa défunte Ostpolitik, une politique d’engagement pragmatique avec l’Union soviétique et, plus tard, avec la Russie.

L’un des plus éminents experts allemands en politique étrangère, Johannes Varwick, de l’université de Halle-Wittenberg, a longtemps défié la tendance et plaidé en faveur de la diplomatie. En décembre 2021, avec un certain nombre d’anciens officiers de haut rang, de diplomates et d’universitaires, il a averti qu’une détérioration massive des relations avec la Russie pourrait conduire à la guerre – en partie à cause du refus de l’Occident de prendre au sérieux les préoccupations de la Russie en matière de sécurité, principalement liées aux perspectives d’expansion de l’OTAN vers l’Est.

Pourtant, de tels points de vue ont valu à Varwick d’être accusé de « servir les intérêts russes ». En conséquence, comme il me l’a dit dans une interview, ses « liens avec les partis politiques et les ministères responsables de la conduite de la politique étrangère et de sécurité de l’Allemagne ont été rompus ».

Les experts des pays neutres n’ont pas été épargnés par la marginalisation. Le professeur autrichien Gerhard Mangott, l’un des plus éminents experts de la Russie dans le monde germanophone, a souligné la « responsabilité partagée » de la Russie, de l’Ukraine et des pays occidentaux dans l’incapacité à résoudre pacifiquement le conflit ukrainien de l’après-2014. Cette analyse, comme me l’a dit M. Mangott, lui a valu d’être « rapidement excommunié par la communauté scientifique germanophone, qui s’est rapidement tournée vers l’activisme politique et est devenue partie prenante de la guerre».

L’ironie tragique, bien sûr, c’est que ces voix ostracisées se sont révélées justes à bien des égards concernant cette guerre.

Lorsque, malgré ses avertissements, l’invasion russe de l’Ukraine a eu lieu, M. Varwick, qui l’a condamnée comme illégale et inacceptable, a appelé à poursuivre les efforts pour trouver une solution négociée réaliste au conflit. Comme il me l’a dit, cette solution devrait « tout d’abord inclure un statut de neutralité pour l’Ukraine, assorti de solides garanties de sécurité pour le pays. Deuxièmement, il y aurait des changements territoriaux en Ukraine qui ne seraient pas reconnus par le droit international mais qui doivent être acceptés en tant que modus vivendi temporaire, et troisièmement, la perspective d’une suspension de certaines sanctions en cas de changement de comportement de la Russie doit être proposée ».

En mars 2022, l’Ukraine et la Russie étaient sur le point de conclure un accord reposant largement sur ces mêmes paramètres. Cet accord n’a pas fonctionné, notamment parce que l’Occident a encouragé l’Ukraine à croire qu’une « victoire » militaire était possible. Le rôle de Boris Johnson, alors Premier ministre britannique, dans l’échec des négociations est aujourd’hui généralement reconnu. Ce qui est particulièrement frappant, cependant, c’est que Boris Johnson a récemment admis qu’il considérait la guerre en Ukraine comme une guerre par procuration contre la Russie – une affirmation faite par Stranne et Trita Parsi de l’Institut Quincy dans leur livre de 2023, en suédois, « L’illusion de la paix américaine », pour lequel ils ont été critiqués pour avoir prétendument favorisé les récits russes.

Fin 2024, face aux difficultés croissantes sur le champ de bataille, le président ukrainien Volodymyr Zelensky fait savoir qu’il pourrait accepter certains des éléments décrits par Varwick, à savoir accepter certaines pertes territoriales de facto afin d’éviter des pertes encore plus importantes si la guerre se poursuivait.

Aujourd’hui, l’Ukraine n’a jamais été aussi éloignée d’une victoire militaire depuis février 2022. Contrairement aux attentes des États-Unis et de l’Union européenne, les sanctions n’ont pas fait chuter l’économie de la Russie ni modifié ses politiques dans le sens souhaité par l’Occident.

En Occident même, les forces politiques qui préconisent des négociations pour mettre fin à la guerre sont en pleine progression, comme en témoignent l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis et la montée des partis anti-guerre en Allemagne, en France  et dans d’autres pays de l’UE. Les sondages d’opinion montrent régulièrement que la majorité des Européens préfèrent une fin négociée de la guerre.

En réalité, quelle que soit l’issue de la guerre en Ukraine, un modus vivendi entre l’Occident et la Russie devra être rétabli pour garantir, selon les termes de M. Varwick, « leur coexistence dans une guerre froide 2.0 sans escalade permanente ». Le rétablissement d’un débat démocratique ouvert sur cette question vitale n’a que trop tardé.

Écouter les experts qui ont fait la preuve de la justesse de leur analyse serait un premier pas nécessaire.

Eldar Mamedov, 12 décembre 2024

Eldar Mamedov est un expert en politique étrangère basé à Bruxelles.

Source: Responsiblestatecraft.org

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« Chute de Bachar al-Assad : une Syrie sous domination étrangère ? »

18 Décembre 2024, 00:32am

Publié par Louis Giroud

Entre conflits géopolitiques, agendas messianiques et stratégies occidentales, les défis pour la Syrie et le Proche-Orient se multiplient.

 

Historien des religions, géopolitologue et écrivain, Youssef Hindi, auteur de Israël et la guerre mondiale des religions : géopolitique et millénarisme, analyse les événements récents au Proche-Orient. La chute de Bachar al-Assad, qui rappelle le scénario libyen, légitime-t-elle l’intervention de groupes djihadistes comme Hayat Tahrir al-Cham, anciens membres d’Al-Qaïda ? Quels en sont les impacts régionaux et internationaux? Voici son analyse rapportée au «Média en 4-4-2»:

 

Un régime ébranlé : contextes et enjeux internes « Il faut distinguer la personne de Bachar al-Assad et le régime syrien. » L’intervenant rappelle que le dirigeant syrien n’était initialement pas destiné à gouverner. Ophthalmologue de formation, il est rappelé à Damas après la mort de son frère, prévu pour succéder à leur père Hafez al-Assad. Selon Youssef Hindi, Bachar al-Assad a tenté des réformes à deux reprises avant d’être confronté à la lourdeur institutionnelle et à l’inertie d’un système étatique régi par le parti Baas.

«Diriger un pays ne se fait jamais seul, il faut composer avec la culture, l’anthropologie locale et les structures en place. » Il reconnaît toutefois les abus du régime, tout en nuançant : «Si tous les pays qui pratiquent la torture devaient tomber, les trois quarts des gouvernements du monde s’effondreraient.»

 

L’agenda étranger : quand l’état syrien vacille La chute d’Assad, présentée comme une étape vers la démocratie, masque pour Youssef Hindi une réalité bien différente : « La Syrie tombe sous la domination étrangère. Hayat Tahrir al-Cham, dirigé par Al-Joulani, un ancien cadre d’Al-Qaïda et de Daech, prend le pouvoir. Les Syriens ont déjà vu ces factions à l’œuvre : destructions, massacres, persécutions.»

La rapidité des événements a permis à Israël de consolider ses positions dans le Golan, à quelques kilomètres de Damas. Youssef rappelle que Netanyahou s’est ouvertement réjoui de la situation, confirmant une stratégie expansionniste : «Israël est un État sans frontières fixes. Leur projet repose sur les frontières bibliques, du Nil à l’Euphrate.»

 

L’échiquier régional : intérêts croisés et alliances ambiguës Pour Youssef Hindi, les interventions étrangères à travers des factions islamistes servent des intérêts occidentaux et israéliens : « Les Frères musulmans et les groupes wahhabites sont des auxiliaires des anglo-américains. L’Histoire le prouve : ces groupes ont été utilisés pour déstabiliser les régimes nationalistes arabes comme celui de Kadhafi en Libye.»

La Turquie, par ailleurs, joue un rôle central : « Erdogan a soutenu des groupes comme Daech, facilité le passage du pétrole volé en Syrie et en Irak vers Israël. Ses ambitions géopolitiques priment sur tout soutien réel à la cause palestinienne.»

 

Un axe de la résistance affaibli ? Interrogé sur l’avenir de l’axe de la résistance reliant l’Iran, la Syrie, le Hezbollah et la Palestine, Youssef Hindi reconnaît un coup dur. La chute de Bachar al-Assad affaiblit cet axe stratégique, mais « ce n’est pas la fin. Les oppositions internes au nouveau pouvoir syrien, composé de factions disparates, émergeront. Ce gouvernement dirigé par des anciens d’Al-Qaïda n’est pas viable.»

Quant à l’Iran, «s’il abandonne la Syrie et le Hezbollah, il s’expose directement à une attaque israélienne. L’histoire montre que l’Iran reste au centre de l’agenda israélien depuis plusieurs décennies.»

 

Une diversion pour Gaza ? Enfin, Youssef Hindi souligne une évidence : la chute de Bachar al-Assad détourne l’attention internationale du génocide en cours à Gaza. « Les crimes commis par Israël passent sous silence. Les médias occidentaux, qui soutiennent aujourd’hui des membres d’Al-Qaïda rebaptisés « rebelles pragmatiques », participent à cette opération de propagande. »

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Youssef Hindi est l’auteur de plusieurs ouvrages de référence, dont le récent Israël et la guerre mondiale des religions co-écrit avec Pierre-Antoine Plaquevent.

L'entretien de Youssef Hindi au Média en 4-4-2:

https://www.youtube.com/watch?v=18QMJKmR1ik

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Une nouvelle carte géopolitique se dessine: La fin de la Syrie et de la « Palestine » pour l’instant...

17 Décembre 2024, 16:18pm

Publié par Alastair Crooke

Les Israéliens célèbrent généralement leurs « victoires ». Les élites économiques américaines seront-elles sensibles à cette euphorie ?

Les Israéliens célèbrent généralement leurs « victoires ». Les élites économiques américaines seront-elles sensibles à cette euphorie ?

La Syrie est entrée dans l’abîme – les démons d’Al-Qaïda, de l’Etat islamique et les éléments les plus intransigeants des Frères musulmans rodent dans le ciel. C’est le chaos, le pillage, la peur, et une terrible ardeur de  vengeance brule les esprits. Les exécutions de rue sont monnaie courante.

 

Peut-être que Hayat Tahrir Al-Sham (HTS) et son chef, Al-Joulani, (suivant les instructions turques), ont pensé contrôler les choses. Mais HTS est un label parapluie comme Al-Qaida, l’Etat islamique et Al-Nosra, et ses factions ont déjà sombré dans les combats entre factions. L’« État » syrien s’est dissous au milieu de la nuit ; la police et l’armée sont rentrées chez elles, laissant les dépôts d’armes ouverts au pillage des Shebab. Les portes des prisons ont été ouvertes (ou forcées). Certains étaient sans doute des prisonniers politiques, mais beaucoup ne l’étaient pas. Certains des détenus les plus dangereux errent désormais dans les rues.

 

En quelques jours, les Israéliens ont totalement éviscéré l’infrastructure de défense de l’État en effectuant plus de 450 frappes aériennes: défenses anti-missiles, hélicoptères et avions de l’armée de l’air syrienne, marine et armureries – tous détruits lors de la « plus grande opération aérienne de l’histoire d’Israël ».

 

La Syrie n’existe plus en tant qu’entité géopolitique. À l’est, les forces kurdes (avec le soutien militaire des États-Unis) s’emparent des ressources pétrolières et agricoles de l’ancien État. Les forces d’Erdogan et ses mandataires tentent d’écraser complètement l’enclave kurde (bien que les États-Unis aient maintenant négocié une sorte de cessez-le-feu). Dans le sud-ouest, les chars israéliens se sont emparés du Golan et des terres situées au-delà, à moins de 20 km de Damas. En 2015, le magazine The Economist a écrit : « L’or noir sous le Golan : des géologues israéliens pensent avoir trouvé du pétrole – dans un territoire très difficile ». Les pétroliers israéliens et américains pensent avoir découvert une mine d’or dans ce site des plus incommodes.

 

Et un obstacle de taille – la Syrie – aux ambitions énergétiques de l’Occident vient de se dissiper. L’équilibre politique stratégique d’Israël qu’était la Syrie depuis 1948 a disparu. Et l’apaisement des tensions entre la sphère sunnite et l’Iran a été perturbé par l’intervention brutale de l’Etat islamique et par le revanchisme ottoman qui œuvre avec Israël, par le biais des intermédiaires américains (et britanniques). Les Turcs ne se sont jamais vraiment réconciliés avec le traité de 1923 qui a conclu la Première Guerre mondiale, par lequel ils ont cédé ce qui est aujourd’hui le nord de la Syrie au nouvel État syrien.

 

En quelques jours, la Syrie a été démembrée, divisée et balkanisée. Alors pourquoi Israël et la Turquie continuent-ils à bombarder ? Les bombardements ont commencé dès le départ de Bachar Al-Assad, parce que la Turquie et Israël craignent que les conquérants d’aujourd’hui ne se révèlent éphémères et ne soient bientôt eux-mêmes déplacés. Il n’est pas nécessaire de posséder une chose pour la contrôler. En tant qu’États puissants dans la région, Israël et la Turquie souhaitent exercer un contrôle non seulement sur les ressources, mais aussi sur le carrefour régional vital et la voie de passage qu’était la Syrie.

 

Inévitablement, le « Grand Israël » risque toutefois, à un moment donné, de se heurter au revanchisme ottoman d’Erdogan. De même, le front saoudo-égypto-émirati n’accueillera pas favorablement la résurgence des nouvelles marques d’Etat islamique, ni celle des Frères musulmans d’inspiration turque et ottomane. Ces derniers représentent une menace immédiate pour la Jordanie, qui borde désormais la nouvelle entité révolutionnaire.

 

Ces préoccupations pourraient pousser les États du Golfe à se rapprocher de l’Iran. Le Qatar, qui fournit des armes et des fonds au cartel HTS, pourrait à nouveau être ostracisé par les autres dirigeants du Golfe.

 

La nouvelle carte géopolitique pose de nombreuses questions directes sur l’Iran, la Russie, la Chine et les BRICS. La Russie a joué un rôle complexe au Moyen-Orient – d’une part, en menant une guerre défensive contre les puissances de l’OTAN et en gérant des intérêts énergétiques clés ; d’autre part, en essayant de modérer les opérations de la résistance à l’égard d’Israël afin d’éviter que les relations avec les États-Unis ne se détériorent totalement. Moscou espère – sans grande conviction – qu’un dialogue avec le nouveau président américain pourrait voir le jour, à un moment ou à un autre.

 

Moscou en tirera probablement la conclusion que les « accords » de cessez-le-feu tels que l’accord d’Astana sur le confinement des djihadistes dans les limites de la zone autonome d’Idlib en Syrie ne valent pas le papier sur lequel ils ont été écrits. La Turquie, garante de l’accord d’Astana, a poignardé Moscou dans le dos. Il est probable que cela rendra les dirigeants russes plus intransigeants à l’égard de l’Ukraine et de tout discours occidental sur le cessez-le-feu.

 

Le 11 décembre, le guide suprême iranien s’est exprimé en ces termes: « Il ne fait aucun doute que ce qui s’est passé en Syrie a été planifié dans les salles de commandement des États-Unis et d’Israël. Nous en avons la preuve. L’un des pays voisins de la Syrie a également joué un rôle, mais les principaux planificateurs sont les États-Unis et le régime sioniste ». Dans ce contexte, l’ayatollah Khamenei a mis un terme aux spéculations sur un éventuel affaiblissement de la volonté de résistance.

 

La victoire par procuration de la Turquie en Syrie pourrait néanmoins s’avérer à la Pyrrhus. Le ministre des affaires étrangères d’Erdogan, Hakan Fidan, a menti à la Russie, aux États du Golfe et à l’Iran sur la nature de ce qui se préparait en Syrie. Mais c’est Erdogan qui est à l’origine de ce gâchis. Ceux qu’il a doublés vont, à un moment ou à un autre, se venger.

 

L’Iran, semble-t-il, reviendra à sa position antérieure consistant à rassembler les fils disparates de la résistance régionale pour lutter contre la réincarnation d’Al-Qaida. Il ne tournera pas le dos à la Chine, ni au projet des BRICS. L’Irak – se souvenant des atrocités commises par l’Etat islamique au cours de sa guerre civile – se joindra à l’Iran, tout comme le Yémen. L’Iran sera conscient que les nœuds restants de l’ancienne armée syrienne pourraient bien, à un moment donné, entrer dans la lutte contre le cartel HTS. Maher Al-Assad a emmené toute sa division blindée en exil en Irak la nuit du départ de Bachar Al-Assad.

 

La Chine ne va pas apprécier les événements en Syrie. Les Ouïghours ont joué un rôle important dans le soulèvement syrien (on estime à 30 000 le nombre d’Ouïghours à Idlib, entraînés par la Turquie, qui considère les Ouïghours comme la composante originelle de la nation turque). La Chine, elle aussi, considérera probablement que le renversement de l’Etat syrien souligne les menaces occidentales présumées pour ses propres lignes de sécurité énergétique qui passent par l’Iran, l’Arabie saoudite et l’Irak.

 

Enfin, les intérêts occidentaux se disputent les ressources du Moyen-Orient depuis des siècles – et c’est en fin de compte ce qui sous-tend la guerre d’aujourd’hui.

 

« Est-il, ou n’est-il pas, favorable à la guerre ?« . C’est ce que l’on demande à Trump, qui a déjà indiqué que la domination de l’énergie serait une stratégie clé de son administration.

 

Les pays occidentaux sont très endettés ; leur marge de manœuvre budgétaire se réduit rapidement et les détenteurs d’obligations commencent à se raréfier. Une course est engagée pour trouver une nouvelle garantie pour les monnaies fiduciaires. Autrefois, c’était l’or ; depuis les années 1970, c’était le pétrole, mais le pétrodollar s’est effondré. Les Anglo-Américains aimeraient bien récupérer le pétrole iranien – comme ils l’ont fait jusque dans les années 1970 – pour garantir et construire un nouveau système monétaire lié à la valeur réelle inhérente aux matières premières.

 

Mais Trump dit qu’il veut « mettre fin aux guerres » et non les commencer. Le redécoupage de la carte géopolitique rend-il plus ou moins probable une entente mondiale entre l’Est et l’Ouest ?

 

Malgré toutes les discussions sur les possibles « accords » de Trump avec l’Iran et la Russie, il est probablement trop tôt pour dire s’ils se matérialiseront – ou s’ils pourront se matérialiser.

 

Il semblerait que Trump doive d’abord conclure un « accord » national avant de savoir s’il a la possibilité de conclure des accords de politique étrangère. Les structures dirigeantes (notamment l’élément « Never-Trump » au Sénat) accorderont à Trump une latitude considérable sur les nominations clés pour les ministères et agences nationaux qui gèrent les affaires politiques et économiques des États-Unis (ce qui est la principale préoccupation de Trump) – et permettront également une certaine discrétion sur, disons, les départements « de guerre » qui ont ciblé Trump au cours des dernières années, tels que le FBI et le ministère de la Justice.

 

L’« accord » potentiel semble être que ses nominations devront toujours être confirmées par le Sénat et qu’elles devront être globalement « en accord » avec la politique étrangère de l’Inter-Agence (notamment en ce qui concerne Israël).

 

Les grands de l’inter-agence, cependant, insisteraient sur leur droit de veto sur les nominations affectant les structures les plus profondes de la politique étrangère. Et c’est là que réside le nœud du problème.

 

Les Israéliens célèbrent généralement leurs « victoires ». Cette euphorie aura-t-elle un écho auprès des élites du monde des affaires américain ? Le Hezbollah est contenu, la Syrie est démilitarisée et l’Iran n’est pas à la frontière d’Israël. La menace qui pèse aujourd’hui sur Israël est d’un ordre qualitatif inférieur. Cela suffit-il en soi à apaiser les tensions ou à faire émerger des accords plus larges ? Beaucoup dépendra de la situation politique de Netanyahou. Si le Premier ministre sort relativement indemne de son procès pénal, devra-t-il prendre le grand « pari » d’une action militaire contre l’Iran, alors que la carte géopolitique s’est soudainement transformée ?

 

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Alastair Crooke est un ancien diplomate britannique installé à Beyrouth.

 

Source: Strategic-culture

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«La géopolitique mondiale en basculement» : entretien avec le capitaine Pierre Plas, ancien officier du renseignement militaire français

17 Décembre 2024, 07:43am

Publié par Louis Giroud

De la Route de la Soie aux alliances fragiles au Moyen-Orient : une analyse géopolitique dense et érudite

 

Sur la chaîne Géopolitique Profonde, Pierre Plas, ancien officier du renseignement militaire français et correspondant européen pour une chaîne alternative canadienne basée à Montréal, livre une analyse pointue des bouleversements historiques et stratégiques contemporains. L’entretien, rythmé par une érudition remarquable, aborde l’actualité immédiate au Moyen-Orient, tout en explorant les racines historiques des conflits.

 

Accord Turquie-Israël et immobilisation de l'armée syrienne

Pierre Plas ouvre l’échange par un retour sur les événements récents: « Il y a eu un accord entre la Turquie et Israël, soutenu en sous-main par des ingérences extérieures. On parle d’une entente de circonstances, une alliance fragile comme celle du pacte germano-soviétique de 1939. Aujourd’hui, cette situation explique pourquoi l'armée arabe syrienne, prête à intervenir, a été contrainte de rester dans ses casernes. L’objectif : éviter un bain de sang confessionnel. Pourtant, ce statu quo n’est pas tenable. Les minorités, autrefois protégées sous un régime laïc syrien, restent en danger.»

 

La géopolitique historique et la Route de la Soie

Pierre Plas enchaîne sur une perspective historique pour contextualiser les événements contemporains :
«L’histoire du monde repose sur la Route de la Soie, ce flux commercial millénaire qui reliait l’Orient à l’Occident. Il s’agit du plus ancien pont économique de l’humanité, déjà emprunté par les Romains et les Byzantins. Lorsque les Perses imposèrent des taxes, la route fut détournée au nord de la Caspienne, entraînant un basculement des équilibres régionaux.»

 

L’ancien officier précise : «La sagesse orientale a toujours privilégié le partenariat commercial, contrairement à la logique des ‘nomades aquatiques’, ces puissances maritimes anglo-saxonnes qui ont bâti leur domination par la guerre.»

 

De la mondialisation au souverainisme

Abordant la rivalité actuelle entre mondialistes et souverainistes, Pierre Plas dénonce une contradiction apparente : «Le mondialisme impose une logique de prédation économique, tandis que le souverainisme défend le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Cela illustre le paradoxe israélien : un État décomplexé dans son nationalisme, mais soutenu par des élites globalistes.»

 

Pour lui, il n'y a pas de contradiction, mais un double discours :«Faites ce que je dis, pas ce que je fais. C’est le même principe que le libéralisme économique imposé aux autres, alors qu'on pratique le protectionnisme chez soi.»

 

La création d’Israël : mythe de la diaspora et origines historiques

Pierre Plas remet en question certains fondements historiques : «Des auteurs comme Arthur Koestler et Ilan Papé, universitaires israéliens, réfutent l’idée d’une diaspora massive après la guerre des Juifs sous Vespasien et Titus. La déportation systématique d’une population agricole est peu crédible. En réalité, les Juifs ashkénazes, d’origine khazare, ont une identité caucasienne confirmée par des études génétiques et linguistiques. Leur langue, le yiddish, est une synthèse germanique et slave.»

 

Il poursuit : «La notion de ‘peuple élu’ chez les ashkénazes a influencé le nationalisme, qui est en réalité une réaction historique au féodalisme. Plus tard, cela débouchera sur des mouvements comme le Bund, un syndicat juif polono-russe, ancêtre du national-socialisme dans certaines de ses composantes idéologiques.»

 

Les dynamiques globales contemporaines

Enfin, Pierre Plas relie les enjeux d’hier aux tensions actuelles : «Les nouvelles routes de la soie démontrent que les problèmes historiques n’ont jamais été résolus. Les Chinois, fidèles à leur logique partenariale, s’opposent à l’hégémonie des puissances maritimes occidentales. Cette lutte oppose deux philosophies : une vision de coopération contre une vision de prédation mondiale.»

 

Revenant sur les racines des conflits au Moyen-Orient, il insiste : «La déclaration Balfour de 1917 promettait un foyer national juif en Palestine pour attirer l’appui des États-Unis après la révolution russe. Mais d’autres options, comme la Crimée ou Madagascar, furent envisagées. C’est un pan de l’histoire méconnu que nous devons aborder.»

 

Les néoconservateurs américains et l’influence judéo-protestante

Dans son analyse, Pierre Plas aborde les dynamiques de pouvoir mondiales, qu’il attribue en partie à l’influence des néoconservateurs américains et au courant judéo-protestant, acteur central dans l’histoire moderne et contemporaine.

 

Les origines judéo-protestantes et la logique hégémonique

Pierre Plas trace un lien historique entre l'émergence du protestantisme et l’essor économique et géopolitique des puissances anglo-saxonnes : «Le protestantisme a permis l’adoption du prêt à intérêt, interdit jusque-là par l’Église catholique. Les nations protestantes, comme l’Angleterre et les Pays-Bas, ont pris une avance économique considérable en favorisant le capitalisme bancaire et la spéculation. Cette logique a donné naissance à des compagnies marchandes privées, comme la East India Company, véritables instruments de conquête et de domination.»

 

Pour l’intervenant, cette mentalité économique et impérialiste a jeté les bases d’une hégémonie anglo-saxonne, marquée par la devise : «Trade follows the flag" (le commerce suit le drapeau). Cette expression résume la logique des puissances maritimes anglo-protestantes, où le commerce s’installe par la force militaire. Ce modèle de prédation a été appliqué depuis l’époque coloniale jusqu’à aujourd’hui.»

 

Les néoconservateurs américains : les héritiers modernes

Pierre Plas poursuit en évoquant le rôle des néoconservateurs américains, qu’il décrit comme les héritiers directs de cette tradition économique et géopolitique : «Les néoconservateurs, souvent issus du courant judéo-protestant, ont imposé un modèle impérialiste basé sur la domination militaire et économique. C’est une élite globaliste, qui défend ses intérêts sous couvert de démocratie et de droits de l’Homme, tout en pillant les économies réelles.» Il pointe le paradoxe de cette élite : «Les néoconservateurs prônent le mondialisme pour les autres tout en protégeant leurs propres intérêts par le biais du protectionnisme et de la force militaire. C’est une hypocrisie assumée qui n’a qu’un objectif : maintenir leur hégémonie mondiale.»

 

L’alliance anglo-sioniste : un projet politique

Pierre Plas associe cette logique hégémonique à ce qu’il appelle le "clan anglo-sioniste" : «L’État d’Israël, en tant que projet sioniste, est soutenu par cette élite globaliste anglo-protestante. Ce soutien n’est pas une contradiction : il s’agit d’une alliance stratégique. Les néoconservateurs, qui dominent les cercles de pouvoir américains, ont réussi à imposer leur agenda, tout en permettant à Israël de suivre un nationalisme décomplexé qui dépasse toutes les limites du droit international.» Pour l’intervenant, cette alliance se fonde sur une idéologie commune : «Le protestantisme est un retour à l’Ancien Testament, une vision vérotestamentaire qui légitime une approche messianique du pouvoir. La notion de ‘peuple élu’, si on la transpose, rejoint l'idée de race supérieure, que l’on retrouve historiquement dans divers courants impérialistes et nationalistes.»

 

Une guerre entre souverainisme et mondialisme

L'intervenant résume ainsi l’affrontement contemporain : «La lutte actuelle oppose deux visions du monde : celle des élites globalistes, incarnées par les néoconservateurs américains et leurs alliés, et celle des nations souveraines, qui refusent de se soumettre à cette hégémonie. Les BRICS, par exemple, proposent un modèle multipolaire fondé sur le partenariat, en opposition à cette logique prédatrice.»

 

Il conclut sur un constat : «L’histoire nous montre que cette élite judéo-protestante a su imposer son modèle, d’abord par le commerce, ensuite par la force militaire et enfin, aujourd’hui, par le contrôle économique global via les bourses et la spéculation. Mais cette domination arrive à ses limites face aux résistances croissantes des peuples qui revendiquent leur souveraineté.»

 

En résumé, l’analyse de Pierre Plas met en lumière les racines historiques et idéologiques de l’influence des néoconservateurs américains et des courants judéo-protestants dans le jeu géopolitique actuel. Cette élite, selon lui, mène une politique d’hégémonie mondiale, en opposition aux forces souverainistes qui cherchent à préserver le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

 

L’entretien vidéo ici:

https://www.youtube.com/watch?v=prTHaNv52-

 

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Formé à L’EIREL, le Capitaine PLAS était officier de renseignement. Parlant 6 langues, il a d’abord servi dans les Troupes Aéroportées et en Unité de Recherche Humaine, avant de rejoindre la Direction du Renseignement Militaire. Il a quitté l’armée prématurément, avec une pension d’invalidité, après 21 ans de service, 2 années d’hôpital et 6 interventions chirurgicales.

Actuellement correspondant pour la « zone-Europe » d’une chaîne télévisée alternative et francophone, basée à Montréal (Québec), où il collabore à la programmation et à l’animation de l’émission géopolitique de Carl Brochu (Brochu en direct), il a récemment effectué plusieurs reportages, en Syrie, au Kosovo et… dans le Donbass.

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La Syrie, un joyau de coexistence sombre dans le chaos

16 Décembre 2024, 21:12pm

Publié par James Nole

La coalition réunissant Israël, les Anglo-Saxons, l’Union européenne et le Qatar a franchi une nouvelle étape dans son entreprise de pillage du Proche-Orient, imposant sa loi par la violence et le chaos. Les propos glaçants du général américain Wesley Clark en 2007 résonnent comme une prophétie funeste : « Nous allons éliminer sept pays en cinq ans : Irak, Libye, Liban, Syrie, Somalie, Soudan, et enfin l’Iran. » Treize ans plus tard, ce sombre dessein est presque accompli.

Pour ceux qui ont eu le privilège de connaître la Syrie avant son délitement, le souvenir de ce pays est celui d’un sanctuaire de tolérance et de diversité. Pays laïc par essence, la Syrie accueillait en son sein un dialogue harmonieux entre les confessions, où chaque religion trouvait sa place dans le respect mutuel.

À Alep, l’Église orthodoxe, autrefois rasée par les combats, avait retrouvé sa splendeur grâce à la persévérance des habitants. La grande mosquée d’Alep, dynamitée par les islamistes, renaissait peu à peu de ses ruines. À Damas, la mosquée des Omeyyades, chef-d'œuvre architectural datant des années 706-715, abritait encore le tombeau de Jean-Baptiste, symbole unique d’un patrimoine partagé entre chrétiens et musulmans. Là-bas, dans la salle de prière, les prosternations musulmanes coexistaient avec les signes de croix des chrétiens, illustrant une ferveur qui transcende les clivages.

Une société où les femmes brillaient

Dans cette Syrie aujourd’hui disparue, les femmes jouissaient d’une liberté précieuse. Elles n’étaient pas contraintes de porter le hijab, choisissant leurs vêtements selon leurs envies. Loin des clichés diffusés par les médias, elles occupaient une place égale à celle des hommes. Avocates, professeures, députées, ministres : les femmes syriennes s’illustraient dans toutes les sphères de la société. En 2021, j’eus l’honneur de rencontrer la ministre de la Culture, une femme érudite et francophone, reflet de cette émancipation.

Les plaisirs simples d’une vie syrienne

Il était doux de flâner dans le quartier chrétien de Damas, de partager un verre d’arak entre amis, puis de traverser les souks animés du secteur musulman. Le souk al-Hamidiya, avec ses étoffes somptueuses, ses brocarts d’or et ses montagnes de fruits confits, émerveillait les sens. Non loin de là, la Maison de Saint Ananie, lieu emblématique où saint Paul fut baptisé, racontait une histoire sacrée et intemporelle.

La gastronomie syrienne, elle aussi, était une fête. Le célèbre glacier Bakdash de Damas proposait sa glace à la vanille parsemée d’amandes, un délice dont la saveur originelle avait toutefois pâti de l’embargo, contraignant les artisans à remplacer le lait frais par du lait en poudre.

Des acquis sociaux balayés par la guerre

La Syrie offrait à son peuple des droits enviables, rares dans cette région tourmentée. L’éducation gratuite, y compris au niveau supérieur, permettait à tous de s’élever. Le système de santé, également gratuit, était un modèle d’excellence. Malgré les affres de la guerre, les Syriens maintenaient leurs infrastructures et cultivaient leurs terres, résistant avec courage aux privations imposées par un embargo inhumain. Hélas, sous les coups de boutoir des terroristes financés par les puissances occidentales, la Syrie moderne et progressiste s’effondre. Ce pays, autrefois modèle de coexistence et de prospérité, sombre dans l’obscurantisme.À tous les Syriens qui ont fait preuve d’un courage inébranlable face à une machine de destruction implacable, je rends hommage. Vous incarnez la dignité et la résistance. Puissiez-vous trouver la force de préserver votre héritage face à l’adversité.

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Le cycle infernal des conflits mondiaux : l’analyse de Jacques Baud

16 Décembre 2024, 01:33am

Publié par Louis Giroud

Depuis plusieurs décennies, les conflits armés se succèdent sans interruption sur la scène internationale, marquant une évolution constante des équilibres géopolitiques mondiaux. Selon Jacques Baud, ancien analyste stratégique suisse, ces guerres révèlent des dynamiques complexes où les puissances occidentales, et en particulier les États-Unis, jouent un rôle central. De la guerre en Yougoslavie à la guerre en Ukraine en passant par le conflit israélo-palestinien, Baud met en évidence des continuités et des transformations qui redessinent le paysage géopolitique mondial.

Des guerres sans répit depuis 30 ans

Pour Jacques Baud, la date symbolique du 11 septembre 2001, souvent perçue comme un tournant, n’est qu’un épisode dans une longue suite de conflits amorcée avec la guerre en Yougoslavie. Depuis trois décennies, les interventions militaires se succèdent sans réelles pauses, changeant simplement de formes et d’acteurs. « On retrouve systématiquement les États-Unis en toile de fond, passés d’une guerre à une autre, comme s’il existait une volonté délibérée de maintenir ce cycle infernal », analyse-t-il.

Ces conflits ne sont pas seulement des affrontements localisés. Ils traduisent une évolution profonde des rapports de force mondiaux. L’intervention russe en Ukraine, déclenchée le 24 février 2022, ainsi que l’escalade israélo-palestinienne depuis le 7 octobre 2023, ne sont que les dernières manifestations brutales d’un long processus d’érosion des systèmes diplomatiques traditionnels.

Ukraine et Palestine : des conflits géopolitiques majeurs

Pour Jacques Baud, les deux conflits récents, bien que différents dans leur essence, présentent des similitudes notables. À commencer par leur ancienneté : « Ces guerres ne sont pas nouvelles. Elles s’inscrivent dans une continuité historique et ne font qu’éclater à certains moments sous des formes violentes ».

En Ukraine, l’intervention russe est perçue comme un élément majeur d’une recomposition du monde. Ce conflit oppose clairement l’Occident (l’Europe et l’Amérique du Nord) au reste du monde, marquant la fin d’un ordre mondial dominé par les Occidentaux depuis la Guerre froide. En Palestine, la situation, établie depuis 1947, reflète une restructuration des réflexions stratégiques au Moyen-Orient. « Ces conflits modifient déjà les équilibres géopolitiques mondiaux », affirme Baud.

La disparition de la diplomatie occidentale

Un point commun crucial entre ces conflits, selon Jacques Baud, est l’effacement quasi total de la diplomatie. L’Union européenne, par exemple, s’est contentée d’alimenter le conflit en Ukraine en fournissant des armes, sans chercher à initier un dialogue diplomatique avant ou après le déclenchement de l’offensive russe. Quant aux États-Unis, ils restent actifs diplomatiquement, mais dans une optique essentiellement orientée vers leurs propres intérêts stratégiques.

La neutralité suisse en question

Jacques Baud observe également une érosion de la neutralité suisse, autrefois perçue comme une force diplomatique majeure. La Suisse, en adoptant des sanctions contre la Russie et en se positionnant sur des sujets sensibles, a perdu une partie de sa crédibilité comme intermédiaire neutre. « Moscou a refusé que la Suisse représente les intérêts ukrainiens, estimant qu’elle n’était plus neutre. Cette situation illustre une tendance plus large de la diplomatie suisse à s’aligner sur les positions occidentales », note-t-il.

Vers une recomposition de l’ordre mondial

Les conflits en Ukraine et en Palestine participent d’une recomposition des alliances et des rapports de force mondiaux. Jacques Baud insiste sur le fait que ces guerres sont le reflet d’un monde en transition, où l’Occident perd progressivement son hégémonie au profit d’acteurs comme la Chine, la Russie ou encore des puissances régionales au Moyen-Orient.

En conclusion, Jacques Baud appelle à une réhabilitation de la diplomatie, seule voie capable de mettre un terme à ce cycle infernal de conflits. La tendance actuelle, marquée par une surenchère des sanctions et des actions militaires, semble cependant s’éloigner de cet objectif, laissant planer des incertitudes majeures sur l’avenir de l’ordre mondial.

L'extension territoriale et les enjeux géopolitiques selon Jacques Baud

Dans ses analyses, Jacques Baud aborde des thèmes complexes liés à la politique israélienne et aux tensions au Moyen-Orient. Il revient sur l’évolution de la Transjordanie, devenue la Jordanie moderne, et le projet d’un « Grand Israël », porté par des courants révisionnistes israéliens. À ce titre, Baud cite des déclarations du ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, qui revendique des territoires s’étendant jusqu’à Damas en Syrie. Cette vision expansionniste est d’ailleurs mise en pratique, selon lui, par des avancées israéliennes au-delà du plateau du Golan, territoire annexé unilatéralement par Israël et reconnu par les États-Unis sous l’administration Trump, bien que le droit international le considère toujours syrien.

Baud souligne également le rôle du groupe armé Hayat Tahrir al-Cham (HTS), actif dans la poche d’Idlib, qui cherche à renverser le gouvernement syrien. Il rappelle que HTS est toujours classé comme organisation terroriste par les Nations unies, l’Union européenne et plusieurs États, mais qu’à ce jour, le Hamas ne partage pas ce statut. Dans ce contexte, il dénonce les alliances tacites entre HTS et certains services de renseignement, notamment israéliens, turcs, ukrainiens et américains. Ces collaborations auraient permis l’armement et la formation de combattants d’HTS. Pourtant, Israël aurait rapidement ciblé les infrastructures militaires tombées sous le contrôle du groupe, montrant ainsi une relation ambivalente.

Le poids des revendications historiques et territoriales

Jacques Baud explore la notion d'illégalité des occupations israéliennes. Il rappelle que les territoires conquis par Israël l'ont été par la force, sans accord international, notamment en citant la résolution 181 de 1947, qui proposait un partage de la Palestine en deux États. Cependant, ce partage était conditionné à des référendums approuvés par les populations locales. En raison de la majorité arabe, les dirigeants sionistes auraient compris que de tels référendums leur seraient défavorables. C'est ainsi que, selon Baud, les forces sionistes auraient agi unilatéralement pour créer l’État d’Israël, entraînant l’exode massif des Palestiniens lors de la Nakba.

Baud met aussi en lumière l’absence de frontières définies d’Israël, une situation qui perdure depuis sa création et qui permet, selon lui, d’étendre les revendications territoriales à des régions comme le sud du Liban ou Damas. Cette ambiguïté aurait, par exemple, entraîné l’émergence du Hezbollah, dont la lutte se concentre sur la libération des territoires libanais occupés.

Une démocratie en déclin

Israël, autrefois perçu comme un bastion occidental démocratique au Moyen-Orient, est aujourd’hui qualifié par Baud de « paria international » en raison de ses violations répétées du droit international. Depuis 1947, les Nations unies ont demandé à Israël de définir ses frontières, une demande restée lettre morte. Baud revient sur le soutien occidental à Israël, expliquant qu'il trouve ses racines dans la culpabilité européenne envers la Shoah, mais aussi dans des intérêts stratégiques, notamment pendant la guerre froide.

Le rôle des États-Unis

Le lien étroit entre Israël et les États-Unis s’explique autant par des intérêts stratégiques que par l’influence de la communauté juive-américaine. Baud mentionne le soutien indéfectible des présidents américains à Israël, illustré par Donald Trump reconnaissant Jérusalem comme capitale israélienne, en contradiction avec les résolutions des Nations unies. Il met en avant l’impact électoral de la diaspora juive, concentrée dans des régions stratégiques comme New York et Los Angeles, et son influence sur les politiques étrangères américaines.

Baud critique également le discours sioniste-chrétien présent chez certains politiciens américains, qui justifient leur soutien à Israël par des motifs religieux liés à des prophéties bibliques. Il voit dans ces alliances politico-religieuses un moteur de l’expansionnisme israélien.

Une région en recomposition

Pour Jacques Baud, le Moyen-Orient reste sous tension, remodelé par des conflits incessants et des ingérences étrangères. Alors qu’Israël consolide ses positions, les alliances et rivalités internationales redessinent les équilibres régionaux. Toutefois, Baud conclut en interrogeant la durabilité de cette situation : jusqu’à quand Israël pourra-t-il maintenir cette dynamique expansionniste dans un contexte de désapprobation internationale croissante ?

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Pourquoi Israël échappe aux sanctions internationales

Jacques Baud explique cette situation par plusieurs facteurs historiques, politiques et stratégiques :

  1. Le poids de la culpabilité historique : Après la Shoah, une forte compassion pour les Juifs a marqué les nations occidentales, en particulier en Europe. Cette culpabilité a conduit à une certaine indulgence envers Israël, malgré des actions contraires au droit international. Cette bienveillance s'est traduite par un soutien diplomatique et financier continu.
  2. Un soutien stratégique dès la guerre froide : Israël a été perçu comme un bastion avancé des intérêts occidentaux au Moyen-Orient, notamment par les États-Unis. Pendant la guerre froide, alors que des pays comme l'Égypte ou la Syrie se rapprochaient de l’Union soviétique, Israël est devenu un allié clé pour les Américains, consolidant son immunité face aux sanctions internationales.
  3. L'influence politique de la diaspora juive : Aux États-Unis, la communauté juive, concentrée dans des régions stratégiques comme New York et Los Angeles, exerce une influence notable sur les politiques américaines. Cette communauté joue un rôle central dans le financement et le soutien des campagnes électorales, poussant les responsables politiques à maintenir un soutien indéfectible à Israël.
  4. Une manipulation des récits historiques : Baud mentionne que les gouvernements israéliens justifient souvent leurs actions, même celles contraires au droit international, par des récits mettant en avant leur droit à la sécurité ou à l'autodéfense. Ces narratifs, bien qu'éloignés de la réalité juridique, sont largement acceptés dans les cercles diplomatiques occidentaux.
  5. Un système international déséquilibré : Enfin, Baud souligne que le système international reste marqué par un double standard. Les puissances occidentales, en particulier les États-Unis, utilisent leur pouvoir de veto au Conseil de sécurité de l’ONU pour protéger Israël des sanctions. Cela illustre un déséquilibre profond dans l’application des lois internationales.

Cette combinaison de facteurs permet à Israël d’échapper aux sanctions, malgré des critiques croissantes. Selon Jacques Baud, cette situation pourrait cependant s’éroder face à une opinion publique mondiale de plus en plus défavorable.

https://www.youtube.com/watch?v=kNtjC1O1fX0

 

Jacques Baud:

« La Transjordanie, devenue aujourd’hui la Jordanie, était au cœur de décisions révisionnistes prises à l’époque du mandat britannique. Les révisionnistes, pour leur part, souhaitaient que les Britanniques revoient leur décision de céder la Transjordanie aux Jordaniens. Cette composante révisionniste du mouvement sioniste, aujourd’hui encore, reste attachée à l’idée d’un Grand Israël. Par exemple, très récemment, le ministre des Finances israélien, Bezalel Smotrich, a déclaré que le sud du Liban et la Syrie, au moins jusqu’à Damas, devaient faire partie d’Israël.

L’offensive du Hayat Tahrir al-Cham (HTS) du 27 novembre a donné à Israël l’occasion d’avancer ses pions au-delà des territoires du Golan. Le Golan, rappelons-le, n’appartient pas à Israël. Il a été annexé de manière unilatérale par Israël, une décision reconnue uniquement par Donald Trump lors de son mandat, mais qui reste contraire au droit international. Ces derniers jours, Israël est allé encore plus loin en prenant des territoires au-delà du Golan occupé.

Cela nous amène à Hayat Tahrir al-Cham, dirigé par son chef al-Joulani, ou plus exactement al-Golani, selon la prononciation régionale. Ce nom fait clairement référence au Golan, indiquant que ce chef vient de cette région. HTS reste classé comme organisation terroriste par les États-Unis, de nombreux pays européens, l’Union européenne et les Nations unies. Par contraste, ce n’est pas le cas du Hamas.

L’offensive de HTS visait à renverser le gouvernement syrien de Bachar al-Assad. Cela redéfinit encore une fois la carte du Moyen-Orient, mais à quel prix ? Benjamin Netanyahou peut se vanter de profiter de l’effondrement de l’armée syrienne pour occuper davantage de territoires sur le Golan et mettre en œuvre son plan de repeuplement. Cependant, le nouveau gouvernement syrien sous HTS a immédiatement adressé une lettre au Secrétaire général des Nations unies pour exiger le retrait des forces israéliennes du Golan et des autres territoires occupés illégalement.

HTS a pu se développer grâce à une aide considérable des services de renseignement israéliens, turcs, ukrainiens et américains. Une convergence d’intérêts a permis d’armer, d’équiper et de former ses combattants dans la poche d’Idlib. Ce qui est notable, cependant, c’est qu’Israël, bien que potentiellement allié de HTS dans sa lutte contre Assad, a bombardé les installations militaires syriennes tombées entre les mains de HTS. Cette ambiguïté révèle des calculs stratégiques : Israël soutient HTS pour affaiblir Assad, mais ne souhaite pas qu’HTS devienne trop fort.

Cette situation redéfinit les rapports de force au Proche-Orient. Israël a clairement consolidé ses positions, mais cela soulève une question cruciale : jusqu’où Israël peut-il aller sans provoquer un retour de bâton ? Aujourd’hui, Israël n’est plus vu comme une démocratie modèle, mais comme un État paria, incapable de respecter le droit international. Cette image découle de décennies de violations, depuis la résolution 181 de 1947 qui proposait un partage de la Palestine. Israël n’a jamais accepté ce cadre légal et a systématiquement annexé des territoires par la force.

Israël n’a pas de frontières officiellement reconnues. Cette indétermination permet à ses dirigeants de revendiquer des territoires aussi lointains que Damas ou le sud du Liban. Ce manque de reconnaissance des frontières est une décision délibérée prise dès 1948 par David Ben Gourion. Elle alimente les revendications territoriales israéliennes, mais entraîne aussi des conflits incessants, notamment avec le Hezbollah, dont la seule revendication est la libération des territoires libanais occupés par Israël.

Il est important de souligner que le Hezbollah, contrairement à ce que prétend Israël, ne cherche pas la destruction d’Israël, mais seulement la libération des terres libanaises. Ce discours est souvent mal compris, car les médias relayent une image biaisée. Ainsi, Israël continue d’agir dans un climat d’impunité totale, grâce notamment au soutien indéfectible des États-Unis et de certains alliés européens. Pourtant, cette situation a des limites. Israël est de plus en plus perçu comme un État hors-la-loi sur la scène internationale.

 

 

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Les révélations inédites de Thierry Meyssan sur les événements en Syrie

16 Décembre 2024, 00:36am

Publié par Louis Giroud

Dans cet entretien croisé entre Eric Verhaeghe du Courrier des Stratèges et Edouard Husson avec Thierry Meyssan, ce dernier fait des révélations fracassantes sur le conflit en Syrie... et sur le nouvel ordre mondial qui s'annonce.

Comment comprendre les événements récents en Syrie dans un contexte plus large ?

Thierry Meyssan :
Pour comprendre ce qui s'est passé, il faut adopter une vision à la fois globale et historique. Selon moi, deux projets s’affrontent depuis 20 ans, menés par des acteurs issus des mêmes cercles de pouvoir aux États-Unis.

Le premier, conçu par Donald Rumsfeld et l’amiral Arthur Cebrowski, vise à détruire systématiquement les structures étatiques des pays riches en ressources ou situés dans des zones stratégiques. C’est dans ce cadre qu’ont eu lieu les destructions de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Libye, et maintenant de la Syrie.

Le deuxième projet est celui des nostalgiques de la Seconde Guerre mondiale, comme les sionistes révisionnistes en Israël, les nationalistes intégraux en Ukraine ou encore les impérialistes japonais. Leur objectif est de provoquer une confrontation directe avec la Russie et la Chine, tout en instaurant des régimes autoritaires.

Que s’est-il passé en Syrie, selon vous ?

Thierry Meyssan :
La destruction de la Syrie a suivi un schéma similaire à celui de l’Irak ou de la Libye. Tout d’abord, l’économie a été affaiblie, notamment par des sanctions et des famines organisées. Ensuite, les djihadistes ont été armés et financés via des canaux comme le Qatar, avant d’être déployés massivement contre un État déjà exsangue.

En parallèle, il y a eu des trahisons internes. Par exemple, certains généraux syriens ont fui, comme ce fut le cas en Irak où de nombreux officiers ont quitté le pays avant l'invasion américaine.

La Russie et l’Iran n’ont-ils pas anticipé cette situation ?

Thierry Meyssan :
Ni la Russie ni l’Iran n’ont anticipé l’effondrement rapide de la Syrie. La Russie a d’ailleurs négocié, lors d’une réunion au format d’Astana tenue à Doha le 8 décembre, des garanties minimales pour préserver certains sanctuaires chiites et chrétiens, ainsi que la sécurité des soldats syriens. Cela montre qu’elle était déjà dépassée par la situation.

En Iran, il y a également eu des divisions internes. Selon mes sources, l’actuel président iranien aurait permis l’affaiblissement de l’axe de la résistance, notamment en transmettant des informations ayant conduit à des assassinats ciblés de figures comme Hassan Nasrallah du Hezbollah.

Quelle est la position de la Turquie dans cette crise ?

Édouard Husson :
La Turquie, dirigée par Recep Tayyip Erdogan, a été surprise par l’ampleur de la progression des djihadistes. Elle a rapidement envoyé des troupes pour soutenir ces groupes, mais son objectif est clair : prendre Alep en Syrie, puis Mossoul en Irak, dans une logique d’expansion néo-ottomane.

Cependant, cet engagement détourne Erdogan de son projet initial d’expansion vers l’Asie centrale et complique la situation interne de la Turquie, notamment avec les Kurdes.

Israël a-t-il joué un rôle dans cette crise ?

Thierry Meyssan :
Israël a soutenu les djihadistes en Syrie, notamment en leur fournissant un appui aérien lors de leurs offensives contre l’armée syrienne. Benjamin Netanyahou avait déjà accueilli des membres d’Al-Qaïda dans des hôpitaux israéliens au début du conflit, et l’armée israélienne a bombardé à plusieurs reprises les positions syriennes pour faciliter la progression des djihadistes.

Quel pourrait être l’avenir de l’axe de la résistance, notamment le Hezbollah ?

Thierry Meyssan :
L’organisation en tant que telle est affaiblie. Son leadership actuel, incarné par Naim Kassem, manque de vision stratégique. Cependant, le réseau de résistance qu’elle représente, dirigé par des figures comme Wafiq Safa, reste puissant. Ses combattants sont bien entraînés et disposent toujours d’armes. Il sera impossible pour Israël d’occuper le Liban.

Peut-on parler d’une victoire des États-Unis dans ce contexte ?

Thierry Meyssan :
Oui, les États-Unis ont réussi à détruire la structure étatique syrienne, comme ils l’ont fait ailleurs. Cependant, cette stratégie n’est pas le fait du Département d’État, mais bien du Pentagone, qui agit indépendamment. Cela montre que le Pentagone est le véritable moteur de l’impérialisme américain.

Édouard Husson :
C’est une victoire, mais à quel prix ? Les États-Unis et leurs alliés devront gérer un chaos syrien qui risque de s’étendre. Israël, par exemple, pourrait se retrouver confronté à des djihadistes qu’il a pourtant soutenus. De plus, ce chaos complique les projets énergétiques comme les pipelines régionaux.

L’Iran pourrait-il se rapprocher des États-Unis et de l’Occident ?

Thierry Meyssan :
Selon moi, une faction au pouvoir en Iran a déjà conclu un accord avec les États-Unis. Cependant, il existe une autre faction, plus populaire et numériquement dominante, qui s’y oppose. Cette division interne influence les décisions stratégiques iraniennes.

Quel est le rôle de la Chine dans cette situation ?

Édouard Husson :
La Chine est sans doute la grande perdante de cette guerre. Elle comptait relancer la route de la soie via la Syrie, mais ce projet est compromis par le chaos actuel. Cela pourrait également nuire à ses intérêts stratégiques dans la région.

Conclusion :

Cet échange met en lumière la complexité des jeux d’influence en Syrie. Alors que Meyssan voit dans cette guerre une étape cruciale pour les États-Unis dans leur quête hégémonique, Husson souligne les risques d’un chaos incontrôlable, avec des répercussions pour tous les acteurs, y compris Israël, la Turquie et l’Iran. La Syrie apparaît ainsi comme le théâtre d’un affrontement global dont les conséquences pourraient redéfinir les équilibres mondiaux.

https://www.youtube.com/watch?v=V0r47LBgx1c

 

 

 

Les révélations inédites de Thierry Meyssan sur les événements en Syrie

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Syrie, Israël, Ukraine... Confidences de l'ancien ambassadeur suisse Jean-Daniel Ruch

15 Décembre 2024, 22:57pm

Publié par Louis Giroud / Antithèse

Né dans le Jura bernois à Moutier, Jean-Daniel Ruch revient sur un parcours riche en défis diplomatiques, marqué par des engagements dans des zones sensibles comme le Moyen-Orient, les Balkans et la Turquie. Sa carrière, à la fois brillante et controversée, illustre les complexités d'un monde diplomatique où s'entrelacent diplomatie, politique et intérêts nationaux.

Jean-Daniel Ruch a débuté sa carrière en se consacrant aux enjeux de sécurité européenne, notamment dans les Balkans, avant de s’impliquer dans des théâtres encore plus complexes comme le Moyen-Orient. De 2008 à 2012, il fut Représentant spécial de la Suisse pour le Moyen-Orient, puis ambassadeur en Israël de 2016 à 2021, après avoir occupé des fonctions similaires en Serbie et en Turquie. Il a ainsi navigué entre crises diplomatiques, questions de sécurité et enjeux humanitaires majeurs.

En Turquie, il a notamment dû faire face à une année 2020 dramatique, marquée par un séisme dévastateur ayant causé jusqu’à 150 000 morts. À cela s’ajoutait une crise économique profonde frappant directement le personnel de son ambassade, une situation exacerbée par l’inflation galopante. Ses appels à Berne pour ajuster les salaires de ses collaborateurs n’ont rencontré que des refus, une incompréhension qui l’a marqué. En 2022, alors qu’il venait d’être nommé Secrétaire d’État, Jean-Daniel Ruch a été contraint de démissionner sous la pression d’une campagne de dénigrement ciblée. Selon lui, des rumeurs infondées sur sa vie privée ont été relayées par la presse sans preuves concrètes.

L’Interview accordée à la chaîne Youtube «Antithèse»:

Antithèse: Vous avez démissionné après avoir été nommé secrétaire d’État. Que s’est-il passé ?

Jean-Daniel Ruch : Cela a défrayé la chronique dans la presse romande. Peu après ma nomination, une campagne de dénigrement a été lancée contre moi, avec des accusations basées sur des ragots concernant ma vie privée. Il n’y a jamais eu de procédures disciplinaires, administratives ou pénales. Cette situation a été aggravée par l’absence de soutien de ma hiérarchie au DDPS. Face à ce manque de soutien et à une année éprouvante en Turquie marquée par un tremblement de terre dévastateur et une crise économique, j’ai décidé de démissionner.

Antithèse: Vous avez mentionné des « intérêts puissants » opposés à votre nomination. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Jean-Daniel Ruch : Il est difficile de savoir précisément. L’unique enquête sérieuse menée, par Die Weltwoche, suggère des pressions venant de différents lobbies, dont peut-être le lobby israélien. J’ai aussi exprimé des opinions divergentes sur des sujets sensibles, comme la menace russe, lors de réunions internes, ce qui a pu déplaire à certains cercles influents.

Antithèse: Vous avez été ambassadeur en Israël. Quelle est votre lecture de la situation actuelle au Proche-Orient ?

Jean-Daniel Ruch : La région est marquée par des défis complexes : gouvernance, justice, et réconciliation après des décennies de conflits. Par exemple, en Syrie, la transition devra préserver les institutions existantes pour éviter un chaos comme en Libye ou en Irak. Au-delà, la situation à Gaza reflète une logique sécuritaire israélienne visant à rétablir une dissuasion après le 7 octobre 2023, combinée à des dynamiques nationalistes et messianiques favorisant un nettoyage ethnique. Cette approche risque d’aggraver la situation humanitaire et de compromettre toute solution durable.

Antithèse: Pensez-vous que la solution à deux États soit encore possible ?

Jean-Daniel Ruch : À l’époque où je travaillais sur ce dossier, elle semblait à portée de main. Cependant, les extrémismes des deux côtés ont empêché sa mise en œuvre. Aujourd’hui, elle reste théoriquement soutenue par la communauté internationale, mais la réalité sur le terrain, notamment la colonisation en Cisjordanie, rend cette solution de plus en plus irréaliste.

Antithèse: Quelle est votre position sur la neutralité suisse ?

Jean-Daniel Ruch : La neutralité fait partie de l’ADN de la Suisse et constitue une composante essentielle de son soft power. Cependant, elle doit évoluer avec le contexte mondial. Nous devrions envisager une « neutralité 3.0 », adaptée aux nouveaux enjeux internationaux. La Suisse pourrait jouer un rôle de médiateur entre les grandes puissances et promouvoir la maîtrise des armements et le désarmement.

Antithèse: Comment percevez-vous les relations entre la Suisse et l’OTAN ?

Jean-Daniel Ruch : Je suis sceptique quant à un rapprochement trop rapide avec l’OTAN. La Suisse bénéficie d’une interopérabilité militaire suffisante et doit préserver son indépendance. Se précipiter dans cette alliance pourrait compromettre notre neutralité et notre rôle unique sur la scène internationale.

Antithèse: Vous avez évoqué la justice internationale. Quelle est votre opinion sur la Cour pénale internationale (CPI) ?

Jean-Daniel Ruch : La CPI est essentielle pour inculper les responsables de crimes graves, quelle que soit leur nationalité. Cependant, elle est sous pression, notamment de la part d’États comme les États-Unis et Israël. Il est crucial que les pays européens soutiennent cette institution pour préserver la justice internationale et éviter que des puissants échappent à leurs responsabilités.

Antithèse: Quels enseignements tirez-vous de vos expériences diplomatiques ?

Jean-Daniel Ruch : Mon parcours m’a montré l’importance du dialogue, même avec des adversaires idéologiques. Qu’il s’agisse de travailler avec des représentants du Hamas ou d’autres acteurs difficiles, il faut toujours chercher des solutions inclusives pour créer des dynamiques positives. Cela nécessite du temps, de la patience, et souvent une vision à long terme.

L’Entretien vidéo

00:00 Intro

02:39 Présentation

04:15 Poussé à la démission

11:35 Les enjeux en Syrie

23:22 Le Hamas

25:40 En Palestine, la solution à deux États

31:35 Messianisme, nationalisme et militarisme en Israël

35:38 Gaza et nettoyage ethnique

41:36 Cisjordanie et colonisation

48:51 L'Iran

52:45 Les États-Unis au Proche-Orient

58:17 Port de Tartous et intérêts russes

1:00:35 La CPI et la justice internationale

1:10:38 Géorgie, Slovaquie et Roumanie

1:18:01 Les révolutions de couleurs

1:20:25 Ukraine: l'échec des négociations d'Istanbul

1:28:50 La Suisse et l'OTAN

1:43:28 Carte blanche - La neutralité suisse

 

Cet entretien a été enregistré le 9 décembre 2024.

 

https://www.youtube.com/watch?v=X69Gus-MkyU

Syrie, Israël, Ukraine... Confidences de l'ancien ambassadeur suisse Jean-Daniel Ruch

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«Les États-Unis et Israël ont détruit la Syrie et appellent cela la paix»

15 Décembre 2024, 05:51am

Publié par Jeffrey D. Sachs

L’ingérence américaine, à la demande de l’extrême droite israélienne de Netanyahou, a laissé le Moyen-Orient en ruines, avec plus d’un million de morts et des guerres ouvertes faisant rage en Libye, au Soudan, en Somalie, au Liban, en Syrie et en Palestine, et avec l’Iran au bord d’un arsenal nucléaire.

Selon les célèbres lignes de Tacite, historien romain, « Ravager, massacrer, usurper sous de faux titres, ils appellent cela l’empire ; et là où ils font un désert, ils appellent cela la paix ».

À notre époque, c’est Israël et les États-Unis qui font un désert et l’appellent paix.

L’histoire est simple. En violation flagrante du droit international, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et ses ministres revendiquent le droit de régner sur sept millions d’Arabes palestiniens. Lorsque l’occupation israélienne des terres palestiniennes conduit à une résistance militante, Israël qualifie cette résistance de « terrorisme » et demande aux États-Unis de renverser les gouvernements du Moyen-Orient qui soutiennent les « terroristes ». Les États-Unis, sous l’influence du lobby israélien, entrent en guerre pour le compte d’Israël.

La chute de la Syrie cette semaine est le point culminant de la campagne israélo-américaine contre la Syrie qui remonte à 1996 avec l’arrivée de M. Netanyahu au poste de Premier ministre. La guerre israélo-américaine contre la Syrie s’est intensifiée en 2011 et 2012, lorsque Barack Obama a chargé secrètement la CIA de renverser le gouvernement syrien dans le cadre de l’opération « Timber Sycamore. ». Cet effort a finalement abouti cette semaine, après plus de 300,000 morts dans la guerre syrienne depuis 2011.

La chute a été rapide en raison de plus d’une décennie de sanctions économiques écrasantes, du fardeau de la guerre, de la saisie du pétrole syrien par les États-Unis, des priorités de la Russie concernant le conflit en Ukraine et, plus immédiatement, des attaques d’Israël contre le Hezbollah, qui était le principal soutien militaire du gouvernement syrien. Il ne fait aucun doute qu’Assad a souvent mal joué son rôle et qu’il a dû faire face à un grave mécontentement interne, mais son régime était voué à l’effondrement depuis des décennies par les États-Unis et Israël.

Depuis 2011, la guerre perpétuelle menée par Israël et les États-Unis contre la Syrie (bombardements, djihadistes, sanctions économiques, saisie par les États-Unis des champs pétroliers syriens, etc.) a plongé le peuple syrien dans la misère.

Avant que la campagne américano-israélienne visant à renverser Assad ne commence sérieusement en 2011, la Syrie était un pays à revenu intermédiaire qui fonctionnait et se développait. En janvier 2009, le conseil d’administration du FMI s’est exprimé en ces termes :

Les administrateurs se sont félicités des bons résultats macroéconomiques enregistrés par la Syrie ces dernières années, qui se sont traduits par une croissance rapide du PIB non pétrolier, un niveau confortable de réserves de change et une dette publique faible et en baisse. Ces résultats reflètent à la fois la vigueur de la demande régionale et les efforts de réforme déployés par les autorités pour passer à une économie davantage axée sur le marché.

Dans les deux jours qui ont suivi l’effondrement du gouvernement, Israël a mené environ 480 frappes à travers la Syrie et a complètement détruit la flotte syrienne à Lattaquié. Poursuivant son programme expansionniste, le Premier ministre Netanyahou a revendiqué illégalement le contrôle de la zone tampon démilitarisée du plateau du Golan et a déclaré que le plateau du Golan ferait partie de l’État d’Israël « pour l’éternité ».

L’ambition de M. Netanyahou de transformer la région par la guerre, qui remonte à près de trois décennies, se déroule sous nos yeux. Lors d’une conférence de presse tenue le 9 décembre, le premier ministre israélien s’est vanté d’une « victoire absolue », justifiant ainsi le génocide en cours à Gaza et l’escalade de la violence dans toute la région :

Je vous le demande, réfléchissez, si nous avions accédé à ceux qui nous disaient sans cesse : « Il faut arrêter la guerre », nous ne serions pas entrés à Rafah, nous ne nous serions pas emparés du corridor de Philadelphie, nous n’aurions pas éliminé Sinwar, nous n’aurions pas surpris nos ennemis au Liban et dans le monde entier dans une opération-stratagème audacieuse, nous n’aurions pas éliminé Nasrallah, nous n’aurions pas détruit le réseau souterrain du Hezbollah et nous n’aurions pas mis en évidence la faiblesse de l’Iran. Les opérations que nous avons menées depuis le début de la guerre démantèlent l’axe brique par brique.

La longue histoire de la campagne israélienne visant à renverser le gouvernement syrien n’est pas très bien comprise, mais les documents sont clairs. La guerre d’Israël contre la Syrie a commencé avec les néoconservateurs américains et israéliens en 1996, qui ont élaboré une stratégie de  « rupture nette » pour le Moyen-Orient à l’intention de Netanyahou lorsqu’il est arrivé au pouvoir. Le cœur de la stratégie de « rupture nette » appelait Israël (et les États-Unis) à rejeter « la terre contre la paix », l’idée selon laquelle Israël se retirerait des territoires palestiniens occupés en échange de la paix. Au lieu de cela, Israël conserverait les terres palestiniennes occupées, régnerait sur le peuple palestinien dans un État d’apartheid, procéderait progressivement à un nettoyage ethnique de l’État et appliquerait ce que l’on appelle « la paix contre la paix » en renversant les gouvernements voisins qui s’opposent aux revendications territoriales d’Israël.

La longue histoire de la campagne israélienne visant à renverser le gouvernement syrien n’est pas très bien comprise, mais les documents sont clairs.

La stratégie « Clean Break » affirme que « notre revendication de la terre – à laquelle nous nous accrochons pour espérer depuis 2000 ans – est légitime et noble » et poursuit en déclarant que « la Syrie défie Israël sur le sol libanais ». Une approche efficace, avec laquelle les Américains peuvent sympathiser, serait qu’Israël prenne l’initiative stratégique le long de ses frontières nord en engageant le Hezbollah, la Syrie et l’Iran, en tant que principaux agents d’agression au Liban… »

Dans son livre Fighting Terrorism, publié en 1996, M. Netanyahou a exposé sa nouvelle stratégie. Israël ne combattrait pas les terroristes, mais les États qui les soutiennent. Plus précisément, il ferait en sorte que les États-Unis se chargent de combattre Israël à sa place. Comme il l’a expliqué en 2001:

La première chose à comprendre, et la plus cruciale, est la suivante : Il n’y a pas de terrorisme international sans le soutien d’États souverains….. Si l’on supprime ce soutien étatique, c’est tout l’échafaudage du terrorisme international qui s’effondre en poussière...

La stratégie de Netanyahou a été intégrée à la politique étrangère des États-Unis. L’élimination de la Syrie a toujours été un élément clé du plan. Cela a été confirmé au général Wesley Clark après le 11 septembre. Lors d’une visite au Pentagone, il lui a été dit que « nous allons attaquer et détruire les gouvernements de sept pays en cinq ans – nous allons commencer par l’Irak, puis nous passerons à la Syrie, au Liban, à la Libye, à la Somalie, au Soudan et à l’Iran ». L’Irak serait le premier, puis la Syrie et le reste. (La campagne de Netanyahou en faveur de la guerre en Irak est décrite en détail dans le nouveau livre de Dennis Fritz, Deadly Betrayal. Le rôle du lobby israélien est expliqué en détail dans le nouveau livre d’Ilan Pappé, Lobbying for Lobbying for Zionism on Both Sides of the Atlantic). L’insurrection qui a frappé les troupes américaines en Irak a retardé le calendrier de cinq ans, mais n’a pas modifié la stratégie de base.

À ce jour, les États-Unis ont mené ou parrainé des guerres contre l’Irak (invasion en 2003), le Liban (financement et armement d’Israël par les États-Unis), la Libye (bombardements de l’OTAN en 2011), la Syrie (opération de la CIA au cours des années 2010), le Soudan (soutien aux rebelles pour faire éclater le Soudan en 2011) et la Somalie (soutien à l’invasion de l’Éthiopie en 2006). Une éventuelle guerre des États-Unis contre l’Iran, ardemment souhaitée par Israël, est toujours en suspens.

Aussi étrange que cela puisse paraître, la CIA a soutenu à plusieurs reprises des djihadistes islamistes pour mener ces guerres, et ces djihadistes viennent de renverser le régime syrien. Après tout, la CIA a contribué à la création d’Al-Qaïda en formant, armant et finançant les moudjahidines en Afghanistan à partir de la fin des années 1970. Certes, Oussama ben Laden s’est ensuite retourné contre les États-Unis, mais son mouvement était tout de même une création américaine. Ironiquement, comme le confirme Seymour Hersh, ce sont les services de renseignements d’Assad qui ont « averti les États-Unis de l’imminence d’un attentat à la bombe d’Al-Qaïda contre le quartier général de la cinquième flotte de la marine américaine ».

L’opération Timber Sycamore était un programme secret de la CIA d’un milliard de dollars lancé par Obama pour renverser Bachar el-Assad. La CIA a financé, formé et fourni des renseignements à des groupes islamistes radicaux et extrémistes. L’effort de la CIA a également impliqué une « ligne de rat » pour acheminer des armes de la Libye (attaquée par l’OTAN en 2011) vers les djihadistes en Syrie. En 2014, Seymour Hersh a décrit l’opération dans son article  “The Red Line and the Rat Line”:

« Une annexe hautement classifiée du rapport, non rendue publique, décrivait un accord secret conclu début 2012 entre les administrations Obama et Erdoğan. Il s’agit de la « ligne du rat ». Selon les termes de l’accord, le financement provenait de la Turquie, ainsi que de l’Arabie saoudite et du Qatar ; la CIA, avec le soutien du MI6, était chargée d’acheminer en Syrie des armes provenant des arsenaux de Kadhafi. »

Peu après le lancement de Timber Sycamore, en mars 2013, lors d’une conférence conjointe du président Obama et du premier ministre Netanyahou à la Maison Blanche, Obama a déclaré : « En ce qui concerne la Syrie, les États-Unis continuent de travailler avec leurs alliés, leurs amis et l’opposition syrienne pour accélérer la fin du régime d’Assad. »

Pour la mentalité sioniste américano-israélienne, un appel à la négociation de la part d’un adversaire est considéré comme un signe de faiblesse de ce dernier. Ceux qui appellent l’autre partie à négocier finissent généralement assassinés par Israël ou les États-Unis. C’est ce qui s’est passé récemment au Liban. Le ministre libanais des affaires étrangères a confirmé que Hassan Nasrallah, ancien secrétaire général du Hezbollah, avait accepté un cessez-le-feu avec Israël quelques jours avant son assassinat. La volonté du Hezbollah d’accepter un accord de paix conforme aux souhaits du monde arabo-musulman, à savoir une solution à deux États, ne date pas d’hier. De même, au lieu de négocier pour mettre fin à la guerre à Gaza, Israël a assassiné le chef politique du Hamas, Ismail Haniyeh, à Téhéran.

Pour la mentalité sioniste américano-israélienne, un appel à la négociation de la part d’un adversaire est considéré comme un signe de faiblesse de ce dernier.

De même, en Syrie, au lieu de permettre l’émergence d’une solution politique, les États-Unis se sont opposés à plusieurs reprises au processus de paix. En 2012, l’ONU a négocié un accord de paix en Syrie qui a été bloqué par les Américains, qui ont exigé qu’Assad parte dès le premier jour de l’accord de paix. Les États-Unis voulaient un changement de régime, pas la paix. En septembre 2024, M. Netanyahou a présenté à l’Assemblée générale une carte du Moyen-Orient divisée entre « bénédiction » et « malédiction », le Liban, la Syrie, l’Irak et l’Iran faisant partie de la malédiction de M. Netanyahou. La véritable malédiction est le chemin d’Israël vers la destruction et la guerre, qui a maintenant englouti le Liban et la Syrie, avec le fervent espoir de Netayahou d’entraîner les États-Unis dans une guerre avec l’Iran également.

Les États-Unis et Israël se félicitent d’avoir réussi à anéantir un autre adversaire d’Israël et défenseur de la cause palestinienne, Netanyahou revendiquant « le mérite d’avoir lancé le processus historique ». Il est fort probable que la Syrie succombe maintenant à une guerre continue entre les nombreux protagonistes armés, comme cela s’est produit lors des précédentes opérations de changement de régime menées par les États-Unis et Israël.

En résumé, l’ingérence américaine, sur ordre de l’Israël de Netanyahou, a laissé le Moyen-Orient en ruines, avec plus d’un million de morts et des guerres ouvertes faisant rage en Libye, au Soudan, en Somalie, au Liban, en Syrie et en Palestine, et avec l’Iran au bord d’un arsenal nucléaire, poussé contre ses propres inclinations à cette éventualité.

Tout cela est au service d’une cause profondément injuste : priver les Palestiniens de leurs droits politiques au service de l’extrémisme sioniste fondé sur le livre de Joshua, datant du 7e siècle avant notre ère. Fait remarquable, selon ce texte – sur lequel s’appuient les zélotes religieux d’Israël – les Israélites n’étaient même pas les premiers habitants de la terre. Au contraire, selon ce texte, Dieu ordonne à Josué et à ses guerriers de commettre de multiples génocides pour conquérir la terre.

Dans ce contexte, les nations arabo-musulmanes et, en fait, la quasi-totalité du monde se sont unies à plusieurs reprises pour réclamer une solution à deux États et la paix entre Israël et la Palestine.

Au lieu de cette solution, Israël et les États-Unis ont créé un désert et l’ont appelé la paix.

 

Jeffrey D. Sachs

Source: https://www.commondreams.org/opinion/us-israel-syria

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Apolline de Malherbe "remise en place" par Emmanuel Todd

15 Décembre 2024, 05:36am

Publié par Louis Giroud

Décryptage de l'entretien entre Apolline De Malherbe et Emmanuel Todd : une vision critique des enjeux géopolitiques et économiques mondiaux (13 décembre 2024)

Dans un entretien dense et percutant, l'anthropologue et démographe Emmanuel Todd a partagé avec la journaliste Apolline De Malherbe son analyse des tensions géopolitiques actuelles, particulièrement entre l'Occident, l'Ukraine, et la Russie. Il y a dénoncé les choix stratégiques qu'il juge erronés et les illusions qui, selon lui, ont mené à l’impasse actuelle.

 

Un piège auto-tendu en Ukraine

Apolline De Malherbe : Vous dites que les États-Unis sont tombés dans un piège en Ukraine. Pouvez-vous expliquer ?

Emmanuel Todd : Ce piège, ils se le sont tendu eux-mêmes, en partie à cause de l'illusion d'une faiblesse russe et de la croyance dans leur supériorité industrielle et militaire. Ils ont entretenu l'Ukraine dans l'idée que l'Occident avait les moyens de soutenir la guerre, mais la réalité est différente. Aujourd'hui, les États-Unis doivent faire produire leurs missiles antiaériens Patriot en Allemagne, faute de capacités industrielles suffisantes chez eux. Cela révèle un déclin profond, tant industriel qu'économique.

Todd déplore également les souffrances infligées à l'Ukraine, qu'il attribue à des promesses occidentales irréalistes. Selon lui, l'Europe et les États-Unis ont échoué à prendre en compte l'érosion de leurs propres bases industrielles et humaines, rendant leur soutien militaire de plus en plus difficile à maintenir.

 

L'Europe face à ses propres contradictions

Apolline De Malherbe : Pensez-vous que l’Europe aurait dû éviter de rompre ses liens avec la Russie ?

Emmanuel Todd : Absolument. Nous aurions dû amarrer l’Europe et la Russie pour en faire une grande entité économique et stratégique. La rupture a poussé la Russie à se replier sur elle-même, la coupant de potentiels partenariats européens, notamment après des périodes d'ouverture comme celle qui a suivi la guerre d'Irak.

Todd pointe également les disparités entre les pays européens. Selon lui, si l'Allemagne semble mieux s'en sortir, la France et surtout l'Angleterre souffrent davantage des effets d'une mondialisation mal maîtrisée et d'une dépendance excessive à l’égard des États-Unis.

 

Une critique de l’oligarchie libérale

Au-delà de la géopolitique, Todd élargit son analyse au fonctionnement des démocraties occidentales.

Apolline De Malherbe : Vous avez évoqué un passage de la démocratie libérale à ce que vous appelez une "oligarchie libérale". Que voulez-vous dire par là ?

Emmanuel Todd : Nous vivons dans un système où les élites économiques et politiques dominent, avec une perte progressive de pouvoir réel pour les citoyens. En France, par exemple, l'État est devenu impuissant, aligné sur les intérêts américains et sous surveillance, notamment via des outils comme la NSA.

Pour Todd, cette situation reflète un affaiblissement global des démocraties occidentales, où les grands discours sur la souveraineté masquent une dépendance croissante aux États-Unis et à leurs intérêts stratégiques.

 

Des choix stratégiques à repenser

Apolline De Malherbe : Aurions-nous dû, dès le départ, dire à l’Ukraine qu’on ne pouvait rien pour elle ?

Emmanuel Todd : C'est facile à dire avec le recul, mais mon rôle est d'analyser, pas de donner des conseils politiques. Ce qui est certain, c'est que nous aurions dû négocier avec la Russie bien avant. Il faut comprendre que les tensions actuelles sont le résultat de décennies de choix erronés, notamment une mondialisation qui a affaibli les économies occidentales.

 

Apolline De Malherbe : Vous affirmez que les États-Unis sont tombés dans un piège en Ukraine. Que voulez-vous dire par là ?

Emmanuel Todd : Les États-Unis se sont piégés eux-mêmes, avec l’aide du nationalisme ukrainien. Ils ont sous-estimé la résilience de la Russie et surestimé leurs capacités industrielles. Ils ont entretenu l’illusion que l’Occident pourrait soutenir une guerre prolongée, mais les faits prouvent le contraire. Aujourd’hui, les États-Unis doivent faire produire leurs missiles antiaériens Patriot en Allemagne, faute de main-d’œuvre et d’ingénieurs qualifiés chez eux. Cela illustre leur déclin industriel.

Selon Todd, cette situation est aggravée par des promesses irréalistes faites à l’Ukraine, qui se traduisent aujourd’hui par des souffrances inutiles. L’Occident aurait, selon lui, manqué de lucidité en ignorant la désindustrialisation de ses économies.

 

Une Europe désorientée

Apolline De Malherbe : Aurions-nous dû éviter de rompre les liens avec la Russie ?

Emmanuel Todd : Oui. Nous aurions dû intégrer la Russie à l’Europe pour en faire une entité commune. Au lieu de cela, nous avons élargi l’OTAN vers l’Est, provoquant une Russie qui n’allait pourtant pas bien elle-même. Cette rupture a renforcé son isolement et contribué à la situation actuelle. La Russie aurait pu devenir un partenaire stratégique, notamment en période de relative ouverture, comme après la guerre d’Irak.

Todd fait également état des disparités au sein de l’Europe : si l’Allemagne parvient à maintenir une relative stabilité, la France et surtout l’Angleterre subissent les effets d’un déclin industriel et d’une dépendance croissante aux États-Unis.

 

Illusions industrielles et déclin occidental

Apolline De Malherbe : Votre analyse laisse entendre que l’Occident a entretenu des illusions sur sa capacité à soutenir la guerre en Ukraine. Est-ce le cas ?

Emmanuel Todd : Tout à fait. Les États-Unis ne disposent plus des moyens industriels nécessaires pour produire des équipements de pointe en quantité suffisante. Ce déclin industriel n’est pas un phénomène récent, mais il devient critique dans un contexte de guerre prolongée. Cette réalité est emblématique d’un Occident qui s’est fragilisé en croyant à tort que la mondialisation économique renforcerait sa position.

Pour Todd, cette crise révèle une faille structurelle profonde dans les économies occidentales, amplifiée par des décennies de désindustrialisation et de politiques globalisées.

 

Une démocratie libérale devenue oligarchie libérale

Apolline De Malherbe : Vous évoquez une transformation de la démocratie libérale en ce que vous appelez une "oligarchie libérale". Que voulez-vous dire par là ?

Emmanuel Todd : Nous ne sommes plus dans une démocratie véritable, mais dans un système où les élites économiques et politiques concentrent le pouvoir. En France, par exemple, l’État est désormais aligné sur les intérêts américains et contrôlé par l’OTAN. Les dirigeants européens, qui auraient pu prendre leurs distances, sont surveillés de près par des institutions comme la NSA.

Cette critique s’accompagne d’une remise en question de la rhétorique politique actuelle. Todd estime que la France a perdu sa capacité d’action indépendante, devenant un acteur secondaire sur l’échiquier géopolitique.

 

L’Ukraine : des souffrances inutiles ?

Apolline De Malherbe : Aurions-nous dû, dès le départ, dire à l’Ukraine qu’on ne pouvait rien pour elle ?

Emmanuel Todd : Avec le recul, bien sûr. Mais mon rôle est de faire une analyse historique, pas de donner des conseils politiques. Ce qui est certain, c’est que nous aurions dû négocier avec la Russie bien plus tôt. L’illusion que l’Occident pouvait maintenir un soutien durable à l’Ukraine a conduit à des souffrances inutiles pour ce pays.

Pour Todd, cette erreur découle d’une méconnaissance des réalités géopolitiques et industrielles. Une approche plus prudente aurait pu éviter l’escalade actuelle.

 

Une vision sur le long terme

Apolline De Malherbe : Votre approche, basée sur l’histoire de la longue durée, donne une perspective particulière. Qu’apportez-vous avec cette méthode ?

Emmanuel Todd : Je m’inscris dans la tradition de l’École des Annales, qui analyse les évolutions sur le temps long. Cela permet de comprendre les causes profondes des phénomènes actuels, comme le déclin industriel américain ou la montée en puissance de l’Asie. Ces dynamiques ne se résolvent pas par des décisions ponctuelles, mais nécessitent une refonte des modèles économiques et politiques.

Todd invite à une réflexion critique sur les conséquences de la mondialisation et sur la place de l’Europe dans un monde multipolaire. Il plaide pour une révision des stratégies occidentales, en tenant compte des transformations globales.

 

Une invitation à repenser les choix géopolitiques

L’entretien avec Emmanuel Todd met en lumière les erreurs stratégiques de l’Occident, qu’il relie à des causes historiques profondes. Il appelle à dépasser les discours simplistes pour mieux comprendre les défis économiques, industriels et politiques qui façonnent les relations internationales. Plus qu’une critique, ses propos sont une invitation à repenser les modèles actuels pour éviter de nouvelles impasses.

https://www.youtube.com/watch?v=FXksOngXcig&t=108s

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Comprendre la chute du régime de Bachar el-Assad

15 Décembre 2024, 05:16am

Publié par Louis Giroud

La Syrie est au centre d’un conflit où les intérêts internationaux s’affrontent, transformant le pays en champ de bataille géopolitique. L’accord de 2020 entre Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdoğan, destiné à stabiliser la région, n’aura été qu’un répit temporaire. Le soutien turc aux groupes djihadistes, les ambitions stratégiques des États-Unis, et les bénéfices qu’en tire Israël met en lumière les responsabilités des grandes puissances dans la fragmentation de la Syrie et interroge les scénarios possibles pour un pays désormais au bord du chaos, où les civils demeurent les premières victimes d’une guerre sans fin.

Pour qu’un accord prenne fin, l’une des parties doit déclarer forfait ou quitter la table. Mais pour qu’il implose avec une telle brutalité, il faut un acte plus radical : renverser cette table. Le 5 mars 2020, l’accord obtenu entre Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdoğan a figé le conflit syrien, qui dévastait le pays depuis près d’une décennie. À travers ce succès diplomatique, Moscou s’érigeait en puissance militaire victorieuse et en artisan de paix, tandis qu’Erdoğan, stratège pragmatique, s’alignait sur l’un des chefs de file d’un « Nouveau Monde » en construction. Pourtant, quatre ans et demi plus tard, c’est bien la Turquie qui semble avoir pris ses distances avec cet accord. À l’évidence, la fulgurante percée de la nébuleuse djihadiste Hayat Tahrir al-Sham (HTS) ne pourrait avoir lieu sans un soutien logistique et renseigné de la Turquie. Mais cette « trahison » apparente n’est qu’une partie d’une stratégie globale orchestrée par un acteur plus vaste : l’axe américano-sioniste.

Une victoire d’Erdogan ?

La Turquie a longtemps protégé un réseau de groupes armés dans la province d’Idlib, au nord-ouest de la Syrie. Ces milices, pour la plupart sous influence turque, constituaient un outil diplomatique autant qu’une menace latente, permettant à Ankara de peser dans les négociations avec le régime syrien. Cependant, les signes d’impatience étaient perceptibles depuis longtemps : la question des trois millions de réfugiés syriens en Turquie, combinée à celle des Kurdes, ennemis historiques de la Turquie, a enflammé les tensions. Or, Bachar el-Assad a systématiquement refusé de négocier tant que toutes les forces étrangères, y compris turques, n’auraient pas quitté le sol syrien. Cette posture intransigeante de Damas, bien qu’attendue, a placé Erdoğan dans une impasse stratégique.

Alors, pourquoi Ankara aurait-elle permis le renversement de cet équilibre fragile ? Les gains immédiats semblent bien maigres pour la Turquie. Bien que les médias occidentaux présentent Erdoğan comme un opportuniste, détournant les groupes pro-turcs vers les bastions kurdes de Tall Rifaat et Manbij, cette offensive présente un risque considérable. Sans l’équilibre relatif maintenu par le régime syrien, les Kurdes pourraient s’engager dans la réalisation de leur projet d’état, le Kurdistan, une perspective inacceptable pour la Turquie. Cette dernière pourrait être forcée d’intervenir militairement pour contrer ce scénario, avec toutes les conséquences internes et régionales que cela implique.

Donal Trump mis à l’épreuve

Cette situation n’est pas sans rappeler les tragédies afghane, irakienne et libyenne. Le schéma est éprouvé : infiltration et financement de groupes djihadistes par la CIA, déclenchement du chaos et exploitation des résultats au profit des intérêts américains et israéliens. Le leader d’HTS, Abou Mohammed al-Joulani, est un produit de cette dynamique. Ancien cadre de l’État islamique en Irak, il est arrivé en Syrie en 2011, fort de financements et d’un appui logistique américain. Aujourd’hui, sous une image soigneusement polie par des « spin doctors » occidentaux, il présente ses forces comme des « rebelles modernistes », tout en restant fidèle à l’agenda djihadiste.

Mais la véritable question demeure : qui, aux États-Unis, bénéficie du renversement de Bachar el-Assad ? L’administration Biden pourrait y voir un coup stratégique pour affaiblir la Russie, un acteur central de la résistance syrienne. Mais l’ombre de Donald Trump plane également sur cet épisode. Si l’hypothèse d’un état profond trumpiste, opérant parallèlement à l’administration officielle depuis 2020, se confirme, alors la chute d’el-Assad pourrait représenter un atout pour Trump dans ses négociations futures avec la Russie. Privée de la base navale de Tartous, Moscou verrait son influence en Méditerranée gravement compromise, affaiblissant sa position dans les pourparlers sur l’Ukraine.

Israël le grand gagnant, mais jusqu’à quand ?

Enfin, il ne faut pas sous-estimer le rôle d’Israël, grand bénéficiaire de l’effondrement syrien. Privée de son corridor logistique reliant l’Iran au Hezbollah, la Résistance est en danger. L’annexion du plateau du Golan par Tel-Aviv, le 9 décembre, s’inscrit dans cette dynamique : une victoire stratégique pour l’état hébreu, obtenue dans l’indifférence générale. La disparition de Bachar el-Assad affaiblit également la Russie et l’Iran, ouvrant la voie à une domination américano-sioniste accrue dans la région.

Trois scénarios se dessinent pour l’avenir de la Syrie : un partage ethnique du territoire, une domination complète par un régime sunnite pro-américain, ou un chaos incontrôlable, semblable à celui de l’Irak post-2003. Tous ces scénarios laissent peu d’espoir pour une stabilisation durable. Le partage ethnique pourrait satisfaire temporairement les grandes puissances, mais il accentuerait les tensions avec la Turquie, hostile à toute reconnaissance officielle d’un Kurdistan. La domination sunnite, en revanche, renforcerait la mainmise américano-israélienne tout en marginalisant l’Iran et la Russie. Enfin, le chaos généralisé, bien qu’imprévisible, pourrait profiter à ceux qui sément la division et prospèrent dans le désordre.

Un État hors contrôle

Il convient également de se demander si la CIA contrôle pleinement la nébuleuse djihadiste qu’elle a contribué à armer et à structurer. Une dérive incontrôlée, semblable à l’apparition de l’État islamique en 2014, pourrait provoquer un embrasement général. Les milliers de combattants de l’EI encore emprisonnés dans les camps kurdes du nord-est syrien constituent une bombe à retardement, susceptible d’exploser à tout moment. Un tel scénario pourrait déstabiliser toutes les parties impliquées – Américains, Turcs, Russes et Iraniens –, sauf ceux qui prospèrent dans le chaos et l’anarchie : les acteurs cyniques qui orchestrent cette stratégie au service de leurs propres intérêts.

Le conflit syrien reste un échiquier complexe où chaque coup révèle les alliances et les ambitions des puissances mondiales. Ce drame, qui a coûté la vie à des centaines de milliers de personnes, illustre les limites des discours sur la paix et la stabilité. Il rappelle que, dans ce jeu cynique, les véritables perdants sont toujours les peuples pris au piège des grandes manœuvres géopolitiques.

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Entretien avec Graham Fuller : Éclairages sur le conflit syrien et les enjeux géostratégiques mondiaux

14 Décembre 2024, 16:33pm

Publié par Louis Giroud

Le lundi 9 décembre, Graham Fuller, ancien officier de renseignement de la CIA et analyste géopolitique, s’est exprimé au micro de Pascal Lottaz pour analyser les événements récents en Syrie. Cet échange, d’une grande densité, aborde la chute de Bachar al-Assad, les implications pour la Russie, les États-Unis, et les régimes islamistes, ainsi que les conséquences sur les équilibres au sein des BRICS. Voici une retranscription et analyse structurée des questions et réponses clés.

Pascal Lottaz : Quelle est votre analyse de l’évolution récente en Syrie, notamment depuis la chute du régime de Bachar al-Assad ?

Graham Fuller : La situation actuelle en Syrie est l’une des plus complexes sur le plan géopolitique. La perception dominante, à court terme, présente la Russie, l’Iran et la Syrie comme les grands perdants, tandis qu’Israël et les États-Unis semblent gagnants. Cependant, l’histoire régionale nous enseigne que ces équilibres sont souvent éphémères.

Un point central est que les États-Unis n’ont pas une bonne expérience dans leur gestion des mouvements djihadistes. Qu’ils coopèrent avec eux ou les combattent, ces groupes échappent souvent à leur contrôle et finissent par se retourner contre eux. Cela soulève des questions stratégiques : les intérêts américains et israéliens seront-ils mieux servis avec un régime djihadiste à Damas ? C’est un débat ouvert.

P.L. : Pourquoi ce nouveau régime islamiste semble-t-il trouver des terrains d’entente avec Israël ?

G.F. : Il est probable que ce nouveau pouvoir islamiste à Damas cherche pour l’instant à éviter toute confrontation avec Washington et Tel-Aviv. Cela pourrait être stratégique, pour asseoir son pouvoir sans provoquer une réaction immédiate de la part des États-Unis et d’Israël. Cependant, un changement profond et durable dans leurs relations reste peu plausible. Historiquement, les mouvements djihadistes ont rarement coopéré durablement avec des acteurs occidentaux ou israéliens.

P.L. : Quelle est la position de la Russie dans cette crise, et pourquoi n’est-elle pas intervenue davantage pour soutenir Assad ?

G.F. : La décision russe de ne pas s’impliquer plus fortement à ce stade semble prudente. S’engager davantage en Syrie aurait mobilisé d’importantes ressources militaires, risquant de compromettre leurs priorités stratégiques, notamment en Ukraine. La Russie a probablement évalué qu’elle pouvait négocier avec tout nouveau pouvoir à Damas à long terme, tout en évitant un éventuel « piège syrien » qui aurait épuisé ses moyens militaires.

P.L. : Comment interprétez-vous les tensions entre les intérêts turcs, kurdes et ceux des États-Unis en Syrie ?

G.F. : Les contradictions entre les acteurs de l’OTAN en Syrie, notamment la Turquie et les États-Unis, sont évidentes. La Turquie demeure focalisée sur la suppression du mouvement kurde, qui reste sa priorité géopolitique. Cette opposition fondamentale avec les États-Unis, qui soutiennent les Kurdes dans le nord-est syrien, pourrait provoquer de sérieux clivages au sein de l’OTAN.

P.L. : Les ambitions israéliennes, notamment sur le plateau du Golan, évoluent-elles dans ce contexte ?

G.F. : La situation actuelle pourrait renforcer un sentiment triomphaliste en Israël. Le pays cherche à étendre ses frontières stratégiques, notamment sur le plateau du Golan. Cependant, une expansion excessive risque de provoquer des réactions violentes et de raviver des tensions dans une région déjà instable.

P.L. : Quelles sont les implications pour les BRICS, compte tenu des récents événements en Syrie ?

G.F. : Les BRICS traversent une phase d’expansion, mais l’épisode syrien met en évidence les tensions potentielles entre leurs membres, comme la Turquie et la Russie. La Turquie, bien qu’aspirante, joue un jeu risqué en soutenant des groupes djihadistes qui affaiblissent la position russe en Syrie. Cela pourrait néanmoins renforcer la capacité des BRICS à gérer des désaccords internes si ces différences sont surmontées.

Conclusion : Cet entretien illustre les dynamiques fluctuantes du Moyen-Orient, où aucun acteur ne peut prétendre à une victoire définitive. La Russie adopte une posture prudente, évitant de s’enliser dans un nouveau conflit, tandis que les États-Unis et Israël naviguent des alliances incertaines avec des groupes djihadistes. Dans ce contexte, la stabilité future de la région dépendra de la capacité des acteurs locaux et mondiaux à éviter des escalades inutiles et à négocier des arrangements pragmatiques.

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Macron, la guerre en Ukraine et l’escalade géopolitique

14 Décembre 2024, 02:22am

Publié par Louis Giroud

Résumé:

Emmanuel Macron, en pleine tourmente politique, s’aligne sur Washington et joue un rôle clé dans une escalade militaire sans précédent. Officiellement, il prône la paix et la diplomatie en Pologne aux côtés de Donald Tusk. Mais en réalité, il attise les tensions et accompagne l’Ukraine dans une stratégie de confrontation directe avec la Russie. Les missiles ATACMS américains, utilisés par Kiev contre des cibles russes, franchissent un nouveau seuil dans le conflit. Loin d’y mettre un frein, Macron soutient cette politique agressive, tout en accélérant les démarches pour intégrer Kiev à l’OTAN, provoquant une réaction imminente de Vladimir Poutine.

Volodymyr Zelensky, de son côté, applique à la lettre les leçons de Macron. Officiellement conciliant, il multiplie en réalité les provocations contre Moscou, poussant l’Europe toujours plus près d’un conflit direct. Ce double jeu, soutenu par les puissances occidentales comme Joe Biden, n’a qu’un but : affaiblir la Russie coûte que coûte, quitte à transformer l’Europe en un champ de ruines. Les missiles, les sanctions et les provocations rapprochent le continent d’une confrontation qui aura des conséquences désastreuses pour tous.

Pendant ce temps, Joe Biden orchestre une guerre économique qui frappe directement les économies européennes. Les nouvelles sanctions contre les hydrocarbures russes ne déstabilisent pas le Kremlin, mais détruisent les ménages et les entreprises européennes. Explosion des prix de l’énergie, précarité énergétique pour des millions de foyers, fermeture en chaîne des industries : l’Europe s’effondre tandis que les États-Unis imposent leur gaz liquéfié à prix d’or, profitant pleinement du chaos qu’ils ont contribué à créer. Et Macron, parfaitement soumis, abandonne les intérêts de la France et de l’Europe au profit de l’atlantisme.

Ce chaos énergétique n’est pas une erreur. C’est une stratégie cynique et délibérée. Les maîtres du chaos – à Washington, Bruxelles et Paris – manipulent la crise ukrainienne pour restructurer l’économie mondiale à leur avantage, au détriment des peuples européens. Macron n’est pas un spectateur impuissant. Il est un acteur central de cette trahison. Ce conflit n’est pas ce qu’il paraît. Quels intérêts se cachent derrière ces manœuvres ?

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Dans un contexte international déjà tendu, le discours sur la supposée préparation d’une guerre européenne gagne en intensité. Sur Géopolitique profonde Nicolas Stoquer critique ouvertement Emmanuel Macron, accusant le président français d’être un acteur central d’une stratégie belliciste, dictée par des intérêts étrangers, notamment américains. L’analyse proposée soulève de nombreuses interrogations sur la place de la France, les tensions intra-européennes, et les projets sociétaux en cours, mêlant préoccupations géopolitiques et critiques sociétales.

Une France au service des intérêts étrangers ?

Le discours dépeint Emmanuel Macron comme un exécutant docile des néoconservateurs américains et d’un "État profond" transatlantique. Les multiples visites présidentielles aux États-Unis et la collaboration avec des conseillers bellicistes, tels qu’Antony Blinken, sont interprétées comme des preuves de cette allégeance.

Macron serait engagé dans une mission périlleuse : préparer une intervention militaire européenne sous couvert d’une mission de "maintien de la paix" en Ukraine. Cette initiative, bien que présentée comme pacifique, pourrait en réalité aggraver le conflit, suscitant des représailles russes potentielles et une escalade incontrôlable.

Un rôle ambigu de la France sur la scène internationale

Les tensions en Ukraine

La guerre en Ukraine est au cœur de cette analyse. L’auteur critique les contradictions des politiques occidentales : alors que les dirigeants appellent publiquement à la paix, les actions sur le terrain, comme l’envoi d’armes ou les soutiens militaires, alimentent l’escalade. L’envoi envisagé d’un contingent européen de 40 000 hommes est perçu comme un acte de provocation directe envers Moscou.

Selon l’intervenant, cette démarche pourrait non seulement échouer à ramener la paix, mais aussi entraîner des représailles russes, y compris sous forme de frappes nucléaires tactiques.

La diplomatie européenne fragmentée

En Europe, deux visions s’affrontent. D’un côté, une ligne belliciste menée par la Pologne (sous Donald Tusk) et les pays baltes, perçus comme les alliés les plus fidèles des États-Unis. De l’autre, une ligne plus pacifiste incarnée par Viktor Orbán, le Premier ministre hongrois, qui plaide pour des négociations et un apaisement des tensions. La future présidence européenne de la Pologne, prévue en janvier 2025, est envisagée comme un tournant dans la stratégie belliciste de l’Union européenne.

Les États-Unis et le jeu des influences

L’analyse souligne le rôle central des États-Unis dans cette dynamique. Les néoconservateurs américains, majoritairement démocrates, sont accusés de dicter la politique européenne. Emmanuel Macron agirait comme un relais de ces intérêts, contribuant à renforcer une logique d’affrontement.

En revanche, Donald Trump est présenté comme un acteur cherchant à désamorcer les conflits. En dépit de son discours souvent qualifié d’isolationniste, Trump aurait une posture "humaniste", appelant à mettre fin aux souffrances des deux camps, tant ukrainien que russe. Son soutien affiché à Viktor Orbán, notamment par des rencontres récentes et une invitation aux cérémonies d’investiture américaines, est interprété comme un signe fort d’une alliance pacifiste alternative.

La France, entre neutralisation politique et dérive autoritaire

Concentration du pouvoir

L’analyse décrit Emmanuel Macron comme un président consolidant son pouvoir au détriment des institutions démocratiques. La neutralisation des contre-pouvoirs, l’affaiblissement du Parlement, et la mise en place de fidèles aux postes-clés (défense, affaires étrangères) seraient autant de stratégies visant à permettre une prise de décision unilatérale.

Rôle des militaires

Les chefs militaires français sont dépeints comme dociles, incapables de s’opposer aux décisions politiques, même lorsque celles-ci pourraient engager la France dans un conflit d’ampleur. Les récents mouvements de troupes vers la capitale ou vers des bases en Roumanie sont interprétés comme des préparatifs à une intervention imminente.

Critiques des projets sociétaux

Transition de genre et déstructuration sociale

Le discours s’étend également à des thématiques nationales, dénonçant les réformes sociétales en cours. Parmi elles, la création d’un service public dédié à la transition de genre est particulièrement critiquée. La proposition de déchéance de parentalité pour les familles opposées à la transition de leurs enfants est perçue comme une attaque directe contre la famille et les valeurs traditionnelles.

Ces réformes sont présentées comme faisant partie d’une déstructuration plus large, orchestrée par des élites mondialistes et progressistes. Cette dynamique, qualifiée de "guerre contre les valeurs", alimente une vision d’une France en proie à des forces destructrices.

Escalade nucléaire : un danger imminent

L’auteur évoque avec inquiétude les discours de Macron sur la dissuasion nucléaire. En 2017, ce dernier avait laissé entendre qu’une frappe nucléaire préventive pourrait être justifiée dans certaines situations. Cette posture, combinée à l’idée d’un contingent militaire européen, soulève des craintes d’une escalade qui dépasserait le conflit conventionnel.

Le rôle du "parapluie nucléaire" français est présenté comme le seul élément crédible d’une intervention européenne, mais son usage pourrait avoir des conséquences dramatiques, notamment en cas de riposte russe.

Une France en quête de son identité

Vocation pacifique de la France

L’auteur rappelle que la France, forte de son histoire et des leçons tirées des guerres mondiales, est historiquement destinée à jouer un rôle de médiateur, et non d’instigateur de conflits. L’intervention militaire envisagée en Ukraine est décrite comme une trahison de cette vocation profonde.

Rejet populaire de Macron

Sur le plan national, l’analyse souligne un mécontentement croissant du peuple français envers Emmanuel Macron. Les sondages favorables à Marine Le Pen, perçue comme l’opposante la plus crédible, sont interprétés comme un rejet massif du président actuel et de ses politiques.

Conclusion : Un appel à la vigilance

L’analyse se termine par un appel à la résistance. L’intervenant invite à une vigilance accrue face aux décisions politiques et militaires prises par les élites françaises et européennes. La mobilisation populaire est envisagée comme un dernier rempart pour éviter ce qui est perçu comme une dérive autoritaire et belliciste.

La France, conclut-il, doit retrouver sa vocation pacifique et jouer un rôle de médiateur sur la scène internationale, au lieu de se laisser entraîner dans des aventures guerrières contraires à ses intérêts et à son identité profonde.

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