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Le Média Libre de La Suisse Indépendante et Neutre...

Le cycle infernal des conflits mondiaux : l’analyse de Jacques Baud

16 Décembre 2024, 01:33am

Publié par Louis Giroud

Depuis plusieurs décennies, les conflits armés se succèdent sans interruption sur la scène internationale, marquant une évolution constante des équilibres géopolitiques mondiaux. Selon Jacques Baud, ancien analyste stratégique suisse, ces guerres révèlent des dynamiques complexes où les puissances occidentales, et en particulier les États-Unis, jouent un rôle central. De la guerre en Yougoslavie à la guerre en Ukraine en passant par le conflit israélo-palestinien, Baud met en évidence des continuités et des transformations qui redessinent le paysage géopolitique mondial.

Des guerres sans répit depuis 30 ans

Pour Jacques Baud, la date symbolique du 11 septembre 2001, souvent perçue comme un tournant, n’est qu’un épisode dans une longue suite de conflits amorcée avec la guerre en Yougoslavie. Depuis trois décennies, les interventions militaires se succèdent sans réelles pauses, changeant simplement de formes et d’acteurs. « On retrouve systématiquement les États-Unis en toile de fond, passés d’une guerre à une autre, comme s’il existait une volonté délibérée de maintenir ce cycle infernal », analyse-t-il.

Ces conflits ne sont pas seulement des affrontements localisés. Ils traduisent une évolution profonde des rapports de force mondiaux. L’intervention russe en Ukraine, déclenchée le 24 février 2022, ainsi que l’escalade israélo-palestinienne depuis le 7 octobre 2023, ne sont que les dernières manifestations brutales d’un long processus d’érosion des systèmes diplomatiques traditionnels.

Ukraine et Palestine : des conflits géopolitiques majeurs

Pour Jacques Baud, les deux conflits récents, bien que différents dans leur essence, présentent des similitudes notables. À commencer par leur ancienneté : « Ces guerres ne sont pas nouvelles. Elles s’inscrivent dans une continuité historique et ne font qu’éclater à certains moments sous des formes violentes ».

En Ukraine, l’intervention russe est perçue comme un élément majeur d’une recomposition du monde. Ce conflit oppose clairement l’Occident (l’Europe et l’Amérique du Nord) au reste du monde, marquant la fin d’un ordre mondial dominé par les Occidentaux depuis la Guerre froide. En Palestine, la situation, établie depuis 1947, reflète une restructuration des réflexions stratégiques au Moyen-Orient. « Ces conflits modifient déjà les équilibres géopolitiques mondiaux », affirme Baud.

La disparition de la diplomatie occidentale

Un point commun crucial entre ces conflits, selon Jacques Baud, est l’effacement quasi total de la diplomatie. L’Union européenne, par exemple, s’est contentée d’alimenter le conflit en Ukraine en fournissant des armes, sans chercher à initier un dialogue diplomatique avant ou après le déclenchement de l’offensive russe. Quant aux États-Unis, ils restent actifs diplomatiquement, mais dans une optique essentiellement orientée vers leurs propres intérêts stratégiques.

La neutralité suisse en question

Jacques Baud observe également une érosion de la neutralité suisse, autrefois perçue comme une force diplomatique majeure. La Suisse, en adoptant des sanctions contre la Russie et en se positionnant sur des sujets sensibles, a perdu une partie de sa crédibilité comme intermédiaire neutre. « Moscou a refusé que la Suisse représente les intérêts ukrainiens, estimant qu’elle n’était plus neutre. Cette situation illustre une tendance plus large de la diplomatie suisse à s’aligner sur les positions occidentales », note-t-il.

Vers une recomposition de l’ordre mondial

Les conflits en Ukraine et en Palestine participent d’une recomposition des alliances et des rapports de force mondiaux. Jacques Baud insiste sur le fait que ces guerres sont le reflet d’un monde en transition, où l’Occident perd progressivement son hégémonie au profit d’acteurs comme la Chine, la Russie ou encore des puissances régionales au Moyen-Orient.

En conclusion, Jacques Baud appelle à une réhabilitation de la diplomatie, seule voie capable de mettre un terme à ce cycle infernal de conflits. La tendance actuelle, marquée par une surenchère des sanctions et des actions militaires, semble cependant s’éloigner de cet objectif, laissant planer des incertitudes majeures sur l’avenir de l’ordre mondial.

L'extension territoriale et les enjeux géopolitiques selon Jacques Baud

Dans ses analyses, Jacques Baud aborde des thèmes complexes liés à la politique israélienne et aux tensions au Moyen-Orient. Il revient sur l’évolution de la Transjordanie, devenue la Jordanie moderne, et le projet d’un « Grand Israël », porté par des courants révisionnistes israéliens. À ce titre, Baud cite des déclarations du ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, qui revendique des territoires s’étendant jusqu’à Damas en Syrie. Cette vision expansionniste est d’ailleurs mise en pratique, selon lui, par des avancées israéliennes au-delà du plateau du Golan, territoire annexé unilatéralement par Israël et reconnu par les États-Unis sous l’administration Trump, bien que le droit international le considère toujours syrien.

Baud souligne également le rôle du groupe armé Hayat Tahrir al-Cham (HTS), actif dans la poche d’Idlib, qui cherche à renverser le gouvernement syrien. Il rappelle que HTS est toujours classé comme organisation terroriste par les Nations unies, l’Union européenne et plusieurs États, mais qu’à ce jour, le Hamas ne partage pas ce statut. Dans ce contexte, il dénonce les alliances tacites entre HTS et certains services de renseignement, notamment israéliens, turcs, ukrainiens et américains. Ces collaborations auraient permis l’armement et la formation de combattants d’HTS. Pourtant, Israël aurait rapidement ciblé les infrastructures militaires tombées sous le contrôle du groupe, montrant ainsi une relation ambivalente.

Le poids des revendications historiques et territoriales

Jacques Baud explore la notion d'illégalité des occupations israéliennes. Il rappelle que les territoires conquis par Israël l'ont été par la force, sans accord international, notamment en citant la résolution 181 de 1947, qui proposait un partage de la Palestine en deux États. Cependant, ce partage était conditionné à des référendums approuvés par les populations locales. En raison de la majorité arabe, les dirigeants sionistes auraient compris que de tels référendums leur seraient défavorables. C'est ainsi que, selon Baud, les forces sionistes auraient agi unilatéralement pour créer l’État d’Israël, entraînant l’exode massif des Palestiniens lors de la Nakba.

Baud met aussi en lumière l’absence de frontières définies d’Israël, une situation qui perdure depuis sa création et qui permet, selon lui, d’étendre les revendications territoriales à des régions comme le sud du Liban ou Damas. Cette ambiguïté aurait, par exemple, entraîné l’émergence du Hezbollah, dont la lutte se concentre sur la libération des territoires libanais occupés.

Une démocratie en déclin

Israël, autrefois perçu comme un bastion occidental démocratique au Moyen-Orient, est aujourd’hui qualifié par Baud de « paria international » en raison de ses violations répétées du droit international. Depuis 1947, les Nations unies ont demandé à Israël de définir ses frontières, une demande restée lettre morte. Baud revient sur le soutien occidental à Israël, expliquant qu'il trouve ses racines dans la culpabilité européenne envers la Shoah, mais aussi dans des intérêts stratégiques, notamment pendant la guerre froide.

Le rôle des États-Unis

Le lien étroit entre Israël et les États-Unis s’explique autant par des intérêts stratégiques que par l’influence de la communauté juive-américaine. Baud mentionne le soutien indéfectible des présidents américains à Israël, illustré par Donald Trump reconnaissant Jérusalem comme capitale israélienne, en contradiction avec les résolutions des Nations unies. Il met en avant l’impact électoral de la diaspora juive, concentrée dans des régions stratégiques comme New York et Los Angeles, et son influence sur les politiques étrangères américaines.

Baud critique également le discours sioniste-chrétien présent chez certains politiciens américains, qui justifient leur soutien à Israël par des motifs religieux liés à des prophéties bibliques. Il voit dans ces alliances politico-religieuses un moteur de l’expansionnisme israélien.

Une région en recomposition

Pour Jacques Baud, le Moyen-Orient reste sous tension, remodelé par des conflits incessants et des ingérences étrangères. Alors qu’Israël consolide ses positions, les alliances et rivalités internationales redessinent les équilibres régionaux. Toutefois, Baud conclut en interrogeant la durabilité de cette situation : jusqu’à quand Israël pourra-t-il maintenir cette dynamique expansionniste dans un contexte de désapprobation internationale croissante ?

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Pourquoi Israël échappe aux sanctions internationales

Jacques Baud explique cette situation par plusieurs facteurs historiques, politiques et stratégiques :

  1. Le poids de la culpabilité historique : Après la Shoah, une forte compassion pour les Juifs a marqué les nations occidentales, en particulier en Europe. Cette culpabilité a conduit à une certaine indulgence envers Israël, malgré des actions contraires au droit international. Cette bienveillance s'est traduite par un soutien diplomatique et financier continu.
  2. Un soutien stratégique dès la guerre froide : Israël a été perçu comme un bastion avancé des intérêts occidentaux au Moyen-Orient, notamment par les États-Unis. Pendant la guerre froide, alors que des pays comme l'Égypte ou la Syrie se rapprochaient de l’Union soviétique, Israël est devenu un allié clé pour les Américains, consolidant son immunité face aux sanctions internationales.
  3. L'influence politique de la diaspora juive : Aux États-Unis, la communauté juive, concentrée dans des régions stratégiques comme New York et Los Angeles, exerce une influence notable sur les politiques américaines. Cette communauté joue un rôle central dans le financement et le soutien des campagnes électorales, poussant les responsables politiques à maintenir un soutien indéfectible à Israël.
  4. Une manipulation des récits historiques : Baud mentionne que les gouvernements israéliens justifient souvent leurs actions, même celles contraires au droit international, par des récits mettant en avant leur droit à la sécurité ou à l'autodéfense. Ces narratifs, bien qu'éloignés de la réalité juridique, sont largement acceptés dans les cercles diplomatiques occidentaux.
  5. Un système international déséquilibré : Enfin, Baud souligne que le système international reste marqué par un double standard. Les puissances occidentales, en particulier les États-Unis, utilisent leur pouvoir de veto au Conseil de sécurité de l’ONU pour protéger Israël des sanctions. Cela illustre un déséquilibre profond dans l’application des lois internationales.

Cette combinaison de facteurs permet à Israël d’échapper aux sanctions, malgré des critiques croissantes. Selon Jacques Baud, cette situation pourrait cependant s’éroder face à une opinion publique mondiale de plus en plus défavorable.

https://www.youtube.com/watch?v=kNtjC1O1fX0

 

Jacques Baud:

« La Transjordanie, devenue aujourd’hui la Jordanie, était au cœur de décisions révisionnistes prises à l’époque du mandat britannique. Les révisionnistes, pour leur part, souhaitaient que les Britanniques revoient leur décision de céder la Transjordanie aux Jordaniens. Cette composante révisionniste du mouvement sioniste, aujourd’hui encore, reste attachée à l’idée d’un Grand Israël. Par exemple, très récemment, le ministre des Finances israélien, Bezalel Smotrich, a déclaré que le sud du Liban et la Syrie, au moins jusqu’à Damas, devaient faire partie d’Israël.

L’offensive du Hayat Tahrir al-Cham (HTS) du 27 novembre a donné à Israël l’occasion d’avancer ses pions au-delà des territoires du Golan. Le Golan, rappelons-le, n’appartient pas à Israël. Il a été annexé de manière unilatérale par Israël, une décision reconnue uniquement par Donald Trump lors de son mandat, mais qui reste contraire au droit international. Ces derniers jours, Israël est allé encore plus loin en prenant des territoires au-delà du Golan occupé.

Cela nous amène à Hayat Tahrir al-Cham, dirigé par son chef al-Joulani, ou plus exactement al-Golani, selon la prononciation régionale. Ce nom fait clairement référence au Golan, indiquant que ce chef vient de cette région. HTS reste classé comme organisation terroriste par les États-Unis, de nombreux pays européens, l’Union européenne et les Nations unies. Par contraste, ce n’est pas le cas du Hamas.

L’offensive de HTS visait à renverser le gouvernement syrien de Bachar al-Assad. Cela redéfinit encore une fois la carte du Moyen-Orient, mais à quel prix ? Benjamin Netanyahou peut se vanter de profiter de l’effondrement de l’armée syrienne pour occuper davantage de territoires sur le Golan et mettre en œuvre son plan de repeuplement. Cependant, le nouveau gouvernement syrien sous HTS a immédiatement adressé une lettre au Secrétaire général des Nations unies pour exiger le retrait des forces israéliennes du Golan et des autres territoires occupés illégalement.

HTS a pu se développer grâce à une aide considérable des services de renseignement israéliens, turcs, ukrainiens et américains. Une convergence d’intérêts a permis d’armer, d’équiper et de former ses combattants dans la poche d’Idlib. Ce qui est notable, cependant, c’est qu’Israël, bien que potentiellement allié de HTS dans sa lutte contre Assad, a bombardé les installations militaires syriennes tombées entre les mains de HTS. Cette ambiguïté révèle des calculs stratégiques : Israël soutient HTS pour affaiblir Assad, mais ne souhaite pas qu’HTS devienne trop fort.

Cette situation redéfinit les rapports de force au Proche-Orient. Israël a clairement consolidé ses positions, mais cela soulève une question cruciale : jusqu’où Israël peut-il aller sans provoquer un retour de bâton ? Aujourd’hui, Israël n’est plus vu comme une démocratie modèle, mais comme un État paria, incapable de respecter le droit international. Cette image découle de décennies de violations, depuis la résolution 181 de 1947 qui proposait un partage de la Palestine. Israël n’a jamais accepté ce cadre légal et a systématiquement annexé des territoires par la force.

Israël n’a pas de frontières officiellement reconnues. Cette indétermination permet à ses dirigeants de revendiquer des territoires aussi lointains que Damas ou le sud du Liban. Ce manque de reconnaissance des frontières est une décision délibérée prise dès 1948 par David Ben Gourion. Elle alimente les revendications territoriales israéliennes, mais entraîne aussi des conflits incessants, notamment avec le Hezbollah, dont la seule revendication est la libération des territoires libanais occupés par Israël.

Il est important de souligner que le Hezbollah, contrairement à ce que prétend Israël, ne cherche pas la destruction d’Israël, mais seulement la libération des terres libanaises. Ce discours est souvent mal compris, car les médias relayent une image biaisée. Ainsi, Israël continue d’agir dans un climat d’impunité totale, grâce notamment au soutien indéfectible des États-Unis et de certains alliés européens. Pourtant, cette situation a des limites. Israël est de plus en plus perçu comme un État hors-la-loi sur la scène internationale.

 

 

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