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Le Média Libre de La Suisse Indépendante et Neutre...

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L’UE panique face à une Italie qui ose évoquer son bas de laine

11 Décembre 2025, 22:21pm

Publié par Louis GIROUD

Rien n’angoisse autant l’Union européenne qu’un lingot qui bouge. L’Italie possède 2452 tonnes d’or, troisième réserve mondiale, un trésor que la Banca d’Italia conserve pieusement dans des coffres disséminés entre Rome, Londres, Berne et Fort Knox. Mais il suffit qu’un sénateur italien suggère que l’or italien appartienne à l’Italie pour que la BCE sonne l’alarme comme si les hordes gothiques reprenaient d’assaut Rome.

L’UE panique face à une Italie qui ose évoquer son bas de laine

Quand le coffret à bijoux est interdit d'accès à sa propriétaire

 

On croyait naïvement qu’un pays pouvait encore disposer de son patrimoine sans devoir signer une décharge à Francfort ; erreur touchante. Les 2 452 tonnes d’or italien deviennent soudain un objet dangereux, un composant sensible que seule la BCE serait habilitée à manipuler, comme si un gouvernement national risquait de faire exploser le système monétaire simplement en affirmant que ce qui est à lui pourrait servir à quelque chose.

 

Une mise sous séquestre perpétuelle

La BCE n’a pas simplement rappelé que la Banque d’Italie devait rester indépendante: elle a réaffirmé que l’État italien n’avait pas son mot à dire sur la gestion de ce qui lui appartient, parce que «l’indépendance» signifie désormais la mise sous séquestre perpétuelle des décisions stratégiques, un isolement prophylactique du politique pour éviter qu’il ne commette la folie de gouverner. En plu clair, la BCE a  dit que l’État italien peut regarder les coffres, mais pas les ouvrir, encore moins en décider l’usage.

 

Inadmissible qu'un Etat-membre ose se souvenir qu'il existe

Ce qui terrifie vraiment la BCE, c’est qu’un État-membre ose se souvenir qu’il existe. l’Union européenne ne dit pas que l’Italie a tort. Elle dit qu’elle n’a pas le droit de poser la question. Le simple fait d’évoquer une réapropriation des réserves d’or déclenche des rappels de traités, de règles, de protocoles, de paragraphes qui fonctionnent comme des barrières automatiques.

C’est magnifique: l’État italien découvrant qu’il n’a plus droit de toucher ce qu’il possède, parce que ce qu’il possède appartient à une structure qui n’en est pas propriétaire mais qui en détient l’exclusivité de gestion. L’Europe n’est plus un projet: c’est une parodie administrative écrite par Kafka sous antidépresseurs.

 

Quand la BCE s’inquiète, l’humour se fait lourd

La BCE dit ne « pas comprendre clairement l’objectif » de l’amendement italien. On compatit. Il est vrai qu’après vingt ans de gouvernance algorithmique, toute phrase contenant les mots État, peuple et propriété dans la même ligne ressemble forcément à un acte hostile.

L’inquiétude est d’autant plus délectable que les économistes alignés, eux, feignent de croire que ce débat relève du folklore souverainiste. Une diversion, disent-ils. Un «drapeau idéologique», disent-ils encore. Il est toujours fascinant d’observer ces experts expliquer à un pays où réside son patrimoine, et dans quels mots il doit le formuler pour rester dans les clous du «projet européen».

 

Interdiction de mettre les mains dans le tableau de bord

Dès que Rome dit «cet or est à nous», Francfort réplique «cet or n’est à personne, mais surtout pas à vous». Tout est là: une fiction de propriété neutralisée par un régime de gestion qui empêche toute action. L’or devient un objet théorique, un bloc comptable dont l’existence concrète est presque indésirable. Le toucher, c’est déranger le grand appareillage de stabilité qui fonctionne à une condition: que plus aucun État ne se comporte comme un État.

 

L’or, ce truc jaune, immobile, qui maintient l’illusion

Pour la BCE, l’or n’est pas un outil économique, c’est un élément structurel du décor. On le stocke, on l’empile, on l’exhibe dans les bilans, mais on ne l’utilise pas, car l’utiliser reviendrait à admettre que les nations pourraient prendre des décisions dans un contexte où l’Europe veut précisément éviter toute prise d’initiative.

Et puis, ce qui rend la BCE nerveuse, c’est que si l’Italie commence à en parler; la France pourrait bien aussi se réveiller... parce qu'avec sa dette abyssale, ses 2400 tonnes de «jaune», ça serait un peu de beurre sur les épinards...

Pour Francfort, cette immobilisation forcée permet de maintenir l’idée que tout est sous contrôle, que l’euro repose sur une base solide, que les réserves restent ce qu’elles doivent être: un argument psychologique.

 

En vérité l’Europe exige des États dociles et des peuples zombies

Le fond du problème n’a rien à voir avec l’économie. Il tient au fait qu’un État membre se comporte comme un co-propriétaire, alors que Bruxelles veut des locataires pressurables et sous supervision.

Dans cette configuration, un membre qui possède un trésor doit demander l’autorisation de vérifier qu’il le possède encore. Officiellement souverain, pratiquement sous tutelle. L’Europe adore les États: à condition qu’ils restent en veille, qu’ils n’actionnent aucun commutateur, qu’ils se contentent d’approuver les manuels d’instructions écrits ailleurs. L’or italien devient ainsi le symbole parfait d’une Union qui tolère la souveraineté comme concept abstrait, mais qui la redoute dès qu’elle se manifeste sous forme concrète. On accepte le drapeau, on refuse la clé du coffre.

 

Du métal jaune comme test de résistance

Cet épisode n’a rien d’anodin. Il révèle la grande peur de Bruxelles: celle de voir un État récupérer un levier réel. Dès qu’un pays tente de reprendre un outil stratégique — monnaie, frontière, énergie, réserves — l’Europe déclenche un protocole de neutralisation pour rappeler que la décision véritable se prend ailleurs.

Et  cette Europe ne supporte pas que l’Italie, ou n’importe quel pays, puisse encore s’en servir. Un État qui demande où se trouvent ses lingots, c’est un État qui recommence à penser. Et ça, dans la logique actuelle de de l’UE, c’est vraiment intolérable.

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Quand Emmanuel Macron dégomme Rome, Giorgia Meloni dégaine au vitriol

5 Décembre 2025, 18:52pm

Publié par Louis Giroud

L’escalade verbale entre Emmanuel Macron et Giorgia Meloni dépasse le simple duel politique. Elle révèle les tensions structurelles qui traversent l’Union européenne, de la gestion des migrations aux héritages post-coloniaux en passant par la rivalité franco-italienne en Méditerranée. En réponse aux propos attribués au président français, la dirigeante italienne renvoie Paris à ses choix stratégiques en Libye et à son influence persistante en Afrique, transformant un échange d’invectives en affrontement géopolitique majeur.

Dans une courte intervention, Giorgia Meloni a répondu avec force aux propos attribués à Emmanuel Macron. Le chef de l’État français aurait qualifié les responsables italiens de « vomitevolli », « chini-chi » et « irresponsabili ». La réaction de Meloni a été immédiate, tranchante et chargée d’une dimension historique et géopolitique que la dirigeante entend remettre au premier plan.

Meloni rappelle le précédent libyen : un tournant aux conséquences migratoires

Pour Giorgia Meloni, accuser l’Italie d’« irresponsabilité » est un contresens. Elle renvoie l’accusation vers la France en évoquant l’un des dossiers les plus sensibles de la politique méditerranéenne : l’intervention militaire en Libye.
Selon elle, ceux qui méritent d’être qualifiés d’irresponsables sont ceux qui ont « bombardé la Libye » au moment où l’Italie entretenait un partenariat énergétique privilégié avec Mouammar Kadhafi. Cette décision, estime-t-elle, aurait plongé la région dans un chaos politique et migratoire dont l’Europe — et particulièrement l’Italie — paie encore le prix.

Dans cette perspective, la crise migratoire n’est pas née à Rome : elle découle, affirme Meloni, de choix stratégiques faits à Paris.

Sur la gestion des frontières : critique de la politique française

Abordant l’expression « chini-chi », Giorgia Meloni attaque frontalement la politique migratoire française. Elle accuse Paris de faire repousser systématiquement les migrants à la frontière de Vintimille par la gendarmerie, renvoyant les exilés dans des conditions qu’elle juge inacceptables.
Elle souligne l’incohérence qu’elle perçoit dans le fait de pointer l’Italie du doigt tout en pratiquant une politique de refoulement « à 20 milles » de la frontière.

« Vomitevolli » : Meloni retourne l’accusation vers la France

Lorsque Macron aurait utilisé le terme « vomitevolli », Meloni affirme que l’expression décrit mieux, selon elle, ceux qui continuent d’exploiter l’Afrique. Elle évoque trois axes principaux :

  1. Le contrôle monétaire exercé sur 14 pays africains.
    Elle accuse la France de produire la monnaie utilisée par plusieurs nations africaines et de bénéficier du « signoraggio » associé, perpétuant selon elle un rapport de domination économique.
  2. Les conditions d’extraction des matières premières.
    Meloni évoque le travail d’enfants dans certaines mines africaines, symbole, à ses yeux, des contradictions de l’Europe lorsqu’il est question de solidarité et d’humanisme.
  3. Le cas du Niger et l’uranium.
    Elle rappelle que la France extrait environ 30 % de l’uranium nécessaire à son parc nucléaire au Niger, tandis que près de 90 % des habitants de ce pays n’ont pas accès à l’électricité. Ce déséquilibre incarne, pour Meloni, une injustice majeure et un héritage post-colonial mal assumé.

Dans ce cadre, dit-elle, la France ne saurait dicter à l’Italie ce que serait une gestion responsable.

Un message clair adressé à Macron : « Ne nous donnez pas de leçons »

La conclusion de Giorgia Meloni est sans ambiguïté :
— L’Afrique « s’échappe » de la France, affirme-t-elle.
— La solution aux migrations ne consiste pas à déplacer les Africains vers l’Europe.
— Il s’agit plutôt de « libérer l’Afrique de certains Européens ».

Pour Meloni, les problèmes structurels du continent ne s’expliquent pas par des politiques d’accueil, mais par une reconfiguration profonde des relations entre l’Europe et l’Afrique — en particulier par la fin des mécanismes d’exploitation qu’elle attribue à Paris.

Rappel historique et avertissement diplomatique

En replaçant Giorgia Meloni au centre du discours, cet échange apparaît comme un affrontement politique assumé entre deux visions opposées de l’Europe, de l’Afrique et des migrations. La dirigeante italienne ne se limite pas à répondre à une insulte : elle renvoie à Emmanuel Macron un ensemble de critiques géopolitiques, économiques et morales, tout en revendiquant la légitimité de l’Italie sur ces sujets.

Ce discours s’inscrit dans une dynamique plus large où Rome entend redéfinir sa place dans le débat européen — parfois contre Paris — et remettre en question les équilibres hérités du passé colonial et des interventions militaires occidentales.

 

Mots-clés du sujet
Emmanuel Macron, Giorgia Meloni, Relations franco-italiennes, Tensions UE–Italie, Crise migratoire, Libye, Politique méditerranéenne, Afrique Post-colonialisme français, Souveraineté européenne, Vintimille, Uranium, Niger, Intervention, occidentale, Géopolitique, européenne, Migrations, France–Italie

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Quand la paix approche, l’OTAN vacille : le vrai bilan du conflit ukrainien

1 Décembre 2025, 09:07am

Publié par Louis Giroud

À mesure que l’idée d’une paix en Ukraine gagne en crédibilité, un constat s’impose : l’accord qui se profile ne consacrerait pas une victoire, mais l’échec stratégique de l’OTAN. L’épuisement ukrainien, la lassitude américaine et l’impréparation européenne composent un paysage inédit où la paix devient un révélateur des faiblesses occidentales plus qu’un dénouement diplomatique.

Mais les ressources humaines du pays se sont effondrées, et l’Europe, malgré ses proclamations, découvre à quel point les leviers de pression existent. Des irrégularités financières imputées à Zelensky — quelques milliards de dollars, présentés presque comme une peccadille dans la rhétorique officielle — servent désormais de mécanisme discret pour infléchir son attitude. Dans cette atmosphère de désenchantement, l’idée d’un accord de paix cesse d’être un horizon lointain et prend la forme d’une issue plausible. Elle porte cependant une vérité que personne en Occident ne peut masquer: si la paix survient aujourd’hui, elle révélera une défaite d’une ampleur exceptionnelle pour l’OTAN.

 

Une confrontation assumée entre l’Alliance et la Russie

Derrière les déclarations diplomatiques et les récits simplifiés se trouvait une réalité qu’il faut formuler sans détour: la guerre ne fut jamais uniquement une affaire russo-ukrainienne. L’OTAN engagea ses armes les plus modernes, ses réseaux de renseignement, ses satellites, tout ce qui pouvait nourrir un affrontement sans exposer directement ses soldats. L’Alliance transforma le territoire ukrainien en champ de bataille indirect, persuadée que la supériorité technologique suffirait à imposer sa volonté.

Le résultat demeure implacable: malgré l’étendue de son soutien matériel et informatique, l’OTAN n’a pas réussi à infléchir durablement la dynamique du conflit. L’image d’une puissance militaire irrésistible se fissure, et avec elle l’idée même d’une alliance capable de dicter le cours des événements. L’échec ne se limite pas à un revers tactique ; il atteint la légitimité de l’institution qui structure depuis soixante-quinze ans la sécurité occidentale. Dans cette lumière, la paix n’est plus un aboutissement, mais un révélateur. Elle interroge l’existence même de l’OTAN.

 

La retraite américaine hors de l’Empire

L’analyse introduit ensuite un mouvement plus vaste, presque tectonique: la recomposition stratégique des États-Unis. Washington ne souhaite plus s’épuiser dans la gestion d’un front européen qu’il juge secondaire. Le désintérêt s’étend même à certaines zones asiatiques traditionnellement présentées comme vitales, du Japon à Taïwan. Le regard américain se déplace ailleurs: le Venezuela, le Groenland, et d’autres régions où s’esquisse une architecture nouvelle, une zone de souveraineté renforcée — une « forteresse américaine ».

 

Les exemples dans l’Histoire…

Ce repositionnement suit une logique ancienne: lorsqu’un empire se décompose, la nation qui l’a porté doit trouver un chemin vers sa propre sauvegarde. L’histoire fournit des exemples nets: Atatürk recomposant une Turquie amputée de ses provinces impériales; De Gaulle ramenant la France à une définition stricte d’elle-même pour éviter l’effondrement intérieur. Ce geste, l’Amérique tente de l’accomplir aujourd’hui. La figure qui incarne ce retrait volontaire n’a rien de classique: Donald Trump, avec ses manières abruptes, ses provocations et son absence de diplomatie, ramène le pays vers sa terre, vers son espace stratégique naturel, loin des illusions impériales qui auraient pu entraîner la nation entière dans une chute à laquelle elle n’aurait pas survécu.

 

Une Europe dans ses petits souliers face à ses choix

La conséquence immédiate de ce retrait s’impose déjà: l’Europe devra affronter seule la relation avec la Russie. Elle ne dispose ni de l’unité politique, ni de la vision stratégique, ni de la cohérence nécessaire pour assumer cette responsabilité. Pendant des années, elle s’est contentée de suivre le mouvement initié par Washington, convaincue qu’un alignement mécanique tenait lieu de politique. Elle se retrouve aujourd’hui devant la Russie avec une posture improvisée, vidée de sens, privée de protecteur fiable. Cette situation ouvre une période incertaine où le continent devra réapprendre à penser ses intérêts. Il lui faudra définir ce qu’elle attend réellement de sa géographie, de ses voisins, de son histoire récente. Le conflit ukrainien n’aura pas seulement bouleversé les équilibres militaires; il aura révélé le dénuement stratégique des Européens. Et tandis que les États-Unis referment les portes de leur empire, l’Europe se découvre seule dans un paysage où les certitudes anciennes ont disparu.

 

 

Mots clés de l'article /sujet:

Ukraine, Russie, Zelensky, OTAN, États-Unis, Europe, Guerre en Ukraine, Paix en Ukraine, Échec stratégique occidental, Retrait américain, Donald Trump, Géopolitique, Relations Europe–Russie, Conflit ukrainien, Souveraineté européenne, Ressources militaires ukrainiennes, Washington, Moscou, Diplomatie européenne

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Ukraine: Le moment où le mensonge ne tient plus

1 Décembre 2025, 08:00am

Publié par Louis Giroud

Il arrive un moment où les récits se fissurent d’eux-mêmes, non par vertu mais par lassitude, et les journaux occidentaux semblent en être là. Ils découvrent, à contrecœur, que la guerre d’Ukraine a déjà trouvé son verdict, et que l’obstination à refuser ce qui se présente sous leurs yeux ne produit rien d’autre qu’un trouble supplémentaire dans le regard.

Le mot de «défaite» ne sera pas prononcé; la pudeur ou la peur l’interdit encore. Mais tout, dans leur ton plus grave, désigne un horizon clos. Le réel se rappelle à eux avec la simplicité d’une évidence longtemps niée. Ce retournement n’a pas commencé dans les tribunes officielles, mais dans le monde plus austère de l’économie, peut-être parce que les chiffres n’ont pas d’idéologie. Depuis des mois, le Financial Times examine le conflit sans les lunettes roses du début et n’hésite plus, parfois, à mettre en cause l’Union européenne elle-même.

 

Les fissures d’un pouvoir

En juillet, les pages roses du quotidien londonien ont franchi un seuil : un portrait sans complaisance de Volodymyr Zelensky, comme si la mécanique de l’illusion s’était soudain arrêtée.
À Londres, le Telegraph s’est montré plus direct encore, soulignant l’ironie d’une visite parisienne destinée à sceller l’achat de cent Rafale, tandis qu’une affaire de corruption suit le président ukrainien comme une ombre fidèle.

Le contraste est saisissant : d’un côté, les avions, les discours, la mise en scène ; de l’autre, les fonds qui disparaissent dans les replis d’un système rongé de l’intérieur.

 

Les chiffres sont têtus, les sanctions se retournent contre l’Europe

La presse financière touche ici le point le plus sensible. Bloomberg rappelle que les sanctions frappant les compagnies pétrolières russes, comme les frappes contre les raffineries elles-mêmes, ont une conséquence limpide: les carburants augmentent pour les automobilistes occidentaux.
C’est la logique implacable de toute politique qui refuse le réel: on pense atteindre l’adversaire, et l’on se blesse soi-même. Depuis le début, les sanctions n’ont servi qu’à renforcer Moscou et à détourner une partie du monde vers les BRICS. Aujourd’hui, Bloomberg le dit sans détour : la stratégie militaire de l’Ukraine est elle aussi vouée à l’impasse.

Les frappes récentes contre trois raffineries russes provoqueront presque à coup sûr une nouvelle flambée des prix. Plus grave encore: l’Union européenne s’apprête à interdire tout carburant provenant de pays raffinant du pétrole russe. Alors faudra-t-il refuser les navires venus de Turquie ou d’Inde ?
Fermer les ports européens pour sauver une doctrine, quitte à étouffer son propre continent ?

 

Une Europe qui s’enivre de ses propres slogans

L’Union européenne ne calcule plus, ne raisonne plus; elle est ivre de ses propres slogans. La crise qui traverse les vingt-sept la laisse indifférente, comme si la souffrance économique n’était qu’un contretemps sur la route d’une mission supérieure. Elle veut se mesurer à la Russie, mais elle n’a ni l’argent, ni la cohésion, ni la volonté nécessaires pour soutenir ce rôle imaginaire.

 

Ursula von der Leyen propose d’emprunter 800 milliards d’euros pour réarmer l’Europe, tandis que l’Allemagne prépare de nouvelles coupes dans son système social. L’Europe se serre la ceinture pour tenir l’illusion d’une épée. Dans les salles grises du Conseil européen, certains États résistent encore à ce projet. Au Parlement, les critiques deviennent directes: les eurodéputés se succèdent pour dénoncer l’autoritarisme croissant de la Commission, réclamant parfois la démission de sa présidente. Un tel spectacle avait, jusque-là, relevé de l’impensable.

 

Le vertige autoritaire de Bruxelles

La réaction de Bruxelles suit une pente que l’histoire connaît trop bien: se refermer, durcir, surveiller. On tente de faire taire les voix dissidentes, de contrôler l’information, d’étendre la vigilance institutionnelle jusqu’aux marges.

Un journaliste italien est licencié pour avoir posé une question trop directe; des lobbyistes qui doutent de la compétence européenne voient leurs comptes bancaires gelés. Ces faits ne sont pas anecdotiques : ils composent une logique, celle d’un pouvoir qui, doutant de lui-même, cherche d’abord à étouffer ce qui le contredit. Rien n’indique que cette trajectoire s’interrompra d’elle-même. Deux motions de censure ont été déposées; aucune n’a abouti. La question demeure: l’Europe accepte-t-elle encore d’entendre la vérité sur elle-même ?

 

La guerre comme fuite en avant

Pendant ce temps, la réalité poursuit son cours. On prépare des hausses d’impôts, on annonce le retour du chômage, et tout cela pour financer une guerre qui profite à ceux-là mêmes qui la réclament.
Zelensky et son entourage détournent des milliards ; et lui, dans une sorte d’ivresse tragique, commande des avions français avec un argent qu’il n’a pas.

Dans les rédactions européennes, la lucidité réapparaît timidement: corruption, sanctions qui se retournent contre leurs auteurs, prix des carburants qui grimpent. Le moment est tardif, mais pas inutile. L’esprit, lorsqu’il se réveille, choisit rarement son heure.

 

Les forces en présence et la fatigue des nations

Reste à savoir si ce regain de lucidité traduit seulement l’humeur résignée des grandes entreprises européennes, voyant leurs marchés se défaire, ou s’il annonce une étape plus profonde : celle où l’on comprend qu’il faut désormais limiter les pertes et regarder la réalité en face. Les peuples fatiguent. Les gouvernements tergiversent. Les institutions se crispent.
Et derrière cette immobilité apparente, une évidence s’impose: l’Europe ne peut pas se perdre entièrement dans une guerre que d’autres ont voulue pour elle.

 

Le choix qui demeure

L’Europe doit choisir: persister dans l’illusion ou accepter la vérité nue. Elle a déjà payé un prix trop lourd pour poursuivre cette fuite en avant. Le moment est venu d’entendre ce que la réalité murmure depuis longtemps: toute guerre que l’on refuse de nommer finit par nommer elle-même ses vaincus.

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Europe–Russie: un malentendu stratégique devenu naufrage politique

30 Novembre 2025, 13:47pm

Publié par Louis Giroud

Depuis près de deux ans, l’Europe évolue dans une forme de brouillard moral qui absorbe tout, y compris les données les plus simples. À Moscou, Vladimir Poutine répète qu’il n’a « aucune intention d’envahir l’Union européenne », qu’il serait prêt à cesser les hostilités si les forces ukrainiennes se retiraient des territoires revendiqués par la Russie, et qu’il pourrait même « le mettre par écrit » pour dissiper les suspicions occidentales.

Dans un monde rationnel, ces déclarations seraient au moins examinées, ne serait-ce que pour tester la cohérence de la position russe et mesurer les marges d’un possible cessez-le-feu. Mais l’Europe a fait de l’écoute de l’ennemi une faute morale. La parole russe est devenue inaudible, moins en raison de son contenu que de l’injonction idéologique qui exige de la considérer comme mensongère par nature. Dans ce réflexe pavlovien, un élément s’est imposé discrètement: l’Europe ne se définit plus par ses intérêts matériels mais par sa disposition à s’indigner. Elle interprète chaque geste, chaque phrase, chaque mise au point russe à travers une grille morale qui ne produit que des certitudes auto-alimentées. Cette incapacité d’entendre n’est pas qu’un handicap diplomatique; elle révèle une perte de maîtrise de soi qui se dissimule derrière des proclamations de fermeté.

 

Une guerre régionale devenue une affaire européenne

La guerre en Ukraine est née d’un entrelacement historique que les diplomaties occidentales n’ont jamais pris le temps d’analyser dans sa profondeur. L’histoire commune des Russes et des Ukrainiens ne relève pas du folklore: elle structure la mémoire des peuples beaucoup plus sûrement que les résolutions parlementaires votées à Bruxelles. Le baptême du peuple russe à Kiev en 988, la Crimée ancrée dans l’histoire russe jusqu’en 1954, les régions russophones du Donbass liées à Moscou par la langue et par les liens familiaux: autant de données fondamentales que l’Europe traite avec la légèreté d’une puissance qui a perdu sa propre histoire et se venge en déclarant la leur illégitime.

 

Cette guerre, au lieu d’être observée comme un conflit interne entre deux nations issues d’un même corps historique, a été requalifiée en croisade universelle. L’Ukraine, soudain, n’est plus un pays fracturé mais la frontière sacrée d’une démocratie européenne mythifiée. La Russie, inversement, cesse d’être un acteur géopolitique complexe pour devenir une entité abstraite, un mal absolu, un condensé fantasmé de toutes les angoisses occidentales. Ce glissement du réel vers la narration permet d’éviter les questions embarrassantes: l’Europe n’a pas à comprendre, elle doit croire.

 

L’OTAN, les promesses et le piège géopolitique

Dans les faits, deux décisions occidentales ont préparé le terrain du conflit. L’élargissement de l’OTAN à l’Ukraine fut annoncé comme un simple ajustement technique, alors qu’il touchait à la zone la plus sensible de la sécurité russe. Aucune chancellerie ne pouvait ignorer que cette perspective franchissait une ligne rouge clairement définie par Moscou depuis trois décennies. La diplomatie américaine la connaissait parfaitement; elle a choisi de l’ignorer, convaincue que la puissance militaire et médiatique suffirait à neutraliser les réactions adverses.

 

Le sabotage d’Angela Merkel et de François Hollande

Le non respect des accords de Minsk, confirmé par Angela Merkel et François Hollande eux-mêmes, constitue l’autre élément déterminant. Admettre que ces accords n’avaient pas vocation à être appliqués mais seulement à «gagner du temps» pour armer l’Ukraine, c’était reconnaître que la parole diplomatique occidentale était devenue un outil circonstanciel, dénué de toute sincérité stratégique. À Moscou, cette confession n’a pas été oubliée; elle a renforcé l’idée que l’Europe n’était plus un partenaire fiable, mais un acteur erratique dissimulant ses intentions derrière des formules abstraites.

 

Un front qui s’effondre lentement, un récit qui reste immobile

Sur le terrain, la dynamique militaire ne laisse guère de place au doute. Les lignes avancent, lentement, mais toujours dans le même sens. Les armées ukrainiennes, épuisées, manquent d’effectifs, de munitions, d’équipements lourds. Les signes de démoralisation et les désertions ne sont plus anecdotiques. La perspective d’une reconquête totale, encore répétée dans les chancelleries au printemps 2022, ne trouve plus aucun appui sérieux parmi les experts militaires.

 

«Désengagement» pragmatique américain

Le désengagement progressif des États-Unis n’est pas idéologique; il est pragmatique. Washington s’oriente vers la gestion d’un conflit figé, un affrontement durable, acceptable tant qu’il immobilise la Russie sans mobiliser directement les forces américaines. Cette évolution laisse l’Europe seule face à ses propres illusions. Elle découvre qu’elle n’a ni l’industrie de défense, ni l’autonomie stratégique, ni la cohésion politique nécessaires pour soutenir un effort militaire prolongé. Les milliards versés à Kiev ont renforcé la dépendance, sans modifier le rapport de force.

 

Ukraine: ces scandales de corruption réccurents

Le départ du directeur de cabinet de Zelensky, les démissions ministérielles, les enquêtes ouvertes par le parquet anticorruption composent un ensemble qui, dans n’importe quel autre contexte, aurait provoqué une relecture globale du soutien politique européen. Ici, il n’en est rien : la machine narrative exige un héros, et tout ce qui pourrait ternir la statue est relégué dans les marges.

 

L’Europe, consumérisée par ses alliés et convoitée par ses rivaux

Au-delà du front ukrainien, la situation européenne se déploie comme une démonstration involontaire de faiblesse structurelle. Les États-Unis ne perçoivent plus l’Europe comme un partenaire stratégique mais comme un auxiliaire fonctionnel. Le discours transatlantique conserve ses formules de façade, mais la réalité est plus sèche : l’Europe fournit la caution morale, finance la reconstruction hypothétique, absorbe les chocs économiques, pendant que Washington gère sa propre stratégie asiatique.

La Chine, elle, avance sans discours. Elle rachète des ports, s’installe dans les réseaux logistiques, infiltre le Green Deal européen par la vente massive de composants stratégiques. Elle ne conquiert pas: elle achète. Et l’Europe, persuadée d’inventer la transition écologique, ne voit pas que son modèle industriel se dissout dans les chaînes d’approvisionnement chinoises.

La Russie, exclue du système européen, s’ancre dans une alliance de circonstance avec Pékin. L’Eurasie se réorganise sans l’Europe, et souvent contre elle. Ce réalignement, qui aurait dû faire l’objet d’une analyse stratégique profonde, est traité comme une anomalie temporaire que suffiraient à résoudre quelques sanctions supplémentaires.

 

Brzezinski, le scénario révélé et l’Europe qui tombe dedans à pieds joints

La fragmentation du continent européen n’a pourtant rien de mystérieux. Zbigniew Brzezinski l’avait théorisée dès 1997: la puissance qui contrôlera l’Eurasie dominera le monde; pour l’empêcher, il fallait utiliser les Européens comme proxys et les couper définitivement de la Russie. Ce modèle, appliqué sans nuances, a transformé l’Europe en instrument plutôt qu’en acteur. Ce rôle subalterne est aujourd’hui assumé par Bruxelles sans même en percevoir les conséquences stratégiques.

 

Le retour de la géographie, cette ennemie du dogme

Dans cette crise, un principe simple réapparaît avec une netteté brutale: la géographie impose ses lois à ceux qui l'oublient. La Russie restera toujours un voisin continental, un acteur essentiel de la sécurité européenne. La volonté de l’exclure, de l’isoler, de la réduire à une fonction hostile est une illusion stratégique. La stabilité du continent dépendra un jour, qu’on le veuille ou non, d’une forme de réconciliation géopolitique avec Moscou. Le dire aujourd’hui expose à l’anathème; demain, ce sera une évidence.

 

Les alternatives: confrontation ou réconciliation ?

L’alternative européenne se résume désormais clairement: persister dans un alignement atlantiste qui prolonge un conflit sans vainqueur, ou préparer le terrain d’un dialogue stratégique avec la Russie lorsque la guerre se figera. Le premier scénario mène à l’épuisement économique, à la dépendance militaire et à une marginalisation géopolitique ; le second exige un courage politique que l’Europe ne semble plus posséder.

 

L’Europe perdue dans sa bureaucratie

Le conflit ukrainien est devenu le miroir d’une Europe incapable de se penser comme puissance. Elle se déclare morale mais ignore les conséquences de ses choix ; elle prône l’unité mais délègue sa souveraineté; elle se croit forte mais se découvre dépendante. La Russie a défini sa stratégie. Les États-Unis ont clarifié la leur. La Chine avance, imperturbable.
Au centre de l’échiquier, l’Europe hésite, s’agite, proclame, mais ne décide plus.

La question n’est pas de savoir ce que veut Moscou; elle est de savoir si l’Europe veut encore quelque chose pour elle-même.

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«Bilatérales III»: La Suisse n'aurait de valeur que lorsqu’elle s’abolit elle-même ?

29 Novembre 2025, 04:41am

Publié par Louis Giroud

Depuis la chute du « mur », un étrange ballet agite les hauteurs fédérales : des politiciens virevoltent sous le parapluie des organisations internationales comme de petits notables persuadés d’avoir reçu la Grâce de démontrer que la Suisse n’est pas un repaire d’idiots dont les ancêtres auraient trop tiré sur la « fée verte », mais un terreau d’esprits éclairés capables de relever la tête au moment opportun. Autrement dit : un pays prêt à s’aplatir avec l’enthousiasme appliqué d’un élève modèle rêvant d’être enfin convié à la table « étoilée ». Quant à la démocratie directe, elle glisse au rang de relique embarrassante, reléguée aux côtés des cors des Alpes, des toupins et des potets… Le Grütli peut bien se racornir ; l’essentiel, désormais, est que Bruxelles approuve.

Les élites helvétiques, qui pour la plupart n’ont jamais vraiment accepté d’être surveillées par le souverain, ont dès lors trouvé dans l’internationalisme institutionnel un refuge enthousiasmant. Là-haut, dans les étages feutrés de l’ONU, de l’OTAN ou de l’UE, aucun citoyen n’interrompt leurs rêves, aucun référendum ne vient saboter leurs élans visionnaires, aucune initiative populaire ne vient rappeler que le mot « peuple » n’est pas un concept rural mais une réalité organique. Dès que ça brille « là-haut », on accourt, on signe, on se prosterne, on s’invite à des conférences où l’on parle un anglais « fédéral » hésitant mais approbateur…

 

Une antiquité encombrante

Le problème pour tous ces gens-là : la neutralité est une antiquité encombrante. Et la souveraineté populaire, une anomalie embarrassante qui les empêche d’exprimer leurs visions éclairées. La démocratie directe apparaît comme un anachronisme rural, une coutume que l’on tolère encore faute d’avoir trouvé la procédure adéquate pour la dissoudre sans scandale — parce que, même avec le garde-fou de la double majorité peuple-cantons, elle fonctionne encore trop bien. Voilà le problème. Enfin, la neutralité, autrefois le joyau de la couronne helvétique, se voit traitée comme un bibelot embarrassant que l’on essaie de cacher avant l’arrivée des invités prestigieux.

 

Le jour où le peuple a cassé la machine

Souvenir cuisant des hautes sphères : décembre 1992. Le peuple et les cantons disent non à l’EEE. Une claque magistrale. Un rappel brutal : ici, ce n’est pas le Conseil fédéral qui commande. Le souverain, dans sa vulgaire obstination démocratique, rappela que la Suisse n’était pas un terrain vague disponible pour un projet impérial. Depuis, l’élite rumine cette humiliation comme un vieux fromage oublié dans une cave humide.

Relire aujourd’hui les procès-verbaux de l’époque a quelque chose de baroque. On y découvre un Conseil fédéral qui panique comme un étudiant surpris en train de copier. Certains s’effondrent dans le pathos, d’autres invoquent le destin historique, d’autres encore accusent le peuple de croire les « menteurs » — formule audacieuse, surtout venant de ceux qui, quelques années plus tard, prédisaient une immigration maximale de 8 000 personnes par an. On connaît la suite : ce fut dix fois plus. Les chiffres sont têtus, contrairement à la foi européiste.

 

Le grand cirque du « pas d’adhésion »

À défaut d’avoir obtenu la fusion directe par l’EEE, l’élite inventa le compromis à rallonge, un tour de passe-passe linguistique appelé « voie bilatérale ». Il suffisait de remplacer le mot « adhésion » par le mot « accord » pour rendre l’ensemble digeste, un peu comme on remplace l’odeur d’un médicament soluble par une fausse saveur de citron. Le résultat est toujours amer, mais l’arôme rassure. Une vraie trouvaille marketing.

Avec les bilatérales, la Suisse entra dans une longue suite d’arrangements où l’on donnait beaucoup en espérant ne pas recevoir trop d’injonctions. On promit à la population un ciel sans nuages : moins de criminalité, moins de demandeurs d’asile, moins de chaos.

En coulisses pourtant, les négociations ressemblent à une liquidation d’inventaire :
– libre circulation mal calibrée ;
– clause guillotine pensée par un esprit sadique ;
– promesses coûteuses emballées dans un optimisme technocratique délirant.

On a même eu droit à la grande fantaisie Schengen/Dublin : « moins d’asile », « moins de criminalité », « seulement 7,4 millions par an ». Aujourd’hui, les coûts dépassent les cent millions. Le mensonge technocratique a encore une fois tenu la distance d’une fusée en papier mâché.

 

L’UE 2.0, un empire qui ne cache plus son jeu

En 2008, Bruxelles annonce officiellement que la voie bilatérale est « finie ».
Fini le cabaret, place au vrai cinoche IMAX : la Suisse doit reprendre l’acquis communautaire, se soumettre aux juges étrangers, accepter une tutelle institutionnelle permanente. Une sorte de protectorat chic.

Viviane Reding résume l’idée avec une franchise presque rafraîchissante : les accords bilatéraux ont fait leur temps. Traduction : « Arrêtez vos bricolages helvétiques, passez au régime adulte : l’obéissance. »

 

Le Père Noël pour Bruxelles, le Père Fouettard pour la Suisse

Le dernier traité en date, négocié dans l’ombre et sans nom officiel, incarne cette volonté de faire croire que l’on avance vers un accord d’égal à égal tout en organisant une hiérarchie absolue. Le texte exige que l’UE fixe les règles, que sa juridiction dise le droit, que la Suisse finance le dispositif. Ce n’est plus une discussion, mais une prise d’otage en gants blancs.

Un texte qui promet :
– lois suisses déterminées ailleurs ;
– juges européens au sommet de la pyramide ;
– 350 millions par an, comme loyer de soumission.

Un traité qui ne ressemble à rien de bilatéral, mais bien à une version moderne du servage administratif. Le Conseil fédéral l’avait rejeté en 2021. En 2024, il l’accepte. Le courage change, les critiques restent.

 

L’illusion bilatérale : un décor qui s’appelle tutelle

La Suisse est sommée d’accepter que l’UE décide des normes, tranche les litiges, impose ses priorités, sanctionne les écarts et prélève son tribut. On nous assure qu’il ne s’agit que de continuité, qu’il n’y a aucune abdication, qu’il s’agit d’une modernisation, d’une consolidation, d’un progrès. Mais la vérité, elle, ne suit pas la liturgie officielle : aucun pays souverain n’accepterait de déléguer la production de son droit à un organe étranger sans reconnaître simultanément qu’il cesse d’être maître de lui-même.

Ce traité n’a rien d’un partenariat : c’est un acte d’obédience maquillé. La colonisation moderne n’a plus besoin de drapeaux ni de garnisons. Elle s’installe dans les traités, se glisse dans les clauses, se dissimule derrière des dispositifs juridiques où la souveraineté se dissout comme un sucre dans un café tiède.

La vérité est nue comme une statistique : ce n’est pas l’invite à une « table étoilée », c’est une «commission» emballée dans son papier hygiénique… Et ceux qui continuent à appeler ça « voie bilatérale » sont au mieux des illusionnistes. Des vendeurs de poudre de perlimpinpin. Des politiciens qui rêvent d’un pays sans peuple — un pays enfin gouverné par eux seuls...

 

La résistance d’un pays qui refuse de mourir proprement

La tragédie helvétique tient à cette contradiction: la population continue de vouloir un pays indépendant, tandis qu’une partie de l’élite rêve d’un État, dissous, délivré du fardeau d’un peuple qui vote mal de plus en plus souvent.

Cette tension donne à la Suisse un visage presque romanesque : celui d’une nation qui refuse de mourir proprement, malgré les efforts persistants de ceux qui aimeraient tant l’installer dans le grand cimetière doux des États qui ont abdiqué.

Reste à savoir si la lucidité l’emportera ou si le pays finira absorbé par une structure qui confond la puissance avec l’uniformité, et la modernité avec la capitulation.

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Dans les coulisses d’un Empire drogué à ses propres mensonges

27 Novembre 2025, 11:19am

Publié par Louis Giroud

Depuis un siècle, Washington rabâche la fable du sauveteur planétaire, mais l’histoire réelle ressemble davantage à un western filmé dans un sanatorium moral : les mêmes cow-boys séniles, les mêmes flingues, les mêmes rideaux de fumée. Même quand Tulsi Gabbard, directrice du renseignement prétend sonner la fin de la récréation, on imagine derrière elle les inamovibles tireurs de ficelles du complexe militaro-industriel, dicter les «Écritures» au Pentagone.

Même si l’on affirme officiellement que les États-Unis auraient fini par comprendre les ravages de leurs croisades — cimetières multiples, milliards réduits en cendres, peuples dévastés, terroristes dopés par les bombes des libérateurs — on assisterait presque à une autocritique christique, si l’on ne voyait pas en même temps les porte-avions filer vers les Caraïbes pour transformer le Venezuela en station-service privatisée. Le renoncement messianique tourne au gag macabre. L’Empire n’abdique jamais : il somnole un instant, digère, puis repart en chasse.

 

Les chiffres qui accusent

La confession de Tulsi Gabbard aurait pu choquer si elle n’avait été confirmée depuis longtemps par la comptabilité même de l’État américain. Le Congressional Research Service — cette mécanique austère comparable au service scientifique du Bundestag — dénombre 251 interventions militaires entre 1991 et 2022. Une moyenne de huit par an. Une précision clinique qui n’inclut ni les coups d’État téléguidés, ni les opérations clandestines des services secrets, ni les ingérences dont aucun rapport officiel ne souhaite porter la trace.

Le discours humanitaire qui accompagne ces interventions sonne comme une rengaine coloniale : on parle de liberté, on vend la démocratie comme un produit empaqueté, on invoque la lutte contre le terrorisme. Résultat : les ennemis se multiplient, les peuples s’enfoncent, et les États-Unis accumulent fiascos et désastres.

La directrice du renseignement ne dit rien que l’Histoire n’ait déjà hurlé. Cette fois, pourtant, c’est l’Empire lui-même qui murmure l’aveu : la démesure a un prix, mesuré en vies, en villes détruites, en menaces nouvelles. L’un des fruits familiers de ces décennies de chaos porte un nom devenu tristement banal : l’« État islamique », enfant monstrueux né des guerres américaines, dont la généalogie remonte directement aux déserts que Washington a déchirés au nom du Bien.

 

Washington promet de se “retenir…”

La contradiction ne gêne personne à Washington. Alors que Tulsi Gabbard évoque la nécessité de renoncer aux interventions, Donald Trump agite — comme à son habitude — la menace d’un conflit contre le Nigeria. Et comme si l’aveu de Gabbard n’avait jamais existé, des bâtiments de guerre américains se massent au large du Venezuela, tandis qu’un ballet meurtrier dans les Caraïbes aligne les bateaux coulés au nom d’une croisade antidrogue sans fin. Les juristes parlent d’« exécutions extrajudiciaires ». À Washington, ce vocabulaire passe comme une note de bas de page.

Depuis le 11 septembre, les États-Unis ont perfectionné une doctrine qui consiste à tuer avant de juger. Doctrine raffinée sous Barack Obama — prix Nobel de la paix au titre tragiquement ironique — qui ordonna des milliers d’assassinats par drones, réduisant des civils à des « dommages collatéraux » comme on corrige une faute sur un rapport. L’annonce de Gabbard aurait pu marquer un tournant. En réalité, elle ne fait que commenter une mécanique qui ne s’arrête jamais.

 

Le Venezuela, une vieille obsession

Aucun diplomate sérieux ni analyste lucide n’ignore ce qui se joue au Venezuela. Washington ne mène pas une croisade contre les trafiquants : il prépare un changement de gouvernement, une opération de récupération énergétique. Le pays, autrefois station-service des multinationales américaines, possède l’une des plus vastes réserves pétrolières du monde. Et la demande mondiale en gaz et pétrole grimpera encore. Il suffit de regarder les cartes géologiques pour comprendre la frénésie américaine.

Nicolás Maduro est décrit comme le complice d’un cartel fantôme — le fameux « Cartel de los Soles ». Une construction fictionnelle, explique Pino Arlacchi, ancien directeur exécutif de l’ONUDC, qui compare cette accusation à un monstre de cinéma : une créature mythologique, utile à justifier sanctions, embargos et menaces militaires.

 

Un verrou géostratégique

Quarante ans de lutte américaine contre la drogue n’ont produit qu’un paysage saturé de bases militaires dans les Andes. Officiellement, elles servent à éradiquer les cultures illégales. En réalité, elles constituent un dispositif sophistiqué de contre-insurrection, un verrou géostratégique sur l’arrière-cour latino-américaine. La CIA, dans les années 1980, s’était déjà forgé la réputation de « plus grand trafiquant de drogue des États-Unis ». Au Vietnam, les services de renseignement avaient compris que l’opium pouvait financer les guerres que le Congrès n’aurait jamais votées.

 

Dès son premier mandat, Trump a densifié la présence militaire autour du Venezuela. Il a renforcé les sanctions entamées vingt ans plus tôt, lorsque Hugo Chávez — l’ancien officier devenu figure du « socialisme du XXIe siècle » — avait osé nationaliser le pétrole et les industries clés. Crime impardonnable pour Washington, qui ne tolère la souveraineté qu’au sein de son propre camp. Maduro est aujourd’hui rangé dans le même tiroir que Kim Jong-un : celui des nuisibles incompatibles avec le récit impérial.

 

Trump, élu pour en finir avec les guerres, mais piégé dès le départ

Tulsi Gabbard n’a pas tort : une partie du peuple américain a effectivement élu Trump pour mettre fin à la prolifération des interventions militaires. Peut-être en a-t-il eu l’intention, par moments. Peut-être certains de ses conseillers ont-ils lu Emmanuel Todd, qui explique dans L’Occident en déclin que l’OTAN, rongée par la peur de son propre affaiblissement, préfère l’escalade au compromis.

Mais la question n’a jamais été ce que Trump voulait. La question était : qu’est-ce que le système lui permettait ?
Le président américain apparaît comme un géant théorique coincé dans un enclos politique balisé et gardé par des forces invisibles mais permanentes :

  • Wall Street contrôle la finance,
  • Big Oil verrouille l’énergie,
  • le complexe militaro-industriel pilote l’essentiel de la politique étrangère,
  • les services de renseignement relient ces blocs,
  • et les médias servent d’amplificateurs et d'influenceurs dociles.

La moindre tentative de rapprochement avec la Russie, d’ouverture vers la Corée du Nord ou de réduction des forces armées déclencha un ouragan médiatique méticuleusement orchestré.

 

Russiagate : une tempête fabriquée

Ce qui a suivi relève du délire collectif, orchestré avec une précision industrielle. Lorsque WikiLeaks publia vingt mille courriels du Comité national démocrate, l’équipe d’Hillary Clinton réagit avec une célérité quasi mécanique : les services secrets avaient — affirmait-on — identifié une cyberattaque russe. Le récit était prêt, calibré : Poutine voulait abattre Clinton et installer Trump.

Les médias, déjà avides de revanche contre ce président qui les bravait, se ruèrent sur cette histoire comme sur une drogue dure. Pendant des années, ils firent tourner la fable, alimentée par de nouveaux « indices » produits par les officines du renseignement. La mise en scène fut si totale qu’on en oublia l’essentiel : l’enquête de Robert Mueller, homme du système par excellence, n’a rien trouvé.

Le Sénat convoqua, en 2017, sous serment, ceux qui prétendaient détenir des preuves. Aucun ne put confirmer quoi que ce soit. Le cœur du mythe se vida en silence. Mais les médias se turent. Pas de mea culpa. Pas d’introspection.

 

Ce n’est qu’en avril 2020 — trois ans plus tard — que la vérité fut timidement évoquée : Russiagate s’était effondré de lui-même, illusion trop lourde pour se soutenir. Patrick Lawrence, journaliste chevronné, ancien correspondant en Asie, raconte dans Journalists and Their Shadows le prix payé pour avoir dénoncé l’hystérie médiatique : limogé de The Nation, honni par ses pairs, persécuté pour avoir osé qualifier l’affaire de « job interne » à l’entourage de Clinton. Il décrit un climat où les médias américains ont infligé à la démocratie des dégâts comparables à ceux que la guerre froide avait causés aux esprits : une dévastation lente, prolongée, invisible. Les services secrets avaient fini par cibler leur propre population, comme autrefois dans les régimes du bloc de l’Est. La guerre froide n’a jamais été un simple affrontement extérieur : elle fut également une entreprise de manipulation domestique.

 

Au commencement était Dulles : l’âge d’or de la presse infiltrée

Pour comprendre la profondeur de cette mécanique, il faut revenir au début : 1953.
Cette année-là, Allen Dulles — frère du secrétaire d’État John Foster Dulles — prend la tête de la CIA. La presse américaine devient un terrain d’expérimentation, l’opinion publique un instrument, les rédactions des avant-postes. On recrute des journalistes-influenceurs, on les forme, on les finance.

On fabrique des articles, on distille des commentaires, on glisse des informations dans les journaux comme un poison dans une coupe de vin. Le système fonctionne si bien que, lorsque l’existence de ces « journalistes-collaborateurs » finit par filtrer, la CIA orchestre une fuite contrôlée : trois douzaines d’entre eux seraient sur sa liste de paie.

Le scandale entraîne la mise en place du Frank Church Committee au Sénat. Six volumes d’enquête qui éclairent à peine plus qu’un couloir sombre. Les journalistes compromis ne sont pas contraints de témoigner. On protège l’édifice.Des années plus tard, des enquêtes indépendantes révèlent l’ampleur réelle : plus de 400 journalistes travaillaient pour la CIA.

En 1963 déjà, l’ancien président Harry Truman s’alarme publiquement : il n’avait jamais imaginé que la CIA deviendrait l’architecte de « sombres complots d’assassinat en temps de paix ». Il appelle à restreindre ses opérations. Mais les monstres ne se laissent pas refermer.

 

L’obsession américaine pour une Europe indépendante

Lorsque Truman publie ce texte, Charles de Gaulle échappe à plusieurs attentats. Le général est convaincu : derrière les tueurs se profile une ombre américaine. La presse française dévoile des connexions troubles entre Allen Dulles et des officiers putschistes. Le climat devient si tendu que John F. Kennedy appelle de Gaulle pour tenter de l’apaiser — et obtenir des informations sur les agissements de son propre patron de l’espionnage.

De Gaulle portait une vision insupportable pour Washington : une Europe souveraine, unie de Londres à Moscou, une « Europe des patries » libérée de la tutelle américaine. Et lorsqu’il accepte la décolonisation de l’Algérie, les faucons américains y voient une trahison : pour eux, Alger libre signifie Alger livrée au communisme.

Dans l’esprit des stratèges américains, l’Europe demeure un champ de bataille, une ligne de front, jamais un partenaire. L’indépendance gaullienne ne pouvait qu’attirer les balles.

 

Le “deep state” : ni fantasme ni caste unique, mais organisme en auto-allumage

On se trompe toujours sur l’« État profond ». On lui prête des catacombes, des conspirations nocturnes, des maîtres cachés. La réalité est plus banale et plus inquiétante : un biotope de carriéristes permanents, un compost d’agences, de diplomates, de généraux prudents, de technocrates indéboulonnables et de journalistes institutionnels qui, sans jamais coordonner leurs actions, pensent de la même manière.

Pas besoin de complot : l’habitus suffit. Ce milieu ne se réunit pas : il réagit. Il ne conspire pas : il s’autoprotège. Qu’un élu ose toucher au dogme — sécurité, alliance sacrée, marché sanctifié — et l’appareil s’embrase tout seul, comme un vieux moteur saturé d’huile idéologique.

 

Aucun chef, mais une réaction immunitaire parfaitement synchronisée

La clé n’est pas l’unité, mais la ressemblance : mêmes écoles, mêmes promotions, mêmes loyautés transatlantiques, mêmes réflexes de prudence « responsable ». De loin, cela ressemble à une volonté unique ; de près, c’est la convergence mécanique de milliers de carrières soucieuses de perdurer.

Les rivalités internes sont réelles, les coups de poignard fréquents, mais rien n’altère l’horizon : la continuité sacrée des doctrines. Les scrutins passent comme pluie sur un pare-brise ; la route, elle, reste identique.

Ce n’est ni un mythe, ni une conjuration, ni une oligarchie secrète. C’est pire : une inertie organisée, nichée dans les zones du pouvoir où il n’existe ni élections, ni responsabilités, ni fin.

En 2010, le Washington Post révèle que 854 000 personnes travaillent aux États-Unis pour des programmes classifiés, réparties sur 10 000 sites. Un archipel tentaculaire, un pays dans le pays.

 

Cet appareil n’est pas homogène :

  • au Pentagone, certains généraux ont résisté à ceux qui voulaient armer l’Ukraine avec des missiles capables de frapper Moscou ;
  • en 2007, sous Bush, les services secrets contredisent la Maison-Blanche en affirmant que l’Iran a interrompu son programme nucléaire militaire ;
  • en 2013, Obama renonce in extremis à frapper la Syrie faute de preuves reliant l’attaque au sarin à Assad.

Les présidents passent. Les machines administratives demeurent — contradictoires entre elles, mais toujours souveraines.

 

John F. Kennedy face à la bête

Lorsque Kennedy entre en fonction, il souhaite éviter une guerre nucléaire et maintenir une coexistence relative avec l’URSS. La CIA n’en veut pas. L’épisode de la Baie des Cochons en est l’illustration parfaite : Kennedy souhaite camoufler l’opération en révolte interne des anticastristes ; Dulles veut une intervention militaire ouverte.

Voyant le président réticent, Dulles l’abreuve d’informations tronquées, espérant provoquer un échec qui obligerait Kennedy à frapper plus fort. Kennedy refuse. Il refuse le piège, il refuse la logique du « toujours plus ».
Il paiera quelques années plus tard, d’un prix que l’Histoire officielle préfère envelopper de mythologies rassurantes.

 

Trump, cabotin malgré lui

On peut voir en Trump le cabotin décrit par ses adversaires : bluffeur, joueur compulsif, improvisateur. Mais réduire ses zigzags diplomatiques à un trait de caractère serait une erreur : aucun président américain n’évolue en apesanteur. Chacun entre dans un nid déjà occupé, dont le premier habitant est cet immense coucou qu’est le complexe militaro-industriel, qui éjecte tout ce qui ne nourrit pas son appétit.

Trump n’y a pas échappé.

 

Le pouvoir absolu du président : l’une des farces les mieux entretenues

Sous ses rodomontades isolationnistes, il a dû céder aux impératifs du système. Il lui fallait fournir des preuves de force — même artificielles — pour éviter que l’appareil ne le renverse de l’intérieur.
Son errance entre « America First » et démonstrations militaires s’explique ainsi : ce n’est pas lui qui oscillait, c’est la cage qui imposait ses mouvements.

Aucun président n’y échappe. Aucun.

 

L’économie des armes : la logique implacable du profit

Günther Anders, philosophe à la lucidité glaciale, résumait la vérité que les technocrates de la guerre préfèrent enfouir :« Les armes ne sont pas faites pour les guerres : les guerres sont faites pour les armes. »

Toute la structure économique occidentale repose sur un triangle presque parfait :

  1. Réarmement : on fabrique, on finance, on justifie.
  2. Guerre : on déploie, on détruit, on consomme.
  3. Reconstruction : les mêmes entreprises rebâtissent ce qu’elles ont contribué à raser.

Une boucle sans morale, sans fin. Le numérique s’y est ajouté : la guerre cybernétique a intégré l’industrie informatique à cette danse macabre.

 

Le Projet pour un Nouveau Siècle : manifeste pour un empire perpétuel

En 1997, des stratèges et lobbyistes rédigent le Project for a New American Century (PNAC), plaidoyer brut pour une domination américaine garantie par la force. La diplomatie y apparaît comme un supplément d’âme facultatif ; l’avenir doit se bâtir par des interventions, des démonstrations de puissance, des guerres préventives.

Cette pensée persiste. En 2019, la RAND Corporation publie Overextending and Unbalancing Russia, manuel pour pousser Moscou à la rupture stratégique. Seuls les noms des rapports changent.

 

Un empire profond qui dépasse les présidents

Le conflit entre Trump et ses services secrets n’était pas un caprice : c’était une bataille contre un système ancien, affiné depuis la guerre froide. Allen Dulles méprisait Kennedy ; Kennedy le lui rendait bien. En façade, protocole. En coulisse, guerre ouverte. John F. Kennedy voulait une coexistence prudente. La CIA voulait la confrontation. Et au centre de cette lutte demeurait la question fondamentale : Qui gouverne ? Le président élu, ou l’appareil permanent qui se renouvelle sans jamais répondre de rien ?

Kennedy commit l’erreur cardinale : croire qu’il dirigeait l’État. Son destin tragique — quelles qu’en soient les interprétations — demeure le rappel le plus brutal de la vérité souterraine des États-Unis : le pouvoir élu se heurte toujours au pouvoir permanent.

 

Trump, dernier avatar d’une longue lignée d’illusions

On peut railler Trump pour son instabilité ou son impulsivité. Mais son errance diplomatique ne fut jamais un trait psychologique : elle fut le résultat d’une mécanique qui exige qu’un président parle d’isolationnisme tout en agissant en gendarme global, prêche la paix en livrant des armes, vante la souveraineté tout en orchestrant sanctions et blocus.

Ce n’est pas Trump qui dirigeait : c’est l’infrastructure impériale qui dictait.
Le slalom entre « America First » et frappes ciblées est la stratégie elle-même, imposée par l’appareil militaro-industriel.

 

Quand l’Empire se raconte des histoires pour survivre

Le discours de Tulsi Gabbard, annonçant la fin des aventures de « regimea change », pourrait presque séduire : l’image d’un pays qui se réveillerait enfin.
Mais le même jour, les navires américains avançaient vers le Venezuela.
Le même mois, la Maison-Blanche menaçait le Nigeria.
La même année, des bateaux étaient coulés dans les Caraïbes, équipages exécutés sans procès, conformément à une doctrine inaugurée sous Obama : tuer plutôt que capturer.

L’Amérique promet la fin de ses travers au moment exact où elle les reproduit.
Ce n’est pas un accident : c’est la nature même de l’Empire.

 

Un système né de la guerre froide, consolidé par la désinformation

Rien ne disparaît dans l’architecture du pouvoir américain : les vieux réflexes survivent, recyclés pour le présent. Le complexe militaro-industriel demeure l’un des moteurs les plus puissants de l’économie occidentale. Les services secrets, censés protéger la nation, se retrouvent régulièrement en position de saper leur propre gouvernement lorsqu’il tente de dévier la trajectoire impériale.

 

Les interventions militaires des États-Unis depuis 1991

 

1991 - Deuxième guerre du Golfe contre l’Irak : la première démonstration américaine de l’ère post-soviétique, mise en scène mondiale de la supériorité militaire.

1992 - Imposition d’une zone d’exclusion aérienne en Irak, contrôle permanent du ciel étranger.

1992–1994 - Intervention militaire en Somalie, sous couvert humanitaire, terminée dans le chaos.

1993 - Bombardement de Bagdad par des navires de guerre américains.

1994 - Intervention militaire en Haïti, nouvelle démonstration d’« exportation de la démocratie ».

1994–1995 - Bombardement massif de la Bosnie-Herzégovine, prélude à la fragmentation des Balkans.

1998 - Raid aérien contre une prétendue usine d’armes chimiques au Soudan — qui n’en était pas une.

1999 - Guerre de l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie, pivot stratégique de l’élargissement vers l’Est.

2001–2021 - Vingt ans de guerre en Afghanistan : l’intervention la plus longue de l’histoire américaine.

2003 - Troisième guerre du Golfe contre l’Irak : invasion fondée sur des armes imaginaires.

2011 - Guerre de l’OTAN contre la Libye : chute de Kadhafi, chaos durable.

Depuis 2014 - Guerre contre l’État islamique (EI) au Moyen-Orient.

Depuis 2015 - Interventions militaires au Yémen, dans un conflit meurtrier oublié des médias.

Depuis 2017 - Participation directe à la guerre en Syrie, au-delà des opérations clandestines précédentes.

2020 - Assassinat ciblé du général iranien Qassem Soleimani : acte de guerre unilatéral.

2024 - Attaques de missiles contre les zones contrôlées par les Houthis au Yémen.

2024 - Frappe contre les Gardiens de la Révolution en Irak.

2025 - Attaques contre des installations nucléaires iraniennes.

 

Remarque finale:

À ces interventions officielles s’ajoutent les opérations clandestines, les actions de la CIA, les tentatives de changement de régime et autres ingérences invisibles,
dont aucune liste ne sera jamais exhaustive.

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LE PROJET MORTIFÈRE DE MACRON : UN NOUVEAU SERVICE MILITAIRE

27 Novembre 2025, 00:10am

Publié par GPTV - Nicolas Stoquer

La Matinale de Géopolitique Profonde du 26 novembre 2025

La stratégie française sur l’Ukraine glisse vers une ligne dure qui contredit la dynamique diplomatique voulue par Washington. En présentant le cessez-le-feu comme seule porte d’entrée, sans horizon politique clair, Paris entretient l’idée d’un conflit gelé et réversible, loin de toute stabilisation réelle. La régénération militaire de l’Ukraine devient la priorité, plaçant la France dans une posture de soutien prolongé qui frôle la co-belligérance.

 

L’évocation de forces occidentales déployées après un cessez-le-feu marque une rupture profonde avec les dogmes initiaux de l’OTAN. Cette option introduit une ambiguïté stratégique majeure : jusqu’où l’Europe acceptera-t-elle de s’engager dans un rapport de force direct avec Moscou ? Elle risque aussi d’accentuer les fractures internes, alors que plusieurs capitales privilégient une sortie progressive de la confrontation.

 

À cela s’ajoute une inflation autour des « guerres hybrides », présentées comme une menace diffuse mêlant cyberattaques, manipulations sociales et opérations clandestines. Une menace élargie à ce point ouvre la voie à toutes les interprétations et facilite l’expansion silencieuse des mécanismes de gouvernance cachée.

 

Cette trajectoire isole Paris au moment où l’Europe peine à articuler une stratégie cohérente. Entre pressions militaires, diplomatie contrainte et risques d’escalade, se joue une bataille cruciale pour la souveraineté européenne et la place de la France dans l’ordre mondial qui se recompose.

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L’OLIGARCHIE A TROUVÉ SON NOUVEAU CHAMPION !

26 Novembre 2025, 23:52pm

Publié par GPTV

Le paysage politique français est en train d’être redessiné par une ingénierie sociale assumée. La montée en puissance artificielle de Jordan Bardella s’inscrit dans une stratégie de gouvernance cachée qui vise à produire un candidat compatible avec l’UE, l’OTAN et la BCE.

La disparition méthodique de Marine Le Pen dans les sondages n’est pas un accident : elle révèle un basculement orchestré par les médias alignés et les instituts d’opinion, qui préparent une alternance contrôlée plutôt qu’un véritable choix démocratique.

Ce repositionnement sert un objectif clair : neutraliser toute expression souverainiste en offrant à Bruxelles et Washington un successeur docile au macronisme. La construction médiatique du « favori de 2027 » efface les lignes de fracture réelles entre souveraineté nationale et mondialisme institutionnel. La neutralisation parallèle de Marine Le Pen, judiciaire, symbolique et médiatique, montre comment l’État profond français organise l’effacement des voix perçues comme trop indépendantes. L’illusion démocratique se poursuit : offrir au public un ersatz d’opposition pour maintenir le verrou technocratique intact. Ce processus d’invisibilisation n’est que le symptôme d’un effondrement occidental piloté par les élites, déterminées à empêcher l’émergence d’une véritable alternative populaire. Nicolas Stoquer explore la stratégie médiatique qui prépare une alternance sous contrôle, en direct sur Géopolitique Profonde.

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France 2030: Une machine de guerre médiatique en surchauffe

26 Novembre 2025, 08:03am

Publié par Louis Giroud

La France officielle s’est lancée dans une entreprise de formatage et de conditionnement massif. Il ne s’agit plus d’informer, encore moins de réfléchir: il faut produire de la sidération. Le pays se transforme en chambre d’écho où chaque déclaration doit dépasser la précédente, où la nuance disparaît sous la pression du spectaculaire. La Russie sert d’écran total. On y projette tous les scénarios anxiogènes possibles. L’histoire n’a plus droit de cité. La cohérence encore moins.

Les médias en transe

Les rédactions ressemblent à des chaînes de montage où l’on assemble, heure après heure, le même message agressif, la même injonction alarmiste, les mêmes frissons recyclés. Les intervenants se succèdent dans un ballet parfaitement huilé: chacun transforme l’actualité en menace imminente et grave. Pas d’hypothèse alternative. Pas de contre-argument. Pas de frein. Le rôle des journalistes se réduit à amplifier le bruit de fond voulu par l’appareil politico-administratif. Ils ne posent plus de questions. Ils valident, confirment, répètent. Ils revendiquent leur soumission comme une compétence. Leur sécurité professionnelle dépend de cette fidélité absolue à la dramaturgie du moment.

 

L’angoisse comme outil de gestion

Depuis des années, les pouvoirs en place misent sur la peur comme méthode de gouvernement. L’alternance d’alertes extrêmes et d’accalmies trompeuses fonctionne comme un système de pression continue. L’attention publique reste captive. L’opinion n’analyse plus: elle sursaute.

Cette technique a été perfectionnée jusqu’à devenir un réflexe d’État. Le citoyen est transformé en consommateur d’alertes. On lui apprend à anticiper le pire pour mieux accepter l’arbitraire. À force, la population vit dans un état d’attente nerveuse permanente, conditionnée à réagir au signal plutôt qu’aux faits.

 

Les experts automatiques

Pour valider cette mécanique, on convoque les «spécialistes». Le général «traquenard» par exemple, celui qui s’est échoué sur toutes ses analyses passées, parade à nouveau en mentor géopolitique. Il sermonne ceux qui, malgré tout, pensent encore par eux-mêmes. Il revêt sa tenue de guerre conceptuelle, bardée de certitudes déjà périmées.

 

Le rôle de ces gens consiste à servir de caution pseudo-scientifique à une vision déjà écrite à l’avance. L’imagination remplace la connaissance. On annonce des offensives impossibles, des frontières fantasmées, des scénarios grotesques d’invasions dignes de bandes dessinées. Cela suffit pour fabriquer du contenu, pour occuper l’espace, pour saturer les écrans.

 

Les personnalités publiques en roue libre

Certaines figures politiques ou médiatiques dépassent même le besoin d’exister: elles cherchent à dominer la scène en poussant à l’escalade. Elles parlent de guerre comme d’un événement ordinaire, d’un simple plan de carrière. Elles manipulent les dates, inventent des échéances, mettent en scène une Europe prête à l’affrontement comme si cela relevait de la bonne gestion.

D’autres se rêvent stratèges. Ils expliquent doctement ce qu’il faudrait faire, comment tenir tête, comment «envoyer un signal». On peine à croire qu’ils comprennent ce qu’impliquerait un conflit réel. Quand le danger se rapproche, ce sont les premiers à disparaître des radars. Ils savent très bien que l’héroïsme ne sera pas leur rôle. Ils préfèrent la posture.

 

Les illusions de courage

On les observe avec un certain amusement: ces mêmes voix qui réclament des mesures toujours plus radicales ne montrent jamais le moindre signe de responsabilité personnelle. Leur vision de la guerre reste théorique. Leur implication se limite à des formules sonores, des phrases martelées pour impressionner le public.

Lorsqu’on mesure leur constance, on s’aperçoit qu’ils ne tiennent debout que grâce à la scénarisation permanente. Leur témérité n’est qu’un élément de décor. Ils misent sur la catastrophe pour se donner un rôle dans l’histoire, mais leur premier réflexe serait la désertion si le réel surgissait à leur porte.

 

Un système qui tourne à vide

La France de 2030 n’a pas besoin d’ennemi extérieur pour se tromper de combat. Le pays tourne sur une machine narrative devenue incontrôlable. La russophobie n’est qu’un carburant parmi d’autres. Le but réel consiste à maintenir la population dans un état où l’angoisse remplace la lucidité, où l’imaginaire de crise recouvre toute possibilité de débat.

Les responsables politiques entretiennent la menace pour masquer leurs propres échecs. Les médias répètent ces menaces pour préserver leur place. Les experts les justifient pour sauver leur crédibilité. Et le public, pris dans ce système de signaux répétitifs, finit par confondre la fiction avec l’analyse.

 

Dans la population, les plus fragiles finissent par trembler au bruit d’une cuillère

Le pays s’est habitué à ce théâtre anxiogène. On lui a pris son libre arbitre, on lui a substitué un réflexe pavlovien. À chaque alerte, il lève la tête. À chaque répit, il panique encore plus. L’État n’a plus besoin d’autorité : la peur s’en charge.

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L’invention de la quadrature du cercle… sans même rougir

25 Novembre 2025, 12:48pm

Publié par Eliot M. Ryder

Les religions monothéistes ont trouvé le moyen de trébucher sur la même peau de banane métaphysique pendant deux millénaires: si Dieu crée tout, et s’il est infiniment bon, qui a coché la case «mal» dans le menu déroulant de la Création?

Lactance, antique mais lucide, met les pieds dans le plat: un Dieu qui veut le bien et ne peut pas est impuissant; un Dieu qui peut le bien et ne veut pas est malveillant; un Dieu qui veut et peut devrait supprimer le mal… et pourtant le mal flambe comme un barbecue à ciel ouvert. Cherchez l’erreur.

Pour éviter le naufrage théologique, on a trouvé un paravent: la «Liberté». Adam aurait choisi librement, comme un étudiant qui signe un prêt bancaire en imaginant que «ça ira». On répète que Dieu n’y est pour rien, que l’homme est fautif, que la boucle est bouclée. Oui, mais en forme de nœud coulant.

 

La façade se lézarde

Si Dieu laisse traîner un serpent dans le Jardin d’Éden, ce n’est pas une épreuve, c’est un guet-apens. Adam n’avait pas une liberté: il avait un piège à déclenchement automatique. Et Dieu, omniscient, connaissait la fin du film avant d’avoir écrit le générique.

 

La Création se transforme en traquenard cosmique, le premier escape game truqué de l’histoire.

Pierre Bayle (1647–1706) arrive, regarde l’édifice, et souffle dessus: tout s’effondre.

Il pose LA question que personne dans l’Église ne voulait entendre: comment un Dieu «miséricordieux» peut-il fabriquer des milliards d’âmes en sachant pertinemment que la majorité finira grillée à perpétuité? Même les mères les plus distraites retireraient leurs filles du bal si elles savaient ce qui les attendait — pourquoi Dieu, lui, passe-t-il commande de damnés au kilomètre sans lever un sourcil ?

 

Un monarque sadique tout-puissant?

Gottfried Wilhelm Leibniz (1646–1716), le philosophe au sourire crispé, résume la situation comme s’il rédigeait la notice d’un appareil défectueux: Dieu dit aimer l’humanité, sauve un minuscule lot d’élus, et livre les autres au Diable pour un péché commis par leurs ancêtres avant même qu’ils aient un cerveau opérationnel. On atteint ici les sommets administratifs du grotesque.

Dans cette mécanique céleste, des enfants meurent sans connaître le Christ et sont néanmoins condamnés par un protocole dont ils ignoraient tout. Certains damnés seraient même moins fautifs que les élus, ces VIP de la grâce réservée. Si un État moderne fonctionnait ainsi, on verrait descendre dans la rue même les citoyens les plus anesthésiés.

 

L’apothéose de la brutalité doctrinale

Puis arrive Luther. Lui ne discute pas: il matraque. Il cite saint Paul comme on brandit un mandat d’arrêt, et affirme que Dieu fabrique ses créatures comme un potier fabrique des vases de luxe ou… des pots de chambre. Les pots ne sont pas conviés au débat.

Luther admet que cette vision scandalise la raison, mais cela l’enchante presque. Pour lui, la raison est «prostituée du diable», galeuse, lépreuse, à éliminer à coups de talon.

La foi doit triompher parce qu’elle est illogique. Le Credo quia incredibile devient l’équivalent théologique d’un tatouage initiatique: plus c’est fou, plus c’est vrai.

Croire que Dieu condamne l’immense majorité des humains tout en restant «miséricordieux» relève d’un acrobatisme mental que même les contorsionnistes du Cirque du Soleil n’oseraient pas tenter.

 

Érasme tente d’éviter la catastrophe

Érasme, humaniste poli mais crispé, veut remettre un peu d’ordre dans cette foire.

Il note que si tout est prédestiné, la croix devient inutile, l’Église superflue, la morale décorative. Pourquoi sermonner les fidèles si leur destin est déjà scellé depuis le Big Bang ?

Érasme reconnaît l’impossibilité de concilier la prescience divine et la liberté humaine. Sa solution: remettre la question à plus tard, au Jour du Jugement. En politique, on appellerait ça «créer une commission». En théologie, c’est censé faire sérieux.

 

Un scandale assumé

Passent les siècles, et un cardinal comme Daniélou affirme que le christianisme doit rester scandaleux pour rester vrai. Ambiance.

Pascal, lui, avait déjà annoncé la couleur: le péché originel est incompréhensible — et il faut l’accepter tel quel. La foi ne doit pas passer à la moulinette de la raison: elle doit résister, grincer, choquer. Pascal avertit le lecteur: «Vous ne pouvez me reprocher l’absence de raison: je vous dis d’avance qu’il n’y en a pas.» C’est honnête. Brutal, mais honnête.

L’irrationnel cesse alors d’être un problème. Il devient un drapeau, un logo, une carte de membre. La théologie se change en théâtre où la raison n’est plus admise, même au balcon.

 

La foi comme vertige ou la pensée comme exigence

Si les croyants d’aujourd’hui veulent prolonger la tradition du scandale sacré, ils doivent aller jusqu’au bout: cesser de maquiller la contradiction.

Aucune apologétique rationnelle ne tient deux minutes sous lumière crue.

Deux voies demeurent: la foi comme vertige, ou la pensée comme exigence.

Mais les deux refusent catégoriquement de cohabiter sous le même toit, sauf à installer des murs coupe-feu.

 

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Références:

 

Lactance, c’est Lucius Caelius Firmianus Lactantius, un écrivain chrétien du IVᵉ siècle, mort vers 325 après J.-C. C’est l’un des tout premiers « intellectuels » du christianisme, souvent surnommé — avec un peu d’exagération mais beaucoup d’admiration — le “Cicéron chrétien”.

 

Pierre Bayle (1647–1706) est l’une des grandes figures de la pensée critique européenne, souvent considéré comme le père du rationalisme sceptique moderne. Né dans une famille protestante, Bayle vit les persécutions religieuses, l’exil et la guerre civile larvée qui accompagne la Révocation de l’Édit de Nantes. Son expérience nourrit une méfiance radicale envers toutes les autorités religieuses.

 

Gottfried Wilhelm Leibniz (1646–1716) est l’un des derniers génies « totaux » de l’histoire européenne : philosophe, mathématicien, juriste, diplomate, logicien, théologien, inventeur, bibliothécaire, et même précurseur de l’informatique.

 

Martin Luther (1483–1546) est le déclencheur explosif de la Réforme protestante. Il impose la primauté de l’Écriture, la justification par la foi… et développe une théologie brutale sur la prédestination et la raison.

 

Érasme (1466–1536) est un humaniste de la Renaissance, érudit européen par excellence, champion du texte, de la philologie et de la réforme morale sans rupture. Critique des abus de l’Église, il prône une foi éclairée, mesurée, raisonnable. Son affrontement avec Luther marque l’un des grands duels spirituels du XVIᵉ siècle.

 

Blaise Pascal (1623–1662) est un génie des mathématiques, de la physique et de la philosophie, auteur des Pensées et inventeur du fameux pari sur l’existence de Dieu. Mystique tourmenté, il combine logique tranchante et foi ardente, et défend l’idée que les dogmes chrétiens doivent être acceptés précisément parce qu’ils défient la raison.

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« L'égalité, cette imposture ! »

25 Novembre 2025, 11:02am

Publié par Eliot M. Ryder

Les vivants n’ont jamais eu leur mot à dire. Ils ont été enrôlés avant même de comprendre ce qu’était un rôle. Le monde, avant de devenir un parc à thèmes pour consciences dépressives, fonctionnait sur un principe plus simple : l’espèce exige, les corps obéissent. Le contrat est unilatéral, la signature arrachée au berceau. Le plus étonnant c'est l’enthousiasme avec lequel chaque bête s’y précipite. On se croit libre, on n’est que pressé d’obéir. On parle de “vie”, mais le mot juste serait “service obligatoire”, corvée perpétuelle où le sang, la sueur, la ponte et le renoncement sont les seules monnaies autorisées.

La nature organise ses jeux du cirque sans gradins

Le mâle ne réfléchit pas; il charge. C’est son identité, sa vocation, sa seule forme de poésie. Un rival apparaît, une femelle traîne dans le décor, et voilà la cervelle transformée en tambour de guerre. On l’a doté d’armes, de fanfaronnades, d’une pulsion de risque qui dévore toute prudence. La disproportion? Une gourmandise supplémentaire. Le petit chien fonce sur le grand comme un militant sous amphétamine. La logique s’efface, la biologie applaudit.

 

Le mâle programmé pour l'arène

Le mâle combat non pour vivre, mais pour se supprimer proprement. Il se rue vers la mort avec la joie d’un volontaire. Il ne connaît ni l’esquive, ni la paix, ni le salut. Il connaît l’ennemi, même quand celui-ci n'est qu’une version plus massive de lui-même. La nature l’a programmé pour l’arène. Il y entre comme d’autres entrent en religion : avec l’illusion exaltante d’accomplir une mission grandiose, alors qu’il ne fait que rejouer une consigne vieille de plusieurs millions d’années.

 

Destination servitude pour les femelles

La femelle n’a pas choisi d’être un sanctuaire, mais elle s’en accommode — c’est là son génie. On lui a confié la lourde intendance du futur : porter, nourrir, protéger, réparer. Rien n’est à elle, pas même son sommeil. La félicité promise n’est qu’une stratégie d’exploitation raffinée. La nature l’a piégée avec des récompenses minuscules, et elle accepte l’enfermement avec la docilité d’une prêtresse convaincue. Pas d’héroïsme, jamais: seulement l’ordre impérieux du ventre et la douce tyrannie du lait.

Elle s’efface, elle endure, elle s’oublie. Une jouissance minuscule lui sert de récompense symbolique. Après cela, c’est la longue liste des obligations : trembler, nourrir, surveiller, se ronger. Le plaisir du corps est un prétexte ; la vraie nourriture, c’est la dette éternelle.

 

L'espèce, cet invisible tyran

On croyait le monde partagé entre vivants autonomes. Erreur. Le maître unique, l’absolu souverain, l’invisible tyran, c’est l’espèce. Elle ne se nourrit pas de bonheur, mais de sacrifices. Elle distribue deux programmes distincts : conserver la vie quand il faut attendre, l’offrir quand il faut continuer. L’individu se débat entre deux instincts secondaires — survivre, reproduire — et un instinct majeur, impérieux, totalitaire : servir.

Ce troisième instinct, personne ne le glorifie ; tout le monde l’exécute. Le mâle saigne pour lui. La femelle se consume pour lui. Ce qui reste, c’est une armée de serviteurs qui croient vivre alors qu’ils ne font que s’user. L’espèce jubile : la soumission est parfaite.

 

Le «héros», cette caricature d’un programme biologique

Le héros ne triomphe jamais. Il se prend pour une statue, il n’est qu’un levier. La nature le pousse au combat, et il y va en geignant de bonheur. On lui attribue la gloire après coup, pour masquer le ridicule fondamental: il n'a rien décidé. Il est juste la version jubilatoire d’une consigne inscrite dans les fibres. Il souffre, il recommence, il se croit sublime, il n’est que docile. Il rêve d’une mort propre, d’une disparition utile. Il envie les cadavres qui ont eu l’élégance de s’effacer au bon moment.

 

L’Enfant: la dernière enclave d'un corps non encore enrôlé

L’enfant ne sert personne, il se sert lui-même. Il joue, il piaille, il exige. Rien n’a encore activé en lui la grande mécanique du sacrifice. Il est insouciant, il n’a aucune vocation pour le renoncement, aucune disposition pour la douleur consentie. Il échappe encore à la consigne. On le trouve attendrissant parce qu’il représente, avant l’embrigadement, la dernière enclave du corps non encore enrôlé.

 

L’Abnégation, la liturgie des êtres épuisés

Le monde vivant n’a qu’une seule liturgie: le renoncement. Se priver, s’annuler, s’effacer. On ne devient pas mère, on devient instrument. On ne devient pas héros, on devient offrande. On ne devient pas adulte, on devient serviteur. La performance ultime n’est pas la victoire, mais la disparition propre, celle qui rassure l’espèce sur son avenir.

 

Le bonheur est un délit

Le confort est une déchéance. La quête de soi, une hérésie. L’existence entière est un châtiment administratif mal déguisé. Les parents culpabilisent, les combattants s’accusent, les vivants s’excusent d’être encore là. La nature ne veut pas de joie, seulement de la continuité. Le reste n’est que supercherie sentimentale.

 

La Vie comme «service après-vente»

Quiconque refuse l’usure trahit le théâtre. Quiconque fuit le risque déserte la consigne. Quiconque cherche un bonheur qui ne servirait que lui se met hors-jeu. La nature a bâti un empire sans droit d’appel: les vivants sont les consommables, l’espèce est la seule bénéficiaire.

 

Dans ce monde où chaque acte individuel n’est qu’un tribut cyniquement arraché au corps, la recherche du bonheur facile n’est pas une faute morale, mais une insulte à l’ordre des choses. Une lèse-majesté. Un crime contre la grande administration du sacrifice.

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