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Le Média Libre de La Suisse Indépendante et Neutre...

« L'égalité, cette imposture ! »

25 Novembre 2025, 11:02am

Publié par Eliot M. Ryder

Les vivants n’ont jamais eu leur mot à dire. Ils ont été enrôlés avant même de comprendre ce qu’était un rôle. Le monde, avant de devenir un parc à thèmes pour consciences dépressives, fonctionnait sur un principe plus simple : l’espèce exige, les corps obéissent. Le contrat est unilatéral, la signature arrachée au berceau. Le plus étonnant c'est l’enthousiasme avec lequel chaque bête s’y précipite. On se croit libre, on n’est que pressé d’obéir. On parle de “vie”, mais le mot juste serait “service obligatoire”, corvée perpétuelle où le sang, la sueur, la ponte et le renoncement sont les seules monnaies autorisées.

La nature organise ses jeux du cirque sans gradins

Le mâle ne réfléchit pas; il charge. C’est son identité, sa vocation, sa seule forme de poésie. Un rival apparaît, une femelle traîne dans le décor, et voilà la cervelle transformée en tambour de guerre. On l’a doté d’armes, de fanfaronnades, d’une pulsion de risque qui dévore toute prudence. La disproportion? Une gourmandise supplémentaire. Le petit chien fonce sur le grand comme un militant sous amphétamine. La logique s’efface, la biologie applaudit.

 

Le mâle programmé pour l'arène

Le mâle combat non pour vivre, mais pour se supprimer proprement. Il se rue vers la mort avec la joie d’un volontaire. Il ne connaît ni l’esquive, ni la paix, ni le salut. Il connaît l’ennemi, même quand celui-ci n'est qu’une version plus massive de lui-même. La nature l’a programmé pour l’arène. Il y entre comme d’autres entrent en religion : avec l’illusion exaltante d’accomplir une mission grandiose, alors qu’il ne fait que rejouer une consigne vieille de plusieurs millions d’années.

 

Destination servitude pour les femelles

La femelle n’a pas choisi d’être un sanctuaire, mais elle s’en accommode — c’est là son génie. On lui a confié la lourde intendance du futur : porter, nourrir, protéger, réparer. Rien n’est à elle, pas même son sommeil. La félicité promise n’est qu’une stratégie d’exploitation raffinée. La nature l’a piégée avec des récompenses minuscules, et elle accepte l’enfermement avec la docilité d’une prêtresse convaincue. Pas d’héroïsme, jamais: seulement l’ordre impérieux du ventre et la douce tyrannie du lait.

Elle s’efface, elle endure, elle s’oublie. Une jouissance minuscule lui sert de récompense symbolique. Après cela, c’est la longue liste des obligations : trembler, nourrir, surveiller, se ronger. Le plaisir du corps est un prétexte ; la vraie nourriture, c’est la dette éternelle.

 

L'espèce, cet invisible tyran

On croyait le monde partagé entre vivants autonomes. Erreur. Le maître unique, l’absolu souverain, l’invisible tyran, c’est l’espèce. Elle ne se nourrit pas de bonheur, mais de sacrifices. Elle distribue deux programmes distincts : conserver la vie quand il faut attendre, l’offrir quand il faut continuer. L’individu se débat entre deux instincts secondaires — survivre, reproduire — et un instinct majeur, impérieux, totalitaire : servir.

Ce troisième instinct, personne ne le glorifie ; tout le monde l’exécute. Le mâle saigne pour lui. La femelle se consume pour lui. Ce qui reste, c’est une armée de serviteurs qui croient vivre alors qu’ils ne font que s’user. L’espèce jubile : la soumission est parfaite.

 

Le «héros», cette caricature d’un programme biologique

Le héros ne triomphe jamais. Il se prend pour une statue, il n’est qu’un levier. La nature le pousse au combat, et il y va en geignant de bonheur. On lui attribue la gloire après coup, pour masquer le ridicule fondamental: il n'a rien décidé. Il est juste la version jubilatoire d’une consigne inscrite dans les fibres. Il souffre, il recommence, il se croit sublime, il n’est que docile. Il rêve d’une mort propre, d’une disparition utile. Il envie les cadavres qui ont eu l’élégance de s’effacer au bon moment.

 

L’Enfant: la dernière enclave d'un corps non encore enrôlé

L’enfant ne sert personne, il se sert lui-même. Il joue, il piaille, il exige. Rien n’a encore activé en lui la grande mécanique du sacrifice. Il est insouciant, il n’a aucune vocation pour le renoncement, aucune disposition pour la douleur consentie. Il échappe encore à la consigne. On le trouve attendrissant parce qu’il représente, avant l’embrigadement, la dernière enclave du corps non encore enrôlé.

 

L’Abnégation, la liturgie des êtres épuisés

Le monde vivant n’a qu’une seule liturgie: le renoncement. Se priver, s’annuler, s’effacer. On ne devient pas mère, on devient instrument. On ne devient pas héros, on devient offrande. On ne devient pas adulte, on devient serviteur. La performance ultime n’est pas la victoire, mais la disparition propre, celle qui rassure l’espèce sur son avenir.

 

Le bonheur est un délit

Le confort est une déchéance. La quête de soi, une hérésie. L’existence entière est un châtiment administratif mal déguisé. Les parents culpabilisent, les combattants s’accusent, les vivants s’excusent d’être encore là. La nature ne veut pas de joie, seulement de la continuité. Le reste n’est que supercherie sentimentale.

 

La Vie comme «service après-vente»

Quiconque refuse l’usure trahit le théâtre. Quiconque fuit le risque déserte la consigne. Quiconque cherche un bonheur qui ne servirait que lui se met hors-jeu. La nature a bâti un empire sans droit d’appel: les vivants sont les consommables, l’espèce est la seule bénéficiaire.

 

Dans ce monde où chaque acte individuel n’est qu’un tribut cyniquement arraché au corps, la recherche du bonheur facile n’est pas une faute morale, mais une insulte à l’ordre des choses. Une lèse-majesté. Un crime contre la grande administration du sacrifice.