Quand Emmanuel Macron dégomme Rome, Giorgia Meloni dégaine au vitriol
L’escalade verbale entre Emmanuel Macron et Giorgia Meloni dépasse le simple duel politique. Elle révèle les tensions structurelles qui traversent l’Union européenne, de la gestion des migrations aux héritages post-coloniaux en passant par la rivalité franco-italienne en Méditerranée. En réponse aux propos attribués au président français, la dirigeante italienne renvoie Paris à ses choix stratégiques en Libye et à son influence persistante en Afrique, transformant un échange d’invectives en affrontement géopolitique majeur.
Dans une courte intervention, Giorgia Meloni a répondu avec force aux propos attribués à Emmanuel Macron. Le chef de l’État français aurait qualifié les responsables italiens de « vomitevolli », « chini-chi » et « irresponsabili ». La réaction de Meloni a été immédiate, tranchante et chargée d’une dimension historique et géopolitique que la dirigeante entend remettre au premier plan.
Meloni rappelle le précédent libyen : un tournant aux conséquences migratoires
Pour Giorgia Meloni, accuser l’Italie d’« irresponsabilité » est un contresens. Elle renvoie l’accusation vers la France en évoquant l’un des dossiers les plus sensibles de la politique méditerranéenne : l’intervention militaire en Libye.
Selon elle, ceux qui méritent d’être qualifiés d’irresponsables sont ceux qui ont « bombardé la Libye » au moment où l’Italie entretenait un partenariat énergétique privilégié avec Mouammar Kadhafi. Cette décision, estime-t-elle, aurait plongé la région dans un chaos politique et migratoire dont l’Europe — et particulièrement l’Italie — paie encore le prix.
Dans cette perspective, la crise migratoire n’est pas née à Rome : elle découle, affirme Meloni, de choix stratégiques faits à Paris.
Sur la gestion des frontières : critique de la politique française
Abordant l’expression « chini-chi », Giorgia Meloni attaque frontalement la politique migratoire française. Elle accuse Paris de faire repousser systématiquement les migrants à la frontière de Vintimille par la gendarmerie, renvoyant les exilés dans des conditions qu’elle juge inacceptables.
Elle souligne l’incohérence qu’elle perçoit dans le fait de pointer l’Italie du doigt tout en pratiquant une politique de refoulement « à 20 milles » de la frontière.
« Vomitevolli » : Meloni retourne l’accusation vers la France
Lorsque Macron aurait utilisé le terme « vomitevolli », Meloni affirme que l’expression décrit mieux, selon elle, ceux qui continuent d’exploiter l’Afrique. Elle évoque trois axes principaux :
- Le contrôle monétaire exercé sur 14 pays africains.
Elle accuse la France de produire la monnaie utilisée par plusieurs nations africaines et de bénéficier du « signoraggio » associé, perpétuant selon elle un rapport de domination économique. - Les conditions d’extraction des matières premières.
Meloni évoque le travail d’enfants dans certaines mines africaines, symbole, à ses yeux, des contradictions de l’Europe lorsqu’il est question de solidarité et d’humanisme. - Le cas du Niger et l’uranium.
Elle rappelle que la France extrait environ 30 % de l’uranium nécessaire à son parc nucléaire au Niger, tandis que près de 90 % des habitants de ce pays n’ont pas accès à l’électricité. Ce déséquilibre incarne, pour Meloni, une injustice majeure et un héritage post-colonial mal assumé.
Dans ce cadre, dit-elle, la France ne saurait dicter à l’Italie ce que serait une gestion responsable.
Un message clair adressé à Macron : « Ne nous donnez pas de leçons »
La conclusion de Giorgia Meloni est sans ambiguïté :
— L’Afrique « s’échappe » de la France, affirme-t-elle.
— La solution aux migrations ne consiste pas à déplacer les Africains vers l’Europe.
— Il s’agit plutôt de « libérer l’Afrique de certains Européens ».
Pour Meloni, les problèmes structurels du continent ne s’expliquent pas par des politiques d’accueil, mais par une reconfiguration profonde des relations entre l’Europe et l’Afrique — en particulier par la fin des mécanismes d’exploitation qu’elle attribue à Paris.
Rappel historique et avertissement diplomatique
En replaçant Giorgia Meloni au centre du discours, cet échange apparaît comme un affrontement politique assumé entre deux visions opposées de l’Europe, de l’Afrique et des migrations. La dirigeante italienne ne se limite pas à répondre à une insulte : elle renvoie à Emmanuel Macron un ensemble de critiques géopolitiques, économiques et morales, tout en revendiquant la légitimité de l’Italie sur ces sujets.
Ce discours s’inscrit dans une dynamique plus large où Rome entend redéfinir sa place dans le débat européen — parfois contre Paris — et remettre en question les équilibres hérités du passé colonial et des interventions militaires occidentales.