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Le Média Libre de La Suisse Indépendante et Neutre...

«La géopolitique mondiale en basculement» : entretien avec le capitaine Pierre Plas, ancien officier du renseignement militaire français

17 Décembre 2024, 07:43am

Publié par Louis Giroud

De la Route de la Soie aux alliances fragiles au Moyen-Orient : une analyse géopolitique dense et érudite

 

Sur la chaîne Géopolitique Profonde, Pierre Plas, ancien officier du renseignement militaire français et correspondant européen pour une chaîne alternative canadienne basée à Montréal, livre une analyse pointue des bouleversements historiques et stratégiques contemporains. L’entretien, rythmé par une érudition remarquable, aborde l’actualité immédiate au Moyen-Orient, tout en explorant les racines historiques des conflits.

 

Accord Turquie-Israël et immobilisation de l'armée syrienne

Pierre Plas ouvre l’échange par un retour sur les événements récents: « Il y a eu un accord entre la Turquie et Israël, soutenu en sous-main par des ingérences extérieures. On parle d’une entente de circonstances, une alliance fragile comme celle du pacte germano-soviétique de 1939. Aujourd’hui, cette situation explique pourquoi l'armée arabe syrienne, prête à intervenir, a été contrainte de rester dans ses casernes. L’objectif : éviter un bain de sang confessionnel. Pourtant, ce statu quo n’est pas tenable. Les minorités, autrefois protégées sous un régime laïc syrien, restent en danger.»

 

La géopolitique historique et la Route de la Soie

Pierre Plas enchaîne sur une perspective historique pour contextualiser les événements contemporains :
«L’histoire du monde repose sur la Route de la Soie, ce flux commercial millénaire qui reliait l’Orient à l’Occident. Il s’agit du plus ancien pont économique de l’humanité, déjà emprunté par les Romains et les Byzantins. Lorsque les Perses imposèrent des taxes, la route fut détournée au nord de la Caspienne, entraînant un basculement des équilibres régionaux.»

 

L’ancien officier précise : «La sagesse orientale a toujours privilégié le partenariat commercial, contrairement à la logique des ‘nomades aquatiques’, ces puissances maritimes anglo-saxonnes qui ont bâti leur domination par la guerre.»

 

De la mondialisation au souverainisme

Abordant la rivalité actuelle entre mondialistes et souverainistes, Pierre Plas dénonce une contradiction apparente : «Le mondialisme impose une logique de prédation économique, tandis que le souverainisme défend le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Cela illustre le paradoxe israélien : un État décomplexé dans son nationalisme, mais soutenu par des élites globalistes.»

 

Pour lui, il n'y a pas de contradiction, mais un double discours :«Faites ce que je dis, pas ce que je fais. C’est le même principe que le libéralisme économique imposé aux autres, alors qu'on pratique le protectionnisme chez soi.»

 

La création d’Israël : mythe de la diaspora et origines historiques

Pierre Plas remet en question certains fondements historiques : «Des auteurs comme Arthur Koestler et Ilan Papé, universitaires israéliens, réfutent l’idée d’une diaspora massive après la guerre des Juifs sous Vespasien et Titus. La déportation systématique d’une population agricole est peu crédible. En réalité, les Juifs ashkénazes, d’origine khazare, ont une identité caucasienne confirmée par des études génétiques et linguistiques. Leur langue, le yiddish, est une synthèse germanique et slave.»

 

Il poursuit : «La notion de ‘peuple élu’ chez les ashkénazes a influencé le nationalisme, qui est en réalité une réaction historique au féodalisme. Plus tard, cela débouchera sur des mouvements comme le Bund, un syndicat juif polono-russe, ancêtre du national-socialisme dans certaines de ses composantes idéologiques.»

 

Les dynamiques globales contemporaines

Enfin, Pierre Plas relie les enjeux d’hier aux tensions actuelles : «Les nouvelles routes de la soie démontrent que les problèmes historiques n’ont jamais été résolus. Les Chinois, fidèles à leur logique partenariale, s’opposent à l’hégémonie des puissances maritimes occidentales. Cette lutte oppose deux philosophies : une vision de coopération contre une vision de prédation mondiale.»

 

Revenant sur les racines des conflits au Moyen-Orient, il insiste : «La déclaration Balfour de 1917 promettait un foyer national juif en Palestine pour attirer l’appui des États-Unis après la révolution russe. Mais d’autres options, comme la Crimée ou Madagascar, furent envisagées. C’est un pan de l’histoire méconnu que nous devons aborder.»

 

Les néoconservateurs américains et l’influence judéo-protestante

Dans son analyse, Pierre Plas aborde les dynamiques de pouvoir mondiales, qu’il attribue en partie à l’influence des néoconservateurs américains et au courant judéo-protestant, acteur central dans l’histoire moderne et contemporaine.

 

Les origines judéo-protestantes et la logique hégémonique

Pierre Plas trace un lien historique entre l'émergence du protestantisme et l’essor économique et géopolitique des puissances anglo-saxonnes : «Le protestantisme a permis l’adoption du prêt à intérêt, interdit jusque-là par l’Église catholique. Les nations protestantes, comme l’Angleterre et les Pays-Bas, ont pris une avance économique considérable en favorisant le capitalisme bancaire et la spéculation. Cette logique a donné naissance à des compagnies marchandes privées, comme la East India Company, véritables instruments de conquête et de domination.»

 

Pour l’intervenant, cette mentalité économique et impérialiste a jeté les bases d’une hégémonie anglo-saxonne, marquée par la devise : «Trade follows the flag" (le commerce suit le drapeau). Cette expression résume la logique des puissances maritimes anglo-protestantes, où le commerce s’installe par la force militaire. Ce modèle de prédation a été appliqué depuis l’époque coloniale jusqu’à aujourd’hui.»

 

Les néoconservateurs américains : les héritiers modernes

Pierre Plas poursuit en évoquant le rôle des néoconservateurs américains, qu’il décrit comme les héritiers directs de cette tradition économique et géopolitique : «Les néoconservateurs, souvent issus du courant judéo-protestant, ont imposé un modèle impérialiste basé sur la domination militaire et économique. C’est une élite globaliste, qui défend ses intérêts sous couvert de démocratie et de droits de l’Homme, tout en pillant les économies réelles.» Il pointe le paradoxe de cette élite : «Les néoconservateurs prônent le mondialisme pour les autres tout en protégeant leurs propres intérêts par le biais du protectionnisme et de la force militaire. C’est une hypocrisie assumée qui n’a qu’un objectif : maintenir leur hégémonie mondiale.»

 

L’alliance anglo-sioniste : un projet politique

Pierre Plas associe cette logique hégémonique à ce qu’il appelle le "clan anglo-sioniste" : «L’État d’Israël, en tant que projet sioniste, est soutenu par cette élite globaliste anglo-protestante. Ce soutien n’est pas une contradiction : il s’agit d’une alliance stratégique. Les néoconservateurs, qui dominent les cercles de pouvoir américains, ont réussi à imposer leur agenda, tout en permettant à Israël de suivre un nationalisme décomplexé qui dépasse toutes les limites du droit international.» Pour l’intervenant, cette alliance se fonde sur une idéologie commune : «Le protestantisme est un retour à l’Ancien Testament, une vision vérotestamentaire qui légitime une approche messianique du pouvoir. La notion de ‘peuple élu’, si on la transpose, rejoint l'idée de race supérieure, que l’on retrouve historiquement dans divers courants impérialistes et nationalistes.»

 

Une guerre entre souverainisme et mondialisme

L'intervenant résume ainsi l’affrontement contemporain : «La lutte actuelle oppose deux visions du monde : celle des élites globalistes, incarnées par les néoconservateurs américains et leurs alliés, et celle des nations souveraines, qui refusent de se soumettre à cette hégémonie. Les BRICS, par exemple, proposent un modèle multipolaire fondé sur le partenariat, en opposition à cette logique prédatrice.»

 

Il conclut sur un constat : «L’histoire nous montre que cette élite judéo-protestante a su imposer son modèle, d’abord par le commerce, ensuite par la force militaire et enfin, aujourd’hui, par le contrôle économique global via les bourses et la spéculation. Mais cette domination arrive à ses limites face aux résistances croissantes des peuples qui revendiquent leur souveraineté.»

 

En résumé, l’analyse de Pierre Plas met en lumière les racines historiques et idéologiques de l’influence des néoconservateurs américains et des courants judéo-protestants dans le jeu géopolitique actuel. Cette élite, selon lui, mène une politique d’hégémonie mondiale, en opposition aux forces souverainistes qui cherchent à préserver le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

 

L’entretien vidéo ici:

https://www.youtube.com/watch?v=prTHaNv52-

 

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Formé à L’EIREL, le Capitaine PLAS était officier de renseignement. Parlant 6 langues, il a d’abord servi dans les Troupes Aéroportées et en Unité de Recherche Humaine, avant de rejoindre la Direction du Renseignement Militaire. Il a quitté l’armée prématurément, avec une pension d’invalidité, après 21 ans de service, 2 années d’hôpital et 6 interventions chirurgicales.

Actuellement correspondant pour la « zone-Europe » d’une chaîne télévisée alternative et francophone, basée à Montréal (Québec), où il collabore à la programmation et à l’animation de l’émission géopolitique de Carl Brochu (Brochu en direct), il a récemment effectué plusieurs reportages, en Syrie, au Kosovo et… dans le Donbass.

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