Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Média Libre de La Suisse Indépendante et Neutre...

Cette Union européenne qui punit la pensée pour avoir la paix...

19 Décembre 2025, 19:37pm

Publié par Louis GIROUD

L’UE aime se raconter qu’elle est née pour conjurer la guerre, pour domestiquer les passions, pour refroidir les ardeurs historiques à coups de droit, de procédures et de compromis raisonnables. Elle aime cette légende parce qu’elle lui évite de regarder où elle a sombré. Car l'UE d'aujourd'hui ne pacifie plus rien. Elle s’excite. Elle surjoue la vertu. Elle multiplie les postures martiales tout en se gardant soigneusement d’en assumer le coût réel. Elle n’a plus la force de gouverner, mais elle a acquis un pouvoir de nuisance, ce qui est le stade juste avant la dégénérescence complète.

Cette Union européenne qui punit la pensée pour avoir la paix...

Depuis des années, cette structure bureaucratique proliférante étouffe les économies, réglemente jusqu’à l’absurde, produit des normes comme d’autres produisent de la fumée, sans autre horizon que sa propre reproduction. Mais ce délire administratif n’était qu’un prélude. Le vrai basculement s’est produit lorsque cette logique a décidé de s’attaquer non plus aux comportements, mais aux idées. À partir de là, l’Union européenne a cessé d’être un cadre juridique. Elle s’est muée en tribunal moral.

La dissidence n’est plus une composante normale du débat démocratique. Elle est un symptôme suspect. Une anomalie. Un risque informationnel. On ne réfute plus, on signale. On ne contredit plus, on disqualifie. On ne débat plus, on inscrit sur des listes.

 

Une brutalité obscène

L’affaire Jacques Baud cristallise cette dérive avec une brutalité obscène. Un citoyen suisse, ancien officier du renseignement, analyste militaire, auteur publié, se retrouve placé sous sanctions par l’Union européenne, assimilé à des figures accusées de crimes majeurs, sans accusation pénale, sans jugement, sans confrontation contradictoire. Son tort est limpide: il n’a pas récité le catéchisme officiel sur la guerre en Ukraine. Voilà donc où en est l’Europe: elle ne combat plus des actes, elle frappe des discours. Elle ne défend plus la liberté d’expression, elle la tolère à condition qu’elle ne fissure pas le récit central, qu’elle ne contamine pas l’unanimisme fabriqué à Bruxelles et relayé par une presse devenue catéchétique.

 

Méthode grotesque

Le plus accablant n’est même pas la décision elle-même, mais la méthode. Une sanction administrative, opaque, froide, impersonnelle, qui tombe comme une massue sans visage. Pas de juge. Pas de défense. Pas de recours réel. Le pouvoir nu, débarrassé des oripeaux de l’État de droit, mais encore enveloppé dans le langage sirupeux des valeurs européennes.

 

Une Suisse officielle aux abonnés absents

Face à cela, la Suisse fait l'autruche, la tête dans le sable. Elle espère que le problème se dissipera tout seul. Les autorités se regardent les pieds... Les médias bâillent. La neutralité, autrefois vigilance armée, est devenue une posture molle, un art consommé de ne surtout pas déranger les nouveaux maîtres bruxellois. On sacrifie un citoyen sur l’autel des bonnes relations institutionnelles, avec cette lâcheté feutrée qui passe aujourd’hui pour du pragmatisme.

Pendant ce temps, l’Union européenne s’enfonce dans une stratégie suicidaire en alimentant la polarisation, en radicalisant ses discours, tout en se donnant l’illusion de sa supériorité morale et stratégique. Elle ne cherche pas à arrêter la guerre. Elle cherche à ne pas avoir tort. Les conséquences sont visibles et cruelles. Économies affaiblies. Sociétés fragmentées. Démocraties sous tension.

 

Notre seul salut: l'intransigeance face à l'arbitraire

Ce qui se joue ici dépasse largement un cas individuel. Ce que l'UE inflige aujourd’hui à un officier suisse critique, elle l’infligera demain à toute entité récalcitrante, à tout État trop indépendant, à toute population insuffisamment docile. La Suisse, petit État fondé sur le droit, n’a pas le luxe de l’aveuglement. Elle n’a ni la force militaire ni la masse politique pour se permettre la naïveté. Elle n’a qu’un rempart: la défense intransigeante des libertés fondamentales.

Rester à distance de cette Union européenne-là n’est pas un caprice souverainiste. C’est une mesure d’hygiène politique. Une nécessité de survie institutionnelle. Une Europe qui dresse des listes noires pour des opinions, qui confond la critique avec une menace, qui remplace le débat par la sanction, a déjà quitté le terrain de la démocratie pour entrer dans celui, bien connu historiquement, de la peur de la pensée. Et les régimes qui ont peur des idées finissent toujours par être vaincus par elles.

 

Louis GIROUD

Commenter cet article