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Le Média Libre pour une Suisse indépendante et neutre...

Un fruit mûr à l’image de Bruxelles…

28 Septembre 2026, 10:34am

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Publié par Louis Giroud

Un fruit mûr à l’image de Bruxelles…

La Suisse rejette ses initiatives populaires à près de neuf contre une depuis des décennies, et l'on y voit la preuve de sa maturité démocratique. Ailleurs, chez les «adversaires», pareille constance est immédiatement suspecte. Et si notre démocratie directe, sans que personne ait eu à l'abolir, s'était peu à peu contentée de réciter ?

Unanimité chez nous, soupçon chez les autres

Quand, en Suisse, les initiatives populaires sont balayées depuis des décennies dans des proportions écrasantes, serait-il donc malséant de s'interroger sur le poids de la propagande gouvernementale, des médias aux ordres et de toute cette machinerie de fabrication du consentement ? Tout serait limpide : lorsque 70 % des votants se prononcent « dans le bon sens », c'est la démocratie dans toute sa majesté.

À la fin de 2025, la Confédération avait soumis au peuple 237 initiatives, et près de 89 % ont été rejetées. Pendant des décennies, personne ne s'est étonné d'une telle constance dans le refus. Chez nous, elle s'appelle « maturité démocratique ». Ailleurs, elle devient aussitôt suspecte.

 

Le thermomètre de Moscou

Prenons la Russie, cet ennemi séculaire qu'on nous fabrique. Aux législatives de septembre, la participation annoncée dépasse 59 % et Russie unie recueille 57,83 % des voix. Nos bons alliés de Bruxelles parlent d'un scrutin vidé de sa substance démocratique, et Kaja Kallas propose de sanctionner certains de ses organisateurs.

 

Nul ne demande qu'on délivre des certificats de démocratie à Moscou. On demande seulement qu'on cesse d'en décerner d'office à Berne. Car le deux poids, deux mesures commence précisément là. Quand le résultat nous convient, le peuple a parlé. Quand il nous déplaît, on cherche aussitôt qui l'a mal instruit de ce qu'il devait penser.

 

Sous cellophane démocratique

Le fruit est mûr. Il ne reste plus qu'à le cueillir, à l'emballer dans douze directives, trois règlements et une communication de la Commission, puis à l'expédier à Bruxelles sous cellophane démocratique.

 

Le plus remarquable est que personne n'aura eu besoin de supprimer la démocratie directe. Nous nous en serons débarrassés nous-mêmes, proprement, civiquement, bulletin à la main. Autrefois, pour obtenir des résultats pareils, il fallait un parti unique, quelques policiers politiques et une presse tenue en laisse. Nous avons fait des progrès. Il suffit désormais de mettre en rang les gouvernements, les partis, les organisations économiques, les experts agréés, les éditorialistes convenables, les instituts de sondage, les communicants et les fact-checkers. S'y ajoute toute la petite industrie sacerdotale chargée d'enseigner au citoyen ce qu'un citoyen raisonnable est censé penser.

 

Le consentement avant l'ordre

Le miracle moderne est là : le consentement précède désormais l'ordre. On ne contraint plus, on ne censure plus. On modère, en démontrant patiemment que l'opposition est irresponsable, archaïque, émotionnelle, économiquement dangereuse, populiste, complotiste. Puis vient le dimanche du scrutin, dernière cérémonie où l'électeur est invité à ratifier librement ce qu'on lui recommande depuis six mois de vouloir.

Le résultat tombe alors avec une admirable homogénéité. Les démocraties populaires d'autrefois l'obtenaient avec plus de brutalité et moins de moyens audiovisuels. Chacun pousse un soupir de soulagement : la démocratie a parlé.

 

Non. La démocratie n'a peut-être rien dit du tout. Elle a récité. La Suisse pouvait autrefois se flatter d'avoir inventé un système où le pouvoir craignait le peuple. Nous sommes peut-être en train d'en perfectionner un autre, celui où le peuple finit par craindre de voter autrement que ne le lui conseillent ceux qui savent.

 

L'adhésion par capillarité

À ce stade, l'absorption européenne n'exigera même plus d'adhésion spectaculaire. Elle se fera par capillarité, règlement après règlement, alignement après alignement, accommodement après accommodement. Et quand viendra le moment de constater que l'essentiel du chemin est parcouru, on nous fera valoir qu'il serait absurde de ne pas franchir les cinquante derniers mètres.

 

Ainsi meurent les indépendances modernes : non dans le fracas des bottes, mais dans le bruissement des brochures explicatives. Le fruit est mûr, effectivement.

 

Louis Giroud - 27 septembre 2026

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