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Le Média Libre de La Suisse Indépendante et Neutre...

Non à l’empire de la paperasse ! Où l’on découvre que l’Europe moderne ne se gouverne plus, elle s’imprime

9 Décembre 2025, 12:16pm

Publié par Michel ROCHAT

L’empire bruxellois fonctionne comme un Scribe fou qui ne dort jamais, qui tourne à la caféine institutionnelle, qui secrète du règlement comme d’autres sécrètent du fiel, qui remplit la planète d’annexes, de préambules, de considérants, de notes de bas de page, de sous-alinéas, de sous-sous-alinéas, de renvois à des renvois qui renvoient eux-mêmes à des renvois précédents. Elle ne gouverne pas : elle photocopie le réel jusqu’à la suffocation.

Non à l’empire de la paperasse ! Où l’on découvre que l’Europe moderne ne se gouverne plus, elle s’imprime

Chaque minute qui passe, un nouveau règlement jaillit de Bruxelles pour dire à un citoyen européen comment se positionner par rapport à une courgette, un chameau, un chargeur USB ou une émotion vécue pendant ses loisirs. La bureaucratie n’est plus un moyen : c’est une forme de vie.

 

L’UE  c’est 70’000 pages de plus par an, comme si personne ne devait les lire

Depuis le traité de Lisbonne, l’UE a pondu environ 70’000 pages de texte nouveau par an. On ne parle plus d’un Parlement: on parle d’une imprimerie possédée. Une sorte de Gutenberg zombie qui n’a plus de frein moteur.

 

Le rapport Draghi recense 13’000 actes juridiques adoptés en cinq ans

Cela représente des montagnes de papier plus hautes que les Alpes suisses, mais sans la beauté, sans les chamois, sans rien — juste de la cellulose réglementaire, compacte comme une Ursula von der Leyen un lendemain de Conseil. Dans ce monde-là, la modernité consiste à cuire un œuf avec trois directives, deux règlements et un acte délégué qui vous explique comment tenir la casserole. L’homme moderne ne pèle plus une pomme: il l’accomplit selon la procédure CEE 2234/2027/Annexe VII-bis.

 

EconomieSuisse ou la quadrature du cercle: vouloir moins d’État en Suisse, mais importer plus d’État depuis Bruxelles

On pourrait presque admirer l’audace, presque. D’un côté: Economiesuisse réclame de soulager les entreprises du fardeau administratif. De l’autre : elle veut signer des accords institutionnels qui reviennent à brancher la Suisse à la centrale nucléaire du règlement bruxellois. C’est un peu comme militer pour la sobriété énergétique en installant un grille-pain géant dans son salon. Leur ligne peut se résumer ainsi: Moins de bureaucratie nationale, oui — mais plus de bureaucratie étrangère, tout de suite. Moins de règlements suisses excessifs  — mais tout en voulant en importer par palettes entières de Bruxelles.

Mais bien sûr ! Les adversaires des nouveaux accords n’exagèrent même plus: ils divaguent.

 

L’Europe, ce n’est pas Big Brother : c’est Big Brochure

Pourquoi Bruxelles fabrique-t-elle autant de textes ? Parce qu’elle ne sait faire que ça. L’Europe aime la norme comme d’autres aiment les chats. Elle cajole la norme. Elle dort avec la norme. Elle donne un prénom à la norme et lui tricote des projets de directives pour qu’elle ne prenne pas froid.

L’UE a conçu une logique propre: si un problème n’existe pas, on rédige une réglementation pour le faire apparaître. Le réel, lui, n’a plus qu’à suivre.

C’est l’inversion totale: l’univers n’a pas été créé en sept jours; Bruxelles en crée un nouveau chaque matin entre 8 h et 11h30, juste avant le déjeuner de travail où l’on présentera trois nouvelles stratégies-cadres pour optimiser la stratégie-cadre précédente.

 

La Suisse, ce pays déraisonnable qui croit encore qu’un citoyen doit comprendre la loi

Pendant que l’Europe se noie dans son océan de paragraphes, la Suisse continue d’entretenir une idée archaïque: la loi doit rester lisible. Pour un pays où la démocratie directe repose sur le fait que les citoyens lisent et comprennent les objets soumis au vote, l’arrivée du tsunami réglementaire européen reviendrait à diffuser du Wagner dans un hospice: tout le monde souffrirait, mais personne n’oserait le dire.

La moitié du droit économique suisse est déjà influencée par Bruxelles, souvent par transposition autonome — un concept unique au monde qui consiste à adopter la loi d’un autre sans qu’il ne l’ait demandée. Une sorte de syndrome de Stockholm législatif. La Suisse n’est pas encore dans l’UE, mais elle range déjà sa chambre selon les instructions du voisin.

 

L’usine à règles qui se prend pour un destin

On parle souvent de l’expansion des compétences de l’État. Mais l’UE, c’est mieux: c’est l’expansion d’un État sans visage, d’une bureaucratie sans propriétaire, d’une fabrique normative qui tourne seule, comme si les fonctionnaires avaient disparu mais laissé les machines réglées sur « production infinie ». Le cauchemar postmoderne, version Office du marché intérieur.

Au rythme actuel, d’ici 2050, il faudra un permis européen pour respirer correctement à l’intérieur d’un espace de travail partagé. Une respiration non conforme DEVIENDRA un problème de conformité environnementale, immédiatement soumis à révision. Bruxelles ne détruit pas la liberté : elle la reformate. En Times New Roman, 12 points, interligne simple.

 

Et si la Suisse disait NON à l’empire de la paperasse ?

La bureaucratie européenne n’est pas un danger abstrait. C’est un écosystème. Une jungle de classeurs où l’on n’avance qu’en dégageant des lianes de directives.

La Suisse peut continuer à respirer l’air frais des vallées ou inhaler la poussière réglementaire des couloirs de la DG COMP. Elle peut conserver ses procédures de consultation ou les troquer contre les mécanismes de decision shaping (mot magique qui signifie «vous parlerez quand on vous dira de parler»).

La Suisse n’a pas besoin de devenir la sous-préfecture helvétique du Règlement 32/84/UE.
Elle n’a pas besoin de se soumettre à la religion du formulaire.
Elle n’a pas besoin de transformer sa démocratie directe en simple branche locale du département «Compliance» de Bruxelles.

Elle peut dire non, tout simplement. Un mot court, léger, helvétique.
Un mot encore non réglementé par l’Union européenne.

 

Michel ROCHAT

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