Jacques Baud: comprendre le conflit russo-ukrainien avant les récits qui fâchent
Analyses et événements en perspective: 2022 - 2026
Le 15 mars 2022, le portail alémanique «Zeitgeschehen im Fokus», sous la plume de Thomas Kaiser, publiait une interview de Jacques Baud consacrée aux origines du conflit en Ukraine. Le présent texte en propose un compte rendu en français sous forme de revue de presse, restituant les analyses et le contexte tels qu’ils furent formulés aux premières semaines de la guerre, avant que ne s’installe la guerre des récits…
Sur Nord Stream II, Jacques Baud anticipe ce qui deviendra un événement structurant: le sabotage, la reconfiguration énergétique, la dépendance européenne au GNL américain et la fragmentation du pouvoir industriel allemand.
Sur les accords de Minsk, Jacques Baud donne dès mars 2022 l’explication qui ne deviendra officielle qu’après les aveux de Merkel et Hollande.
Et sur la stratégie nucléaire, il réintroduit le thème du délai d’alerte, redevenu central en 2024-2025.
Sur l’extrême droite ukrainienne, il documente un tabou médiatique qui ne sera discuté qu’après le tournant militaire de 2024.
Sur la fabrique du consentement, il décrit le mécanisme avant qu’il ne devienne visible à l’échelle continentale avec les conflits ukrainien, gazaoui et taïwanais.
Enfin, sur la Suisse, il diagnostique une perte de fonction diplomatique devenue réalité.
Contexte, origine du regard et hystérie occidentale
La discussion s’ouvre sur une évidence: celui qui parle connaît la région dont il est question. Il ne s’agit pas d’un expert improvisé par la crise ni d’un commentateur soumis au flux médiatique, mais d’un homme issu du renseignement, de l’OTAN et du terrain ukrainien, avec un accès direct aux documents, aux acteurs et aux langues. L’entrée en matière est sobre et dépourvue de lyrisme : comprendre ce qui s’est passé avant pour comprendre ce qui se passe maintenant. C’est-à-dire faire ce que la plupart des chancelleries, des rédactions et des plateaux n’ont pas fait en février 2022.
Dès ce premier bloc, la scène occidentale apparaît saturée d’émotion et de slogans. L’hystérie — terme employé dans l’interview — désigne moins une indignation morale qu’un refus méthodique de poser la question des causes. La guerre surprend les opinions mais pas les protagonistes ; elle indigne les médias mais n’éveille pas leur curiosité. L’espace public condamne mais ne cherche pas à savoir ce qui a poussé Moscou à franchir le seuil militaire. L’Occident exige le jugement, pas l’enquête.
La suite rappelle une vérité que les mois et années suivantes confirmeront abondamment : un conflit ne se comprend jamais depuis son point d’arrivée, mais depuis sa chaîne de déterminations, intérêts, déceptions stratégiques, signaux militaires, provocations cumulatives et erreurs d’interprétation. Ce qui était un principe d’analyse en mars 2022 devient, en 2023-2025, presque une banalité analytique chez les chercheurs qui se sont ressaisis du dossier après la torpeur initiale.
Les objectifs russes sans langue de bois
Vient ensuite un passage clé sur l’objectif russe. L’entretien insiste: l’opération n’est pas dirigée contre la population ukrainienne, mais contre des infrastructures militaires et des formations extrémistes spécifiques. Les premiers jours de la guerre confirment partiellement ce point — absence de coupure d’électricité, d’eau, d’internet; maintien du transit gazier; pas de «choc et effroi» façon américaine. Les données chiffrées citées, issues de l’ONU et du ministère russe de la Défense, montrent un ratio inhabituel: plus de pertes militaires russes que de pertes civiles ukrainiennes. Ce contraste, explosif médiatiquement, sera très vite évacué des narratifs occidentaux, puis remplacé par une iconographie saturée d’images à forte teneur émotionnelle.
La distinction entre l’approche occidentale et l’approche russe — l’une visant l’infrastructure civile pour provoquer la population, l’autre visant les moyens militaires — ne relève pas du jugement moral mais du constat opérationnel. Deux modèles de guerre s’y opposent: celui des guerres Bush-Clinton-Obama, calibrées par la théorie du levier social, et celui de Moscou, encore façonné par la grammaire stratégique soviétique, conventionnelle et industrielle.
On notera qu’à partir de l’hiver 2023-2024, lorsque la Russie commencera à frapper massivement les infrastructures ukrainiennes, la séquence montrera que cette distinction n’était pas une essence mais un moment. Le texte de 2022 enregistre une photographie de l’ouverture du conflit, non son évolution longue.
Nord Stream II, l'Allemagne et le vieux réflexe américain
On entre alors dans le premier grand nœud géopolitique: Nord Stream II. L’entretien insiste sur un point méconnu du grand public en 2022 et désormais amplement confirmé par la presse spécialisée: le gazoduc est un projet allemand avant d’être un projet russe. Un projet né du besoin structurel de l’industrie allemande de disposer d’un flux énergétique stable, bon marché et indépendant des caprices américains. Son existence matérialisait ce que Washington a toujours cherché à empêcher: une coopération stratégique germano-russe.
La phrase qui donne son titre à l’entretien — «La politique des États-Unis a toujours été d’empêcher l’Allemagne et la Russie de coopérer plus étroitement» — pourrait servir d’épitaphe à trente ans de politique américaine en Europe. Elle exprime un réflexe permanent, de Kennan à Brzezinski, de Kissinger aux néoconservateurs, puis du Parti démocrate sous Biden : empêcher l’unification du cœur productif européen avec la profondeur énergétique et stratégique russe.
Ce passage, lu en 2024-2026, prend un relief saisissant. Entre-temps, Seymour Hersh publiera l’enquête tonitruante sur le sabotage de Nord Stream, non démentie sur le fond par Washington; Scholz avalera la séquence sans mot dire; Berlin entrera dans une ère de récession douce; l’industrie chimique, sidérurgique et automobile allemande recalculera ses chaînes de valeur; et Washington raflera le marché européen du GNL — le tout dans un silence médiatique exemplaire. L’entretien de mars 2022, qui parlait d’«objectif Nord Stream II», se trouve rétrospectivement confirmé.
Le calendrier inversé et le précipice des malentendus
Le récit de l’année 2021 et du début 2022 constitue ensuite un pivot analytique. Il revient sur le décret Zelensky de mars 2021 visant explicitement la reconquête de la Crimée, sur le déploiement progressif de l’armée ukrainienne vers le Donbass, et sur l’absence de troupes ukrainiennes à la frontière russo-ukrainienne en février 2022 — détail que les mois suivants verront confirmés par plusieurs sources militaires non gouvernantes, tandis que la narration médiatique occidentale ignorera cet aspect pour privilégier la thèse du « plan d’invasion russe de longue date».
La responsabilité américaine est esquissée sans pathos: Washington n’a pas d’intérêt vital pour l’Ukraine en soi, mais un intérêt stratégique pour empêcher Berlin de cimenter sa dépendance gazière à Moscou. L’entretien évoque la visite d’Olaf Scholz à Washington, les pressions, les signaux, et l’idée que la provocation ukrainienne aurait aidé à obtenir la suspension du gazoduc. Quelques mois après la publication du texte, la séquence diplomatique donnera raison à ce diagnostic.
Le point culminant: février 2022, OSCE et Tiger Team
Vient ensuite la séquence-fusée: mi-février 2022. La discussion rappelle un fait largement passé sous silence à l’époque: l’augmentation spectaculaire des violations de cessez-le-feu le long de la ligne de contact du Donbass, documentées non par Moscou mais par l’OSCE — organisation occidentale, neutre par mandat, dont les rapports publics contredisent la thèse d’une agression unidirectionnelle.
La séquence américaine du «Tiger Team», qui remplace l’analyse des services de renseignement par un récit scénarisé à visée politique, résonne avec un précédent historique: l’Irak et les armes de destruction massive. Cette analogie, audacieuse en mars 2022, deviendra un poncif académique deux ans plus tard.
L’extrême droite ukrainienne comme matrice du conflit interne
Le texte plonge ensuite dans un terrain presque totalement occulté en Europe de l’Ouest au début de la guerre: l’importance des groupes paramilitaires issus de l’extrême droite ukrainienne et leur rôle dans la guerre civile larvée du Donbass depuis 2014. Non pas comme anecdote folklorique ou accident sociologique, mais comme solution de substitution à l’incapacité structurelle de l’armée ukrainienne à recruter et à maintenir un moral opérationnel.
L’entretien rappelle des faits rarement contestés mais volontiers dissimulés par la narration médiatique: suicides, alcool, rotation accélérée, déficit de recrutement, désertions; autant de symptômes qui poussent Kiev à externaliser une partie de la violence à des formations idéologisées, dont le régiment Azov, érigé par la suite en emblème de résistance dans l’imaginaire occidental.
Ce point, explosif en mars 2022, sera bientôt absorbé par un phénomène paradoxal: la réhabilitation narrative. Là où Baud parlait de “fanatiques animés par un extrémisme de droite”, les médias occidentaux parleront quelques mois plus tard de “défenseurs héroïques d’Azovstal”, gommant l’iconograpshie SS, la xénophobie, l’antisémitisme et l’internationalisation du recrutement. Le conflit devient un théâtre moral, et les contradictions se dissolvent dans le récit.
Retour aux années 1930: l’Holodomor, le NKVD et le glissement idéologique
Pour expliquer la genèse de l’extrême droite ukrainienne, l’entretien remonte aux années 1930, à la famine, au ressentiment anti-soviétique et aux amalgames identitaires entre communistes, Russes et juifs. Ce travail de sédimentation idéologique, réinjecté dans le maquis de la Seconde Guerre mondiale, alimente l’OUN, Bandera, l’UPA, la 14e division SS Galizien.
Ce détour historique n’est pas gratuit: il redonne à la crise de 2022 une profondeur qui dépasse les quelques mois précédant l’invasion. Il rappelle surtout une loi politique essentielle: tout conflit contemporain contient un temps long.
Ce rappel trouve une résonance particulière dans les années qui suivent. La Russie, en 2023-2025, utilise précisément cette mémoire historique comme instrument diplomatique. L’Occident, à l’inverse, joue une carte morale sans mémoire, où l’histoire s’éteint à 2014 ou à 2022 selon les besoins du scénario.
Brzezinski, l’Otan et la profondeur nucléaire
Une deuxième strate stratégique surgit alors: la distance. Pas la distance géographique, mais la distance nucléaire. L’entretien insiste : ce que Moscou redoute n’est pas l’Ukraine comme entité politique, mais l’Ukraine comme plateforme avancée de l’OTAN à quelques minutes de Moscou.
L’erreur du public occidental en 2022 fut de croire que le dossier ukrainien se jouait au niveau des armées conventionnelles. En réalité, le dossier se joue depuis le retrait américain du traité ABM et le déploiement des lanceurs MK-41 en Pologne et en Roumanie, capables d’emporter du défensif comme du nucléaire. Dans une logique de dissuasion, la proximité annule le délai d’alerte et pousse au préventif — ce que les stratèges russes n’ont cessé de marteler depuis le début des années 2000.
Cette dialectique du délai, absente des plateaux télévisés, occupait le cœur de la pensée militaire soviétique, puis russe. Elle éclaire aussi le changement de doctrine de 2023-2024, lorsque Moscou abaisse le seuil verbal de l’usage nucléaire tactique en cas de menace existentielle non nucléaire. Ce durcissement, vu comme une folie par les commentateurs, s’inscrit pourtant dans une continuité logique que l’entretien décrit avant qu’elle ne devienne visible.
Zelensky, Munich 2022 et la lampe rouge du Kremlin
Autre point peu relevé dans les premiers mois: la participation de Zelensky à la Conférence de Munich, où l’idée d’un retour de l’Ukraine au statut nucléaire fut évoquée. L’entretien note que ce discours fut interprété à Moscou comme un saut qualitatif, un signal stratégique, et non comme un simple effet rhétorique.
Là encore, la perspective historique post-2022 révèle un détail crucial : les signaux existentiels ne sont jamais lus au premier degré par les puissances nucléaires. Ils sont lus dans l’espace combiné des intentions, des capacités, de la doctrine et du délai. L’Occident retient la scène médiatique ; la Russie retient l’arbre décisionnel.
Minsk I et II: l’accord oublié, la résolution ignorée
Apparaît ensuite la séquence la plus déstabilisante pour le lecteur occidental: Minsk. Non pas Minsk comme souvenir institutionnel brumeux, mais Minsk comme solution déjà existante au conflit, restée volontairement inopérante.
L’entretien rappelle que Minsk I (2014) et Minsk II (2015) étaient des accords internes à l’Ukraine, garantis par Paris et Berlin au titre de l’OSCE, et adossés à une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies. Autrement dit : ce n’étaient pas des “accords mous” mais du droit international.
La révélation post-20s22 — lorsque Merkel et Hollande avoueront que Minsk visait à “gagner du temps” pour réarmer Kiev — confirmera pleinement cette lecture. Ce que Baud qualifiait d’accord “contraignant” apparaîtra en 2023-2024 comme un piège diplomatique ayant transformé huit années de négociations en huit années de préparation.
Ce renversement, d’une ironie froide, fera beaucoup pour dégrader la confiance stratégique russe à long terme. Il rendra illusoire toute reprise de négociation sérieuse, non tant pour des raisons militaires que pour des raisons de crédibilité.
La crimée, le droit et la chronologie inversée
Le passage sur la Crimée constitue un second choc cognitif. Il rappelle que la Crimée avait organisé un référendum d’indépendance avant le référendum ukrainien de 1991, qu’elle disposait d’une Constitution propre, et que Kiev la renversera par la force en 1995 — épisode quasi inconnu en Europe occidentale.
Cette séquence, replacée dans la chronologie longue du droit, inverse le scénario reçu: ce n’est pas Moscou qui annexe une Crimée “ukrainienne”, mais Kiev qui annexe en 1995 une Crimée “autonome”, puis Moscou qui accueille une Crimée en rupture en 2014.
Cette inversion, explosive en 2022, deviendra en 2024-2026 un objet de recherche académique. Non par militantisme, mais par nécessité de cohérence juridique.
La neutralité suisse, l’hystérie morale et le renversement symbolique
La chute de l’entretien porte sur la Suisse. Non pas la Suisse comme détail folklorique, mais comme symptôme d’époque. L’abandon de la neutralité n’est pas analysé en termes de morale mais en termes de débit diplomatique: la Suisse cesse d’être “l’homme au milieu” pour devenir l’homme aligné.
Ce geste, qui semblait vertueux en février 2022, apparaîtra en 2023-2025 comme un pivot structurel : fin de la diplomatie d’équilibre, fin de l’outil de médiation, fin de la position spécifique helvétique au sein du système international.
Le ton, ici, redevient presque personnel — non dans le sens d’une confession, mais dans celui d’une inquiétude civique. La neutralité n’est pas seulement une position; c’est une fonction. En la détruisant, le pays détruit aussi ce qui justifiait son existence sur la carte diplomatique.
L’indignation sélective et la logique à géométrie variable
La fin du texte conduit naturellement à une comparaison qui, à l’époque, heurtait l’imaginaire public occidental: la guerre en Ukraine mise en regard des guerres en Irak, en Libye, en Afghanistan, au Yémen. Non pour un concours de souffrance ou de cynisme, mais pour rappeler une évidence tragique: les guerres n’ont pas le même statut moral selon l’agresseur, la victime et la narration.
Dans le cas ukrainien, les manifestations s’improvisent, les drapeaux se déploient, les sanctions pleuvent, les entreprises se retirent, les fédérations sportives excluent, les artistes russes sont bannis, les athlètes handicapés eux-mêmes sont chassés des compétitions paralympiques. La société occidentale, dans un mouvement quasi religieux, convertit la géopolitique en morale civique.
Dans le cas irakien, libyen ou yéménite, rien de tel. Pas de drapeaux irakiens aux balcons européens, pas de sanctions contre Washington ou Riyad, pas d’embargos sur les armes, pas d’émeutes dans les institutions culturelles, pas de boycott énergétique. Pour une raison simple : la morale ne s’exerce que lorsque la puissance adverse est suffisamment lointaine pour être dénoncée sans coût.
Ce contraste, décrit en mars 2022, sera confirmé par la séquence israélo-palestinienne dès octobre 2023. Là où la Russie fut condamnée sans nuance, Israël bénéficiera d’un délai moral, puis d’un régime discursif différencié, révélant à nouveau que la compassion occidentale n’est pas un principe, mais un algorithme politique.
La fabrique du consentement dans un monde saturé d’émotion
La remarque sur le 11-Septembre, sur l’Afghanistan bombardé faute de cibles, puis sur l’Irak sélectionné comme substitut stratégique, dévoile une loi plus large: la politique étrangère américaine repose sur la capacité à produire des récits justificatifs plutôt que des causalités vérifiées. Ce que l’entretien évoque à travers la figure de Donald Rumsfeld réapparaît plus tard dans la figure de Blinken, non par similitude idéologique mais par continuité fonctionnelle.
Le “Tiger Team” chargé de scénariser l’invasion russe, évoqué plus haut, illustre la mécanisation contemporaine de la persuasion: l’expertise est remplacée par la dramaturgie, le renseignement par le story-boarding, la réalité par l’intention hostile anticipée. Les services, jadis organes de vérification, deviennent accessoires; l’essentiel se joue dans la communication.
De 2023 à 2026, ce glissement se radicalise encore. L’UE inaugure des cellules de lutte contre la désinformation à géométrie narrative, les plateformes numérisent la censure sous couvert sanitaire, climatique, moral ou sécuritaire, les think tanks fabriquent le lexique de la “résilience” et de la “démocratie défensive”, et les médias s’alignent sur le théâtre du Bien contre le Mal. Ce que Baud nommait “hystérie” en 2022 est devenu en 2025 une infrastructure.
L’hystérie comme style politique occidental
La conclusion de l’entretien est sobre, presque désabusée. Elle renvoie à une analogie historique intime — un grand-père français évoquant la Première Guerre mondiale — pour nommer ce qui inquiète le plus: l’absence de maturité stratégique en Europe et l’excès de confiance médiatique dans la morale comme substitut à la diplomatie.
Cette remarque, anodine en apparence, prend un relief plus fort lorsqu’on regarde le cycle ukrainien dans son ensemble:
— 2022: indignation + sanctions;
— 2023: rupture énergétique + récession partielle européenne;
— 2024: consolidation militaire russe + essoufflement de l’aide américaine;
— 2025-2026: négociations par fatigue + reconfiguration du bloc euro-atlantique
— et, au milieu, une Russie non effondrée et une Ukraine épuisée.
Ce scénario, inimaginable pour les commentateurs de l’hiver 2022, était pourtant déjà formulé ici sous une forme implicite: un conflit ne se gagne pas par le récit, ni par le moral, ni par la punition économique, mais par la combinaison du temps long, de la production matérielle, de la logistique, de la stratégie et du calcul.
Dernière note, sur «une fausse note»: la fonction perdue de la suisse
La toute dernière réflexion ne porte pas sur la Russie, ni sur l’Ukraine, ni sur l’OTAN, mais sur la Suisse. Non par patriotisme mais par lucidité: ce que le pays perd n’est pas sa neutralité comme posture abstraite, mais son utilité diplomatique dans un monde polarisé. La Suisse ne disparaît pas physiquement, mais disparaît du jeu. Le monde n’attend rien d’un pays aligné; le monde attend quelque chose d’un pays capable de parler aux antagonistes. En 2022, ce changement semble symbolique; en 2025, il est institutionnel; en 2026, il est structurel.