L'Iran attaqué, interrogé pour répondre de ses répliques
Après vingt jours sous les feux de la première démocratie du monde et de l'armée la plus éthique du monde... Interrogatoire...
Mohammad Amin-Nejad, ambassadeur d'Iran en France, était l'invité du Quartier général sur BFMTV le jeudi 19 mars. Vingt jours après le début des frappes américano-israéliennes sur le territoire iranien, il a pris la parole sur l'état du pays, la mort du guide suprême Ali Khamenei, le dossier nucléaire, les frappes iraniennes sur les installations pétrolières de la région, et la répression sanglante de manifestants. Entretien conduit avec Ulysse Gosset.
L'Iran après vingt jours de guerre
Le 28 février, l'Iran a été la cible d'une «agression américano-israélienne» dont l'objectif était de renverser le pays et de mettre en œuvre des plans de division du territoire. Cette attaque est intervenue alors que des négociations étaient en cours — deux cycles avaient déjà eu lieu, un troisième portant sur les aspects techniques était prévu le lundi. Le samedi précédent, les deux puissances — l'une nucléaire déclarée, l'autre disposant d'un arsenal caché — ont lancé leurs frappes.
Réfutation des déclarations de Netanyahu
Face aux affirmations du Premier ministre israélien selon lesquelles l'Iran n'aurait plus la capacité de produire des missiles balistiques ni d'enrichir de l'uranium, Amin-Nejad a répondu que Netanyahu est «l'artisan du mensonge et de guerre». Depuis les années 1990, ce dernier prétendrait que l'Iran se trouve à une semaine ou un mois de l'arme atomique. L'ambassadeur a rappelé que les installations nucléaires iraniennes, placées sous la supervision de l'Agence internationale de l'énergie atomique, ont été bombardées illégalement par les États-Unis et Israël. Deux jours avant l'interview, le directeur général de l'AIEA, Rafael Grossi, avait déclaré à voix haute n'avoir «aucune preuve d'un aspect militaire des activités nucléaires iraniennes». Pour les installations bombardées, un mécanisme spécial d'inspection était nécessaire: c'était la première fois qu'une puissance étrangère frappait militairement des installations nucléaires pacifiques.
Les dirigeants iraniens et leur exposition
Les pertes parmi les dirigeants iraniens sont «immenses», selon l'ambassadeur. Il a tenu à souligner que les responsables iraniens «ne se cachent pas». Le guide suprême Ali Khamenei vivait comme n'importe quel citoyen ordinaire et n'avait jamais changé de maison. Il a été tué avec son épouse, son fils, sa belle-fille, sa fille, ses neveux et ses petits-enfants. «Nos dirigeants ne sont pas derrière le peuple. Ils sont toujours devant le peuple.»
La question des négociations
L'ambassadeur a affirmé que l'Iran n'a pas «quitté la table de négociation» — ce sont les autres qui ont rompu les discussions. Il ne dispose pas d'informations sur l'existence actuelle de contacts avec Washington. Une reprise reste possible, «mais il y a des conditions». Les cycles précédents avaient montré que l'absence de mécanisme international efficace permettait à l'agresseur de répéter ses actions. Le Conseil de sécurité des Nations Unies manque de sérieux pour condamner les agressions. Trump est désigné comme «le premier à avoir détruit toutes ces règles internationales», sachant que les autres acteurs «n'osent pas ou ne veulent pas mettre un frein à l'expansion des violations du droit international».
Les frappes iraniennes sur les installations pétrolières régionales
L'Iran nourrit un «sentiment d'amitié et de fraternité» à l'égard des pays arabes de la région — même culture, mêmes proximités. L'un des objectifs de l'agression contre l'Iran était précisément de semer la discorde entre Téhéran et ses voisins arabes, pour faire oublier Gaza et autres exactions. Sur une installation omanaise touchée, l'Iran avait immédiatement qualifié l'incident de «faux drapeau» — sans intention ni volonté d'attaquer ce réservoir.
Pour le reste de la région, l'Iran avait préalablement informé par écrit le secrétaire général des Nations Unies que «les bases militaires et les intérêts américains dans la région sont des cibles légitimes pour nos forces armées». Là où se trouvent des intérêts américains, là se trouve une cible légitime. Pour le gaz qatari, les États-Unis et Israël avaient eux-mêmes frappé dans le passé le gisement commun entre l'Iran et le Qatar. Les Qataris «savent bien qu'ils ne sont pas nos objectifs». Si des Américains se trouvaient dans un hôtel de la région, «l'hôtel est l'objectif». Les pays arabes de la région, a-t-il conclu, savent que les intentions iraniennes ne visent pas leurs populations — le sentiment de fraternité n'a pas changé.
L'impact sur l'économie régionale et européenne
Interrogé sur l'effet des frappes sur l'économie européenne, Amin-Nejad a répondu par l'affirmative, tout en rejetant l'idée d'une «stratégie du chaos». L'Iran lui-même souffre de la hausse des prix du pétrole. Il produit une quantité limitée d'hydrocarbures, dont la majorité est consommée localement. Ses exportations sont déjà comprimées par les sanctions américaines et occidentales. Il importe massivement la technologie, les équipements et les machines. «On est dans le même bateau.» Quant à savoir qui fait basculer la région, l'ambassadeur a cité le chef démissionnaire du Centre national américain de lutte contre le terrorisme, qui avait déclaré que l'Iran n'était pas une menace directe. Trump aurait agi sous la pression du lobby israélien.
Le dossier nucléaire — uranium enrichi et offres iraniennes
Raphaël Grossi, directeur général de l'AIEA, avait indiqué au journaliste que les 440 kilos d'uranium enrichi à 60 % n'avaient aucune justification civile et que cette quantité permettrait de fabriquer dix à onze bombes nucléaires. Amin-Nejad n'a pas contesté la quantité. Il a rappelé que depuis 2004, soit depuis plus de vingt ans, le guide suprême a émis une fatwa contre l'arme atomique. L'Iran a engagé des négociations en 2013, conclu un accord avec les grandes puissances en 2015, et quatorze à seize rapports de la même agence ont confirmé la nature pacifique des activités nucléaires iraniennes. Aucun rapport, avant le retrait américain de l'accord en 2018, n'a établi que l'Iran cherchait l'arme atomique.
Sur l'enrichissement à 60 %, il a fourni une explication technique: le réacteur nucléaire iranien, fourni à l'origine par les États-Unis dans les années 1950, nécessite un combustible enrichi à 90 %. Pour alimenter ce réacteur, l'Iran avait d'abord enrichi à 20 %, mais aucun pays n'acceptait de lui vendre le combustible. L'enrichissement à des niveaux plus élevés découlait donc de contraintes pratiques. Les usages restaient médicaux, agricoles et scientifiques — notamment à l'université de Téhéran.
Sur la possibilité de céder les 400 kilos comme monnaie d'échange dans une négociation, Amin-Nejad a indiqué que lors des récentes négociations à Genève, l'envoyé britannique avait lui-même reconnu que l'Iran avait formulé des propositions «inimaginables». À New York l'année précédente, en marge d'entretiens avec Emmanuel Macron, l'Iran s'était dit prêt à réduire son niveau d'enrichissement en dessous de ce qui existait avant l'accord Obama. «Prêt à diluer ? Bien sûr.» Quel pays qui cherche l'arme atomique accepterait, sous supervision internationale, de réduire son enrichissement ?
Qui dirige l'Iran — Mojtabah Khamenei
À la question de savoir qui dirige l'Iran, la réponse a été: «Qui a dirigé dans le passé, aujourd'hui c'est la même chose.» Le nouveau guide suprême Mojtabah Khamenei est vivant, en bonne santé, à Téhéran. Son épouse est morte dans les frappes, ainsi que sa fille — ils se trouvaient dans la même maison que le guide précédent au moment des bombardements. Sur l'état de santé précis de Mojtabah: «On dit qu'il est blessé, mais si vous me demandez de confirmer dans quel degré, je ne peux pas vous répondre.» Ce même jour, il avait envoyé un message de condoléances pour la mort d'Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale.
La désignation n'est pas dynastique, a insisté l'ambassadeur: «Ce n'est pas parce qu'il est le fils du guide suprême qu'il devient guide suprême. Ce n'est pas ainsi en Iran.» Le conseil des experts a tranché, et l'Iran est «un pays bien structuré, bien soudé». Sur l'objectif affiché par Israël de renverser le régime: «Il peut toujours avoir ce souhait.» Mais la chose est impossible — des millions de personnes sont dans les rues depuis vingt jours, jour et nuit, affirmant leur soutien aux institutions.
Opposition intérieure et exécutions
Face à l'évocation de manifestations dans les 31 provinces et d'une répression sévère, l'ambassadeur a contesté l'existence d'une opposition massive. Le Mossad était présent aux côtés des manifestants; des ministres israéliens ont déclaré vouloir attaquer les institutions iraniennes; Trump aurait encouragé les frappes. Ce tableau extérieur était instrumentalisé pour légitimer l'agression.
Sur le bilan humain, les chiffres de 30 000 à 40 000 morts sont rejetés comme non crédibles. Le seul chiffre officiel, fourni par le gouvernement iranien, s'établit à 3 017 personnes: environ 500 policiers, environ 600 «terroristes mandatés», et des manifestants ordinaires. Une organisation américaine de défense des droits de l'homme avait avancé 11 000 noms, puis 7 000, puis 4 000, avant de converger vers 3 000 et quelques — avec numéros de carte d'identité et adresses. Un millier de cas supplémentaires ne comportaient que des noms sans identification.
Une éventuelle opération terrestre américaine
Si Trump décidait d'envoyer des soldats sur le sol iranien, les forces armées iraniennes ont «déjà prévu ce qui devait être prévisible» et mèneront leurs actions de défense. À la question de ce qu'il dirait à Trump, l'ambassadeur a répondu: «Il faut négocier.» Le ministre des Affaires étrangères iranien et le président de la République restent disponibles «à n'importe quel niveau».
Les relations avec la France
Le ministre iranien des Affaires étrangères avait publiquement exprimé sa tristesse que Paris ait critiqué l'Iran et demandé l'arrêt des frappes dans le Golfe, sans avoir condamné Israël. Amin-Nejad a relativisé le différend. Dans les dix à quinze derniers jours, il y a eu plusieurs échanges téléphoniques entre les deux ministres des Affaires étrangères et un dialogue entre les deux présidents. En privé, on parle de l'essentiel. La critique publique du ministre iranien portait sur ce déséquilibre: après les frappes israéliennes sur les installations gazières iraniennes — des infrastructures touchant tout le monde — aucune condamnation européenne n'a suivi, alors que la réponse iranienne sur les intérêts américains en a suscité une. «Le message est transmis.»
Comnpte rendu: Louis Giroud
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