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Le Média Libre pour une Suisse indépendante et neutre...

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L’UE panique face à une Italie qui ose évoquer son bas de laine

11 Décembre 2025, 22:21pm

Publié par Louis GIROUD

Rien n’angoisse autant l’Union européenne qu’un lingot qui bouge. L’Italie possède 2452 tonnes d’or, troisième réserve mondiale, un trésor que la Banca d’Italia conserve pieusement dans des coffres disséminés entre Rome, Londres, Berne et Fort Knox. Mais il suffit qu’un sénateur italien suggère que l’or italien appartienne à l’Italie pour que la BCE sonne l’alarme comme si les hordes gothiques reprenaient d’assaut Rome.

L’UE panique face à une Italie qui ose évoquer son bas de laine

Quand le coffret à bijoux est interdit d'accès à sa propriétaire

 

On croyait naïvement qu’un pays pouvait encore disposer de son patrimoine sans devoir signer une décharge à Francfort ; erreur touchante. Les 2 452 tonnes d’or italien deviennent soudain un objet dangereux, un composant sensible que seule la BCE serait habilitée à manipuler, comme si un gouvernement national risquait de faire exploser le système monétaire simplement en affirmant que ce qui est à lui pourrait servir à quelque chose.

 

Une mise sous séquestre perpétuelle

La BCE n’a pas simplement rappelé que la Banque d’Italie devait rester indépendante: elle a réaffirmé que l’État italien n’avait pas son mot à dire sur la gestion de ce qui lui appartient, parce que «l’indépendance» signifie désormais la mise sous séquestre perpétuelle des décisions stratégiques, un isolement prophylactique du politique pour éviter qu’il ne commette la folie de gouverner. En plu clair, la BCE a  dit que l’État italien peut regarder les coffres, mais pas les ouvrir, encore moins en décider l’usage.

 

Inadmissible qu'un Etat-membre ose se souvenir qu'il existe

Ce qui terrifie vraiment la BCE, c’est qu’un État-membre ose se souvenir qu’il existe. l’Union européenne ne dit pas que l’Italie a tort. Elle dit qu’elle n’a pas le droit de poser la question. Le simple fait d’évoquer une réapropriation des réserves d’or déclenche des rappels de traités, de règles, de protocoles, de paragraphes qui fonctionnent comme des barrières automatiques.

C’est magnifique: l’État italien découvrant qu’il n’a plus droit de toucher ce qu’il possède, parce que ce qu’il possède appartient à une structure qui n’en est pas propriétaire mais qui en détient l’exclusivité de gestion. L’Europe n’est plus un projet: c’est une parodie administrative écrite par Kafka sous antidépresseurs.

 

Quand la BCE s’inquiète, l’humour se fait lourd

La BCE dit ne « pas comprendre clairement l’objectif » de l’amendement italien. On compatit. Il est vrai qu’après vingt ans de gouvernance algorithmique, toute phrase contenant les mots État, peuple et propriété dans la même ligne ressemble forcément à un acte hostile.

L’inquiétude est d’autant plus délectable que les économistes alignés, eux, feignent de croire que ce débat relève du folklore souverainiste. Une diversion, disent-ils. Un «drapeau idéologique», disent-ils encore. Il est toujours fascinant d’observer ces experts expliquer à un pays où réside son patrimoine, et dans quels mots il doit le formuler pour rester dans les clous du «projet européen».

 

Interdiction de mettre les mains dans le tableau de bord

Dès que Rome dit «cet or est à nous», Francfort réplique «cet or n’est à personne, mais surtout pas à vous». Tout est là: une fiction de propriété neutralisée par un régime de gestion qui empêche toute action. L’or devient un objet théorique, un bloc comptable dont l’existence concrète est presque indésirable. Le toucher, c’est déranger le grand appareillage de stabilité qui fonctionne à une condition: que plus aucun État ne se comporte comme un État.

 

L’or, ce truc jaune, immobile, qui maintient l’illusion

Pour la BCE, l’or n’est pas un outil économique, c’est un élément structurel du décor. On le stocke, on l’empile, on l’exhibe dans les bilans, mais on ne l’utilise pas, car l’utiliser reviendrait à admettre que les nations pourraient prendre des décisions dans un contexte où l’Europe veut précisément éviter toute prise d’initiative.

Et puis, ce qui rend la BCE nerveuse, c’est que si l’Italie commence à en parler; la France pourrait bien aussi se réveiller... parce qu'avec sa dette abyssale, ses 2400 tonnes de «jaune», ça serait un peu de beurre sur les épinards...

Pour Francfort, cette immobilisation forcée permet de maintenir l’idée que tout est sous contrôle, que l’euro repose sur une base solide, que les réserves restent ce qu’elles doivent être: un argument psychologique.

 

En vérité l’Europe exige des États dociles et des peuples zombies

Le fond du problème n’a rien à voir avec l’économie. Il tient au fait qu’un État membre se comporte comme un co-propriétaire, alors que Bruxelles veut des locataires pressurables et sous supervision.

Dans cette configuration, un membre qui possède un trésor doit demander l’autorisation de vérifier qu’il le possède encore. Officiellement souverain, pratiquement sous tutelle. L’Europe adore les États: à condition qu’ils restent en veille, qu’ils n’actionnent aucun commutateur, qu’ils se contentent d’approuver les manuels d’instructions écrits ailleurs. L’or italien devient ainsi le symbole parfait d’une Union qui tolère la souveraineté comme concept abstrait, mais qui la redoute dès qu’elle se manifeste sous forme concrète. On accepte le drapeau, on refuse la clé du coffre.

 

Du métal jaune comme test de résistance

Cet épisode n’a rien d’anodin. Il révèle la grande peur de Bruxelles: celle de voir un État récupérer un levier réel. Dès qu’un pays tente de reprendre un outil stratégique — monnaie, frontière, énergie, réserves — l’Europe déclenche un protocole de neutralisation pour rappeler que la décision véritable se prend ailleurs.

Et  cette Europe ne supporte pas que l’Italie, ou n’importe quel pays, puisse encore s’en servir. Un État qui demande où se trouvent ses lingots, c’est un État qui recommence à penser. Et ça, dans la logique actuelle de de l’UE, c’est vraiment intolérable.

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L’Union Punitive SA: Une officine qui tire sur tout ce qui bouge…

8 Décembre 2025, 06:36am

Publié par Louis Giroud

L’Union européenne a découvert la joie simple des états d’âme autoritaires. Elle ne construit plus des cathédrales bureaucratiques: elle dresse des contraventions cosmiques. Son dernier trophée, X – l’ancien Twitter – reçoit ainsi une amende astronomique destinée à rappeler au monde que Bruxelles tient encore son fouet réglementaire. Pas pour défendre les citoyens. Pas pour régler un problème technique. Pour rappeler qu’ici, dans le grand sanhédrin technocratique, le débat libre doit se présenter à l’accueil, retirer un ticket, attendre son tour et se montrer poli. Sinon: sanction.

Le Digital Services Act a été pensé comme un outil de protection. En réalité, c’est l’équivalent numérique d’un couteau suisse fabriqué pendant une crise d’autoritarisme nerveux. On peut tout faire avec: moraliser, punir, infantiliser, exiger, sermonner, contraindre. L’UE s’en amuse comme un enfant qui découvrirait que le bouton rouge fait du bruit: plus c’est vague, plus c’est jouissif.

L’infraction imaginée pour clouer X au pilori ? «Pratiques trompeuses», «manque de transparence», «registre publicitaire». Des expressions conçues pour tenir debout même si on retire les voyelles. Des mots tellement flous qu’un jour, on pourra les appliquer à la météo.

Le vrai problème se trouve ailleurs: X refuse de se laisser toiletter. Musk laisse les gens parler sans que Bruxelles n’enlève les petites lettres imprudentes avec une pince à épiler. Une hérésie. Un pape numérique qui excommunie la censure: insupportable.

 

L’eurocratie, cette vieille maîtresse jalouse

Pendant des années, les plateformes ont accepté de se faire brosser dans le sens du poil réglementaire. Elles demandaient poliment combien de cases il fallait encore cocher pour éviter une remontrance de commissaire européen. Puis Musk arrive. Et soudain, impossible de garder les bêtes en cage.

Bruxelles découvre alors l’angoisse la plus profonde de toute bureaucratie vieillissante: un espace de parole qui n’attend pas ses directives pour respirer. Un agora imprévisible. Un lieu où l’on débat sans demander l’avis du préfet moral continental. L’UE, vexée comme un satrape déchu, décide donc de frapper fort: un coup de marteau réglementaire pour dire « ici, on parle quand on vous le dit ».

 

Washington, soudain pris d’un sursaut de lucidité

Même les États-Unis, qui d’habitude regardent les convulsions bruxelloises avec un sourire diplomatique, ont sursauté. Une amende de cent vingt millions, c’est suffisant pour réveiller le Département d’État. Une telle somme pour des « pratiques trompeuses » ? On pourrait croire que Bruxelles reproche à Musk d’avoir volé la Joconde.

Mais non. C’est simplement la méthode douce de l’UE: quand quelque chose échappe à son contrôle, elle punit. Le géant américain comprend le message: l’Europe ne veut pas réguler la tech, elle veut rappeler qu’elle existe encore. Une Europe qui ne produit plus grand-chose, mais qui distribue les sanctions comme des médailles inversées.

 

L’UE, nouveau directeur de conscience à usage mondial

L’amende n’est pas seulement financière: elle est pédagogique. L’Union se prend désormais pour un internat moral. Elle donne des « délais », réclame des « plans », surveille, juge, sermonne. On croirait entendre un surveillant général s’adressant au cancre le plus bruyant de la classe.

Une logique étrange s’installe: l’UE ne gère plus un marché, elle gère des comportements. Elle ne régule pas une activité: elle corrige une attitude. Et lorsqu’elle manque d’autorité réelle, elle la remplace par une inflation de normes. Le pouvoir se dissout, mais la procédure enfle.

 

Quand Musk parle de dissolution de l’UE…

La réplique de Musk – l’UE devrait être dissoute – a fait s’étrangler des bataillons entiers de hauts fonctionnaires. Pourtant, ce n’est pas l’excentricité d’un milliardaire. C’est le constat clinique d’un continent qui a perdu le fil. Plus l’Europe décline, plus elle multiplie les règles pour éviter de regarder la réalité en face. Le réflexe pavlovien du pouvoir faible: serrer la vis.

Bruxelles ressemble à ces phares en ruine qui continuent de s’allumer mécaniquement, alors même que les navires ne passent plus depuis des années. Le phare ne guide plus, ne protège plus, ne sert plus à rien. Il reste juste pointilleux. Très pointilleux.

 

Le futur: après les plateformes, les citoyens

Car l’essentiel n’est pas l’amende de X. L’essentiel, c’est la trajectoire. Le continent glisse vers une gouvernance punitive où la liberté devient un accident administratif. Si un réseau social peut se faire frapper pour ne pas filtrer les conversations comme Bruxelles l’exige, qu’est-ce qui empêchera demain de sanctionner ceux qui les tiennent ?

Ce n’est pas de la science-fiction. C’est la logique même du système: réguler l’outil, discipliner l’usage, surveiller l’utilisateur. Une vieille histoire européenne. Le numérique ne fait qu’offrir un terrain de jeu plus vaste.

 

L’Europe, ce phare éteint qui vérifie encore les ampoules

Autrefois, le continent prétendait éclairer le monde. Aujourd’hui, il vérifie compulsivement la conformité des interrupteurs. Il ne protège plus la liberté, il l’encadre. Il ne garantit plus le débat, il le conditionne. La lumière est morte, mais la paperasse brille encore.

Et dans ce clair-obscur administratif, une certitude se dessine: la prochaine bataille ne se jouera pas entre Bruxelles et une plateforme américaine. Elle se jouera entre Bruxelles et tout ce qui, de près ou de loin, ressemble à une opinion libre. Parce que c’est ça, désormais, le vrai délit.

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«Bilatérales III»: le grand numéro d’emballage d’EconomieSuisse

8 Décembre 2025, 05:18am

Publié par Louis Giroud

Il existe une constante dans l’histoire politique suisse: chaque fois qu’un pan de la souveraineté est menacé, ce n’est jamais au nom de la contrainte, mais au nom de «l’efficacité». Ceux qui demandent d’abandonner une liberté n’ont jamais l’honnêteté de le dire. Ils expliquent que ce n’est pas une perte, mais une optimisation; pas un renoncement, mais une actualisation; pas un basculement, mais un simple ajustement.

«Bilatérales III»: le grand numéro d’emballage d’EconomieSuisse

Avec les accords «Bilatérales III», EconomieSuisse orchestre ce théâtre-là: une mise en scène savamment calibrée, saturée de chiffres prophétiques, de catastrophes modélisées, de raisonnements tautologiques et d’images destinées à dépolitiser ce qui, depuis 1848, relève pourtant du cœur battant de l’architecture institutionnelle suisse.

 

Transformer son intérêt sectoriel en impératif national

Nous sommes face à un cas d’école: un lobby économique se prenant pour une autorité morale, transformant son intérêt sectoriel en impératif national. Il faut observer cette mécanique de près, car elle dit bien plus qu’un simple rapport de force entre l’économie et le politique: elle révèle la manière dont une démocratie peut être anesthésiée par ceux qui prétendent la sauver de son propre peuple.

 

Le lobby et sa fable: l’Europe comme horizon indépassable

Le discours d’EconomieSuisse ne commence jamais par une question. Il commence par une conclusion: la Suisse n’aurait pas le choix. L’Union européenne serait le pivot, l’axe, la matrice et la colonne vertébrale de la prospérité helvétique. Le reste du monde — États-Unis, Chine, Inde — est relégué au rang de folklore commercial. Tout se passe comme si un éternuement à Bruxelles suffisait à faire s’effondrer l’industrie suisse. Nous sommes face à un récit, non à une analyse.

Aucun tableau sérieux n’est produit pour rendre compte de la diversification réelle des exportations suisses hors de l’UE, de l’importance croissante de secteurs peu ou pas dépendants du marché intérieur européen, du rôle déterminant de la stabilité institutionnelle suisse dans l’attraction des capitaux internationaux, ni de la faiblesse structurelle de nombreuses économies européennes. On passe également sous silence le fait que la balance commerciale est favorable à l’UE, faisant de la Suisse un client solvable plutôt qu’un mendiant dépendant.

 

La Suisse allongée à l’ombre d’un Maître

À la place, on répète que l’UE représente 450 millions de consommateurs comme on psalmodie un dogme. On cite des pourcentages d’exportations sans jamais examiner les secteurs concernés ni leur degré réel de dépendance réglementaire. On oublie surtout que l’économie suisse s’est construite précisément parce qu’elle a toujours refusé de faire dépendre sa souveraineté d’une seule puissance dominante. Ce que raconte EconomieSuisse n’est pas l’avenir, mais une fiction géopolitique où la Suisse deviendrait une principauté allongée à l’ombre d’un Maître. Une fiction qui arrange Bruxelles, évidemment, mais surtout les grandes entreprises incapables d’imaginer un monde où la prophylaxie réglementaire européenne ne leur servirait plus d’aiguillage permanent.

 

Le terrorisme prédictif: quand l’économie joue à l’apocalypse

Chaque fois qu’on demande à EconomieSuisse d’expliquer pourquoi la Suisse devrait accepter un mécanisme de reprise dynamique du droit européen, la réponse ne prend pas la forme d’une démonstration politique, mais d’une litanie de chiffres. Il ne s’agit jamais de données observées, mais de projections: une baisse du PIB de 7,1% à l’horizon 2045, 685 milliards de pertes cumulées, 50 milliards pour l’électricité, 5’200 francs de PIB par habitant. On se croirait à la lecture d’un bulletin météo pour l’année 2080.

Ces chiffres fonctionnent comme des épouvantails. Ils ne démontrent rien; ils effraient. Ils ne constituent pas une analyse, mais un instrument psychologique. Dans n’importe quel autre domaine, un modèle projeté à vingt ans serait accueilli avec la plus grande prudence. En politique européenne, il devient une loi sacrée. Le problème n’est pas l’existence du modèle en soi, mais ce qu’il remplace: la discussion, l’incertitude, le doute légitime et l’évaluation critique. L’économie cesse d’être un outil pour devenir une théologie, dont EconomieSuisse assume le rôle du clergé.

 

L’infantilisation technologique: «Votre Constitution est un smartphone»

On touche ici au sommet de la novlangue. Selon les promoteurs des Bilatérales III, ces accords ne constitueraient qu’une «mise à jour». Comme si la Constitution était une interface logicielle, la souveraineté un système d’exploitation et les cantons de simples icônes. Ce cadrage n’est pas anodin: il a pour fonction explicite de dissoudre le politique dans le technique.

On explique ainsi qu’il ne s’agirait pas d’une transformation institutionnelle, mais d’une question de compatibilité; pas d’un changement de régime juridique, mais d’un simple correctif; pas d’un transfert de compétences, mais d’une synchronisation nécessaire. La réalité est pourtant beaucoup plus simple: cette prétendue «mise à jour» impose que le droit européen devienne la référence chaque fois que la Suisse souhaite conserver un accès au marché. Il s’agit d’un mécanisme d’intégration juridique automatique. Non pas une maintenance, mais une absorption. Non pas une adaptation, mais une dépendance programmée. Ce discours ferait sourire s’il ne concernait pas un pays dont l’originalité institutionnelle constitue l’un des rares miracles politiques de l’histoire moderne.

 

La neutralisation du peuple: un vieux fantasme technocratique

Dans le récit d’EconomieSuisse, le peuple apparaît comme un obstacle plus que comme un sujet politique. On lui concède poliment un référendum, à condition qu’il soit rituel et non décisif: un vote destiné à valider une ligne déjà tracée ailleurs, un geste civique décoratif. Derrière le langage apaisant sur le «respect des processus démocratiques», une vérité nue se dessine: ces accords ne peuvent exister qu’en rendant l’exercice de la démocratie directe impossible.

Une fois la Suisse insérée dans la logique de reprise dynamique du droit européen, tout rejet futur devient simultanément économiquement punissable, juridiquement risqué et politiquement irréversible. Le label «démocratie directe» subsisterait comme une «guirlande», ou comme une boule qu’on accroche au sapin de Noël. Ce que l’Union européenne n’obtiendrait jamais par un vote populaire limpide, ses partisans cherchent à l’obtenir par l’épuisement du droit, par de la sophistication procédurale et la culpabilisation civique.

 

L’oubli stratégique: la Suisse est forte parce qu’elle est singulière

L’argument le plus dévastateur contre les Bilatérales III n’est pas idéologique; il est historique. La Suisse est prospère parce qu’elle refuse l’alignement, cultive la neutralité comme un outil stratégique, protège son fédéralisme, garantit la lenteur démocratique face à l’accélération technocratique, demeure dépositaire d’une souveraineté normative que d’autres ont abandonnée et offre au capital une stabilité que Bruxelles est incapable de fournir. Elle maintient une qualité de décision politique en phase avec son tissu social et assume le coût de sa liberté pour en récolter les bénéfices. On lui demande aujourd’hui de détruire ce qui fonctionne pour se livrer à ce qui ne fonctionne plus.

 

L’emballage de la fausse «Fête» devient une faute politique

Les promoteurs de ces accords ne proposent pas un avenir; ils organisent une résignation. Ils souhaitent que la Suisse devienne ce que l’Europe est devenue: une zone administrative où la règle prime sur la liberté, la conformité sur la créativité et la centralisation sur la subsidiarité. Ils oublient que la Suisse n’est pas née dans un bureau bruxellois, mais dans un pacte, une structure fédérale et une méfiance ancestrale envers les appareils supranationaux.

L’emballage d’EconomieSuisse annonce un changement d’époque. Le lobby ne se contente plus d’influencer la politique; il cherche désormais à la remplacer. Dans ce discours, les choix deviennent des obligations, les alternatives des fantasmes, les réserves des archaïsmes et les opposants des irresponsables. Le peuple est progressivement présenté comme un problème, tandis que la souveraineté est réduite à un coût. Ce n’est plus un débat, mais un cadrage intellectuel destiné à rendre toute autre option impensable. Le lobby demande à la Suisse d’être «adulte», c’est-à-dire raisonnable, c’est-à-dire soumise. Ce lexique doit être refusé.

 

Pour une lucidité sans concession

Dire non à ce paquet institutionnel ne signifie pas dire non à l’Europe. Cela signifie refuser de confondre coopération et absorption, commerce et discipline, partenariat et tutelle. Aucune prospérité durable ne s’est jamais construite sur un renoncement à soi. Aucune innovation véritable ne naît de la conformité. Aucune démocratie digne de ce nom n’accepte que son droit dépende d’une instance extérieure. Aucun pays solide n’abandonne un avantage structurel pour satisfaire les fantasmes d’un lobby.

 

La Suisse a prospéré en résistant

La Suisse n’a jamais prospéré en s’alignant. Elle a prospéré en résistant. Ce n’est pas une posture, mais une réalité historique. L’enfumage d’EconomieSuisse ne doit pas nous tromper: derrière les modèles et les graphiques se cache une vérité simple. Ce que les partisans appellent «modernisation» est une mutation institutionnelle profonde. Ce qu’ils nomment «mise à jour» est une abdication enjolivée. Ce qu’ils présentent comme une «réalité économique» est un récit performatif destiné à empêcher toute autre pensée.

La Suisse n’a pas besoin de devenir l’annexe normative de Bruxelles pour continuer à inventer son avenir. Elle a besoin, comme toujours, de rester maîtresse de ses choix — même lorsque ceux-ci déplaisent à ceux qui rêvent d’une démocratie sans citoyens.

 

LOUIS GIROUD

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EU–Suisse : Adrian Amstutz dénonce un «sous-développement souverain» orchestré depuis Bruxelles

1 Décembre 2025, 22:07pm

Publié par Compte rendu: DLLR

À l’heure où la Confédération examine le nouveau paquet d’accords institutionnels négociés avec l’Union européenne, la prise de position d’Adrian Amstutz, figure de Pro Suisse et responsable du dossier Suisse–UE, résonne comme un avertissement. L’ancien conseiller national voit dans ces textes non pas une « modernisation des bilatérales », mais une mise sous tutelle progressive de la démocratie helvétique. Dans un entretien accordé à Zukunft CH, il détaille un scénario qu’il juge préoccupant: « Bruxelles dicte – Bundesbern capitule »

À ceux qui estiment la Suisse mieux arrimée à l’UE qu’aux États-Unis, notamment après les tensions commerciales du mandat Trump, Amstutz répond par un diagnostic inverse. Selon lui, ni la conjoncture américaine ni la situation intérieure de l’Union ne permettent de bâtir une dépendance durable.
L’UE serait « engluée dans les crises économiques, politiques et financières »; quant à la Suisse, elle n’aurait d’autre boussole que ses principes fondateurs : neutralité, fédéralisme, démocratie directe, ouverture contrôlée au monde

 

Un basculement juridique majeur

Au cœur des critiques : l’adoption automatique de pans entiers du droit européen et la reconnaissance du rôle d’arbitre suprême du Cour de justice de l’Union européenne (CJUE).
Pour Amstutz, cette architecture conduirait à un affaiblissement « économique, démocratique et social » du pays, assorti d’obligations financières structurelles envers Bruxelles.
Il pointe le mécanisme de règlement des différends : présenté comme équilibré, il serait selon lui « un dispositif unilatéralement favorable à l’UE », le prétendu tribunal arbitral étant « lié aux décisions et à la doctrine de la CJUE » — un « simple cache-sexe » institutionnel.

 

Une inquiétude démographique

Amstutz insiste sur l’un des points les plus sensibles : l’intégration de la directive sur la citoyenneté européenne, qui élargit considérablement les droits de séjour et de regroupement familial.
Dans son analyse, la Suisse s’exposerait à une « nouvelle vague d’immigration massive », d’autant plus préoccupante que l’UE poursuit son processus d’élargissement vers les Balkans, l’Ukraine, la Géorgie ou la Moldavie.
Un afflux potentiel de « millions de candidats au séjour » mettrait à rude épreuve les infrastructures helvétiques déjà saturées, de la santé aux transports en passant par les loyers et les assurances maladies.

 

La question des référendums: un débat démocratique déplacé

Sur le terrain institutionnel, Amstutz juge «irrecevable» la position du Conseil fédéral, qui refuse l’idée d’un référendum obligatoire soumis au double oui du peuple et des cantons.
Il rappelle que des objets de portée bien moindre — de l’interdiction des cornes de vaches aux semaines de vacances — ont été soumis aux deux majorités.
À ses yeux, il serait incohérent que des accords impliquant la reprise automatique de lois étrangères, des sanctions potentielles contre des décisions populaires ou des contributions financières permanentes se voient exemptés de ce filtre démocratique fondamental.

 

Des accords sectoriels controversés

Trois domaines techniques cristallisent également les critiques:

Electricité : un accord qui, selon Amstutz, ne garantit en rien la sécurité énergétique en cas de pénurie. Les États voisins privilégieraient inévitablement leur propre population. La Suisse devrait, selon lui, rétablir une base de production nationale solide, incluant gaz et nucléaire.

Sécurité alimentaire : un « monstre bureaucratique » imposant aux cantons, aux boulangeries artisanales ou aux fromageries d’alpage des contraintes uniformisées susceptibles de faire disparaître de nombreux petits producteurs, au profit de grands groupes capables d’absorber ces normes.

Santé : un accord qui imposerait des obligations financières et réglementaires importantes tout en excluant la Suisse de toute participation décisionnelle. L’UE, en dernière instance, pourrait restreindre l’accès du pays aux dispositifs communs en cas de désaccord — un « souveraineté zéro, obligations pleines » résume-t-il.

 

La capitulation fédérale face à la logique d’intégration

La thèse centrale d’Amstutz repose sur une logique de glissement involutif:
dépendance juridique;

perte de maîtrise migratoire;

fragilisation des petites entreprises;

érosion du pouvoir populaire;

neutralité relativisée.

Selon lui, le Conseil fédéral et une partie du patronat — « les très grands groupes et leurs dirigeants étrangers » — verraient surtout dans ces accords des opportunités de simplification et de consolidation de marchés, quitte à laisser s’éroder la spécificité institutionnelle helvétique.
Les PME, pilier de l’économie nationale, seraient les grandes perdantes de ce « basculement vers un système bureaucratique hors échelle ».

 

Un débat ouvert, mais un avertissement appuyé

L’entretien se termine sur une invitation aux lecteurs à formuler leur propre position. Mais le message d’Amstutz est net :
accepter ces accords reviendrait à acter la première étape d’un alignement structurel qui ne dit pas son nom.
À ses yeux, seul un objectif peut expliquer un tel choix gouvernemental : le chemin discret mais réel vers un futur rapprochement formel avec l’UE.

 

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Bio - Adrien Amstutzt

Adrian Amstutz (né en 1953 à Sigriswil, BE) est un entrepreneur et ancien conseiller national suisse. Issu du secteur de la construction, il cofonda le bureau Amstutz Abplanalp Birri AG avant d’entrer en politique. Il devint maire de Sigriswil puis député au Grand Conseil bernois. Élu au Conseil national en 2003, il y siégea jusqu’en 2019, avec un bref passage au Conseil des États en 2011. Figure marquante de l’UDC, il fut président du groupe parlementaire à Berne de 2012 à 2017 et dirigea la campagne fédérale du parti en 2019. Après son retrait de la vie parlementaire, il a occupé des fonctions dirigeantes dans plusieurs organisations économiques, dont l’ASTAG, et siège aujourd’hui dans divers conseils d’administration. Il est également membre du comité de Pro Suisse.

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«Bilatérales III»: La Suisse n'aurait de valeur que lorsqu’elle s’abolit elle-même ?

29 Novembre 2025, 04:41am

Publié par Louis Giroud

Depuis la chute du « mur », un étrange ballet agite les hauteurs fédérales : des politiciens virevoltent sous le parapluie des organisations internationales comme de petits notables persuadés d’avoir reçu la Grâce de démontrer que la Suisse n’est pas un repaire d’idiots dont les ancêtres auraient trop tiré sur la « fée verte », mais un terreau d’esprits éclairés capables de relever la tête au moment opportun. Autrement dit : un pays prêt à s’aplatir avec l’enthousiasme appliqué d’un élève modèle rêvant d’être enfin convié à la table « étoilée ». Quant à la démocratie directe, elle glisse au rang de relique embarrassante, reléguée aux côtés des cors des Alpes, des toupins et des potets… Le Grütli peut bien se racornir ; l’essentiel, désormais, est que Bruxelles approuve.

Les élites helvétiques, qui pour la plupart n’ont jamais vraiment accepté d’être surveillées par le souverain, ont dès lors trouvé dans l’internationalisme institutionnel un refuge enthousiasmant. Là-haut, dans les étages feutrés de l’ONU, de l’OTAN ou de l’UE, aucun citoyen n’interrompt leurs rêves, aucun référendum ne vient saboter leurs élans visionnaires, aucune initiative populaire ne vient rappeler que le mot « peuple » n’est pas un concept rural mais une réalité organique. Dès que ça brille « là-haut », on accourt, on signe, on se prosterne, on s’invite à des conférences où l’on parle un anglais « fédéral » hésitant mais approbateur…

 

Une antiquité encombrante

Le problème pour tous ces gens-là : la neutralité est une antiquité encombrante. Et la souveraineté populaire, une anomalie embarrassante qui les empêche d’exprimer leurs visions éclairées. La démocratie directe apparaît comme un anachronisme rural, une coutume que l’on tolère encore faute d’avoir trouvé la procédure adéquate pour la dissoudre sans scandale — parce que, même avec le garde-fou de la double majorité peuple-cantons, elle fonctionne encore trop bien. Voilà le problème. Enfin, la neutralité, autrefois le joyau de la couronne helvétique, se voit traitée comme un bibelot embarrassant que l’on essaie de cacher avant l’arrivée des invités prestigieux.

 

Le jour où le peuple a cassé la machine

Souvenir cuisant des hautes sphères : décembre 1992. Le peuple et les cantons disent non à l’EEE. Une claque magistrale. Un rappel brutal : ici, ce n’est pas le Conseil fédéral qui commande. Le souverain, dans sa vulgaire obstination démocratique, rappela que la Suisse n’était pas un terrain vague disponible pour un projet impérial. Depuis, l’élite rumine cette humiliation comme un vieux fromage oublié dans une cave humide.

Relire aujourd’hui les procès-verbaux de l’époque a quelque chose de baroque. On y découvre un Conseil fédéral qui panique comme un étudiant surpris en train de copier. Certains s’effondrent dans le pathos, d’autres invoquent le destin historique, d’autres encore accusent le peuple de croire les « menteurs » — formule audacieuse, surtout venant de ceux qui, quelques années plus tard, prédisaient une immigration maximale de 8 000 personnes par an. On connaît la suite : ce fut dix fois plus. Les chiffres sont têtus, contrairement à la foi européiste.

 

Le grand cirque du « pas d’adhésion »

À défaut d’avoir obtenu la fusion directe par l’EEE, l’élite inventa le compromis à rallonge, un tour de passe-passe linguistique appelé « voie bilatérale ». Il suffisait de remplacer le mot « adhésion » par le mot « accord » pour rendre l’ensemble digeste, un peu comme on remplace l’odeur d’un médicament soluble par une fausse saveur de citron. Le résultat est toujours amer, mais l’arôme rassure. Une vraie trouvaille marketing.

Avec les bilatérales, la Suisse entra dans une longue suite d’arrangements où l’on donnait beaucoup en espérant ne pas recevoir trop d’injonctions. On promit à la population un ciel sans nuages : moins de criminalité, moins de demandeurs d’asile, moins de chaos.

En coulisses pourtant, les négociations ressemblent à une liquidation d’inventaire :
– libre circulation mal calibrée ;
– clause guillotine pensée par un esprit sadique ;
– promesses coûteuses emballées dans un optimisme technocratique délirant.

On a même eu droit à la grande fantaisie Schengen/Dublin : « moins d’asile », « moins de criminalité », « seulement 7,4 millions par an ». Aujourd’hui, les coûts dépassent les cent millions. Le mensonge technocratique a encore une fois tenu la distance d’une fusée en papier mâché.

 

L’UE 2.0, un empire qui ne cache plus son jeu

En 2008, Bruxelles annonce officiellement que la voie bilatérale est « finie ».
Fini le cabaret, place au vrai cinoche IMAX : la Suisse doit reprendre l’acquis communautaire, se soumettre aux juges étrangers, accepter une tutelle institutionnelle permanente. Une sorte de protectorat chic.

Viviane Reding résume l’idée avec une franchise presque rafraîchissante : les accords bilatéraux ont fait leur temps. Traduction : « Arrêtez vos bricolages helvétiques, passez au régime adulte : l’obéissance. »

 

Le Père Noël pour Bruxelles, le Père Fouettard pour la Suisse

Le dernier traité en date, négocié dans l’ombre et sans nom officiel, incarne cette volonté de faire croire que l’on avance vers un accord d’égal à égal tout en organisant une hiérarchie absolue. Le texte exige que l’UE fixe les règles, que sa juridiction dise le droit, que la Suisse finance le dispositif. Ce n’est plus une discussion, mais une prise d’otage en gants blancs.

Un texte qui promet :
– lois suisses déterminées ailleurs ;
– juges européens au sommet de la pyramide ;
– 350 millions par an, comme loyer de soumission.

Un traité qui ne ressemble à rien de bilatéral, mais bien à une version moderne du servage administratif. Le Conseil fédéral l’avait rejeté en 2021. En 2024, il l’accepte. Le courage change, les critiques restent.

 

L’illusion bilatérale : un décor qui s’appelle tutelle

La Suisse est sommée d’accepter que l’UE décide des normes, tranche les litiges, impose ses priorités, sanctionne les écarts et prélève son tribut. On nous assure qu’il ne s’agit que de continuité, qu’il n’y a aucune abdication, qu’il s’agit d’une modernisation, d’une consolidation, d’un progrès. Mais la vérité, elle, ne suit pas la liturgie officielle : aucun pays souverain n’accepterait de déléguer la production de son droit à un organe étranger sans reconnaître simultanément qu’il cesse d’être maître de lui-même.

Ce traité n’a rien d’un partenariat : c’est un acte d’obédience maquillé. La colonisation moderne n’a plus besoin de drapeaux ni de garnisons. Elle s’installe dans les traités, se glisse dans les clauses, se dissimule derrière des dispositifs juridiques où la souveraineté se dissout comme un sucre dans un café tiède.

La vérité est nue comme une statistique : ce n’est pas l’invite à une « table étoilée », c’est une «commission» emballée dans son papier hygiénique… Et ceux qui continuent à appeler ça « voie bilatérale » sont au mieux des illusionnistes. Des vendeurs de poudre de perlimpinpin. Des politiciens qui rêvent d’un pays sans peuple — un pays enfin gouverné par eux seuls...

 

La résistance d’un pays qui refuse de mourir proprement

La tragédie helvétique tient à cette contradiction: la population continue de vouloir un pays indépendant, tandis qu’une partie de l’élite rêve d’un État, dissous, délivré du fardeau d’un peuple qui vote mal de plus en plus souvent.

Cette tension donne à la Suisse un visage presque romanesque : celui d’une nation qui refuse de mourir proprement, malgré les efforts persistants de ceux qui aimeraient tant l’installer dans le grand cimetière doux des États qui ont abdiqué.

Reste à savoir si la lucidité l’emportera ou si le pays finira absorbé par une structure qui confond la puissance avec l’uniformité, et la modernité avec la capitulation.

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LE CABARET DES ILLUSIONS CROISÉES

24 Novembre 2025, 15:42pm

Publié par Eliot M. Ryder

L’Europe des «ultras» enrôlée dans la grande foire des fidélités interchangeables

 

Une vieille inquiétude ronge les travées d'une célèbre «Communauté» inquiète par sa démographie qui décline, par sa diaspora qui s'effiloche, par la rue et les foules qui s'énervent; et la sombre idée qu'un monde est prêt à s’embraser au premier prétexte. Le décor ressemble à une brocante d’angoisses où l'on cherche sa position de repli, son bunker moral. Subitement, les pulsions de survie deviennent stratégiques et s’habillent de grands mots: alliance, front commun, civilisation assiégée...

Dans cette atmosphère trouble, une étrange manœuvre s’est déployée: la quête de fantassins idéologiques chez ceux qui, hier encore, servaient d’épouvantails.

 

Les noces de la panique et de la stratégie

Chaque période agitée fabrique ses opportunistes visionnaires. Ici, les ingénieurs de la peur ont réactivé une vieille recette: trouver des supplétifs, monter des escouades idéologiques, recruter dans le camp même qui servait naguère de repoussoir.

 

Le passé colonial fournit commodément quelques images d’archives: des officiers tricolores découvrant soudain des affinités méditerranéennes, des militants qui se découvrent des fidélités transversales, des alliances de circonstance maquillées en évidences morales.

La version contemporaine reprend les mêmes ficelles, simplement mieux éclairées, mieux maquillées. Dans les couloirs de l’Europe énervée, on trouve désormais des médiateurs, des entremetteurs, des conjurés volontaires. Leur discours est limpide: la menace vient d’un même bloc, donc rassemblons les nôtres. Le «nous» étant, comme toujours, une invention du moment.

 

Les directeurs de conscience de l’extrême droite mondialisée

Le casting est varié. On y trouve des chroniqueurs omniprésents, des romanciers fascinés par la décadence, des éditorialistes obsédés par l’effondrement, des réseaux discrets prêts à murmurer à l’oreille des plus énervés.

Certains tiennent la plume, d’autres tiennent le chéquier.

Certains se prétendent iconoclastes, d’autres philanthropes de l’identité.

Tous jouent une partition identique: évoquer la ruine imminente, souligner l’effritement civilisationnel, désigner l’ennemi structurel et proposer une mystique d’alliance.

 

Un professionnel du verbe, magnétiseur médiatique

Un nom concentre particulièrement l’attention: celui d’un professionnel du verbe, magnétiseur médiatique devenu totem d’une droite qui cherche désespérément une figure à acclamer. Un homme érudit, souriant, farouche, impeccablement relié à ses réseaux d’origine. Une opération de prestige se monte alors comme un lancement de marque: interviews, roman initiatique, cris d’alarme, piques autorisées. La droite radicale, hypnotisée, applaudit sans comprendre qu’on lui tend un miroir maquillé.

 

Le grand théâtre des spontanéités

Dans les partis en quête d’un destin, certains cadres se découvrent une vocation diplomatique: améliorer leurs relations avec la «Communauté», participer à des groupes transnationaux, signer des pétitions en gage de reconnaissance.

Les plus dociles se félicitent ouvertement d’un climat radieux. Les directions se taisent, profitant du courant. Le silence devient stratégie, le mutisme devient approbation.

La scène politique offre alors un spectacle saisissant: de jeunes populistes en quête de respectabilité posent avec des sourires bienveillants dans les salons où l’on bénit l’Occident assiégé.

Ailleurs, certaines héritières du vieux nationalisme se parent d’un enthousiasme exotique pour des capitales où elles rêvent d’aller défiler comme des pèlerines neuves.

 

L’âge des mécènes ambigus

La pièce prend une tournure plus grotesque lorsqu’apparaissent des millionnaires nomades. Des personnages aux origines incertaines, aux portefeuilles bavards, aux intentions parfumées de philanthropie continentale.

Ils promettent des fondations, des congrès internationaux, des financements discrets.

Ils jurent aimer l’Europe, sa tradition, sa mémoire.

Ils exigent simplement une fidélité non négociable: soutenir une puissance étrangère sans poser de question.

 

Leur storytelling est poignant: voyage initiatique, larmes devant les monuments sacrés, révélation mystique sur la symbiose civilisationnelle. On parle de voyages organisés, de pèlerinages politiques, de fraternité géopolitique. La naïveté de certains militants frise la performance artistique.

Les rares chefs lucides coupent net les liens avec ces mécènes inspirés. Ils ferment la porte et découvrent, stupéfaits, que les financements prétendument privés ressemblent étrangement à des budgets d’influence.

 

Le marché transatlantique de la peur religieuse

Dans d’autres pays, les tribuns populistes se réinventent en croisés mondialisés. Ils vont prêcher la sainte frayeur dans les auditoriums américains, parlent d’Occident menacé, d’alliance sacrée, de civilisation encerclée.

Leur rhétorique s’exporte facilement: ligne de front, phare de l’Occident, bastion de la démocratie, danger absolu.

Le marketing fonctionne à merveille: plus c’est apocalyptique, plus ça convainc.

Sur les réseaux, les propagandistes s’en donnent à cœur joie et baptisent leurs ennemis avec des néologismes hystériques. Les nuances disparaissent, les catégories s’aplatissent, l’ennemi grossit comme un ballon de baudruche.

 

Dans les coulisses des alliances de rechange

Un même phénomène se répète partout: les mouvements populaires qui montent dans les urnes deviennent perméables aux opérations d’influence.

L’alibi est toujours identique: lutte contre l’immigration.

Le prix à payer est identique aussi: loyauté politique.

Peu se rendent compte qu’ils troquent leur horizon stratégique contre une cause extérieure à la leur.

La manipulation devient presque comique: des partis nés pour défendre leur peuple se retrouvent enrôlés comme forces auxiliaires d’intérêts qui les dépassent.

 

Les fidélités impossibles en débandade

À l'issue du spectacle, une homélie en patchwok: une chimère politique par un bricolage idéologique, où chaque phrase sert de mot de passe. On y mélange la presse, les migrations, les guerres lointaines, les querelles théologiques, les provocateurs médiatiques, les dettes américaines, les quartiers populaires.

Une avalanche d’arguments devient prêche, une colère devient doctrine, une obsession devient drapeau.

On invoque la morale, la tradition, le sacré, le territoire, tout cela dans un chaos spectaculaire où plus personne ne sait qui parle, ni pour qui.

 

Le grand miroir truqué

Au terme de cette parade, une évidence surgit: c’est l’Europe énervée qu’on recrute, pas pour elle-même mais comme garnison de substitution.

Une armée de réserve, destinée à défendre une cause qui n’est pas la sienne.

Le décor change, les slogans s’accordent, les alliances s’empressent.

Le piège est simple: transformer la défense identitaire en mission étrangère.

L’Europe radicale devient la vigie d’un autre navire.

 

Une stratégie d’influence se déploie, parfaitement maquillée, parfaitement huilée.

Et dans ce carnaval, les dupes n’ont même pas conscience que la musique ne sort pas de leur orchestre.

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