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Le Média Libre de La Suisse Indépendante et Neutre...

Bilatérales III : «L’élégance de ne rien vous prendre, mais de vous retirer l’essentiel»

13 Décembre 2025, 00:05am

Publié par Louis GIROUD

Il faut reconnaître à l’Union européenne un art consommé de la dépossession douce. Rien n’est jamais brutal, rien n’est jamais frontal; tout se fait dans un vocabulaire si feutré qu’il finit par endormir les plus vigilants. Les Bilatérales III s’inscrivent dans cette tradition raffinée où l’on ne prend rien officiellement, mais où l’on vous retire progressivement l’essentiel, jusqu’à ce que vous découvriez, trop tard, que vous avez signé votre propre effacement.

Bilatérales III : «L’élégance de ne rien vous prendre, mais de vous retirer l’essentiel»

On nous répète que ces accords sont purement techniques, qu’ils ne touchent ni à la souveraineté, ni à la monnaie, ni aux fondements institutionnels suisses. C’est la grande blague du moment. Comme si le droit était neutre, comme si l’économie n’était qu’un échange de marchandises, comme si la monnaie n’était pas le cœur battant de toute organisation politique. Prétendre que l’alignement juridique n’a pas de conséquences politiques revient à expliquer que retirer les freins d’une voiture n’affecte pas sa trajectoire.

 

L'univers où les bénéfices des placements sont payés par les contribuables

Derrière cet alignement, se profile une logique profondément inquiétante, celle qui structure l’Union européenne depuis Maastricht. Une logique qui repose sur un principe pervers: priver les États de leur capacité à se financer eux-mêmes, les contraindre à emprunter sur les marchés financiers, et organiser autour de cette dépendance une architecture où la dette publique devient un produit financier permanent, nourrissant une rente privée garantie par l’impôt.

 

L’endettement comme source de rendement

Ce système, il faut le dire sans détour, est ubuesque dans sa construction. Il repose sur l’idée que l’endettement public ne doit plus être un outil d’investissement collectif à coût maîtrisé, mais une source régulière de rendement pour ceux qui disposent de capitaux à placer. Les États empruntent, les marchés prêtent, les intérêts s’accumulent, et la facture est réglée par ceux qui ne peuvent ni déplacer leur résidence fiscale, ni optimiser juridiquement leur contribution, ni se réfugier sur une île où l’herbe est plus verte. Autrement dit, par la classe moyenne enracinée, celle qui travaille, consomme, paie et se tait.

 

La Suisse, une anomalie indécente

La Suisse, dans ce paysage, fait figure d’anomalie indécente. Un pays qui dispose encore de sa monnaie, de sa banque centrale, de marges de manœuvre budgétaires, d’un rapport relativement sain entre dette et richesse produite, et qui démontre, par sa simple existence, que le modèle européen n’est pas une fatalité historique mais un choix politique. C’est précisément pour cela qu’elle dérange : non parce qu’elle serait hostile à l’Europe, mais parce qu’elle prouve qu’une autre organisation est possible, sans austérité permanente, sans dépendance structurelle aux marchés, sans culpabilisation morale du contribuable.

 

Le perdant est toujours le même: le peuple

Qui gagne avec les Bilatérales III ? Certainement pas le salarié suisse, ni l’indépendant, ni l’artisan, ni le contribuable captif. Les gagnants sont connus: les grandes institutions financières, les fonds d’investissement, les détenteurs de capitaux mobiles et les structures qui vivent très bien de la dette publique. Enfin, les acteurs qui adorent les monnaies stables tant que d’autres paient la facture.

 

Disqualifier la Vérité

On vous dira que ces Bilatérales c’est pour votre Bien. Que c’est pour la stabilité, pour la crédibilité internationale, pour éviter les dérives. C’est disqualifier la vérité, car c’est exactement ce qui a été dit à d’autres peuples, avec les résultats que l’on connaît : dettes toujours plus élevées, pression fiscale accrue, services publics sous tension, classes moyennes fragilisées, pendant que les détenteurs de capital, eux, continuent de bénéficier d’un système conçu pour les protéger. Le système fonctionne, certes, mais il fonctionne contre ceux qui n’ont pas la possibilité de s’en extraire.

 

Pourquoi payer pour des erreurs que l’on n’a pas commises ?

Refuser les Bilatérales III n’est donc ni un caprice souverainiste ni un réflexe passéiste. C’est un acte de lucidité politique. C’est reconnaître que la souveraineté monétaire, fiscale et institutionnelle n’est pas un luxe archaïque, mais une condition minimale pour éviter que l’État ne se transforme en simple collecteur d’impôts au service de rendements privés.

Dans un continent où la dépossession avance à pas feutrés, où les décisions essentielles se prennent toujours ailleurs, la Suisse a encore ce privilège rare : le choix. Il serait tragique de s’en défaire volontairement, au nom d’une modernité qui n’a plus grand-chose à offrir, sinon la promesse polie de payer longtemps pour des erreurs que l’on n’a pas commises.

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