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Le Média Libre de La Suisse Indépendante et Neutre...

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Bilatérales III : «L’élégance de ne rien vous prendre, mais de vous retirer l’essentiel»

13 Décembre 2025, 00:05am

Publié par Louis GIROUD

Il faut reconnaître à l’Union européenne un art consommé de la dépossession douce. Rien n’est jamais brutal, rien n’est jamais frontal; tout se fait dans un vocabulaire si feutré qu’il finit par endormir les plus vigilants. Les Bilatérales III s’inscrivent dans cette tradition raffinée où l’on ne prend rien officiellement, mais où l’on vous retire progressivement l’essentiel, jusqu’à ce que vous découvriez, trop tard, que vous avez signé votre propre effacement.

Bilatérales III : «L’élégance de ne rien vous prendre, mais de vous retirer l’essentiel»

On nous répète que ces accords sont purement techniques, qu’ils ne touchent ni à la souveraineté, ni à la monnaie, ni aux fondements institutionnels suisses. C’est la grande blague du moment. Comme si le droit était neutre, comme si l’économie n’était qu’un échange de marchandises, comme si la monnaie n’était pas le cœur battant de toute organisation politique. Prétendre que l’alignement juridique n’a pas de conséquences politiques revient à expliquer que retirer les freins d’une voiture n’affecte pas sa trajectoire.

 

L'univers où les bénéfices des placements sont payés par les contribuables

Derrière cet alignement, se profile une logique profondément inquiétante, celle qui structure l’Union européenne depuis Maastricht. Une logique qui repose sur un principe pervers: priver les États de leur capacité à se financer eux-mêmes, les contraindre à emprunter sur les marchés financiers, et organiser autour de cette dépendance une architecture où la dette publique devient un produit financier permanent, nourrissant une rente privée garantie par l’impôt.

 

L’endettement comme source de rendement

Ce système, il faut le dire sans détour, est ubuesque dans sa construction. Il repose sur l’idée que l’endettement public ne doit plus être un outil d’investissement collectif à coût maîtrisé, mais une source régulière de rendement pour ceux qui disposent de capitaux à placer. Les États empruntent, les marchés prêtent, les intérêts s’accumulent, et la facture est réglée par ceux qui ne peuvent ni déplacer leur résidence fiscale, ni optimiser juridiquement leur contribution, ni se réfugier sur une île où l’herbe est plus verte. Autrement dit, par la classe moyenne enracinée, celle qui travaille, consomme, paie et se tait.

 

La Suisse, une anomalie indécente

La Suisse, dans ce paysage, fait figure d’anomalie indécente. Un pays qui dispose encore de sa monnaie, de sa banque centrale, de marges de manœuvre budgétaires, d’un rapport relativement sain entre dette et richesse produite, et qui démontre, par sa simple existence, que le modèle européen n’est pas une fatalité historique mais un choix politique. C’est précisément pour cela qu’elle dérange : non parce qu’elle serait hostile à l’Europe, mais parce qu’elle prouve qu’une autre organisation est possible, sans austérité permanente, sans dépendance structurelle aux marchés, sans culpabilisation morale du contribuable.

 

Le perdant est toujours le même: le peuple

Qui gagne avec les Bilatérales III ? Certainement pas le salarié suisse, ni l’indépendant, ni l’artisan, ni le contribuable captif. Les gagnants sont connus: les grandes institutions financières, les fonds d’investissement, les détenteurs de capitaux mobiles et les structures qui vivent très bien de la dette publique. Enfin, les acteurs qui adorent les monnaies stables tant que d’autres paient la facture.

 

Disqualifier la Vérité

On vous dira que ces Bilatérales c’est pour votre Bien. Que c’est pour la stabilité, pour la crédibilité internationale, pour éviter les dérives. C’est disqualifier la vérité, car c’est exactement ce qui a été dit à d’autres peuples, avec les résultats que l’on connaît : dettes toujours plus élevées, pression fiscale accrue, services publics sous tension, classes moyennes fragilisées, pendant que les détenteurs de capital, eux, continuent de bénéficier d’un système conçu pour les protéger. Le système fonctionne, certes, mais il fonctionne contre ceux qui n’ont pas la possibilité de s’en extraire.

 

Pourquoi payer pour des erreurs que l’on n’a pas commises ?

Refuser les Bilatérales III n’est donc ni un caprice souverainiste ni un réflexe passéiste. C’est un acte de lucidité politique. C’est reconnaître que la souveraineté monétaire, fiscale et institutionnelle n’est pas un luxe archaïque, mais une condition minimale pour éviter que l’État ne se transforme en simple collecteur d’impôts au service de rendements privés.

Dans un continent où la dépossession avance à pas feutrés, où les décisions essentielles se prennent toujours ailleurs, la Suisse a encore ce privilège rare : le choix. Il serait tragique de s’en défaire volontairement, au nom d’une modernité qui n’a plus grand-chose à offrir, sinon la promesse polie de payer longtemps pour des erreurs que l’on n’a pas commises.

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Non à l’empire de la paperasse ! Où l’on découvre que l’Europe moderne ne se gouverne plus, elle s’imprime

9 Décembre 2025, 12:16pm

Publié par Michel ROCHAT

L’empire bruxellois fonctionne comme un Scribe fou qui ne dort jamais, qui tourne à la caféine institutionnelle, qui secrète du règlement comme d’autres sécrètent du fiel, qui remplit la planète d’annexes, de préambules, de considérants, de notes de bas de page, de sous-alinéas, de sous-sous-alinéas, de renvois à des renvois qui renvoient eux-mêmes à des renvois précédents. Elle ne gouverne pas : elle photocopie le réel jusqu’à la suffocation.

Non à l’empire de la paperasse ! Où l’on découvre que l’Europe moderne ne se gouverne plus, elle s’imprime

Chaque minute qui passe, un nouveau règlement jaillit de Bruxelles pour dire à un citoyen européen comment se positionner par rapport à une courgette, un chameau, un chargeur USB ou une émotion vécue pendant ses loisirs. La bureaucratie n’est plus un moyen : c’est une forme de vie.

 

L’UE  c’est 70’000 pages de plus par an, comme si personne ne devait les lire

Depuis le traité de Lisbonne, l’UE a pondu environ 70’000 pages de texte nouveau par an. On ne parle plus d’un Parlement: on parle d’une imprimerie possédée. Une sorte de Gutenberg zombie qui n’a plus de frein moteur.

 

Le rapport Draghi recense 13’000 actes juridiques adoptés en cinq ans

Cela représente des montagnes de papier plus hautes que les Alpes suisses, mais sans la beauté, sans les chamois, sans rien — juste de la cellulose réglementaire, compacte comme une Ursula von der Leyen un lendemain de Conseil. Dans ce monde-là, la modernité consiste à cuire un œuf avec trois directives, deux règlements et un acte délégué qui vous explique comment tenir la casserole. L’homme moderne ne pèle plus une pomme: il l’accomplit selon la procédure CEE 2234/2027/Annexe VII-bis.

 

EconomieSuisse ou la quadrature du cercle: vouloir moins d’État en Suisse, mais importer plus d’État depuis Bruxelles

On pourrait presque admirer l’audace, presque. D’un côté: Economiesuisse réclame de soulager les entreprises du fardeau administratif. De l’autre : elle veut signer des accords institutionnels qui reviennent à brancher la Suisse à la centrale nucléaire du règlement bruxellois. C’est un peu comme militer pour la sobriété énergétique en installant un grille-pain géant dans son salon. Leur ligne peut se résumer ainsi: Moins de bureaucratie nationale, oui — mais plus de bureaucratie étrangère, tout de suite. Moins de règlements suisses excessifs  — mais tout en voulant en importer par palettes entières de Bruxelles.

Mais bien sûr ! Les adversaires des nouveaux accords n’exagèrent même plus: ils divaguent.

 

L’Europe, ce n’est pas Big Brother : c’est Big Brochure

Pourquoi Bruxelles fabrique-t-elle autant de textes ? Parce qu’elle ne sait faire que ça. L’Europe aime la norme comme d’autres aiment les chats. Elle cajole la norme. Elle dort avec la norme. Elle donne un prénom à la norme et lui tricote des projets de directives pour qu’elle ne prenne pas froid.

L’UE a conçu une logique propre: si un problème n’existe pas, on rédige une réglementation pour le faire apparaître. Le réel, lui, n’a plus qu’à suivre.

C’est l’inversion totale: l’univers n’a pas été créé en sept jours; Bruxelles en crée un nouveau chaque matin entre 8 h et 11h30, juste avant le déjeuner de travail où l’on présentera trois nouvelles stratégies-cadres pour optimiser la stratégie-cadre précédente.

 

La Suisse, ce pays déraisonnable qui croit encore qu’un citoyen doit comprendre la loi

Pendant que l’Europe se noie dans son océan de paragraphes, la Suisse continue d’entretenir une idée archaïque: la loi doit rester lisible. Pour un pays où la démocratie directe repose sur le fait que les citoyens lisent et comprennent les objets soumis au vote, l’arrivée du tsunami réglementaire européen reviendrait à diffuser du Wagner dans un hospice: tout le monde souffrirait, mais personne n’oserait le dire.

La moitié du droit économique suisse est déjà influencée par Bruxelles, souvent par transposition autonome — un concept unique au monde qui consiste à adopter la loi d’un autre sans qu’il ne l’ait demandée. Une sorte de syndrome de Stockholm législatif. La Suisse n’est pas encore dans l’UE, mais elle range déjà sa chambre selon les instructions du voisin.

 

L’usine à règles qui se prend pour un destin

On parle souvent de l’expansion des compétences de l’État. Mais l’UE, c’est mieux: c’est l’expansion d’un État sans visage, d’une bureaucratie sans propriétaire, d’une fabrique normative qui tourne seule, comme si les fonctionnaires avaient disparu mais laissé les machines réglées sur « production infinie ». Le cauchemar postmoderne, version Office du marché intérieur.

Au rythme actuel, d’ici 2050, il faudra un permis européen pour respirer correctement à l’intérieur d’un espace de travail partagé. Une respiration non conforme DEVIENDRA un problème de conformité environnementale, immédiatement soumis à révision. Bruxelles ne détruit pas la liberté : elle la reformate. En Times New Roman, 12 points, interligne simple.

 

Et si la Suisse disait NON à l’empire de la paperasse ?

La bureaucratie européenne n’est pas un danger abstrait. C’est un écosystème. Une jungle de classeurs où l’on n’avance qu’en dégageant des lianes de directives.

La Suisse peut continuer à respirer l’air frais des vallées ou inhaler la poussière réglementaire des couloirs de la DG COMP. Elle peut conserver ses procédures de consultation ou les troquer contre les mécanismes de decision shaping (mot magique qui signifie «vous parlerez quand on vous dira de parler»).

La Suisse n’a pas besoin de devenir la sous-préfecture helvétique du Règlement 32/84/UE.
Elle n’a pas besoin de se soumettre à la religion du formulaire.
Elle n’a pas besoin de transformer sa démocratie directe en simple branche locale du département «Compliance» de Bruxelles.

Elle peut dire non, tout simplement. Un mot court, léger, helvétique.
Un mot encore non réglementé par l’Union européenne.

 

Michel ROCHAT

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Suisse à dix millions d'habitants: la peur du manque face au déni du trop-plein

8 Décembre 2025, 23:52pm

Publié par Michel ROCHAT

Les adversaires de l’initiative voient le chaos partout… sauf là où il se trouve. Le pays déborde déjà de toutes parts; l’Office fédéral de la statistique revoit ses courbes tous les cinq ans parce qu’elles explosent en plein vol; l’énergie va manquer; les infrastructures sont saturées; les loyers étouffent la classe moyenne; l’agriculture recule; la nature fond comme le chocolat au soleil — mais non… attention, le chaos, le vrai, ce serait de freiner la machine.

Suisse à dix millions d'habitants: la peur du manque face au déni du trop-plein

Dans la bouche de Cédric Wermuth et consorts, la Suisse serait une sorte de Tamagotchi géant: si l’on ne nourrit pas la croissance démographique chaque matin, elle meurt. La réalité, elle, rappelle plutôt un aquarium dont la pompe a lâché: on continue d’ajouter des poissons parce que «ça fait joli», et quand l’eau devient laiteuse, on accuse le bocal d’être xénophobe.

 

Le chaos selon Wermuth, ce sont les gens qui remarquent qu’ils étouffent

Selon Cédric Wermuth, limiter la croissance démographique provoquerait «le chaos absolu». L’expression fait sourire. Le chaos absolu, chez lui, c’est quand le pays cesse d’ajouter 80'000 personnes nettes par an à son inventaire. Alors qu’en réalité, le chaos absolu, c’est:

– 214 TWh d’énergie consommés dans un pays qui n’en produit même pas la moitié;
– des villes qui bétonnent 2'000 m² de nature par heure;
– 260'000 immigrations nettes en 2023, soit un canton entier arrivé d’un coup;
– des loyers stratosphériques malgré plus de logements vacants qu’en 2002;
– des transports saturés, des écoles débordées et un système social chauffé au rouge.

Mais pour les adversaires de l’initiative, tout cela n’est qu’une «perception» — une atmosphère, une petite fatigue. La Suisse suffoque, mais le problème, nous dit Wermuth, ce sont les gens qui remarquent qu’ils étouffent.

 

«Vous détestez vos voisins, donc vous êtes méchants»

L’argument favori: «Le jour de la votation, 1,5 million de citoyens européens se demanderont s’ils doivent quitter la Suisse.»
Autrement dit: «Si vous votez NON à l’explosion démographique, vos voisins feront leurs valises, les enfants pleureront dans les rues et les chats se jetteront dans les fontaines.»

On atteint ici des sommets de dramaturgie subventionnée.

En face, les partisans de l’initiative rappellent simplement qu’un pays a encore le droit de décider combien d’habitants il peut absorber matériellement, sans se laisser dicter son avenir par un chantage émotionnel digne d’un soap opera. Le peuple suisse doit choisir sa politique démographique, pas sa psychiatre familiale.

 

La peur de la main-d’œuvre introuvable: quand la démographie devient drogue dure

Wermuth répète que sans immigration massive, nos hôpitaux fermeraient et nos aînés seraient «calmés aux sédatifs». L’image est forte: on dirait presque une menace. Mais elle masque des faits têtus.

Plus de population = plus de patients → plus de besoins → plus de pénurie.
C’est de la mathématique de base. Même les élèves des classes débordées peuvent suivre.

Chaque vague migratoire crée elle-même la demande d’une nouvelle vague. On appelle cela un système addictif.

La Suisse devient ainsi un organisme qui ne peut plus fonctionner sans perfusion démographique continue, alors même que cette perfusion provoque les symptômes qu’elle prétend soulager: surcharge des hôpitaux, explosion des primes, urbanisation sauvage, pression sur les sols et sur l’énergie.

Autrement dit: on éteint l’incendie avec un jerrican d’essence.

 

L’art de transformer une limite physique en péché politique

L’initiative parle de durabilité. De limites matérielles. D’énergie, de sols, de logements, de ressources. Les adversaires y voient… de la xénophobie.

C’est un classique: dès qu’on évoque la simple notion de capacité, on vous explique que vous détestez la moitié du monde.
Cédric Wermuth ressort même toute la panoplie historico-morale: antisémitisme d’antan, méfiance ancestrale, «culture dominante xénophobe».

On dirait le catalogue Manufrance de la mauvaise foi.

Pendant ce temps, les faits matériellement vérifiables continuent d’empirer: nature bétonnée, agriculture réduite de 1'143 km², consommation énergétique en hausse, besoins en infrastructures multipliés, systèmes sociaux sous pression.

Mais non: si la réalité vous gêne, c’est que vous êtes méchants.

 

«Plus on est, plus on rit!»

L’argument magique: «Partout où les gens aiment vivre, la prospérité augmente.»
Traduction: «Plus il y a de monde, plus c’est génial. Continuez à pousser, il reste peut-être un angle de trottoir à bétonner près de Zurich.»

Les partisans de l’initiative apportent pourtant une donnée simple, élémentaire, presque enfantine: un petit pays avec des ressources limitées ne peut pas durablement encaisser un million et demi de nouveaux habitants tous les vingt ans.

Ce n’est ni de droite ni de gauche: c’est géologique, géographique, thermodynamique.
La terre, elle, vote pour les limites.
Elle ne connaît pas les discours.
Elle connaît la charge maximale.

 

Le catastrophisme change de camp

Les adversaires de l’initiative jouent à se faire peur: «Fin de la prospérité!», «Fin des hôpitaux!», «Dépression nationale!», «Nos voisins qui fuient!»

Mais la catastrophe — la vraie, la matérielle, la mesurable — c’est la situation actuelle.
C’est la croissance incontrôlée qui dissout la Suisse réelle dans un brouillard statistique.
C’est la fuite en avant énergétique, urbaine, sociale et écologique.
C’est croire que la liberté d’un pays dépend de sa densité de population.

 

La Suisse est un bar à fondue:
– Il est convivial, chaleureux, accueillant — mais quand la table est pleine, elle est pleine.
– Ce n’est pas de la haine.
– Ce n’est pas de la peur.
– C’est juste éviter de renverser le caquelon sur tout le monde.

 

 

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«Bilatérales III»: le grand numéro d’emballage d’EconomieSuisse

8 Décembre 2025, 05:18am

Publié par Louis Giroud

Il existe une constante dans l’histoire politique suisse: chaque fois qu’un pan de la souveraineté est menacé, ce n’est jamais au nom de la contrainte, mais au nom de «l’efficacité». Ceux qui demandent d’abandonner une liberté n’ont jamais l’honnêteté de le dire. Ils expliquent que ce n’est pas une perte, mais une optimisation; pas un renoncement, mais une actualisation; pas un basculement, mais un simple ajustement.

«Bilatérales III»: le grand numéro d’emballage d’EconomieSuisse

Avec les accords «Bilatérales III», EconomieSuisse orchestre ce théâtre-là: une mise en scène savamment calibrée, saturée de chiffres prophétiques, de catastrophes modélisées, de raisonnements tautologiques et d’images destinées à dépolitiser ce qui, depuis 1848, relève pourtant du cœur battant de l’architecture institutionnelle suisse.

 

Transformer son intérêt sectoriel en impératif national

Nous sommes face à un cas d’école: un lobby économique se prenant pour une autorité morale, transformant son intérêt sectoriel en impératif national. Il faut observer cette mécanique de près, car elle dit bien plus qu’un simple rapport de force entre l’économie et le politique: elle révèle la manière dont une démocratie peut être anesthésiée par ceux qui prétendent la sauver de son propre peuple.

 

Le lobby et sa fable: l’Europe comme horizon indépassable

Le discours d’EconomieSuisse ne commence jamais par une question. Il commence par une conclusion: la Suisse n’aurait pas le choix. L’Union européenne serait le pivot, l’axe, la matrice et la colonne vertébrale de la prospérité helvétique. Le reste du monde — États-Unis, Chine, Inde — est relégué au rang de folklore commercial. Tout se passe comme si un éternuement à Bruxelles suffisait à faire s’effondrer l’industrie suisse. Nous sommes face à un récit, non à une analyse.

Aucun tableau sérieux n’est produit pour rendre compte de la diversification réelle des exportations suisses hors de l’UE, de l’importance croissante de secteurs peu ou pas dépendants du marché intérieur européen, du rôle déterminant de la stabilité institutionnelle suisse dans l’attraction des capitaux internationaux, ni de la faiblesse structurelle de nombreuses économies européennes. On passe également sous silence le fait que la balance commerciale est favorable à l’UE, faisant de la Suisse un client solvable plutôt qu’un mendiant dépendant.

 

La Suisse allongée à l’ombre d’un Maître

À la place, on répète que l’UE représente 450 millions de consommateurs comme on psalmodie un dogme. On cite des pourcentages d’exportations sans jamais examiner les secteurs concernés ni leur degré réel de dépendance réglementaire. On oublie surtout que l’économie suisse s’est construite précisément parce qu’elle a toujours refusé de faire dépendre sa souveraineté d’une seule puissance dominante. Ce que raconte EconomieSuisse n’est pas l’avenir, mais une fiction géopolitique où la Suisse deviendrait une principauté allongée à l’ombre d’un Maître. Une fiction qui arrange Bruxelles, évidemment, mais surtout les grandes entreprises incapables d’imaginer un monde où la prophylaxie réglementaire européenne ne leur servirait plus d’aiguillage permanent.

 

Le terrorisme prédictif: quand l’économie joue à l’apocalypse

Chaque fois qu’on demande à EconomieSuisse d’expliquer pourquoi la Suisse devrait accepter un mécanisme de reprise dynamique du droit européen, la réponse ne prend pas la forme d’une démonstration politique, mais d’une litanie de chiffres. Il ne s’agit jamais de données observées, mais de projections: une baisse du PIB de 7,1% à l’horizon 2045, 685 milliards de pertes cumulées, 50 milliards pour l’électricité, 5’200 francs de PIB par habitant. On se croirait à la lecture d’un bulletin météo pour l’année 2080.

Ces chiffres fonctionnent comme des épouvantails. Ils ne démontrent rien; ils effraient. Ils ne constituent pas une analyse, mais un instrument psychologique. Dans n’importe quel autre domaine, un modèle projeté à vingt ans serait accueilli avec la plus grande prudence. En politique européenne, il devient une loi sacrée. Le problème n’est pas l’existence du modèle en soi, mais ce qu’il remplace: la discussion, l’incertitude, le doute légitime et l’évaluation critique. L’économie cesse d’être un outil pour devenir une théologie, dont EconomieSuisse assume le rôle du clergé.

 

L’infantilisation technologique: «Votre Constitution est un smartphone»

On touche ici au sommet de la novlangue. Selon les promoteurs des Bilatérales III, ces accords ne constitueraient qu’une «mise à jour». Comme si la Constitution était une interface logicielle, la souveraineté un système d’exploitation et les cantons de simples icônes. Ce cadrage n’est pas anodin: il a pour fonction explicite de dissoudre le politique dans le technique.

On explique ainsi qu’il ne s’agirait pas d’une transformation institutionnelle, mais d’une question de compatibilité; pas d’un changement de régime juridique, mais d’un simple correctif; pas d’un transfert de compétences, mais d’une synchronisation nécessaire. La réalité est pourtant beaucoup plus simple: cette prétendue «mise à jour» impose que le droit européen devienne la référence chaque fois que la Suisse souhaite conserver un accès au marché. Il s’agit d’un mécanisme d’intégration juridique automatique. Non pas une maintenance, mais une absorption. Non pas une adaptation, mais une dépendance programmée. Ce discours ferait sourire s’il ne concernait pas un pays dont l’originalité institutionnelle constitue l’un des rares miracles politiques de l’histoire moderne.

 

La neutralisation du peuple: un vieux fantasme technocratique

Dans le récit d’EconomieSuisse, le peuple apparaît comme un obstacle plus que comme un sujet politique. On lui concède poliment un référendum, à condition qu’il soit rituel et non décisif: un vote destiné à valider une ligne déjà tracée ailleurs, un geste civique décoratif. Derrière le langage apaisant sur le «respect des processus démocratiques», une vérité nue se dessine: ces accords ne peuvent exister qu’en rendant l’exercice de la démocratie directe impossible.

Une fois la Suisse insérée dans la logique de reprise dynamique du droit européen, tout rejet futur devient simultanément économiquement punissable, juridiquement risqué et politiquement irréversible. Le label «démocratie directe» subsisterait comme une «guirlande», ou comme une boule qu’on accroche au sapin de Noël. Ce que l’Union européenne n’obtiendrait jamais par un vote populaire limpide, ses partisans cherchent à l’obtenir par l’épuisement du droit, par de la sophistication procédurale et la culpabilisation civique.

 

L’oubli stratégique: la Suisse est forte parce qu’elle est singulière

L’argument le plus dévastateur contre les Bilatérales III n’est pas idéologique; il est historique. La Suisse est prospère parce qu’elle refuse l’alignement, cultive la neutralité comme un outil stratégique, protège son fédéralisme, garantit la lenteur démocratique face à l’accélération technocratique, demeure dépositaire d’une souveraineté normative que d’autres ont abandonnée et offre au capital une stabilité que Bruxelles est incapable de fournir. Elle maintient une qualité de décision politique en phase avec son tissu social et assume le coût de sa liberté pour en récolter les bénéfices. On lui demande aujourd’hui de détruire ce qui fonctionne pour se livrer à ce qui ne fonctionne plus.

 

L’emballage de la fausse «Fête» devient une faute politique

Les promoteurs de ces accords ne proposent pas un avenir; ils organisent une résignation. Ils souhaitent que la Suisse devienne ce que l’Europe est devenue: une zone administrative où la règle prime sur la liberté, la conformité sur la créativité et la centralisation sur la subsidiarité. Ils oublient que la Suisse n’est pas née dans un bureau bruxellois, mais dans un pacte, une structure fédérale et une méfiance ancestrale envers les appareils supranationaux.

L’emballage d’EconomieSuisse annonce un changement d’époque. Le lobby ne se contente plus d’influencer la politique; il cherche désormais à la remplacer. Dans ce discours, les choix deviennent des obligations, les alternatives des fantasmes, les réserves des archaïsmes et les opposants des irresponsables. Le peuple est progressivement présenté comme un problème, tandis que la souveraineté est réduite à un coût. Ce n’est plus un débat, mais un cadrage intellectuel destiné à rendre toute autre option impensable. Le lobby demande à la Suisse d’être «adulte», c’est-à-dire raisonnable, c’est-à-dire soumise. Ce lexique doit être refusé.

 

Pour une lucidité sans concession

Dire non à ce paquet institutionnel ne signifie pas dire non à l’Europe. Cela signifie refuser de confondre coopération et absorption, commerce et discipline, partenariat et tutelle. Aucune prospérité durable ne s’est jamais construite sur un renoncement à soi. Aucune innovation véritable ne naît de la conformité. Aucune démocratie digne de ce nom n’accepte que son droit dépende d’une instance extérieure. Aucun pays solide n’abandonne un avantage structurel pour satisfaire les fantasmes d’un lobby.

 

La Suisse a prospéré en résistant

La Suisse n’a jamais prospéré en s’alignant. Elle a prospéré en résistant. Ce n’est pas une posture, mais une réalité historique. L’enfumage d’EconomieSuisse ne doit pas nous tromper: derrière les modèles et les graphiques se cache une vérité simple. Ce que les partisans appellent «modernisation» est une mutation institutionnelle profonde. Ce qu’ils nomment «mise à jour» est une abdication enjolivée. Ce qu’ils présentent comme une «réalité économique» est un récit performatif destiné à empêcher toute autre pensée.

La Suisse n’a pas besoin de devenir l’annexe normative de Bruxelles pour continuer à inventer son avenir. Elle a besoin, comme toujours, de rester maîtresse de ses choix — même lorsque ceux-ci déplaisent à ceux qui rêvent d’une démocratie sans citoyens.

 

LOUIS GIROUD

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«Bilatétales III»: homologation d'une mise sous tutelle

7 Décembre 2025, 23:13pm

Publié par Louis Giroud

Un matin, le Conseil fédéral s’est levé avec l’idée lumineuse d’adopter le vocabulaire des lobbyistes européens. Pas un débat, pas un soupçon de décence institutionnelle. Juste un copier-coller direct de Bruxelles, comme si la Suisse avait enfin décidé d’abandonner les préliminaires pour entrer dans la relation toxique par la grande porte.

Le pays de la démocratie directe se retrouve à reprendre le jargon de ceux qui rêvent de voir sa démocratie sous tutelle. Le tour de magie est simple: rebaptiser un paquet d’accords explosifs en “Bilatérales III” pour le faire passer pour une suite logique, une continuité, une évidence quasi administrative. Le genre de manipulation linguistique qu’affectionnent les régimes qui ne veulent surtout pas qu’on lise les petites lignes.

 

Un label en trompe-l’œil, un pipeline vers la soumission

On vend au public un prolongement de la voie bilatérale. En réalité, l’intitulé sert à maquiller un virage brutal: l’abandon de l’égalité contractuelle au profit d’une relation verticale où l’UE donne les ordres et la Suisse coche les cases. Les “accords bilatéraux” avaient le mérite de la clarté: deux partenaires négocient, signent, appliquent. Le nouveau paquet appartient à une tout autre zoologie juridique. C’est un accord institutionnel: la Suisse reprend automatiquement le droit européen, se met sous la coupe d’un juge étranger, accepte des sanctions si elle ose respirer trop fort. Le marketing s’appelle “Bilatérales III”. Le produit réel: “Soumission 1.0”.

 

Un Conseil fédéral noyé dans les «lobbying papers»

La concordance voulait des conseillers fédéraux capables de se tenir à distance des propagandes, même quand elles sentent bon la moquette neuve de Bruxelles. Manifestement, cette capacité se perd. Le collège reprend un terme militant soufflé par les milieux économiques les plus euro-compatibles. Le Conseil fédéral n’explique rien, il répète. Il ne délibère plus, il s’aligne. On devine l’ambiance: les lobbying papers s’empilent, les arguments sont servis clé en main, les ministres hochent la tête comme des figurants dans leur propre film.

 

Des “clauses de sauvegarde” pour calmer les naïfs

Pour calmer les naïfs, on a inventé une “clause de sauvegarde”. Le genre de formule qui rassure les gens qui n’ont pas encore découvert les notes en bas de page. Officiellement, cette clause permettrait de freiner l’immigration “en cas de graves problèmes économiques ou sociaux”. Dans la réalité, elle exige l’autorisation préalable d’un comité mixte où Bruxelles distribue les permissions comme des jetons de parking. Il n’y a pas de sauvegarde: il y a demande d’indulgence. Et même lorsque Bruxelles consentirait à laisser la Suisse s’auto-défendre quinze minutes chrono, elle garderait le droit d’imposer des “mesures compensatoires”, c’est-à-dire des sanctions en costume trois pièces. Un garde-fou qui punit celui qui l’utilise: du jamais vu depuis les assurances-vie vendues aux naufragés.

 

Le leurre peint en rouge...

On ajoute ensuite une “clause unilatérale” dans le droit suisse, pour donner une impression d’indépendance. Du théâtre. Cette clause n’existe pas dans le traité, Bruxelles ne la reconnaît pas, et son activation violerait l’accord et déclencherait immédiatement les foudres européennes. C’est une alarme qui sonne dès qu’on l’effleure, et dont la notice d’utilisation commence par: “Ne pas utiliser”. Le Conseil fédéral la brandit pourtant comme preuve que la Suisse reste maîtresse chez elle. Une preuve qui n’a pas plus de valeur juridique qu’un post-it.

 

L’illusion du contrôle: la grande spécialité bruxelloise

Les deux clauses – la contractuelle et l’unilatérale – sont parfaitement synchronisées pour ne rien produire. Elles créent une illusion de maîtrise, un simulacre de souveraineté, une marionnette institutionnelle agitée devant un public distrait. La libre circulation reste intégrale, l’immigration continue sans frein, et chaque geste helvétique passe désormais au contrôle technique européen. “Bilatérales III”, c’est la version suisse du piège à guêpes: on attire avec un mot rassurant, et on referme la grille derrière.

 

La Suisse doit signer pour être punie

Les promoteurs du paquet racontent qu’il s’agit d’avancer dans la coopération. Le texte, lui, raconte autre chose: la Suisse doit reprendre le droit européen, s’exposer à des sanctions automatiques, renoncer à toute autodéfense juridique, et avaler une terminologie qui masque la nature réelle du projet. Le Conseil fédéral et les partis qui l’encouragent espèrent que la population suive sans regarder les détails. Mais l’histoire helvétique a parfois ce sursaut étonnant: quand le peuple lit les petites lignes, il devient subversif.

 

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Guy Mettan: au cœur des relations internationales, du journalisme et de la souveraineté suisse

3 Décembre 2025, 02:53am

Publié par Youtube - TheSwissBox Conversation

Figure bien connue du paysage médiatique et politique helvétique, Guy Mettan a traversé les mondes du journalisme, de la diplomatie économique et de l’engagement politique avec une constance rare : celle de défendre la pluralité des points de vue et l’indépendance des nations.

 

Ancien rédacteur en chef de la Tribune de Genève, ex-président du Grand Conseil genevois, fondateur du Business Club Romand et du Club suisse de la presse, Guy Mettan s’est imposé au fil des décennies comme une voix originale, parfois à contre-courant, dans le débat public suisse. Il a également présidé la Croix-Rouge genevoise et siégé pendant près de dix ans au Conseil de la Croix-Rouge suisse.

 

Auteur prolifique, Guy Mettan a notamment publié Russie-Occident, une guerre de mille ans, un essai marquant sur la russophobie, ainsi que Le continent perdu, plaidoyer pour une Europe souveraine, et un opéra-rock sur Guillaume Tell. Son parcours illustre bien ce que certains appellent « le brouillard de la guerre » informationnelle — cette zone d’incertitude où se croisent propagande, diplomatie, et recherche de vérité.

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EU–Suisse : Adrian Amstutz dénonce un «sous-développement souverain» orchestré depuis Bruxelles

1 Décembre 2025, 22:07pm

Publié par Compte rendu: DLLR

À l’heure où la Confédération examine le nouveau paquet d’accords institutionnels négociés avec l’Union européenne, la prise de position d’Adrian Amstutz, figure de Pro Suisse et responsable du dossier Suisse–UE, résonne comme un avertissement. L’ancien conseiller national voit dans ces textes non pas une « modernisation des bilatérales », mais une mise sous tutelle progressive de la démocratie helvétique. Dans un entretien accordé à Zukunft CH, il détaille un scénario qu’il juge préoccupant: « Bruxelles dicte – Bundesbern capitule »

À ceux qui estiment la Suisse mieux arrimée à l’UE qu’aux États-Unis, notamment après les tensions commerciales du mandat Trump, Amstutz répond par un diagnostic inverse. Selon lui, ni la conjoncture américaine ni la situation intérieure de l’Union ne permettent de bâtir une dépendance durable.
L’UE serait « engluée dans les crises économiques, politiques et financières »; quant à la Suisse, elle n’aurait d’autre boussole que ses principes fondateurs : neutralité, fédéralisme, démocratie directe, ouverture contrôlée au monde

 

Un basculement juridique majeur

Au cœur des critiques : l’adoption automatique de pans entiers du droit européen et la reconnaissance du rôle d’arbitre suprême du Cour de justice de l’Union européenne (CJUE).
Pour Amstutz, cette architecture conduirait à un affaiblissement « économique, démocratique et social » du pays, assorti d’obligations financières structurelles envers Bruxelles.
Il pointe le mécanisme de règlement des différends : présenté comme équilibré, il serait selon lui « un dispositif unilatéralement favorable à l’UE », le prétendu tribunal arbitral étant « lié aux décisions et à la doctrine de la CJUE » — un « simple cache-sexe » institutionnel.

 

Une inquiétude démographique

Amstutz insiste sur l’un des points les plus sensibles : l’intégration de la directive sur la citoyenneté européenne, qui élargit considérablement les droits de séjour et de regroupement familial.
Dans son analyse, la Suisse s’exposerait à une « nouvelle vague d’immigration massive », d’autant plus préoccupante que l’UE poursuit son processus d’élargissement vers les Balkans, l’Ukraine, la Géorgie ou la Moldavie.
Un afflux potentiel de « millions de candidats au séjour » mettrait à rude épreuve les infrastructures helvétiques déjà saturées, de la santé aux transports en passant par les loyers et les assurances maladies.

 

La question des référendums: un débat démocratique déplacé

Sur le terrain institutionnel, Amstutz juge «irrecevable» la position du Conseil fédéral, qui refuse l’idée d’un référendum obligatoire soumis au double oui du peuple et des cantons.
Il rappelle que des objets de portée bien moindre — de l’interdiction des cornes de vaches aux semaines de vacances — ont été soumis aux deux majorités.
À ses yeux, il serait incohérent que des accords impliquant la reprise automatique de lois étrangères, des sanctions potentielles contre des décisions populaires ou des contributions financières permanentes se voient exemptés de ce filtre démocratique fondamental.

 

Des accords sectoriels controversés

Trois domaines techniques cristallisent également les critiques:

Electricité : un accord qui, selon Amstutz, ne garantit en rien la sécurité énergétique en cas de pénurie. Les États voisins privilégieraient inévitablement leur propre population. La Suisse devrait, selon lui, rétablir une base de production nationale solide, incluant gaz et nucléaire.

Sécurité alimentaire : un « monstre bureaucratique » imposant aux cantons, aux boulangeries artisanales ou aux fromageries d’alpage des contraintes uniformisées susceptibles de faire disparaître de nombreux petits producteurs, au profit de grands groupes capables d’absorber ces normes.

Santé : un accord qui imposerait des obligations financières et réglementaires importantes tout en excluant la Suisse de toute participation décisionnelle. L’UE, en dernière instance, pourrait restreindre l’accès du pays aux dispositifs communs en cas de désaccord — un « souveraineté zéro, obligations pleines » résume-t-il.

 

La capitulation fédérale face à la logique d’intégration

La thèse centrale d’Amstutz repose sur une logique de glissement involutif:
dépendance juridique;

perte de maîtrise migratoire;

fragilisation des petites entreprises;

érosion du pouvoir populaire;

neutralité relativisée.

Selon lui, le Conseil fédéral et une partie du patronat — « les très grands groupes et leurs dirigeants étrangers » — verraient surtout dans ces accords des opportunités de simplification et de consolidation de marchés, quitte à laisser s’éroder la spécificité institutionnelle helvétique.
Les PME, pilier de l’économie nationale, seraient les grandes perdantes de ce « basculement vers un système bureaucratique hors échelle ».

 

Un débat ouvert, mais un avertissement appuyé

L’entretien se termine sur une invitation aux lecteurs à formuler leur propre position. Mais le message d’Amstutz est net :
accepter ces accords reviendrait à acter la première étape d’un alignement structurel qui ne dit pas son nom.
À ses yeux, seul un objectif peut expliquer un tel choix gouvernemental : le chemin discret mais réel vers un futur rapprochement formel avec l’UE.

 

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Bio - Adrien Amstutzt

Adrian Amstutz (né en 1953 à Sigriswil, BE) est un entrepreneur et ancien conseiller national suisse. Issu du secteur de la construction, il cofonda le bureau Amstutz Abplanalp Birri AG avant d’entrer en politique. Il devint maire de Sigriswil puis député au Grand Conseil bernois. Élu au Conseil national en 2003, il y siégea jusqu’en 2019, avec un bref passage au Conseil des États en 2011. Figure marquante de l’UDC, il fut président du groupe parlementaire à Berne de 2012 à 2017 et dirigea la campagne fédérale du parti en 2019. Après son retrait de la vie parlementaire, il a occupé des fonctions dirigeantes dans plusieurs organisations économiques, dont l’ASTAG, et siège aujourd’hui dans divers conseils d’administration. Il est également membre du comité de Pro Suisse.

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«Bilatérales III»: La Suisse n'aurait de valeur que lorsqu’elle s’abolit elle-même ?

29 Novembre 2025, 04:41am

Publié par Louis Giroud

Depuis la chute du « mur », un étrange ballet agite les hauteurs fédérales : des politiciens virevoltent sous le parapluie des organisations internationales comme de petits notables persuadés d’avoir reçu la Grâce de démontrer que la Suisse n’est pas un repaire d’idiots dont les ancêtres auraient trop tiré sur la « fée verte », mais un terreau d’esprits éclairés capables de relever la tête au moment opportun. Autrement dit : un pays prêt à s’aplatir avec l’enthousiasme appliqué d’un élève modèle rêvant d’être enfin convié à la table « étoilée ». Quant à la démocratie directe, elle glisse au rang de relique embarrassante, reléguée aux côtés des cors des Alpes, des toupins et des potets… Le Grütli peut bien se racornir ; l’essentiel, désormais, est que Bruxelles approuve.

Les élites helvétiques, qui pour la plupart n’ont jamais vraiment accepté d’être surveillées par le souverain, ont dès lors trouvé dans l’internationalisme institutionnel un refuge enthousiasmant. Là-haut, dans les étages feutrés de l’ONU, de l’OTAN ou de l’UE, aucun citoyen n’interrompt leurs rêves, aucun référendum ne vient saboter leurs élans visionnaires, aucune initiative populaire ne vient rappeler que le mot « peuple » n’est pas un concept rural mais une réalité organique. Dès que ça brille « là-haut », on accourt, on signe, on se prosterne, on s’invite à des conférences où l’on parle un anglais « fédéral » hésitant mais approbateur…

 

Une antiquité encombrante

Le problème pour tous ces gens-là : la neutralité est une antiquité encombrante. Et la souveraineté populaire, une anomalie embarrassante qui les empêche d’exprimer leurs visions éclairées. La démocratie directe apparaît comme un anachronisme rural, une coutume que l’on tolère encore faute d’avoir trouvé la procédure adéquate pour la dissoudre sans scandale — parce que, même avec le garde-fou de la double majorité peuple-cantons, elle fonctionne encore trop bien. Voilà le problème. Enfin, la neutralité, autrefois le joyau de la couronne helvétique, se voit traitée comme un bibelot embarrassant que l’on essaie de cacher avant l’arrivée des invités prestigieux.

 

Le jour où le peuple a cassé la machine

Souvenir cuisant des hautes sphères : décembre 1992. Le peuple et les cantons disent non à l’EEE. Une claque magistrale. Un rappel brutal : ici, ce n’est pas le Conseil fédéral qui commande. Le souverain, dans sa vulgaire obstination démocratique, rappela que la Suisse n’était pas un terrain vague disponible pour un projet impérial. Depuis, l’élite rumine cette humiliation comme un vieux fromage oublié dans une cave humide.

Relire aujourd’hui les procès-verbaux de l’époque a quelque chose de baroque. On y découvre un Conseil fédéral qui panique comme un étudiant surpris en train de copier. Certains s’effondrent dans le pathos, d’autres invoquent le destin historique, d’autres encore accusent le peuple de croire les « menteurs » — formule audacieuse, surtout venant de ceux qui, quelques années plus tard, prédisaient une immigration maximale de 8 000 personnes par an. On connaît la suite : ce fut dix fois plus. Les chiffres sont têtus, contrairement à la foi européiste.

 

Le grand cirque du « pas d’adhésion »

À défaut d’avoir obtenu la fusion directe par l’EEE, l’élite inventa le compromis à rallonge, un tour de passe-passe linguistique appelé « voie bilatérale ». Il suffisait de remplacer le mot « adhésion » par le mot « accord » pour rendre l’ensemble digeste, un peu comme on remplace l’odeur d’un médicament soluble par une fausse saveur de citron. Le résultat est toujours amer, mais l’arôme rassure. Une vraie trouvaille marketing.

Avec les bilatérales, la Suisse entra dans une longue suite d’arrangements où l’on donnait beaucoup en espérant ne pas recevoir trop d’injonctions. On promit à la population un ciel sans nuages : moins de criminalité, moins de demandeurs d’asile, moins de chaos.

En coulisses pourtant, les négociations ressemblent à une liquidation d’inventaire :
– libre circulation mal calibrée ;
– clause guillotine pensée par un esprit sadique ;
– promesses coûteuses emballées dans un optimisme technocratique délirant.

On a même eu droit à la grande fantaisie Schengen/Dublin : « moins d’asile », « moins de criminalité », « seulement 7,4 millions par an ». Aujourd’hui, les coûts dépassent les cent millions. Le mensonge technocratique a encore une fois tenu la distance d’une fusée en papier mâché.

 

L’UE 2.0, un empire qui ne cache plus son jeu

En 2008, Bruxelles annonce officiellement que la voie bilatérale est « finie ».
Fini le cabaret, place au vrai cinoche IMAX : la Suisse doit reprendre l’acquis communautaire, se soumettre aux juges étrangers, accepter une tutelle institutionnelle permanente. Une sorte de protectorat chic.

Viviane Reding résume l’idée avec une franchise presque rafraîchissante : les accords bilatéraux ont fait leur temps. Traduction : « Arrêtez vos bricolages helvétiques, passez au régime adulte : l’obéissance. »

 

Le Père Noël pour Bruxelles, le Père Fouettard pour la Suisse

Le dernier traité en date, négocié dans l’ombre et sans nom officiel, incarne cette volonté de faire croire que l’on avance vers un accord d’égal à égal tout en organisant une hiérarchie absolue. Le texte exige que l’UE fixe les règles, que sa juridiction dise le droit, que la Suisse finance le dispositif. Ce n’est plus une discussion, mais une prise d’otage en gants blancs.

Un texte qui promet :
– lois suisses déterminées ailleurs ;
– juges européens au sommet de la pyramide ;
– 350 millions par an, comme loyer de soumission.

Un traité qui ne ressemble à rien de bilatéral, mais bien à une version moderne du servage administratif. Le Conseil fédéral l’avait rejeté en 2021. En 2024, il l’accepte. Le courage change, les critiques restent.

 

L’illusion bilatérale : un décor qui s’appelle tutelle

La Suisse est sommée d’accepter que l’UE décide des normes, tranche les litiges, impose ses priorités, sanctionne les écarts et prélève son tribut. On nous assure qu’il ne s’agit que de continuité, qu’il n’y a aucune abdication, qu’il s’agit d’une modernisation, d’une consolidation, d’un progrès. Mais la vérité, elle, ne suit pas la liturgie officielle : aucun pays souverain n’accepterait de déléguer la production de son droit à un organe étranger sans reconnaître simultanément qu’il cesse d’être maître de lui-même.

Ce traité n’a rien d’un partenariat : c’est un acte d’obédience maquillé. La colonisation moderne n’a plus besoin de drapeaux ni de garnisons. Elle s’installe dans les traités, se glisse dans les clauses, se dissimule derrière des dispositifs juridiques où la souveraineté se dissout comme un sucre dans un café tiède.

La vérité est nue comme une statistique : ce n’est pas l’invite à une « table étoilée », c’est une «commission» emballée dans son papier hygiénique… Et ceux qui continuent à appeler ça « voie bilatérale » sont au mieux des illusionnistes. Des vendeurs de poudre de perlimpinpin. Des politiciens qui rêvent d’un pays sans peuple — un pays enfin gouverné par eux seuls...

 

La résistance d’un pays qui refuse de mourir proprement

La tragédie helvétique tient à cette contradiction: la population continue de vouloir un pays indépendant, tandis qu’une partie de l’élite rêve d’un État, dissous, délivré du fardeau d’un peuple qui vote mal de plus en plus souvent.

Cette tension donne à la Suisse un visage presque romanesque : celui d’une nation qui refuse de mourir proprement, malgré les efforts persistants de ceux qui aimeraient tant l’installer dans le grand cimetière doux des États qui ont abdiqué.

Reste à savoir si la lucidité l’emportera ou si le pays finira absorbé par une structure qui confond la puissance avec l’uniformité, et la modernité avec la capitulation.

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