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Le Média Libre pour une Suisse indépendante et neutre...

Islamabad: les conditions américaines refusées, l'avertissement sur le Golfe Persique

4 Mai 2026, 01:33am

Publié par Compte-rendu: Louis Giroud

Islamabad: les conditions américaines refusées, l'avertissement sur le Golfe Persique

Seyed Mohammad Marandi (*), membre de la délégation iranienne aux négociations d'Islamabad, a accordé une interview à Glenn Diesen depuis le Pakistan au moment précis où son convoi s'apprêtait à partir. Il sortait des pourparlers que l'administration Trump avait chargé JD Vance de conduire. Ce qu'il a décrit ne ressemble pas à ce que les milieux anti-guerre américains espéraient.

Déclaration initiale de Marandi

Si les États-Unis frappent à nouveau l'Iran, l'Iran ripostera immédiatement et détruira les infrastructures pétrolières et gazières de l'ensemble du Golfe Persique. Ces régimes sont complices. Toute frappe américaine passe aujourd'hui par leur territoire et leur espace aérien. La riposte iranienne ferait disparaître le pétrole et le gaz — de la mer Rouge comme du détroit d'Ormuz. De façon permanente. Un éventuel blocus naval de l'Iran retirerait également le pétrole iranien du marché mondial, aggravant encore la crise énergétique. Trump est en train de pousser vers la destruction de l'économie mondiale, vers une dépression économique mondiale — pas une récession, une dépression. Ce mouvement est déjà en cours.

 

Marandi a donné cette interview depuis le Pakistan, surveillant par la fenêtre le départ de son convoi, encore membre actif de la délégation iranienne. Il venait de sortir des négociations conduites par JD Vance. Trois points ressortent de son analyse: Vance serait aussi saisi par les intérêts pro-israéliens que Kushner; les pourparlers d'Islamabad n'étaient pas des négociations mais une remise de conditions de capitulation habillées en diplomatie; si l'Amérique revient à l'option militaire, les infrastructures énergétiques du Golfe Persique sont détruites et le monde entre en dépression, pas en récession. Tout cela dit en attendant un avion.

 

Propos de Marandi — Vance, les négociations, la position iranienne

Ceux qui affirment que Vance est différent de Whit et de Kushner se trompent. Il serait embarqué par les forces qui dominent sa politique, comme tous les autres membres de cette administration. Croire qu'il existe des factions au sein du régime Trump plus distantes du lobby sioniste relève d'une naïveté extrême. Les négociations d'Islamabad l'ont montré clairement: l'intention de Vance et de ses deux accompagnateurs n'était pas de trouver une solution.

 

Un des points de blocage autour d'un éventuel accord de paix portait sur la mise en place d'un système de péage dans le détroit d'Ormuz — l'Iran, peut-être avec la participation d'Oman, exigeant des réparations par ce mécanisme. Dans un premier temps, les États-Unis s'y sont opposés, puis ont paru vouloir y prendre part. Marandi précise qu'il n'est pas certain de l'exactitude complète de ces informations ni de leur incidence réelle sur les négociations. Il n'a pas encore accès au bilan complet des discussions, mobilisé depuis son arrivée à Islamabad par les demandes médiatiques.

 

Sur le fond juridique: le contrôle iranien du détroit d'Ormuz est conforme au droit international maritime. Mais le droit international n'existe plus vraiment. Ce qui prévaut désormais, c'est la loi de la jungle. Dans ce cadre, Vance a exigé la capitulation sur plusieurs points touchant au cœur de la souveraineté iranienne. Ces exigences ne sont pas acceptables. L'Iran n'a pas perdu la guerre. C'est un pays souverain qui n'a commis d'agression contre personne. Les demandes de l'empire sont inacceptables à plusieurs niveaux. L'Iran n'est pas un pays ordinaire sur cette planète. Il se défend sans peur, il a des principes. Marandi soutient avec force que la République islamique d'Iran est de loin l'entité politique la plus intègre, en dépit de la propagande occidentale — et que la réalité commence à percer.

 

Au Pakistan, l'Occident et ses relais dans le Golfe ont tenté pendant des décennies de semer la haine envers l'Iran, largement en diffusant des idéologies extrémistes sur place. La délégation iranienne à Islamabad est traitée comme des célébrités, comme des héros. Cette popularité traverse le pays entier — toutes communautés confondues, tous segments de la société. La réalité perce. Marandi n'a aucun doute que les États-Unis n'atteindront pas leurs objectifs hégémoniques contre l'Iran et l'axe de la résistance. Il ne croit pas non plus que le régime israélien réussira contre le Hezbollah.

 

Le Hezbollah est, selon lui, la force la plus héroïque de cette lutte. Pendant deux ans et demi, il a engagé les forces israéliennes depuis le Liban, détournant leur attention et leurs ressources loin de Gaza, au prix de sacrifices immenses. Sur la Syrie, les documents émergent sur les politiques du gouvernement affilié à al-Qaïda qui a pris le pouvoir après la chute d'Assad. Ceux qui critiquaient l'intervention du Hezbollah en Syrie ont été réfutés: s'opposer à l'État islamique et à al-Qaïda était la seule décision correcte. Le Hezbollah a consenti les plus grands sacrifices pour le peuple palestinien et pour Gaza.

 

Les populations se réveillent à cette réalité. Selon Marandi, les récits occidentaux et ceux des États du Golfe ne sont pas fiables. Marandi se dit optimiste quant à l'avenir de la région, en dépit des jours douloureux qui viennent — en précisant qu'il est difficile de se concentrer car il surveille en permanence si le convoi démarre. L'empire sera défait dans l'ensemble de la région. La République islamique émergera comme une puissance en Asie occidentale capable de résister à l'hégémonie.

 

Échange Glenn Diesen / Marandi — les options américaines si les négociations échouent

Glenn Diesen demande: si les États-Unis ont quitté les négociations, quelles cartes leur reste-t-il à jouer en cas de retour à la guerre ? Il rappelle que Trump, pendant les pourparlers, publiait sur les réseaux sociaux en affirmant que des mines étaient retirées du détroit — les Iraniens ne sachant apparemment plus où les poser — et que des navires de guerre américains naviguaient déjà dans le détroit. La possibilité d'un blocus naval a également circulé, peut-être dans la presse plutôt que dans les déclarations de Trump directement. Pour Marandi il est probable que les États-Unis ciblent des infrastructures — ou des civils. Mais l'Iran ripostera immédiatement et détruira les infrastructures pétrolières et gazières dans l'ensemble du Golfe Persique, car ces régimes sont complices. Toute frappe américaine passe encore par leur territoire. Quand l'Iran frappe en retour, il n'y a plus de pétrole ni de gaz, ni depuis la mer Rouge ni depuis le Golfe. De façon permanente. Un blocus naval retirerait également le pétrole iranien du marché, aggravant encore la crise énergétique. Trump pousse vers la destruction de l'économie mondiale — vers une dépression mondiale, pas une récession. Ce mouvement est déjà enclenché.

 

Le contexte de l'interview

Le contexte dans lequel Marandi a tenu ces propos importe autant que leur contenu. Il était à Islamabad, membre de la délégation iranienne qui venait de sortir des négociations conduites par JD Vance. Il attendait son convoi en donnant cette interview. Tout ce qu'il a dit vient d'un homme présent physiquement dans la salle où ces négociations se sont déroulées — non depuis un plateau de télévision à Londres ou à Washington. Cette proximité confère à son évaluation un poids que la plupart des commentaires sur ces pourparlers n'ont tout simplement pas.

 

L'argument « Vance capturé »

Une théorie persistante circule dans les cercles libertariens, progressistes et conservateurs America First: JD Vance représenterait une faction au sein de l'administration Trump réellement plus sceptique à l'égard de l'influence israélienne, plus réticente aux engagements militaires à l'étranger. La version de cette théorie pose une rivalité interne entre l'aile néoconservatrice autour de Rubio et l'aile isolationniste autour de Vance — et suppose que des pressions adaptées pourraient renforcer la faction Vance pour sortir l'Amérique du bord du gouffre.

 

Marandi a balayé cette théorie. Vance est pris dans le même réseau d'intérêts pro-israéliens qui domine l'ensemble de l'administration Trump, et les négociations d'Islamabad le confirment. Vance n'est pas venu au Pakistan pour chercher une solution. Il est venu délivrer des conditions. La distinction est décisive. Un négociateur cherchant une solution entre avec de la flexibilité sur les résultats, avec une disposition réelle à accepter un accord que les deux parties peuvent vivre. Un négociateur délivrant des conditions entre avec un résultat prédéterminé et utilise le format de la négociation comme mécanisme de pression sur l'autre partie pour qu'elle l'accepte. Marandi décrit les pourparlers d'Islamabad comme relevant de la seconde catégorie. Des exigences multiples de capitulation iranienne sur des questions touchant au cœur de la souveraineté — le détroit, le programme nucléaire, les termes de tout accord — présentées non comme des positions d'ouverture dans une vraie négociation, mais comme des conditions non négociables à l'acceptation américaine. L'Iran, pays qui n'a pas déclenché cette guerre, qui négociait quand les premières bombes sont tombées, qui a absorbé des dommages militaires significatifs tout en maintenant le levier stratégique du détroit, n'a aucune raison d'accepter des termes de capitulation.

 

La loi de la jungle

L'observation sur la loi de la jungle est le cadre analytique auquel Marandi revient régulièrement. Son argument n'est pas que le droit international est sans importance. Son argument est que le droit international a été rendu sans pertinence par la volonté démontrée de l'acteur le plus puissant du système de simplement l'ignorer quand s'y conformer n'est pas commode. Le contrôle iranien du détroit d'Ormuz est légal en vertu du droit maritime international. Le programme nucléaire civil iranien était légal au titre du TNP et surveillé par l'AIEA. L'Iran menait des négociations diplomatiques légitimes dans des cadres internationalement reconnus quand les frappes ont commencé. Tous ces faits juridiques se sont révélés sans pertinence pour la décision de bombarder. Dans le cadre de la loi de la jungle, la question n'est pas ce qui est légal. La question est ce que l'on peut se permettre de faire compte tenu de sa puissance relative. Le point de Marandi: l'Iran a démontré — par une résistance soutenue, par le maintien du levier du détroit, par les conséquences économiques infligées à l'économie mondiale — que la loi de la jungle joue dans les deux sens.

 

La puissance ne s'exprime pas uniquement par des campagnes de bombardement. Elle s'exprime aussi par la capacité à rendre le coût économique de l'agression insupportable pour l'agresseur. La puissance iranienne dans ce conflit n'est pas la supériorité militaire. C'est le levier du contrôle d'un goulet d'étranglement, combiné à la patience et à la capacité à absorber les coups — celle d'une population qui défend son territoire plutôt que projeter une force à l'étranger.

 

L'accueil de la délégation iranienne au Pakistan

Le détail de la réception au Pakistan est celui que les médias occidentaux ignorent le plus systématiquement, et il contredit directement le récit de l'isolement régional iranien. Marandi décrit la délégation iranienne traitée comme des célébrités, comme des héros — au Pakistan, pays qui n'est pas un allié iranien, qui entretient ses propres relations complexes avec l'influence américaine, qui compte une majorité sunnite, que les États du Golfe ont historiquement tenté de retourner contre l'Iran chiite par la diffusion d'idéologies extrémistes. Malgré des décennies d'efforts en ce sens et les milliards dépensés dans des programmes d'éducation religieuse destinés à créer une hostilité sectaire envers l'Iran, la délégation iranienne à Islamabad est reçue avec chaleur et admiration.

 

La théorie américaine et israélienne de cette guerre était que l'influence régionale iranienne s'effondrerait sous la pression militaire. Que les proxies abandonneraient la relation quand le parrain semblerait perdre. Que les populations des pays à majorité musulmane rejoindraient l'ordre occidental contre un Iran affaibli. Rien de tout cela ne se produit. Le récit de l'axe de la résistance — Iran, Hezbollah, Houthis, milices irakiennes face à l'hégémonie américano-israélienne — gagne en résonance régionale plutôt qu'il ne la perd, au fil des bombardements, parce que les populations de la région regardent ce qui arrive à l'Iran après ce qu'elles ont vu arriver à l'Irak, à la Libye, à la Syrie, à Gaza.

 

L'avertissement économique — dépression, pas récession

La dépression de 1929 a produit des conditions qui ont contribué à la montée du fascisme en Europe. Marandi décrit le potentiel d'un choc d'offre d'ampleur comparable — touchant simultanément l'énergie, l'alimentation, les intrants industriels et le transport, frappant chaque économie sur Terre sans substitution adéquate disponible à la vitesse et à l'échelle requises.

 

Sa conclusion finale est celle qui devrait peser le plus lourd. Cette destruction économique se déploie lentement. Elle n'est pas comme l'horreur immédiate et visible des immeubles bombardés en Iran. Elle ne produit pas les images viscérales qui génèrent une pression politique pour rendre des comptes. Elle s'infiltre dans les chaînes d'approvisionnement. Elle apparaît dans les prix alimentaires des semaines plus tard. Elle surgit dans les coûts des engrais qui touchent les prix alimentaires des mois après. Elle se compose en chômage, en faillites d'entreprises, en pertes de fonds de pension qui s'accumulent sur des années. Ceux qui ont pris les décisions qui l'ont produite seront passés à d'autres récits au moment où les conséquences complètes arrivent. Et ceux qui en paieront le prix ne relieront pas nécessairement leur souffrance à la décision spécifique prise dans une salle de négociation à Islamabad, où JD Vance a délivré des conditions de capitulation au lieu de chercher une solution.

 

Bilan

JD Vance n'est pas une force modératrice. La théorie selon laquelle une faction isolationniste au sein de l'administration Trump peut être activée pour mettre fin à cette guerre n'est pas corroborée par ce qui s'est passé à Islamabad. Les négociations n'étaient pas des négociations. C'était un mécanisme de remise de conditions. L'Iran n'acceptera pas la capitulation parce qu'il n'a pas perdu la guerre et qu'il est un pays souverain qui n'a agressé personne. Le récit régional se déplace vers l'Iran au fil des bombardements. Si l'Amérique revient à l'option militaire, les infrastructures énergétiques du Golfe Persique sont détruites et le monde entre en dépression. Ce sont les réalités stratégiques telles que décrites par quelqu'un qui était physiquement présent dans la salle où s'est joué le dernier chapitre de la diplomatie de cette guerre.

 

La réhabilitation du Hezbollah

L'argument sur la réhabilitation du Hezbollah est celui susceptible de provoquer le plus de controverses dans les audiences occidentales, mais il mérite un examen direct. La thèse de Marandi est précise: le Hezbollah a fait le choix stratégique d'engager les forces israéliennes depuis le Liban pendant le conflit à Gaza, détournant l'attention et les ressources militaires israéliennes, absorbant des dommages considérables dans le processus et faisant des sacrifices immenses. Que l'on accepte ou non le cadre du Hezbollah comme force «légitime» dépend des positions préalables sur l'organisation. Mais l'argument stratégique avancé par Marandi est documenté. L'engagement du Hezbollah a effectivement créé un second front qui a contraint les planificateurs militaires israéliens à diviser leur attention et leurs ressources. Il a effectivement entraîné des pertes considérables pour le Hezbollah en personnel et en infrastructures. Il constitue bien un sacrifice significatif de la part d'une organisation qui aurait pu préserver ses forces en restant en dehors du conflit.

 

Sur la Syrie, Marandi pointe les documents émergents sur le gouvernement affilié à al-Qaïda qui a pris le pouvoir après la chute d'Assad, et soutient que l'intervention du Hezbollah contre l'État islamique et les groupes affiliés à al-Qaïda était le bon choix stratégique et moral. L'e-mail de Jake Sullivan de 2012 — dans lequel le futur conseiller à la sécurité nationale de Biden indiquait à Hillary Clinton qu'al-Qaïda était du côté américain en Syrie — fournit un appui documenté à l'argument selon lequel les groupes que le Hezbollah combattait en Syrie bénéficiaient du soutien américain. Ce n'est pas une affirmation que Marandi a inventée. C'est une communication documentée du gouvernement américain.

 

La distinction dépression / récession

L'avertissement sur la dépression et non la récession est l'évaluation économique que chaque gestionnaire de fonds de pension, chaque banque centrale et chaque ministère des finances devrait soumettre à des tests de résistance dès maintenant. Marandi établit une distinction précise: si l'Amérique revient à l'option militaire, frappe les infrastructures iraniennes, et que l'Iran riposte en détruisant les infrastructures énergétiques du Golfe, la conséquence n'est pas une perturbation temporaire que l'économie mondiale absorbe. C'est une suppression permanente. Plus de pétrole, plus de gaz, plus de GNL, plus d'engrais, plus de pétrochimie — ni depuis le Golfe Persique, ni depuis le corridor de la mer Rouge, ni depuis le détroit, tout simultanément.

 

La différence économique entre une récession et une dépression est la différence entre une contraction temporaire et un effondrement structurel des systèmes qui organisent la façon dont les sociétés produisent et distribuent les biens. Les récessions sont douloureuses mais récupérables dans un cycle économique. Les dépressions restructurent les économies à l'échelle d'une génération, détruisent la richesse accumulée, effondrent les systèmes d'emploi, produisent une instabilité politique qui survit à la crise économique pendant des décennies.

 

Compte-rendu: Louis GIROUD - 4 mai 2026

 

 

(*) - Biographie - Marandi

 

Seyed Mohammad Marandi est un universitaire, analyste politique et intellectuel irano-américain de premier plan. Il est reconnu pour son rôle de défenseur des positions géopolitiques de l'Iran dans les médias internationaux.

 

Parcours Académique: Il est professeur de littérature anglaise et d'orientalisme à l'Université de Téhéran. Il a obtenu son doctorat à l'Université de Birmingham au Royaume-Uni, où sa thèse portait sur l'orientalisme et l'époque romantique, notamment à travers l'œuvre de Lord Byron.

 

Rôle Politique et Diplomatique: Il a servi comme conseiller auprès de l'équipe de négociation iranienne lors des discussions sur l'accord sur le nucléaire (JCPOA).

 

Analyste Médatique: Marandi est une figure récurrente sur les chaînes d'information mondiales (comme Al Jazeera, CNN, RT ou la BBC), où il présente le point de vue de Téhéran sur les tensions avec Israël et les États-Unis. Il critique souvent ce qu'il appelle le "double standard" occidental et l'orientalisme dans le traitement médiatique de l'Iran.

 

Vie Personnelle: Né à Richmond, en Virginie (États-Unis), il est le fils d'Alireza Marandi, un ancien ministre de la Santé iranien et médecin personnel de l'Ayatollah Khamenei.

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Trump, le pyromane des droites souverainistes et identitaires

20 Avril 2026, 22:25pm

Publié par Louis Giroud

Trump, le pyromane des droites souverainistes et identitaires

L'Amérique frappe l'Iran, et ce sont les droites souverainistes et identitaires européennes qui boivent du petit lait… En s'arrogeant le rôle qu'il avait juré d'abolir — celui du gendarme unipolariste —, Donald Trump a dynamité la coalition idéologique qui portait ses couleurs sur le Vieux Continent. Orbán chute, Farage vacille, le Rassemblement national s'égare. Cette trahison est historique — et rien ne garantit que les choses s’arrangeront.

Le leurre anti-guerre, ou comment Trump a menti à ses frères

Voici la thèse centrale, et elle est dérangeante: Donald Trump, chantre autoproclamé de la rupture avec l'ordre néoconservateur, agit désormais comme le catalyseur d'un retour en force de l'hégémonie libérale-américaine. Les frappes contre l'Iran — lancées fin février, ciblant civils et dirigeants, accompagnées d'un armement systématique de groupes dissidents — ne sont pas une anomalie, une dérive, une erreur de trajectoire. Il faut y lire l'accomplissement logique d'une «pulsion unipolaire» que Trump n'a fait que masquer, le temps d'une campagne et d'un premier mandat, derrière les oripeaux du repli nationaliste.

L' «exception Trump» n'était qu'un leurre rhétorique — une promesse de paix qui n'engageait que ceux qui y croyaient. En se faisant le relais des intérêts stratégiques d'Israël, en épousant sans réserve la logique du changement de régime, le président américain signe l'acte de décès politique de l'anti-interventionnisme qu'il avait vendu comme sa marque de fabrique. Et ce faisant, il scie la branche sur laquelle reposait tout un pan de la droite européenne.

 

Orbán, première pièce du domino

La première victime collatérale de ce revirement n'est pas une abstraction géopolitique. Elle a un nom, un visage, quatorze ans de pouvoir: Viktor Orbán. Fidesz, longtemps présenté comme le rempart souverain contre les diktats de Bruxelles, s'est effondré sous la double pression d'une opinion publique européenne rendue anxieuse par le chaos extérieur et d'une offensive institutionnelle de l'Union européenne qui avait patienté, attendant son heure.

L'ascension fulgurante du parti Tisza, dirigé par Péter Magyar et adoubé par Bruxelles, illustre ce basculement avec l'éloquence des faits accomplis. On y discerne la main d'un réseau lié à George Soros — formule employée ici en conscience, parce qu'elle nomme une réalité organisationnelle que la pudeur académique dissimule volontiers sous des circonlocutions. Mais au-delà du marqueur rhétorique, la mécanique est implacable: ce à quoi on assiste, c'est à un démantèlement rapide de quatorze années d'illibéralisme hongrois, rendu possible par un alignement trumpien sur une politique de force qui prive Orbán de son argument de légitimité extérieure le plus précieux.

Car c'est là l'ironie cruelle du dénouement: en devenant l'homme de la guerre, Trump a ôté au premier ministre hongrois son bouclier symbolique. Tout l'édifice de communication orbániste reposait sur une promesse implicite — être le partenaire d'une Amérique enfin «anti-système», enfin réconciliée avec les nations et hostile aux aventures impériales. Cette Amérique-là n'existe plus, si tant est qu'elle ait jamais existé. La reconquête de la Hongrie par les forces pro-européennes n'est donc pas un simple accident électoral domestique: c'est une conséquence géopolitique directe, le premier effet visible d'un tremblement de terre dont l'épicentre se trouve à Washington.

 

La droite populiste, désormais illisible à elle-même

L'élément déclencheur de la crise que traversent les droites populistes européennes est d'abord psychologique. Les électeurs qui ont porté ces mouvements au pouvoir ou aux portes du pouvoir — hostiles à l'immigration de masse, méfiants envers Bruxelles, las d'une mondialisation qui les avait oubliés — ne sont pas pour autant des va-t-en-guerre. Leur ressentiment est domestique, leur horizon est national. La guerre les révulse autant que les élites qu'ils combattent.

Or Trump, en s'associant à l'escalade iranienne, rend ses alliés idéologiques européens — la Lega en Italie, le Rassemblement national en France, Vox en Espagne — spectralement indistincts de l'ancien système néoconservateur qu'ils prétendaient abattre. Le marqueur identitaire s'efface. Le récit s'érode. L'ennemi devient le miroir.

Dans ce désarroi surgit une hypothèse qui peut paraître paradoxale: c'est la gauche qui ramasse la mise. La gauche, traditionnellement affaiblie, structurellement divisée, idéologiquement épuisée depuis la fin du XXe siècle — cette gauche-là se repositionne en pôle de «coordination et de protection» face à la dérive belliciste américaine. Elle capte l'anxiété sécuritaire des classes moyennes inquiètes, des familles qui n'ont aucune envie d'envoyer leurs fils mourir pour des intérêts que Washington n'a jamais pris la peine d'expliquer. La vague de droite ralentit et s'inverse. Non par vertu idéologique, mais par mécanique électorale.

 

Farage, ou l'anti-système rattrapé par le système

Le Royaume-Uni n'échappe pas à cette dynamique. Nigel Farage, figure tutélaire du populisme brexiteur, dont toute la carrière repose sur une clarté d'ennemi — Bruxelles hier, l'establishment londonien aujourd'hui —, se trouve soudain dépassé par une configuration qu'il n'avait pas prévue. Des forces de gauche non traditionnelles — l'ambiguïté est ici délibérée: un Labour sous direction réformée, peut-être, ou des mouvements écologistes radicalisés — captent désormais une part de l'anxiété sécuritaire que Farage croyait lui appartenir de droit.

Les prochaines élections municipales britanniques constitueront un test décisif. Si Farage recule, la démonstration sera faite: l'alliance stratégique entre la droite identitaire européenne et l'aile trumpienne de l'Amérique est devenue un poison électoral, une étiquette dont on ne se défait plus une fois collée. L'anti-système s'est compromis avec le système le plus archaïque qui soit — celui de la guerre unipolaire.

 

La guerre comme virus : une pensée organique assumée

Un mot sur la méthode, parce qu'elle participe de la thèse. Cette analyse ne se contente pas de décrire : elle assume une part de prophétie. Le vocabulaire est médical, organique, parfois pathologique — effluvium, saturation des tissus, diathèse latente. Ce n'est pas une coquetterie stylistique. La guerre iranienne n'est pas un événement politique parmi d'autres : c'est un virus qui s'insinue dans le corps politique européen, qui contamine les anticorps avant même que le système immunitaire collectif ait pu réagir.

La perspective géopolitique est assumée, délibérément multipolaire. Le rétablissement d'un ordre géré, centralisé, hégémonique sous la double tutelle de Bruxelles et de Washington est dénoncé comme une régression historique — le retour d'une domination que l'on croyait vacillante. À l'horizon se profilent des pôles que l'on ne nomme pas toujours directement, mais que l'on sous-entend avec constance : la Chine, la Russie, le Sud global, acteurs d'une pluralité inéluctable que l'unilatéralisme américain ne ferait que retarder, au prix d'un sang dont il ne paiera pas l'addition.

 

Quelques bémols dans cette analyse...

La cohérence de la démonstration n'autorise pas l'aveuglement. Plusieurs angles morts méritent d'être nommés franchement.

La réflexion cède sans doute à une forme de téléologie simplificatrice. En attribuant à la seule guerre en Iran un basculement qui relève aussi de dynamiques internes — la corruption endémique des régimes illibéraux, l'usure naturelle du pouvoir, les recompositions générationnelles —, on fait de la guerre un déterminant total là où elle n'est peut-être qu'un révélateur. La chute d'Orbán, n'est pas entièrement soluble dans l'équation trumpienne.

Rien n'étaye pour le moment la montée de la gauche en Europe. Ce n'est qu'une réflexion par déduction — avec la fragilité que cela implique. C'est une démonstration théorique, et non une enquête journalistique approfondie.

 

Un retournement sans retour ?

Une constatation s'impose: en devenant le pompier pyromane de l'unipolarisme, Donald Trump a offert une victoire stratégique à ses adversaires libéraux européens. La droite souverainiste, dépossédée de son étendard pacifiste, se délite. La Hongrie bascule. L'Europe, par réflexe de survie autant que par conviction, se recentre autour des institutions qu'elle maudissait hier.

Mais une question demeure ouverte, et elle est redoutable : et si ce répit pour le libéralisme européen n'était qu'un feu de paille ? Car les longues courbes de l'histoire ploient vers la pluralité. La contraction actuelle de la droite occidentale pourrait n'être que le prélude à une fragmentation plus profonde, plus imprévisible, du monde post-américain — un monde dont personne, ni à Bruxelles ni à Washington, ne possède encore les cartes.

Louis Giroud - 20.04.26

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Propagande et contre-propagande: le grand théâtre hongrois, et ses miroirs occidentaux

19 Avril 2026, 15:04pm

Publié par Louis Giroud

Propagande et contre-propagande: le grand théâtre hongrois, et ses miroirs occidentaux

Dans la couverture que CNN consacre à la montée d'une opposition hongroise dénonçant la « machine Orbán », quelque chose accroche. Non pas que les faits soient faux — ils sont largement documentés. Mais le cadrage, lui, mérite examen. Car à trop vouloir distinguer les bons communicants des mauvais propagandistes, la presse internationale risque de reproduire exactement ce qu'elle prétend dénoncer.

Le récit commode du sauveur démocratique

L'article de CNN suit un schéma narratif bien rodé: d'un côté, un appareil d'État hongrois saturant l'espace médiatique de messages contrôlés ; de l'autre, de nouveaux élus courageux qui osent nommer la chose. Le contraste est saisissant, la lecture rassurante. Elle l'est peut-être trop.

 

Car si la concentration médiatique autour du pouvoir Orbán est réelle — vérifiable, chiffrée, attestée par Reporters sans frontières comme par le Parlement européen —, présenter les opposants comme simples porteurs de vérité revient à escamoter la moitié du tableau. Ces nouveaux élus ne sortent pas de nulle part. Ils ont appris à jouer d'un réseau de soutiens internationaux, à calibrer leurs sorties pour capter l'attention des rédactions occidentales, à nourrir un récit de la résistance qui, précisément, les rend médiatiquement attractifs. Ce n'est pas un reproche. C'est de la politique. Mais c'est aussi, techniquement, de la communication stratégique — c'est-à-dire de la propagande au sens premier, neutre, du terme.

 

Le problème n'est donc pas qu'ils mentent. C'est que CNN, en les relayant sans distance, adopte leur grille de lecture plutôt que d'en proposer une propre.

 

Le narratif de la presse au crible de ChatGPT

L'analyse de l’article de CNN par ChatGPT est révélatrice de la posture « politiquement correcte » de l’info mainstream.  L’IA identifie la «symétrie partielle» entre les techniques de communication des deux camps, elle note le rôle amplificateur des médias internationaux, elle concède que la vérité «se fragmente». Tout cela est correct. Mais le rendu souffre d'un défaut structurel propre aux modèles de langage: il équilibre par réflexe. Chaque accusation est compensée par une nuance, chaque nuance par une contre-nuance, jusqu'à produire une bouillie de prudences qui ne dérange personne. On appelle cela, en rhétorique journalistique, le « on the other hand » compulsif — cette manie d'offrir une sortie de secours à chaque camp pour ne froisser aucune sensibilité. Le résultat est un article qui, à force de ne rien trancher, ne convainc pas davantage qu'il ne dérange.

 

Ce que l’analyse IA évite soigneusement, c'est la question la plus inconfortable: pourquoi ce traitement à géométrie variable ? Pourquoi ce qui s'appelle «propagande» à Budapest s'appelle «orientation éditoriale» à Paris ?

 

Le biais de la maison de verre

Prenons le cas français, puisqu'il s'impose. La quasi-totalité des grands médias audiovisuels et de la presse quotidienne nationale y affichent, sans complexe, une ligne favorable à la construction européenne. Ce n'est pas un secret — c'est revendiqué, parfois présenté comme une évidence progressiste. TF1, France Télévisions, Le Monde, Les Échos, BFM TV: leurs lignes éditoriales sur l'Europe ne prêtent guère à ambiguïté. Or personne, dans la presse internationale, ne parle de « machine de propagande pro-Bruxelles » en France.

 

La différence invoquée sera celle-ci: en France, les médias sont indépendants du pouvoir politique, même s'ils partagent certaines de ses orientations. En Hongrie, les liens financiers et personnels entre l'État et les groupes médiatiques dominants sont documentés et directs. L'argument tient, jusqu'à un certain point. Mais il suppose que l'indépendance juridique garantit la pluralité réelle — ce qui est loin d'être démontré quand actionnaires, annonceurs et cercles de décision partagent les mêmes intérêts fondamentaux.

 

En d'autres termes: la propagande institutionnelle et la convergence éditoriale spontanée produisent des effets similaires sur le citoyen, même si leurs mécanismes diffèrent. L'une est contrainte, l'autre est consentie. Mais dans les deux cas, certaines questions ne sont pas posées, certains récits ne sont pas contredits.

 

Orbán, bouc émissaire pratique

Il y a dans l'acharnement médiatique occidental sur la Hongrie quelque chose qui dépasse le simple constat journalistique. Orbán est devenu, au fil des années, un personnage fonctionnel dans le récit européen: il cristallise tout ce que les démocraties libérales veulent croire qu'elles ne sont pas. Autoritaire, populiste, souverainiste, il est la figure repoussoir idéale — celle qui permet, par contraste, de ne pas trop examiner les dérives propres aux systèmes qui le dénoncent.

Cela ne signifie pas qu'il faudrait le défendre. Ses atteintes à l'indépendance judiciaire, au pluralisme médiatique, aux droits des minorités, sont réelles et graves. Mais l'usage politique qui est fait de sa figure — transformer chaque article sur la Hongrie en démonstration des vertus de l'Occident libéral — est lui-même un acte éditorial. Orienté. Reproductible à volonté.

 

Et c'est précisément ce que les nouveaux élus hongrois qui s'adressent à CNN ont compris: dans ce marché de la légitimité internationale, parler la langue des médias atlantiques, c'est déjà gagner la moitié de la bataille.

 

La propagande que l'on ne voit pas

Une analyse critique digne de ce nom ne se contente pas de relativiser les deux camps pour conclure à leur équivalence. Elle pose la question du cadre lui-même: qui décide de ce qui est propagande et de ce qui ne l'est pas ? Qui a le pouvoir de nommer ?

 

Dans le cas hongrois, ce pouvoir appartient largement aux institutions européennes et aux médias qui leur sont structurellement proches. Ce n'est pas complot — c'est alignement d'intérêts, phénomène autrement plus courant et moins visible. L'Union européenne a ses propres instruments de communication, ses campagnes d'influence, ses partenariats avec des ONG, ses financements à des médias « indépendants » dans les pays membres. Tout cela est légal, souvent utile, parfois légitime. Mais ce n'est pas neutre.

 

Prétendre qu'il existe, d'un côté, les démocraties qui informent, et de l'autre, les régimes qui propagandent, c'est entretenir une fiction commode. La réalité est que toute communication politique est mise en scène, que toute rédaction opère des choix qui sont aussi des partis pris, et que l'honnêteté intellectuelle consiste non pas à s'en indigner sélectivement, mais à en prendre acte systématiquement — y compris, et surtout, quand les partis pris en question coïncident avec les nôtres.

 

Les nouveaux élus hongrois dénoncent une machine. Ils en construisent une autre. CNN couvre leur dénonciation sans couvrir leur construction. Et le lecteur, pris dans ce jeu de miroirs, devra décider par lui-même où s'arrête l'information et où commence le récit.

 

Louis Giroud

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La défaite que Washington n’avait pas vue venir

13 Avril 2026, 10:55am

Publié par Alastair Crooke

La défaite que Washington n’avait pas vue venir

Une analyse d’Alastair Crooke met en lumière une séquence stratégique inattendue : ce qui devait être une démonstration de force américaine face à l’Iran s’est progressivement transformé en impasse militaire et diplomatique, révélant des fragilités profondes dans l’approche occidentale du Moyen-Orient.

 

Alastair Crooke - Iran: l’humiliation américaine, acte II

Une guerre pensée comme brève

L’opération engagée par Washington, avec l’appui d’Israël, reposait sur un postulat simple : une frappe rapide, ciblée, destinée à désorganiser le pouvoir iranien et à provoquer un effet domino interne.

Aux yeux de Donald Trump, l’Iran constituait un adversaire majeur, mais aussi une cible qu’il pensait vulnérable à une stratégie de décapitation politique et militaire. L’hypothèse implicite était claire : une combinaison de frappes aériennes et de pression psychologique suffirait à déclencher une déstabilisation interne.

Mais cette vision, largement intuitive, s’est heurtée à une réalité plus complexe. L’Iran n’a pas vacillé. Il a répondu.

 

La riposte iranienne et le basculement

La réaction de Téhéran a été immédiate, structurée, et surtout anticipée. Des frappes ont visé des positions américaines dans le Golfe, démontrant une capacité de projection intacte et une volonté d’escalade maîtrisée.

Ce moment constitue le véritable point de rupture du conflit. Ce qui devait être une démonstration de supériorité technologique s’est transformé en exposition des limites américaines.

L’analyse de Crooke est sans ambiguïté : l’appareil militaire américain, engagé dans une logique de puissance, s’est retrouvé confronté à un adversaire capable de jouer sur le temps, la profondeur stratégique et l’effet de saturation.

 

Le cessez-le-feu: une fiction diplomatique

Dans ce contexte, l’idée d’un cessez-le-feu global a émergé comme une tentative de stabilisation. Mais pour l’Iran, les conditions étaient claires : l’arrêt des hostilités devait s’appliquer à tous les fronts, y compris au Liban.

Cette exigence n’était pas un point de négociation. Elle constituait un préalable.

Dans un premier temps, Washington semblait s’y rallier. Mais après un échange avec Benjamin Netanyahu, la position américaine a évolué. Le Liban a été implicitement exclu du cadre, ouvrant la voie à une reprise des frappes israéliennes.

Les conséquences ont été immédiates : bombardements massifs de zones urbaines, forte mortalité civile, et surtout effondrement de la crédibilité du processus de désescalade.

 

Une dynamique régionale incontrôlable

Cette séquence révèle une réalité souvent occultée : la difficulté pour Washington de maîtriser ses propres alliances.

L’initiative israélienne au Liban ne relève pas seulement d’une logique militaire. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large visant à redéfinir l’équilibre régional, quitte à provoquer une escalade.

Certains observateurs israéliens eux-mêmes évoquent un risque de déstabilisation interne du Liban, voire de conflit civil. Une perspective qui, loin d’être accidentelle, pourrait correspondre à une logique stratégique assumée.

Dans ce contexte, la position iranienne agit comme un verrou : pas de cessez-le-feu partiel, pas de compromis fragmenté.

 

Une défaite qui ne dit pas son nom

C’est ici que l’analyse de Crooke prend une dimension plus radicale. Il ne s’agit plus d’un simple revers tactique, mais d’un basculement stratégique.

Les États-Unis se retrouvent confrontés à plusieurs limites simultanées :

- une usure accélérée de leurs capacités militaires;

- une efficacité contestée de leurs systèmes défensifs;

- une perte d’initiative sur le terrain diplomatique;

Cette situation conduit à un constat rarement formulé aussi explicitement : celui d’une défaite.

Ben Rhodes résume cette idée en une formule frappante : il est possible de perdre une guerre courte, et de la perdre complètement.

 

Trump face à l’impasse

Le revirement de Donald Trump, passé en quelques heures d’une rhétorique apocalyptique à une ouverture aux négociations, illustre l’ampleur du choc stratégique.

L’image rappelle un précédent historique : l’échec de l’opération américaine en Iran en 1980 sous Jimmy Carter, qui avait durablement marqué la perception de la puissance américaine.

Aujourd’hui, la situation présente des similitudes troublantes. Une intervention mal anticipée, une réaction adverse sous-estimée, et une sortie de crise devenue incertaine.a

 

Une négociation sous contrainte

Toute issue passe désormais par la négociation. Mais celle-ci s’inscrit dans un rapport de force profondément modifié.

L’Iran ne cherche pas simplement un cessez-le-feu. Il tente d’imposer une redéfinition des règles du jeu régional, en mettant en avant le coût économique et stratégique d’un conflit prolongé.

Pour Washington, cela implique des concessions. Des concessions qui heurtent non seulement les intérêts géopolitiques, mais aussi une certaine représentation de la puissance.

 

Vers un tournant historique ?

Au-delà des événements immédiats, cette crise pourrait marquer une rupture plus profonde.

Elle pose une question centrale : celle de la capacité des États-Unis à maintenir leur position dominante dans une région où les rapports de force évoluent rapidement.

L’Iran, en imposant ses conditions, ne cherche pas seulement à sortir du conflit. Il tente de briser un cadre stratégique installé depuis des décennies.

Reste à savoir si cette dynamique conduira à une stabilisation ou à une nouvelle phase d’instabilité.

Mais une chose semble acquise : la séquence actuelle a déjà laissé une trace durable. Celle d’une puissance contrainte de négocier dans une position qu’elle n’avait pas envisagée.

 

À propos de l’auteur

Alastair Crooke est un ancien diplomate britannique et ancien membre des services de renseignement. Spécialiste du Moyen-Orient, il a conseillé l’Union européenne et participé à plusieurs initiatives de médiation dans la région. Fondateur du centre de réflexion Conflicts Forum, il est aujourd’hui une voix influente dans l’analyse des transformations géopolitiques contemporaines.

 

Analyse d'Alastair Crooke à télécharger ci-dessous:

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Doctrine Samson: le vertige d’une escalade nucléaire entre Israël et l’Iran

13 Avril 2026, 09:48am

Publié par GPTV

Doctrine Samson: le vertige d’une escalade nucléaire entre Israël et l’Iran

Le spectre d’une confrontation directe entre Israël et Iran n’appartient plus au registre des hypothèses théoriques. Il s’impose désormais comme une possibilité stratégique discutée ouvertement dans certains cercles occidentaux.

Au cœur de cette dynamique, une notion rarement évoquée dans le débat public : la doctrine Samson, référence à une stratégie ultime de destruction réciproque. Inspirée du mythe de Massada, elle désigne la capacité — et la possibilité — pour Israël de recourir à l’arme nucléaire dans une situation jugée existentielle.

 

Ce scénario prend une résonance particulière dans un contexte où les négociations entre États-Unis et l’Iran s’enlisent, tandis que les équilibres militaires régionaux évoluent rapidement. L’Iran, souvent réduit dans les représentations occidentales à un régime opaque, apparaît en réalité comme un acteur stratégique structuré, doté de capacités asymétriques significatives, notamment balistiques et navales.

 

Le paradoxe nucléaire entre Israël et l’Iran

Un élément central du paradoxe géopolitique réside dans la position iranienne sur le nucléaire. Téhéran est signataire du traité de non-prolifération et a, à plusieurs reprises, interdit religieusement l’usage de l’arme atomique. À l’inverses, Israël, puissance nucléaire non déclarée, n’a jamais formalisé publiquement sa doctrine de dissuasion.

Dans ce contexte, certaines déclarations récentes — notamment issues de milieux liés à l’OTAN — évoquent l’hypothèse d’un recours à l’arme nucléaire comme option de dernier ressort. Cette perspective s’inscrit dans une logique d’escalade où chaque acteur cherche à compenser ses vulnérabilités.

 

Le détroit d’Ormuz, levier stratégique global

Le détroit d’Ormuz, que l’Iran peut perturber à tout moment, constitue un levier stratégique majeur, capable de désorganiser le commerce mondial. De son côté, Israël reste extrêmement exposé en raison de sa géographie réduite et de sa dépendance militaire à l’égard de Washington.

Pris entre impératifs diplomatiques et contraintes économiques, Donald Trump incarne lui-même cette tension stratégique, oscillant entre désescalade négociée et pression maximale.

 

La Chine et la recomposition des équilibres

Dans ce jeu d’équilibres instables, la Chine apparaît comme un acteur modérateur, soucieux de préserver ses intérêts énergétiques et commerciaux, tandis que l’Europe, et notamment la France, peine à retrouver un rôle diplomatique structurant.

Au-delà des postures et des discours, une réalité s’impose: la logique de confrontation, alimentée par des perceptions biaisées et des intérêts divergents, rapproche progressivement les acteurs d’un seuil critique. La doctrine Samson, longtemps reléguée aux marges de l’analyse stratégique, s’inscrit désormais dans le champ du possible.

 

Louis Giroud

 

 

Débat sur le plateau de GPTV

Sur le plateau de GPTV, Alain Corvez, Laurent Artur du Plessis, Lara Stam, Alexandre Achard et Nicolas Stoquer examinent les ressorts d'une escalade qui pourrait mener à l'irréparable.

 

Article intégral exhaustif à voir et à télécharger ci-dessous:

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«J’en n’ai RIEN À FOUTRE» s’ils ne négocient pas ! (pas nous)

13 Avril 2026, 09:20am

Publié par Thomas Veillet - Chroniqueur

«J’en n’ai RIEN À FOUTRE» s’ils ne négocient pas ! (pas nous)

On ne va pas dire que c’est une énorme surprise. On ne peut pas dire que c’était gagné d’avance, loin de là, mais pourtant, va falloir composer avec. Nous sommes donc repartis pour une semaine axée sur « la méthode Trump ». Vance s'est tapé 21 heures de discussions à Islamabad — sans parler du temps de vol pour faire l’aller-retour — tout ça pour ressortir de la salle avec le visage de quelqu'un qui vient de perdre au poker mais qui prétend déjà que l’autre a triché : « nous partons avec une proposition finale et notre meilleure offre. » En gros, il ne s'est rien passé. Rien. Nada. Zéro. Le néant diplomatique habillé en conférence de presse.

 

Par Thomas Veillet, chroniqueur - 13.04.2026

Same player shoot again

Et comme Trump ne peut physiologiquement et psychologiquement pas rester sans rien faire — c’est documenté, cliniquement — il a annoncé sa nouvelle « stratégie de la semaine » : le blocus naval du Détroit d’Ormuz. Effectif immédiatement. Ça plus le blocus des ports iraniens dès ce matin. Pour ceux qui n’ont pas écouté les experts de la télé depuis 2 mois et qui n’ont pas lu ces chroniques durant le même période — le Détroit d’Ormuz c’est l’endroit par lequel transitent environ 20% du pétrole mondial. Vous bloquez ça, et vous n’avez pas une crise de l’énergie, vous avez mieux, vous avez le remake de 1973 en préparation, version 4K HDR avec budget illimité et sans aucun plan de sortie ou une quelconque autre solution alternative. On est dans la merde et puis c’est tout.

 

Dès que Vance eut quitté Islamabad, les stratégistes du monde entier se sont jetés sur leurs calculatrices et sur ChatGPT pour essayer de faire une esquisse de ce qui pourrait éventuellement peut-être nous attendre et la conclusion est assez simple, rien de moins que le fait qu’une crise énergétique de grande ampleur nous attend au coin du bois. Ou plutôt au coin du détroit, devrais-je dire. On peut donc à nouveau considérer que la situation est « un poil » tendue. Ce matin au réveil, le pétrole version WTI est de nouveau de retour au-dessus des 100$. Même largement au-dessus des 100$, puisque là tout de suite, nous sommes à 104.82$ sur le baril. Et il est plutôt pratiquement certain que d’ici à que je publie cette chronique, que je finisse de l’écrire et de l’enregistrer, le baril a la capacité de faire à peu près n’importe quoi en fonction des publications de Trump tant qu’il n’est pas couché. Les futures S&P sont indiqués en baisse de 0.8% – ce qui est tout de même raisonnable et qui laisse supposer qu’il y a encore un peu d’espoir et que nous ne sommes pas encore en mode « panique totale ». Pas pour l’instant.

 

Soyons réalistes

Mais pour être honnête, qui est vraiment surpris en ce lundi matin ? Vous avez deux pays qui se détestent depuis que je suis né – et ça commence à faire un moment – et vous leur demandez de se mettre d’accord en 24 heures dans le lobby d’un hôtel d’Islamabad ? Il ne fallait pas non plus s’attendre à une explosion de bouchons de champagne dimanche matin sous prétexte que tout était plié. Les Américains ne veulent pas entendre parler du nucléaire iranien et veulent qu’Ormuz réouvre dans le quart d’heure et les Iraniens veulent de l’enrichissement nucléaire à profusion et ils veulent qu’on leur rembourse les dégâts des bombardements et si on se met à genoux devant eux, ils réouvriront « PEUT-ÊTRE » le détroit en facturant 2 millions de dollars le bateau qui passe.

 

Autant demander à un vigneron valaisan de servir du chasselas vaudois à sa cérémonie de mariage. C’était perdu d’avance. Alors vous me direz que c’est facile de dire ça APRÈS et qu’on est toujours plus intelligent APRÈS et c’est vrai. Mais en même temps quand vous avez deux camps qui arrivent à la table des négociations avec des demandes aussi éloignées les unes des autres, on ne pouvait pas non plus s’attendre à voir le baril à 60$ ce matin. Surtout avec un Donald Trump qui, on le sait, a une capacité de tolérance et de flexibilité proche de zéro. Alors bien sûr, tout n’est pas fini. Les frappes aériennes n’ont pas encore repris et l’Iran n’est pas encore à l’âge de pierre. Mais le Président Américain est en phase d’hyperexcitation sur le clavier de son smartphone et, à partir de là, on ne peut rien exclure venant de sa part.

 

C’est reparti pour un tour de manège

À l’heure où je vous parle, c’est-à-dire autour de 5 heures du matin, heure de Genève, c’est-à-dire dimanche soir, 23 heures, heure de Washington. Trump vient de déclarer aux journalistes avec le flegme et la diplomatie qu’on lui connait : « J’en n’ai rien à foutre si les Iraniens reviennent à la table de négociations ou pas ». Voilà. Après 50 ans de politique étrangère américaine au Moyen-Orient, des milliards et des milliards de dollars, plusieurs guerres, quelques milliers de morts et vingt et une heures de négociations à Islamabad — et on termine avec un « je m’en fous » balancé à la presse sans la moindre citation qui pourrait finir dans les livres d’histoire. On est bien loin de la longue liste des citations historiques que Churchill, Roosevelt ou Eisenhower nous avaient gratifié en leur temps. Trump a inventé le nihilisme géopolitique comme stratégie d’État. Desproges aurait adoré.

 

Donc au bilan final de ce week-end, les négociateurs ont constaté qu’il y avait des « divergences » qui – pour l’instant ne sont pas irréconciliables – mais il va falloir pas loin d’un miracle pour que d’ici 10 jours on trouve une solution qui empêche Trump de transformer l’Iran en grand parking. Aujourd’hui, à 16h00, juste après l’ouverture du marché à New York — le blocus entrera en vigueur. La Marine américaine va bloquer le détroit d’Ormuz et les ports iraniens. Tous les navires. Toutes les nationalités. Tous les pavillons, plus personne ne passera s’ils viennent des ports iraniens. Ce qui signifie concrètement que si un cargo battant pavillon panaméen essaie d’aller livrer des pastèques à Bandar dès ce soir, il croisera un destroyer américain. État de fait qui ouvre d’ailleurs sérieusement une autre question subsidiaire fascinante : est-ce que les membres de l’OTAN vont participer ? Réponse de Trump, dimanche soir : si l’OTAN ne l’aide pas, Washington examinera sérieusement sa relation avec l’organisation. Lui qui cherche la première occasion pour rompre le contrat avec l’OTAN, va pas falloir le pousser trop loin. Donc non seulement on bloque le Détroit, mais en passant on remet en question l’alliance militaire qui structure la sécurité occidentale depuis 1949. Comme ça. Simplement. Un dimanche soir. Entre deux tweets. On n’en parle pas trop pour le moment, mais il faut juste espérer que les Houthis n’aient pas la même idée que Trump et décident eux de bloquer le détroit de Bab al-Mandab, vous savez celui qui se trouve en face de Djibouti et qui permet de remonter au canal de Suez. Histoire de bien foutre la merde sur le « reste du commerce mondial ».

 

Pour être parfaitement clair au milieu de tout ça, le Président du Parlement iranien a répondu à Trump sur les réseaux sociaux — parce qu’évidemment en 2026 les crises militaires se gèrent sur les réseaux sociaux — avec cette formule qui a le mérite de la concision : « Si tu veux te battre, on se battra » Deux puissances nucléaires (l’une officielle, l’autre en cours de fabrication accélérée depuis que les négociations ont échoué) qui se répondent en moins de 280 caractères. C’est ça la diplomatie internationale en 2026 sous Trump 2.0.

 

L’Asie, les doutes et la prolongation du cessez-le-feu

Ce matin, soyons clairs, c’est de nouveau la merde. MAIS, le Wall Street Journal rapporte quand même que plusieurs pays travailent à ramener les deux parties à la table des négociations. La porte reste ouverte, un second round serait possible dans les jours qui viennent, et le cessez-le-feu de deux semaines pourrait être prolongé. On peut rêver. Sauf que Trump s’en fout. Et le blocus commence quand même à 16h00. Alors soit il bluffe — ce qu’on appelle dans les cercles académiques le TACO Pattern — soit il ne bluffe pas, et là on entre dans un territoire que personne, vraiment personne, n’a envie d’explorer. On parle donc de crise énergétique totale qui vous donnera envie d’acheter une voiture électrique comme le Premier Ministre français pousse à le faire entre deux épilations de sourcils et d’autres parlent carrément de « black swan » à venir. Moi personnellement, je parle de lundi matin avec beaucoup de liquidités et des positions légères pas trop risquées, parce qu’après pas mal d’années à décortiquer ces marchés, j’ai appris une chose : quand les gens qui normalement exagèrent commencent à être mesurés, c’est qu’ils ont vraiment peur.

 

Pour l’instant, la baisse des marchés asiatiques est mesurée. On dirait presque que voir le baril monter de 8% ne fait plus peur à personne tellement on est habitué. Le Nikkei et le Kospi Coréen sont en baisse de 1.3%, la Chine recule à peine d’un quart de pourcent pendant qu’Hong Kong recule de 1.46%. Et pendant que tout le monde est devenu expert sur Ormuz, Bab al-Mandab et que chacun connait la différence entre le Brent et le WTI, Ryosei Akazawa — ministre du Commerce japonais, négociateur commercial ET apparemment économiste du dimanche — est passé sur NHK pour expliquer que la Banque du Japon pourrait relever ses taux en avril pour renforcer le yen et contenir l’inflation pétrolière. Techniquement cohérent. Pratiquement inutile. Mais ça donne l’impression de faire quelque chose, ce qui en politique économique compte pour à peu près la moitié du travail. Le raisonnement : yen plus fort = pétrole importé moins cher en monnaie locale. Vrai. Sauf que le Japon importe 90% de son énergie, que son économie tourne à l’export, que son marché obligataire est structurellement fragile, et que remonter les taux dans ce contexte c’est soigner la fièvre avec un traitement qui risque de tuer le patient. Mais les spécialistes disent que « les discussions avancent bien ». Évidemment. Mais juste pour bien commencer la semaine, on se souviendra qu’en juillet 2024, la BOJ avait déjà monté les taux de 0.25% et une semaine après, le Nikkei avait perdu 12% intraday. Donc, ça serait pas mal qu’en pleine crise énergétique, on ne tape pas EN PLUS une crise financière. Bref, comme disait le gars qui tombait d’un immeuble en passant devant le 3ème étage : « jusque-là, tout va bien ». Et le rendement du 10 ans japonais est à 2.485%.

 

Conclusion en moins de 280 caractères

Voilà donc le tableau complet de ce lundi matin. Le pétrole à presque 105 dollars, un détroit bloqué par décret de smartphone, une alliance atlantique remise en question, des banques qui gagnent de l’argent sur le chaos ambiant — et quelque part à Téhéran, un Président du Parlement qui répond à la superpuissance mondiale en 280 caractères chrono : « viens te battre ». On a connu des débuts de semaine plus sereins. On en a peut-être connu des plus dangereux — mais franchement, on cherche encore lesquels.

 

Ce qu’on sait avec certitude, c’est que le TACO Pattern va être testé cette semaine encore une fois. Soit Trump bloque vraiment, soit il recule — et dans les deux cas, les marchés vont souffrir. Parce que si ça bloque pour de vrai, c’est la crise énergétique. Et si Trump recule, c’est la crédibilité américaine qui finit au fond du Détroit d’Ormuz avec les autres épaves. Déjà que la crédibilité en question n’est pas terrible — les porte-parole continuent quand même de dire que « les discussions avancent bien ». Pour être honnête, personne ne les croit.

 

En attendant : gardez des liquidités, regardez le baril, et méfiez-vous de quiconque vous dit qu’il a compris ce qui va se passer. Parce que la seule chose dont on puisse être absolument certain ce matin — après vingt et une heures de négociations à Islamabad, un blocus naval annoncé sur Truth Social et une alliance militaire fragilisée entre deux tweets — c’est que personne, mais alors vraiment personne, n’a la moindre idée de ce qui va se passer.

 

On se voit demain pour la suite des aventures d’Oncle Donald au Moyen-Orient. Amenez du pop-corn, beaucoup de café et une voiture électrique, tant qu’à faire.

 

Thomas Veillet - Investir.ch

 

« j’en ai rien à foutre s’ils reviennent négocier »

Donald J. Trump 45ème et 47ème Président Américain (et on espère pas 48ème)

«J’en n’ai RIEN À FOUTRE» s’ils ne négocient pas ! (pas nous)

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Une conférence de presse hors-sol à la Maison-Blanche

11 Avril 2026, 02:49am

Publié par Louis Giroud

Une conférence de presse hors-sol à la Maison-Blanche

La scène se voulait solennelle. Elle a viré à l’irréel

À la Maison-Blanche, Donald Trump apparaissait entouré du directeur de la CIA, du secrétaire à la Défense et du chef d’état-major. L’objectif affiché : commenter une opération militaire en Iran et adresser un message stratégique. Le résultat : une séquence où la rhétorique a progressivement supplanté les faits.

Dès les premières minutes, le ton est donné. Superlatifs en cascade, auto-satisfaction assumée, glorification systématique de l’armée américaine. L’opération décrite — un sauvetage de pilotes en territoire iranien — est présentée comme « historique », « sans précédent », voire « miraculeuse ».

Mais très vite, le récit bascule.

Entre propagande, foi et hyperbole

Dans cette conférence, les registres se confondent. Le militaire se mêle au religieux, le stratégique au symbolique. Pâques devient un cadre narratif. Dieu est invoqué comme acteur implicite de l’opération. Les pilotes ne sont plus seulement sauvés : ils sont « protégés ».

Les interventions successives des responsables — notamment John Ratcliffe et Pete Hegseth — prolongent cette tonalité. Le discours reste aligné : puissance absolue, maîtrise totale, humiliation de l’ennemi, supériorité technologique incontestée.

La logique interne du récit importe peu. Ce qui domine, c’est la construction d’un récit.

Une narration plus qu’une information

Les faits évoqués sont spectaculaires : centaines d’appareils engagés, opérations de diversion, extraction en terrain hostile, destruction de matériel pour éviter toute capture. Mais leur accumulation, sans nuance ni contradiction, produit un effet paradoxal: celui d’un récit qui s’éloigne de la crédibilité pour entrer dans une forme de mise en scène.

Le point de rupture apparaît lorsque le président évoque des « miracles en dix minutes » ou affirme que des populations bombardées demanderaient la poursuite des frappes.

À ce stade, la conférence ne relève plus de la communication stratégique classique. Elle glisse vers une forme de narration performative, où l’objectif semble moins d’informer que d’imposer une vision.

Une séquence révélatrice

Cet épisode illustre une mutation plus large : celle d’une communication politique où le réel devient secondaire face au récit. L’événement n’est plus seulement rapporté, il est reconstruit, amplifié, dramatisé.

Ce qui reste, au final, ce n’est pas tant l’opération militaire elle-même que l’impression laissée par sa mise en scène : celle d’un moment suspendu, entre puissance revendiquée et dérive rhétorique.

 

 

 

Ci-dessous - Accéder à la conférence de presse dans son intégralité

(analyse, sources et développement complet)

Mots clés - Conférence de presse Maison-Blanche, Donald Trump Iran, communication politique États-Unis, propagande militaire, discours politique analyse, CIA opération Iran, narration politique, géopolitique États-Unis

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Iran : pourquoi le récit du raid américain près d’Ispahan ne tient pas

11 Avril 2026, 00:37am

Iran : pourquoi le récit du raid américain près d’Ispahan ne tient pas
Présentée comme une opération de sauvetage de pilote, l’intervention américaine en Iran soulève des incohérences majeures. À mesure que les éléments émergent, une autre hypothèse s’impose : celle d’une opération plus vaste, centrée sur un objectif stratégique.

Le récit officiel existe. Le problème, c’est qu’il ne résiste pas à l’examen des faits.

L’opération américaine menée près d’Ispahan a été présentée comme un succès: récupération d’un pilote, absence de pertes, mission maîtrisée. Un schéma clair, immédiatement relayé.

 

Mais dès que l’on s’attarde sur la nature des moyens engagés, ce scénario devient difficile à soutenir.

 

Une mission de récupération de pilote obéit à des formats précis. Or ici, le dispositif mobilisé — plusieurs appareils lourds, une pénétration profonde en territoire iranien, une logistique conséquente — dépasse largement ce cadre. Ce décalage constitue une première faille.

 

Un second élément renforce cette fragilité: la localisation même de l’opération. La zone d’intervention se situe à proximité directe d’installations sensibles liées au programme nucléaire iranien. Cette proximité interroge. Elle suggère que l’objectif réel pourrait avoir été d’une autre nature.

 

L’analyse présentée lors du direct entre Idriss Aberkane et le journaliste d’investigation Pascal Clérotte avance une hypothèse structurée : l’opération aurait visé un stock d’uranium enrichi à 60 %, entreposé dans la région. Le scénario du sauvetage aurait alors servi de couverture en cas d’échec.

 

Les éléments connus — piste d’atterrissage improvisée, difficultés rencontrées sur le terrain, destruction des appareils — dessinent en effet une opération qui ne s’est pas déroulée comme prévu.

 

On ne mobilise pas un tel dispositif pour récupérer un pilote sans autre enjeu.

Au-delà de cet épisode, l’entretien élargit la perspective. Il évoque un détroit d’Ormuz toujours fonctionnel, des capacités iraniennes largement intactes, et des tensions croissantes au sein même du camp politique qui soutenait Donald Trump.

 

Ce qui se dessine n’est pas seulement une divergence d’interprétation. C’est un décalage entre un récit officiel stabilisé et une réalité plus complexe, moins maîtrisée, et potentiellement plus coûteuse qu’annoncé.

 

À retenir

  • Le dispositif engagé ne correspond pas à une mission classique de sauvetage.
  • La proximité d’Ispahan avec des installations nucléaires interroge sur l’objectif réel.
  • L’hypothèse d’une opération liée à l’uranium donne une cohérence d’ensemble.
  • Le récit officiel apparaît, au minimum, incomplet.

 

 

Accéder à l’analyse complète

Cet article propose une synthèse des principaux éléments.

Télécharger le dossier complet (version intégrale en PDF)
(analyse détaillée, sources et développement complet)

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Guerre Iran États-Unis 2026 : purge militaire à Washington et conflit dans l’impasse

3 Avril 2026, 19:15pm

Publié par Louis Giroud

En pleine guerre Iran États-Unis 2026, l’éviction du général Randy George, suivie de celle de onze autres officiers supérieurs, marque un tournant critique dans la gestion du conflit. Cette purge au sommet de l’armée américaine intervient alors que les opérations militaires contre l’Iran se poursuivent dans un contexte de fortes tensions stratégiques.

Guerre Iran États-Unis 2026 : purge militaire à Washington et conflit dans l’impasse

Depuis le lancement des frappes américaines le 28 février 2026, l’objectif affiché par Donald Trump était clair : neutraliser les capacités militaires iraniennes et rétablir un rapport de force favorable. Mais sur le terrain, la situation apparaît beaucoup plus incertaine.

Selon l’analyse de Régis Le Sommier, cette vague d’évictions révèle une fracture interne profonde au sein de l’appareil militaire. Avant même l’offensive, des réserves avaient été émises par le chef d’état-major Dan Caine : manque de soutien international, vulnérabilité des bases américaines, capacités de défense insuffisantes. Des avertissements aujourd’hui confirmés par l’évolution du conflit.

Guerre Iran États-Unis 2026 : une stratégie contestée en interne

La purge semble répondre à une logique de verrouillage politique et militaire. Dans un contexte où la guerre en Iran 2026 s’enlise, toute dissidence interne apparaît désormais neutralisée.

Le renseignement américain estime que seule une partie des capacités iraniennes a été détruite, laissant intact un potentiel significatif de missiles et de drones. Cette réalité contraste avec les déclarations officielles, alors même que les combats se poursuivent à un rythme soutenu dans la région.

Parallèlement, un cessez-le-feu temporaire a été évoqué, conditionné notamment à la réouverture du détroit d’Ormuz — point stratégique majeur du conflit — sans garantie de stabilisation durable.

Crise politique à Washington et gouvernance sous tension

La dynamique ne se limite pas au champ militaire. Le limogeage de la ministre de la Justice Pam Bondi, après celui de Chris Noem, alimente les critiques sur une concentration du pouvoir autour du président.

Des figures politiques comme Elizabeth Warren dénoncent une dérive institutionnelle, dans laquelle les appareils d’État seraient mobilisés à des fins politiques.

Dans le même temps, les soupçons visant le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, ainsi que la nomination de proches comme Charles Kushner, illustrent un fonctionnement fondé sur la loyauté personnelle plus que sur l’expertise.

Conflit Iran 2026 : vers une escalade incontrôlable ?

Sur le terrain, la guerre Iran 2026 continue de produire ses effets. Les frappes américaines ont récemment visé des infrastructures stratégiques iraniennes, tandis que Téhéran conserve des capacités de riposte importantes et maintient la pression dans la région.

Le détroit d’Ormuz reste au cœur des tensions, avec des négociations en cours sous médiation internationale, dans un climat de méfiance persistante entre Washington et Téhéran.

Malgré les déclarations optimistes de l’administration américaine, aucun des objectifs initiaux — affaiblissement décisif de l’Iran, stabilisation régionale, issue politique claire — n’est atteint à ce stade.

La guerre Iran États-Unis 2026 s’inscrit désormais dans une logique d’enlisement, où chaque acteur conserve des capacités de nuisance élevées, rendant toute issue rapide improbable.

Louis Giroud

 

 

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Impérialisme américain : un système de domination sans empire visible

1 Avril 2026, 13:53pm

Publié par Samir Saul

L’impérialisme américain ne repose plus sur des colonies ou une domination territoriale classique. Il s’exprime aujourd’hui à travers un système de contrôle informel, fondé sur la puissance militaire, l’influence économique et le rôle central du dollar dans les échanges internationaux.

Par Samir Saul, historien, professeur d'histoire à l'Université de Montréal

Impérialisme américain : un système de domination sans empire visible

Contrairement aux empires européens du passé, les États-Unis n’administrent pas directement des territoires. Leur influence passe par des relais locaux, des élites politiques et économiques intégrées au système, et des mécanismes de contrainte indirecte. L’usage du dollar comme monnaie mondiale constitue un levier décisif, permettant d’attirer les capitaux étrangers et de financer une économie largement dépendante de l’extérieur.

Ce modèle s’accompagne d’un discours idéologique destiné à légitimer l’action extérieure. Les notions de démocratie, de droits humains ou de liberté sont mobilisées pour justifier des interventions qui relèvent en réalité d’intérêts stratégiques et économiques. Ce récit vise principalement les opinions publiques occidentales, tandis que les pays concernés perçoivent plus directement les logiques de domination à l’œuvre.

Cependant, cet impérialisme informel montre aujourd’hui des signes d’essoufflement. Les échecs militaires, la crise financière de 2008 et la montée en puissance de la Chine et de la Russie ont remis en cause l’ordre unipolaire qui dominait depuis la fin de la guerre froide.

La mondialisation, longtemps présentée comme un horizon stable, apparaît désormais comme un facteur de fragilité. Dans ce contexte, l’Europe elle-même se trouve confrontée à des choix stratégiques coûteux, révélant une dépendance persistante vis-à-vis des États-Unis.

L’impérialisme américain entre ainsi dans une phase de transformation. Moins dissimulé, plus contesté, il s’inscrit dans un monde en recomposition, marqué par l’émergence d’un équilibre multipolaire encore instable, où les rapports de force continuent de structurer les relations internationales...

 

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Lawrence Wilkerson: Israël pourrait disparaître et lancer une frappe nucléaire

29 Mars 2026, 09:53am

Publié par Glenn Diesen - transcription SLR

Lawrence Wilkerson: Israël pourrait disparaître et lancer une frappe nucléaire

Compte rendu de l'entretien avec le colonel Lawrence Wilkerson

Ancien chef de cabinet du secrétaire d'État des États-Unis

Trump gagne du temps sans savoir comment en sortir

Sur les comptes à rebours successifs imposés à l'Iran — 48 heures, puis 5 jours, puis 10 jours — Wilkerson est catégorique: Trump essaie de racheter du temps, sachant qu'il en manque, sans connaître d'autre manière de procéder. Il a un cabinet suffisamment servile pour le suivre. Il ne sait pas comment s'en sortir. Il est dedans, profondément dedans, et il en prend conscience malgré sa mégalomanie qui s'intensifie chaque jour.

 

La principale personne qui l'a entraîné dans cette situation est Benyamin Netanyahou, lequel n'a aucune sympathie pour lui et l'emmènerait avec lui en enfer sans hésiter.

 

Parallèlement, Trump rassemble des forces à travers le monde. Pas assez pour envahir l'Iran — une telle tentative déclencherait selon Wilkerson une procédure de destitution soutenue par son propre parti. Ce qu'il fait, c'est regrouper des unités d'opérations spéciales: le 160e SOAR (régiment d'aviation des opérations spéciales), des Rangers, des éléments venus de Ramstein, d'Italie, du Japon. L'objectif apparent: frapper vite sur quelques îles du Golfe — Karg par exemple — causer des dégâts dans le principal port iranien, puis obtenir un mouvement dans des négociations qui, en réalité, n'ont pas encore eu lieu.

 

Les négociations: un mensonge

Ce que l'envoyé Witkoff a déclaré publiquement sur les négociations est selon Wilkerson un mensonge complet. Une source fiable lui a confirmé que Witkoff n'a pas rencontré un seul Iranien. Il a traité avec des Pakistanais, des Omanis, des acteurs offrant leurs bons offices. Pas un seul Iranien.

 

Dans ce contexte, Wilkerson cite le discours du ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghtchi lors de la réunion d'urgence spécialement convoquée à l'ONU, après le bombardement d'une école iranienne ayant causé la mort de nombreux écoliers. Abbas Araghtchi a déclaré: "Deux régimes nucléaires tyranniques ont attaqué mon pays. C'est la deuxième fois qu'ils torpillent la diplomatie." Il a énuméré: 600 écoles bombardées, des hôpitaux, des maisons de retraite, des ambulances fixes et mobiles, des sources d'eau, des sources de nourriture. "Tout cela constitue des crimes de guerre. Tout cela est le résultat du monde qui ignore la Palestine." Abbas Araghtchi a ensuite ramené la discussion à ce crime originel et conclu que l'Iran avait décidé de tenir.

 

Wilkerson note qu'Abbas Araghtchi est un diplomate hors pair, que Witkoff serait mort de peur à l'idée de se trouver dans la même pièce que lui, et que Witkoff et Kushner ne font que gagner de l'argent lors de leur tournée d'envoyés diplomatiques.

 

L'économie mondiale déjà fracturée

Wilkerson revient sur les répercussions économiques. 500 navires se trouvent au large du détroit d'Ormuz sans destination. Les équipages sont à bord — 10 à 12 personnes par bâtiment, soit environ 3 000 à 4 000 marins — bloqués. Le commerce mondial est interrompu d'une manière dont il ne se remettra pas avant des années.

 

Des matières premières dont on ignorait l'importance transitent par le détroit d'Ormuz: l'hélium, indispensable à la fabrication des puces informatiques les plus sophistiquées; l'urée, dont une proportion considérable emprunte ce passage. Deux trimestres consécutifs de contraction: selon la définition standard, les États-Unis sont déjà en récession. Il y a de fortes chances que cela devienne une dépression — une dépression mondiale. Historiquement, une telle situation ne se résout pas facilement, et encore moins lorsqu'on continue simultanément à bloquer les échanges mondiaux.

 

Wilkerson note que ni Scott Bessent ni Donald Trump ne semblent comprendre ce qu'ils infligent à l'économie mondiale. S'ils le savent, dit-il, ils devraient être arrêtés. Car il ne s'agit pas seulement des États-Unis: sept à huit milliards de personnes seront gravement touchées si le processus n'est pas stoppé très vite — et même un arrêt immédiat ne garantit rien, le processus étant déjà enclenché. Le pays est endetté à hauteur de 40 000 milliards de dollars au total. En Californie du Sud, le gallon d'essence dépasse 8 ou 9 dollars. La récession est déjà là. Pour qu'elle devienne dépression, il suffit que cela baisse encore un peu.

 

La guerre à l'ère de la mondialisation

Wilkerson rappelle un travail de réflexion mené au Naval War College: un mémoire sur les détroits critiques du monde. Il en avait identifié environ six ou sept dont le contrôle — aérien, naval, sous-marin, spatial — pouvait mettre le monde à genoux. Le détroit d'Ormuz n'était pas le plus grave des cinq principaux identifiés, mais il en faisait partie. Le Bab el-Mandeb et la mer Rouge étaient jugés plus sérieux. Introduire un élément perturbateur dans ces scénarios produisait déjà, il y a vingt-cinq ans, un monde très gravement désorganisé. La mondialisation d'aujourd'hui est bien plus avancée.

 

Il note par ailleurs que certains acteurs financiers semblent fomenter un conflit mondial et ne seront pas satisfaits tant qu'ils ne l'auront pas obtenu. Il les avertit: les récriminations seront lourdes. Personne ne pourra entrer et sortir du marché pour faire fortune face à un échange nucléaire, lequel serait la fin de la race humaine. Ronald Reagan en était lui-même arrivé à cette conclusion vers la fin de son second mandat.

 

Israël: effondrement militaire et impasse politique

Au Liban, la situation ne se passe pas bien pour Israël. Le Hezbollah a démontré une capacité remarquable à stopper les colonnes de chars: il détruit le char de tête, puis celui de queue, puis élimine ceux qui se trouvent entre les deux. Des tankistes israéliens abandonnent leurs véhicules et fuient sur les collines longeant les colonnes. Sept ou huit Merkava ont déjà été perdus dans une seule colonne.

 

Face à cela, Netanyahou a annoncé la mobilisation de 400 000 hommes supplémentaires. Wilkerson soulève immédiatement la contradiction: lors de la mobilisation précédente de 300 000 hommes, 30 % ne s'étaient pas présentés. Où trouver 400 000 autres ? Des personnes de plus de 65 ans, de moins de 18 ans ? Israël n'est pas une nation suffisamment grande.

 

Plus grave: un général de Tsahal s'arrache les cheveux et pleure devant la caméra. Des maires font de même. Il n'y a pratiquement plus de défense aérienne en Israël, et l'Iran n'a pas épuisé ses missiles. Il peut désormais utiliser des drones bon marché pour infliger de lourds dégâts, sans que rien ne soit disponible pour les abattre. À Gaza, les FDI dans leur composante terrestre n'ont toujours pas vaincu le Hamas. C'est le point sur lequel Naftali Benett attaque Netanyahou publiquement.

 

Le chef d'état-major de Tsahal, le lieutenant général Samir, a averti que l'armée israelienne pourrait s'effondrer sur elle-même en raison d'une pénurie de personnel.

 

Wilkerson est direct: Israël va disparaître en tant qu'État juif au Levant. Netanyahou présidera à cette disparition. Il dit ne ressentir aucune joie à voir se réaliser ce qu'il prédit depuis longtemps. La sortie de crise imposerait à Netanyahou d'affronter la réalité — ce qui le conduirait probablement en prison. C'est un obstacle considérable pour lui.

 

L'Iran, le nucléaire et le seuil franchi

Le professeur Ted Postal, physicien émérite au MIT et conseiller sur les questions nucléaires, a appelé Wilkerson à William and Mary pour un long entretien. Sa thèse: il y a au moins 75 à 80 % de probabilité que l'Iran dispose désormais d'une quantité suffisante d'uranium enrichi et d'une installation profondément enfouie lui permettant de fabriquer une bombe, de la placer sur un missile Qamar ou un modèle similaire de type Mark 3 ou Mark 4, et de la livrer — peut-être même plusieurs.

 

Ce récit rappelle à Wilkerson la mission de Jim Kelly, secrétaire adjoint pour la région Pacifique sous George W. Bush, qui s'était rendu à Pyongyang avec un programme économique solide — une offre ayant demandé beaucoup d'efforts pour être acceptée par Bush et encore plus par Cheney. En échange du renoncement à l'arme nucléaire, Kang Sok-ju avait regardé Kelly et déclaré, traduit immédiatement du coréen: "Nous avons déjà la bombe." La mission diplomatique s'était terminée sur l'heure.

 

Wilkerson pense voir la même combinaison de talent, de capacité et d'intention profondément enfouie en Iran. Si les Iraniens ont pris la décision que Ted Postal croit qu'ils ont prise — et qu'ils en ont la capacité, le matériel et l'expertise — une phase entièrement nouvelle s'ouvre. L'Iran n'en aurait pas une ou deux, mais trois ou quatre, peut-être cinq. Les Nord-Coréens, à leur époque, en déclaraient six à douze.

 

La question qui suit est immense: comment l'Iran le démontre-t-il ? Et cela conduit directement à Netanyahou, que Wilkerson considère comme la personne la plus susceptible d'utiliser non pas une mais plusieurs armes nucléaires lorsqu'il sera acculé, pleinement conscient de l'impasse. Cette impasse pourrait être précipitée par les élections esquissées qui approchent en Israël.

 

Abbas Araghtchi l'a dit à l'ONU: "Nous sommes un État non nucléaire attaqué par deux États dotés de l'arme nucléaire, l'un reconnu, l'autre non." Il a ajouté: peut-être trois très bientôt. Et il convient de se demander également quel accord Mohamed ben Salmane a passé avec le Pakistan, et si le Pakistan s'y tiendra.

 

La liste de cibles iranienne et le scénario d'escalade

L'Iran dispose d'une liste précise de cibles dans chaque État du Golfe: Arabie Saoudite, Émirats Arabes Unis, Qatar, Bahreïn. Des cibles comprenant tous les points décisifs de la région. C'est une étape intermédiaire dans leur planification.

 

Le scénario que Wilkerson décrit: les États-Unis déploient au sol environ 4 500 hommes — le 82e groupe aéroporté, des Rangers, le régiment d'aviation des opérations spéciales depuis Fort Campbell, des unités rassemblées autour de Ramstein, venues d'Italie, du Japon, d'Okinawa. Ils atterrissent sur une ou deux îles du Golfe, y compris peut-être Karg, causent quelques dégâts. L'Iran décide alors de passer à l'étape intermédiaire et attaque toutes ces cibles. Résultat: chaque État du Golfe mis à genoux. L'installation saoudienne qui produit environ 12 millions de barils de pétrole par jour est parmi ces cibles. Une partie passe par un oléoduc vers Jeddah et la mer Rouge — où les Houthis intercepteront probablement le flux. La majorité passe par le détroit d'Ormuz.

 

Les alliés américains de la région ne seront pas seulement perdus dans le sens où ils ne voudront plus de la protection américaine. Ils seront devenus des cas désespérés. Leurs propres populations s'en prendront aux pouvoirs en place.

 

Ensuite vient la question des armes nucléaires. Wilkerson est direct: il ne pense pas que Trump s'interdirait d'y recourir contre l'Iran. Il ne pense pas que Netanyahou s'en priverait non plus. Ce qui reste alors: l'empire et son État vassal en Méditerranée utilisant des armes nucléaires contre un État apparemment non nucléaire pour le détruire. La seule façon d'y parvenir, c'est d'en utiliser beaucoup. Un sous-marin lanceur d'engins américain dans la mer d'Arabie déchargeant ses Tridents.

 

Et de l'autre côté: deux pays avec les mêmes arsenaux. La Russie, encore plus grand que celui des États-Unis. La Chine, légèrement plus petit mais en pleine expansion. Les trois principales puissances nucléaires du monde se faisant face dans l'hypothèse que les États-Unis viennent d'utiliser massivement l'arme nucléaire contre l'Iran. Wilkerson dit qu'il préférerait la tombe avant d'en arriver là.

 

Trump a dit qu'il ne le ferait pas. Mais combien de fois a-t-il dit qu'il ne ferait pas quelque chose pour le faire quand même.

 

La performance militaire américaine: un réquisitoire

En termes militaires, Wilkerson décrit ce qu'il observe comme la pire performance qu'il ait jamais vue de la part d'une cellule de commandement des États-Unis. Il tient responsable l'ensemble de la chaîne, du général Keen jusqu'au président. Il cite Keen à la télévision: le général parle des îles que les Émirats ont proposées, y compris cette île contestée avec l'Iran depuis environ 50 ans — la « petite Sparte ». Il explique que depuis là, on peut atteindre les objectifs.

 

Wilkerson répond qu'un major ou lieutenant colonel qui lui aurait tenu ce discours lors d'un exercice aurait été expulsé du plateau. La mission n'est pas d'atteindre des objectifs. La mission, c'est d'accomplir la mission. Et Keen aurait été incapable de dire quelle était la mission.

 

Sur le secrétaire à l'Énergie: son département supervise les armes nucléaires, raison pour laquelle il est le dernier membre statutaire du Conseil de sécurité nationale. Son prédécesseur le plus qualifié était physicien nucléaire et avait apporté une expertise décisive aux négociations du JCPOA sous Obama. L'actuel, selon Wilkerson, est un babouin.

 

La sortie possible: déclarer la victoire et partir

Wilkerson envisage une seule issue raisonnablement réaliste: déclarer la victoire et partir. Laisser Israël à son propre sort. Lever toutes les sanctions américaines contre l'Iran, pousser les Européens à lever les leurs. Dire à l'Iran: reconstruis ton État. Il irait jusqu'à offrir des réparations. Et dirait à Israël: arrêtez les tueries. Il sait que cela n'arrivera pas. Il dit rêver éveillé.

 

Mais ce type d'opération plairait probablement à Trump, qui pense pouvoir tout enjoliver auprès de ses partisans. Avec le noyau dur de MAGA, il pourrait transformer cela en victoire. Ce qui viendrait ensuite: les élections de mi-mandat. Les sondages montrent une défaite catastrophique du parti républicain. La destitution ne serait pas loin derrière, y compris de la part du propre parti de Trump.

 

Wilkerson se souvient de Dick Nixon, de l'hésitation des Républicains avant de se joindre à la procédure — puis du jour où ils sont allés à la Maison Blanche lui présenter les documents. Nixon avait préféré démissionner plutôt qu'être le premier président destitué avec succès. Wilkerson pense que c'est ce qui doit arriver à Trump. Il ajoute, en souriant: c'est probablement dans une camisole de force que Trump quittera la Maison Blanche.

 

L'hubris impérial, racine du désastre

Wilkerson s'était montré prudemment optimiste au début du second mandat de Trump. Durant son premier mandat, Trump n'avait lancé aucune nouvelle guerre — à peu près le premier président à ne pas l'avoir fait. Tout reposait sur l'idée que les États-Unis devaient s'adapter à la nouvelle répartition internationale du pouvoir, mettre fin aux guerres sans fin au Moyen-Orient, se retirer et terminer la guerre en Ukraine. Non par altruisme, mais pour se concentrer sur la Chine et l'hémisphère occidental. Un an plus tard, les États-Unis sont toujours en Ukraine et lancent la pire guerre au Moyen-Orient.

 

Sur la responsabilité profonde: John Mearsheimer, cofondateur avec lui du Quincy Institute, pense que tout est la faute d'Israël — ou plutôt la faute américaine pour avoir laissé Israël faire. Wilkerson n'est pas en désaccord sur le fait qu'Israël contrôle le Congrès et beaucoup d'autres aspects de la vie politique américaine, dans une mesure que les Américains découvrent aujourd'hui avec stupéfaction. Mais il pense que la racine est plus profonde: l'hubris impérial. Il dit l'avoir vu de près lorsque la guerre froide s'est terminée et que HW Bush a été battu. Depuis lors, les États-Unis ont complètement perdu la tête. C'est presque comme si la victoire dans la guerre froide les avait rendus déments.

 

Mais ce n'était pas une victoire. Gorbatchev leur a donné l'Union soviétique. Ils ne l'ont pas prise.

 

Jack Matlock, qui était là pour négocier la fin de la guerre froide, avertit également: lorsque cette fin a été réécrite — transformée d'une négociation de 1989 en une victoire de 1991 — l'ADN de la direction politique américaine a changé. L'idée est devenue que la paix ne se crée pas par la compréhension mutuelle et la diplomatie, mais en fixant l'adversaire et en le vainquant. C'était la philosophie de Richard Cheney. La peur, disait-il — Wilkerson l'a entendu plus d'une fois — vaut bien mieux que l'amour.

 

Entretien avec Glenn Diesen. Compte rendu établi à partir de la transcription originale de la vidéo: «Lawrence Wilkerson: Israël pourrait disparaître et lancer une frappe nucléaire» - Rewriting: SLR - Louis Giroud

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L'Iran attaqué, interrogé pour répondre de ses répliques

21 Mars 2026, 23:01pm

Publié par Louis Giroud

Après vingt jours sous les feux de la première démocratie du monde et de l'armée la plus éthique du monde... Interrogatoire...

 

Mohammad Amin-Nejad, ambassadeur d'Iran en France, était l'invité du Quartier général sur BFMTV le jeudi 19 mars. Vingt jours après le début des frappes américano-israéliennes sur le territoire iranien, il a pris la parole sur l'état du pays, la mort du guide suprême Ali Khamenei, le dossier nucléaire, les frappes iraniennes sur les installations pétrolières de la région, et la répression sanglante de manifestants. Entretien conduit avec Ulysse Gosset.

L'Iran attaqué, interrogé pour répondre de ses répliques

L'Iran après vingt jours de guerre

Le 28 février, l'Iran a été la cible d'une «agression américano-israélienne» dont l'objectif était de renverser le pays et de mettre en œuvre des plans de division du territoire. Cette attaque est intervenue alors que des négociations étaient en cours — deux cycles avaient déjà eu lieu, un troisième portant sur les aspects techniques était prévu le lundi. Le samedi précédent, les deux puissances — l'une nucléaire déclarée, l'autre disposant d'un arsenal caché — ont lancé leurs frappes.

 

Réfutation des déclarations de Netanyahu

Face aux affirmations du Premier ministre israélien selon lesquelles l'Iran n'aurait plus la capacité de produire des missiles balistiques ni d'enrichir de l'uranium, Amin-Nejad a répondu que Netanyahu est «l'artisan du mensonge et de guerre». Depuis les années 1990, ce dernier prétendrait que l'Iran se trouve à une semaine ou un mois de l'arme atomique. L'ambassadeur a rappelé que les installations nucléaires iraniennes, placées sous la supervision de l'Agence internationale de l'énergie atomique, ont été bombardées illégalement par les États-Unis et Israël. Deux jours avant l'interview, le directeur général de l'AIEA, Rafael Grossi, avait déclaré à voix haute n'avoir «aucune preuve d'un aspect militaire des activités nucléaires iraniennes». Pour les installations bombardées, un mécanisme spécial d'inspection était nécessaire: c'était la première fois qu'une puissance étrangère frappait militairement des installations nucléaires pacifiques.

 

Les dirigeants iraniens et leur exposition

Les pertes parmi les dirigeants iraniens sont «immenses», selon l'ambassadeur. Il a tenu à souligner que les responsables iraniens «ne se cachent pas». Le guide suprême Ali Khamenei vivait comme n'importe quel citoyen ordinaire et n'avait jamais changé de maison. Il a été tué avec son épouse, son fils, sa belle-fille, sa fille, ses neveux et ses petits-enfants. «Nos dirigeants ne sont pas derrière le peuple. Ils sont toujours devant le peuple.»

 

La question des négociations

L'ambassadeur a affirmé que l'Iran n'a pas «quitté la table de négociation» — ce sont les autres qui ont rompu les discussions. Il ne dispose pas d'informations sur l'existence actuelle de contacts avec Washington. Une reprise reste possible, «mais il y a des conditions». Les cycles précédents avaient montré que l'absence de mécanisme international efficace permettait à l'agresseur de répéter ses actions. Le Conseil de sécurité des Nations Unies manque de sérieux pour condamner les agressions. Trump est désigné comme «le premier à avoir détruit toutes ces règles internationales», sachant que les autres acteurs «n'osent pas ou ne veulent pas mettre un frein à l'expansion des violations du droit international».

 

Les frappes iraniennes sur les installations pétrolières régionales

L'Iran nourrit un «sentiment d'amitié et de fraternité» à l'égard des pays arabes de la région — même culture, mêmes proximités. L'un des objectifs de l'agression contre l'Iran était précisément de semer la discorde entre Téhéran et ses voisins arabes, pour faire oublier Gaza et autres exactions. Sur une installation omanaise touchée, l'Iran avait immédiatement qualifié l'incident de «faux drapeau» — sans intention ni volonté d'attaquer ce réservoir.

 

Pour le reste de la région, l'Iran avait préalablement informé par écrit le secrétaire général des Nations Unies que «les bases militaires et les intérêts américains dans la région sont des cibles légitimes pour nos forces armées». Là où se trouvent des intérêts américains, là se trouve une cible légitime. Pour le gaz qatari, les États-Unis et Israël avaient eux-mêmes frappé dans le passé le gisement commun entre l'Iran et le Qatar. Les Qataris «savent bien qu'ils ne sont pas nos objectifs». Si des Américains se trouvaient dans un hôtel de la région, «l'hôtel est l'objectif». Les pays arabes de la région, a-t-il conclu, savent que les intentions iraniennes ne visent pas leurs populations — le sentiment de fraternité n'a pas changé.

 

L'impact sur l'économie régionale et européenne

Interrogé sur l'effet des frappes sur l'économie européenne, Amin-Nejad a répondu par l'affirmative, tout en rejetant l'idée d'une «stratégie du chaos». L'Iran lui-même souffre de la hausse des prix du pétrole. Il produit une quantité limitée d'hydrocarbures, dont la majorité est consommée localement. Ses exportations sont déjà comprimées par les sanctions américaines et occidentales. Il importe massivement la technologie, les équipements et les machines. «On est dans le même bateau.» Quant à savoir qui fait basculer la région, l'ambassadeur a cité le chef démissionnaire du Centre national américain de lutte contre le terrorisme, qui avait déclaré que l'Iran n'était pas une menace directe. Trump aurait agi sous la pression du lobby israélien.

 

Le dossier nucléaire — uranium enrichi et offres iraniennes

Raphaël Grossi, directeur général de l'AIEA, avait indiqué au journaliste que les 440 kilos d'uranium enrichi à 60 % n'avaient aucune justification civile et que cette quantité permettrait de fabriquer dix à onze bombes nucléaires. Amin-Nejad n'a pas contesté la quantité. Il a rappelé que depuis 2004, soit depuis plus de vingt ans, le guide suprême a émis une fatwa contre l'arme atomique. L'Iran a engagé des négociations en 2013, conclu un accord avec les grandes puissances en 2015, et quatorze à seize rapports de la même agence ont confirmé la nature pacifique des activités nucléaires iraniennes. Aucun rapport, avant le retrait américain de l'accord en 2018, n'a établi que l'Iran cherchait l'arme atomique.

 

Sur l'enrichissement à 60 %, il a fourni une explication technique: le réacteur nucléaire iranien, fourni à l'origine par les États-Unis dans les années 1950, nécessite un combustible enrichi à 90 %. Pour alimenter ce réacteur, l'Iran avait d'abord enrichi à 20 %, mais aucun pays n'acceptait de lui vendre le combustible. L'enrichissement à des niveaux plus élevés découlait donc de contraintes pratiques. Les usages restaient médicaux, agricoles et scientifiques — notamment à l'université de Téhéran.

 

Sur la possibilité de céder les 400 kilos comme monnaie d'échange dans une négociation, Amin-Nejad a indiqué que lors des récentes négociations à Genève, l'envoyé britannique avait lui-même reconnu que l'Iran avait formulé des propositions «inimaginables». À New York l'année précédente, en marge d'entretiens avec Emmanuel Macron, l'Iran s'était dit prêt à réduire son niveau d'enrichissement en dessous de ce qui existait avant l'accord Obama. «Prêt à diluer ? Bien sûr.» Quel pays qui cherche l'arme atomique accepterait, sous supervision internationale, de réduire son enrichissement ?

 

Qui dirige l'Iran — Mojtabah Khamenei

À la question de savoir qui dirige l'Iran, la réponse a été: «Qui a dirigé dans le passé, aujourd'hui c'est la même chose.» Le nouveau guide suprême Mojtabah Khamenei est vivant, en bonne santé, à Téhéran. Son épouse est morte dans les frappes, ainsi que sa fille — ils se trouvaient dans la même maison que le guide précédent au moment des bombardements. Sur l'état de santé précis de Mojtabah: «On dit qu'il est blessé, mais si vous me demandez de confirmer dans quel degré, je ne peux pas vous répondre.» Ce même jour, il avait envoyé un message de condoléances pour la mort d'Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale.

 

La désignation n'est pas dynastique, a insisté l'ambassadeur: «Ce n'est pas parce qu'il est le fils du guide suprême qu'il devient guide suprême. Ce n'est pas ainsi en Iran.» Le conseil des experts a tranché, et l'Iran est «un pays bien structuré, bien soudé». Sur l'objectif affiché par Israël de renverser le régime: «Il peut toujours avoir ce souhait.» Mais la chose est impossible — des millions de personnes sont dans les rues depuis vingt jours, jour et nuit, affirmant leur soutien aux institutions.

 

Opposition intérieure et exécutions

Face à l'évocation de manifestations dans les 31 provinces et d'une répression sévère, l'ambassadeur a contesté l'existence d'une opposition massive. Le Mossad était présent aux côtés des manifestants; des ministres israéliens ont déclaré vouloir attaquer les institutions iraniennes; Trump aurait encouragé les frappes. Ce tableau extérieur était instrumentalisé pour légitimer l'agression.

 

Sur le bilan humain, les chiffres de 30 000 à 40 000 morts sont rejetés comme non crédibles. Le seul chiffre officiel, fourni par le gouvernement iranien, s'établit à 3 017 personnes: environ 500 policiers, environ 600 «terroristes mandatés», et des manifestants ordinaires. Une organisation américaine de défense des droits de l'homme avait avancé 11 000 noms, puis 7 000, puis 4 000, avant de converger vers 3 000 et quelques — avec numéros de carte d'identité et adresses. Un millier de cas supplémentaires ne comportaient que des noms sans identification.

 

Une éventuelle opération terrestre américaine

Si Trump décidait d'envoyer des soldats sur le sol iranien, les forces armées iraniennes ont «déjà prévu ce qui devait être prévisible» et mèneront leurs actions de défense. À la question de ce qu'il dirait à Trump, l'ambassadeur a répondu: «Il faut négocier.» Le ministre des Affaires étrangères iranien et le président de la République restent disponibles «à n'importe quel niveau».

 

Les relations avec la France

Le ministre iranien des Affaires étrangères avait publiquement exprimé sa tristesse que Paris ait critiqué l'Iran et demandé l'arrêt des frappes dans le Golfe, sans avoir condamné Israël. Amin-Nejad a relativisé le différend. Dans les dix à quinze derniers jours, il y a eu plusieurs échanges téléphoniques entre les deux ministres des Affaires étrangères et un dialogue entre les deux présidents. En privé, on parle de l'essentiel. La critique publique du ministre iranien portait sur ce déséquilibre: après les frappes israéliennes sur les installations gazières iraniennes — des infrastructures touchant tout le monde — aucune condamnation européenne n'a suivi, alors que la réponse iranienne sur les intérêts américains en a suscité une. «Le message est transmis.»

 

Comnpte rendu: Louis Giroud

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Iran-Israël: Est-ce la fuite en avant vers un choc nucléaire ?

21 Mars 2026, 15:15pm

Publié par Louis Giroud

22 jours après le lancement de l'offensive américano-israélienne contre l'Iran, Téhéran n'est pas tombée. Le détroit d'Ormuz est fermé, le baril dépasse 115 dollars, l'USS Gerald R. Ford est hors service (*) et Joe Kent, ancien directeur du contre-terrorisme américain, a claqué la porte en accusant Israël d'avoir entraîné Washington dans ce conflit. Dans ce numéro du Samedi Politique de TV Liberté, le colonel Jacques Hogard (**), ancien officier de la Légion étrangère, analyse l'engrenage: absence de vision stratégique américaine, résilience du système iranien, OTAN fracturée, risque nucléaire et position française.

Iran-Israël: Est-ce la fuite en avant vers un choc nucléaire ?

Washington a-t-il jamais été à la manœuvre ?

La question de savoir si Washington contrôle cette guerre mérite d'être posée autrement: l'a-t-elle jamais contrôlée ? Les États-Unis ont suivi Israël de manière très servile. Trump a emboîté le pas à Netanyahou très rapidement, sans distance apparente. C'est précisément ce point de départ qui lui vaut aujourd'hui une contestation forte, y compris dans son propre camp.

 

Tucker Carlson, l'un de ses défenseurs les plus actifs pendant la campagne présidentielle, est aujourd'hui en rupture. Marjorie Taylor Greene dit qu'elle ne le comprend plus, qu'elle ne le suit plus, et affirme que le mouvement MAGA — qui a pourtant porté Trump au pouvoir — est mort. Ce n'est pas sans conséquences. S'y ajoute la crise énergétique, déjà réelle, avec derrière elle la crise financière. Pour Trump, cette guerre est une erreur stratégique qui se retourne contre lui.

 

Les déclarations triomphales se succèdent chaque jour. Mais loin des médias occidentaux, qui regardent ce conflit avec une certaine cécité, la réalité quotidienne pour Israël, pour l'Iran et pour les bases américaines de la région est moins favorable. Seul Netanyahou, dans une fuite en avant d'inspiration messianique, peut espérer tirer quelques avantages de cette guerre. Encore n'est-il pas certain que cette violence et ces effets collatéraux immenses n'amènent pas, à un moment, l'existence même d'Israël à être en jeu.

 

La menace nucléaire iranienne: un prétexte fabriqué

Trump a déclaré que l'Iran était à deux semaines d'une arme nucléaire. Joe Kent, directeur du Centre national de contre-terrorisme américain, a démissionné avec fracas. Sa lettre, disponible publiquement, est explicite: il n'existait aucune menace nucléaire militaire, aucune menace pour les États-Unis. Il n'est pas le seul à le dire.

Le colonel Hogard se rend en Iran régulièrement depuis la période entourant l'accord nucléaire de 2015, jusqu'en 2020. Il a rencontré des dirigeants, des intellectuels, des journalistes. Il rappelle que le programme nucléaire iranien avait été lancé sous le Shah, puis stoppé brutalement par l'ayatollah Khomeini en 1979 pour des raisons religieuses et morales — la fatwa contre l'arme atomique. Son successeur Khamenei a renouvelé cette fatwa. Lors d'une réunion avec l'ex-président Ahmadinejad, pourtant très décrié en Occident mais non religieux, celui-ci a déclaré sans détour qu'il était hors de question de s'engager sur la voie de l'arme nucléaire. Discours sincère ou de dissimulation ? Le débat reste ouvert. Mais la conviction personnelle du colonel est que l'Iran voulait le nucléaire civil pour développer un pays de 90 millions d'habitants, avec une population très éduquée, un centre de recherche à une quarantaine de kilomètres de Téhéran — Pardis, parfois présenté comme la Silicon Valley iranienne — et une industrie qui a survécu à toutes les sanctions.

 

Plus de 60 % des étudiants iraniens sont des femmes. Les idées reçues sur ce pays sont nombreuses et fausses.

 

Les événements actuels peuvent faire évoluer les esprits : Khamenei a été tué au début des frappes, et son fils n'est pas tenu de reconduire la fatwa. Mais la responsabilité de l'Occident dans la radicalisation progressive de l'Iran est lourde. En 2018, lorsque Trump a rompu l'accord nucléaire, il existait une véritable ouverture. Ce pays pouvait rejoindre le concert des nations de manière paisible. Cet élan a été brisé volontairement.

 

Le schéma se répète. Les Iraniens l'ont déjà vécu : négociations en cours, puis rupture brutale et attaque. C'était déjà le cas en juin 2024, lors de la guerre des 12 jours. Un an plus tard, même scénario, alors que des pourparlers étaient en cours à Oman. La réaction du ministre des Affaires étrangères omanais et du sultan d'Oman traduit une exaspération croissante d'être traités en figurants — et en dommages collatéraux, puisqu'ils subissent des représailles iraniennes alors qu'ils jouaient un rôle d'intermédiaire.

 

Ce procédé n'est pas nouveau. En 1999, les négociations de Rambouillet sur le Kosovo ont servi de prétexte pour justifier des frappes, après avoir été délibérément sabotées. La fiole du général Powell pour l'Irak relève du même registre. Les Américains sont coutumiers du fait. Mieux vaut être leur ennemi que leur ami : au moins sait-on à quoi s'en tenir.

 

L'Iran : un système résilient, pas un appareil décapitable

Khamenei a été tué. Une partie de sa famille aussi. Le chef des Gardiens de la Révolution Ali Larijani est mort, de même que le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale — qui travaillait en permanence avec le guide suprême — et récemment le patron du renseignement gouvernemental, distinct du renseignement des Gardiens.

 

Pourtant, le pouvoir iranien poursuit ses ripostes et affiche une cohérence qui déconcerte. L'explication tient à la structure même du système. L'Iran n'est pas un appareil centralisé sur quelques têtes. Il compte plusieurs organismes principaux qui détiennent chacun une fraction du pouvoir. L'image de la blockchain est pertinente : détruire un nœud ne désactive pas l'ensemble.

 

Il faut cesser de traiter les Iraniens comme un peuple sans profondeur. Ce sont des Perses avec une civilisation ancienne, une culture scientifique et intellectuelle très développée. Ali Larijani était spécialiste d'Emmanuel Kant et lui a consacré trois ouvrages. Cela n'empêche pas l'autoritarisme — le régime est dur, comme le montrent les récentes pendaisons de trois jeunes gens pour blasphème — mais cela signifie que la construction institutionnelle iranienne est sophistiquée et opérationnelle.

 

Les frappes consolident d'ailleurs le régime plus qu'elles ne le fragilisent. Il existe un fort nationalisme iranien transconfessionnel. Des chrétiens et des juifs iraniens rencontrés à Téhéran ont dit clairement : « Nous sommes iraniens. Si on touche à l'Iran, on nous touche, et nous mourrons pour lui. » Une offensive étrangère est le meilleur moyen de souder une population autour de son gouvernement.

 

Absence totale de vision stratégique américaine

Il n'y a pas d'opération militaire qui réussisse sans but stratégique supérieur. Quel est-il ici ? Au départ : faire tomber le régime. Puis : fragmenter l'Iran en jouant sur les minorités — Kurdes iraniens, Azéris et autres communautés — une stratégie qui semble davantage israélienne qu'américaine.

 

Trump, lui, a réagi par affinité avec Netanyahou, sans ombre de réflexion stratégique. Il le voit aujourd'hui, lui qui dit maintenant que « ce sont eux qui m'ont conseillé d'aller faire la guerre ». C'est dramatique pour la première nation du monde occidental.

 

Son chef d'état-major interarmées, le général Dan Kane, l'avait pourtant prévenu : les États-Unis n'ont pas les moyens d'abattre l'Iran, les stocks de munitions défensives — Patriot et autres systèmes antiaériens — sont insuffisants. La disproportion est totale : des missiles d'interception à plusieurs millions de dollars contre des drones à 25 000 dollars l'unité. Et du côté des radars : quatre systèmes AN/TPY-2 ont été détruits par les Iraniens, chacun valant entre un et un milliard et demi de dollars, impossibles à reconstituer du jour au lendemain.

 

La capacité de production de munitions offensives peut être relancée industriellement. Celle des systèmes antimissiles et antiaériens est infiniment plus complexe et coûteuse. Rien de tout cela n'a été anticipé.

 

Le détroit d'Ormuz : une évidence ignorée

La fermeture du détroit d'Ormuz par l'Iran était prévisible. Qu'un état-major américain, réputé pour sa planification minutieuse, ne l'ait pas identifié comme centre de gravité stratégique dès le lancement de l'opération est inexplicable.

Les compagnies d'assurance et Lloyd's jouent aujourd'hui autant que les forces iraniennes dans la fermeture effective du détroit : la peur se transmet aux armateurs, qui renoncent à emprunter le passage. À cela s'ajoute l'effet multiplicateur des sanctions décidées contre la Russie sur son énergie : les alternatives déjà réduites rendent la fermeture d'Ormuz d'autant plus dévastatrice. La Russie en profite directement pour financer sa guerre en Ukraine à un niveau confortable.

 

L'OTAN refuse de suivre

Trump a demandé à ses alliés de l'OTAN d'intervenir. La majorité a refusé. Sa réaction — « Nous n'avons besoin de personne, je voulais juste voir comment ils réagissaient » — ressemble à celle d'un enfant à qui on retire son jouet.

 

L'OTAN est une organisation défensive. Elle n'a rien à voir avec des aventures militaires au Moyen-Orient. L'Afghanistan l'a déjà prouvé : vingt ans de guerre, des milliards de dollars, des soldats sacrifiés, pour remettre les talibans au pouvoir. Les membres de l'Alliance qui refusent de s'engager font preuve de lucidité. Ils sont déjà engagés en Ukraine — une autre erreur stratégique — et évitent d'en commettre une deuxième.

 

L'OTAN ne survivra probablement pas à l'ensemble de ces épreuves. C'est peut-être une bonne chose. Elle n'avait de raison d'être que face au Pacte de Varsovie. Après sa dissolution, elle s'est muée d'organisation défensive en organisation offensive. C'est cette transformation qui a provoqué la guerre en Ukraine.

 

La France : entre deux eaux

La France a déployé le Charles-de-Gaulle en Méditerranée, avant de le faire revenir. Quel était l'objectif ? Afficher sa puissance, montrer qu'elle existait dans la région. Mais à quel prix : un adjudant-chef, Arnaud Frion, a été tué par un groupe chiite irakien en Irak, lors d'une mission de formation antiterroriste. Sans doute sans consigne directe de l'Iran, mais en réaction locale au déploiement français visible.

 

L'ironie est que ces groupes chiites irakiens combattent Daesh. L'Iran a perdu entre 8 000 et 10 000 combattants en Syrie contre Daesh, dont les tombes sont visibles à l'entrée de Téhéran. On l'oublie constamment.

 

Sur la position de Macron — prêt à escorter des navires dans le détroit une fois « les bombardements terminés » — le colonel Hogard juge qu'il préfère cela à un engagement direct, mais que c'est « un peu pathétique » d'attendre que tout soit réglé pour arriver. Ce qu'il aurait voulu, c'est cette même prudence appliquée à l'Ukraine, plutôt que de soutenir un régime qu'il juge corrompu.

 

La France est malade au plus haut niveau. Sa pensée stratégique est stérilisée, son alignement total. D'autres pays bougent : la Suède a pris des distances claires avec Israël pour la première fois. La France reste « entre deux eaux » selon la méthode Macron, qui n'est pas la bonne.

 

Pendant ce temps, elle reçoit à l'Élysée avec tapis rouge Ahmad al-Charaa — ex-chef de Hayat Tahrir al-Sham, issu des rangs de Daesh, dont Fabius disait autrefois qu'il « faisait du bon travail » en Syrie — au moment où Trump et Netanyahou lui déroulent eux aussi le tapis rouge à Damas. Certains disent que c'est un agent du Mossade. Est-ce vrai ? Impossible à affirmer. Mais l'accepter comme président démocrate fréquentable, avec barbe bien taillée, est une fiction. Une imposture validée par les Américains, les Israéliens et les Européens à leur traîne.

 

Les intérêts nationaux devraient être la seule boussole. Ils sont remplacés par l'émotion, le retournement de veste et l'incohérence.

 

L'avenir des porte-avions en question

La guerre des drones et des missiles hypersoniques a ouvert une révolution dans l'art de la guerre. Le porte-avion, symbole de la projection de puissance, n'est peut-être plus le vecteur le plus pertinent. Ce débat concerne directement la France : deuxième domaine maritime mondial, avec une flotte notoirement insuffisante pour en assurer la souveraineté — de la Polynésie à la Nouvelle-Calédonie. La commande d'un nouveau porte-avion mérite d'être réexaminée à l'aune de ces nouvelles réalités.

 

Scénarios pour la suite

Trump perdra probablement ses midterms de novembre. Une procédure de destitution n'est pas exclue : il s'est affranchi de plusieurs règles démocratiques pour en arriver là.

 

Du côté iranien, la position s'est radicalisée. Il n'y aura plus de négociation dans l'immédiat — à chaque cycle de pourparlers, ils ont été frappés par surprise. Ils veulent « en mettre un coup », forcer Israël à demander des négociations à son parrain américain. C'est ce qui s'était esquissé il y a quelques jours avant que les Iraniens ne refusent.

 

Israël a rouvert un front au Liban-Sud, ce qui ne s'est jamais bien terminé pour Tel-Aviv. Le Hezbollah n'a pas été décapité par la mort de Hassan Nasrallah : comme l'Iran, c'est un système complexe qui se régénère. Israël est un petit pays au milieu d'une masse humaine considérable. Les accords d'Abraham sont loin. La situation est très dangereuse pour Tel-Aviv elle-même.

 

Netanyahou et Ben-Gvir sont capables, avec leur messianisme de guerre, d'entraîner leur pays vers la disparition. Le seul qui puisse réellement mettre le holà à Netanyahou reste Trump.

 

La guerre s'arrêtera faute de combattants, non pas côté américain — qui dispose de ressources — mais peut-être côté israélien, dont la capacité humaine est limitée.

L'Iran est soutenu en renseignement par la Russie, en technologie par la Chine. Des vols commerciaux Mahan Air entre Pékin et Téhéran ont été signalés ces dernières 24 heures. Ces vols, probablement d'intérêt défensif, signalent que Pékin ne laissera pas tomber Téhéran.

 

Le Pakistan parapluie nucéaire contre Israël

Le risque d'embrasement général existe. Israël dispose de l'arme nucléaire, non reconnue officiellement. Des dirigeants pakistanais ont déclaré publiquement que si Israël l'utilisait contre l'Iran, le Pakistan utiliserait la sienne contre Israël. C'est de la dissuasion réciproque — ce qui est en soi rassurant — mais le niveau de tension atteint est sans ambiguïté.

 

Conpte rendu: Louis Giroud

 

 

(*) En date du 21 mars, L'USS Gerald R. Ford (CVN-78) n'est plus "en feu" au sens actif, mais il a été contraint d'interrompre ses opérations en raison des dégâts causés par un incendie majeur survenu le 12 mars 2026. Le navire doit rejoindre la base navale de Souda Bay en Crête.

 

État du navire et avaries

Le feu s'était déclaré le 12 mars dans la blanchisserie principale alors que le porte-avions opérait en mer Rouge. Bien que "maîtrisé", l'incendie a duré près de 30 heures, causant des dégâts matériels importants.

Bilan humain: Deux marins ont été blessés et des dizaines d'autres ont été traités pour inhalation de fumée.

Logistique: Plus de 600 couchettes ont été détruites, forçant une partie de l'équipage à dormir sur les sols et les tables.

 

Problèmes cumulés

Outre l'incendie, le bâtiment souffre de pannes chroniques de son système sanitaire (toilettes bouchées), ce qui pèse lourdement sur le moral des 4 600 marins à bord.

En raison de ces avaries, l'USS Gerald R. Ford est temporairement remplacé dans la région par l'USS George H.W. Bush.

La Marine américaine assure que le système de propulsion nucléaire n'a pas été touché et que le navire reste techniquement opérationnel, même si ses capacités de vie à bord sont fortement dégradées.

 

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(**) Jacques Hogard (né en 1955) est un ancien officier supérieur français de la Légion étrangère et du Commandement des opérations spéciales (COS), aujourd'hui chef d'entreprise et auteur.

 

Carrière militaire

Il a servi pendant 26 ans dans l'armée de terre (1974-2000), principalement comme parachutiste à la Légion. Son parcours est marqué par deux engagements majeurs:

Rwanda (1994): Pendant l'opération Turquoise, il commande le Groupement de la Légion étrangère (Sud-Rwanda). Il a tiré de cette expérience le livre Les Larmes de l'honneur, où il défend l'action de l'armée française face aux critiques.

Kosovo (1999): Membre du COS, il dirige le groupement des forces spéciales françaises lors de l'entrée des troupes de l'OTAN. Son expérience à Pristina, qu'il décrit comme "l'opération de trop", l'a conduit à quitter l'armée.

 

Activités civiles et prises de position

Après sa retraite militaire avec le grade de colonel, il s'est tourné vers le secteur privé et l'écriture: Il a fondé et préside EPEE (Experts Partenaires pour l'Entreprise à l'Étranger), une société d'intelligence stratégique et de diplomatie d'entreprise.

Auteur et Conférencier: Il publie régulièrement des ouvrages et intervient dans les médias sur des sujets géopolitiques. Ses positions sont souvent critiques vis-à-vis de la politique étrangère occidentale, notamment sur le Kosovo (dont il conteste l'indépendance) et plus récemment sur le conflit en Ukraine.

Il est issu d'une lignée de militaires; son père, le général Jacques Hogard, était un théoricien reconnu de la contre-insurrection.

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Iran : les États-Unis sont-ils en train de perdre la guerre ?

20 Mars 2026, 13:32pm

Publié par SurLaLigneRouge

Avec Jacques Sapir, Sébastien Regnault et Karim Emile Bitar —  émission diffusée en direct sur QG, J+20 du déclenchement des hostilités

 

Militairement, les États-Unis et Israël dominent encore le conflit ouvert contre l'Iran le 28 février 2026. Mais trois semaines de bombardements intensifs et d'éliminations ciblées suffisent à faire surgir une question que peu osaient formuler au premier jour : les Américains sont-ils déjà en train de perdre ? La République islamique fait preuve d'une résilience que Washington n'avait pas anticipée, le détroit d'Ormuz pèse sur l'économie mondiale, et le spectre de l'enlisement gagne les cercles stratégiques américains — alors même que Donald Trump avait été élu sur la promesse d'en finir avec les aventures guerrières au Moyen-Orient.

Iran : les États-Unis sont-ils en train de perdre la guerre ?

Introduction — Aude Lancelin

Trois semaines de guerre. Nous serons à trois semaines ce week-end. Nous sommes encore loin d'un Vietnam. Mais beaucoup voient déjà se profiler un nouvel Irak ou un nouvel Afghanistan, alors que Donald Trump avait été élu précisément sur la promesse de mettre fin aux aventures guerrières américaines au Moyen-Orient. Politiquement, économiquement, stratégiquement, rien ne se passe comme prévu — et ses alliés israéliens veulent encore durcir le conflit.

 

Sébastien Regnault — La guerre suit le plan iranien, pas le plan américain

Pour moi, il n'y a pas beaucoup de surprises. Connaissant le dossier iranien, tout ce qui se passe aujourd'hui avait été annoncé avant la guerre. Les événements suivent plus spontanément le plan iranien que le plan américain — et d'ailleurs, on se demande s'il existe véritablement un plan américain.

Je n'avais pas cru à la guerre, précisément parce que j'estimais que les états-majors israéliens et américains, informés, savaient ce qui les attendait. Les Iraniens avaient clairement explicité leur feuille de route en cas d'attaque : dans une première phase, absorber les chocs, amortir le début du conflit, sans chercher à résister frontalement à la puissance militaire américano-israélienne. Sur le terrain militaire, ils savaient ne pas pouvoir tenir. C'est donc sur le terrain économique que la guerre devait être menée — faire payer le coût le plus élevé possible pour dissuader l'adversaire.

Dans cette optique, les Iraniens avaient effectué un tour complet des chancelleries arabes, expliquant que si les États-Unis les attaquaient, ils frapperaient tous les intérêts économiques américains dans la région. Comme des bases américaines sont présentes dans l'ensemble des pays voisins, la pression était inévitable. Les pays arabes avaient d'ailleurs exercé une forte pression sur Washington pour éviter le déclenchement de la guerre. Les Iraniens avaient également annoncé que le détroit d'Ormuz — le talon d'Achille occidental — constituerait leur levier central, non seulement pour l'Europe mais pour l'ensemble de l'économie mondiale.

Ce qui se passe aujourd'hui, c'est que même la menace suffit. Il n'y a pas encore de blocage physique, pas de mines — pas encore. Car ça, c'est la phase suivante. Nous sommes actuellement en phase 2 du plan iranien tel qu'il avait été décrit. La phase 3, c'est le minage du détroit. La phase 4, la mobilisation des chiites du monde entier.

Après avoir absorbé les chocs des premiers jours, l'Iran met en place la stratégie qu'il avait délimitée : des ripostes permanentes sur les intérêts américains dans la région — complexes pétroliers, gaziers, pression sur Ormuz.

On a vu dans les premiers jours un triomphalisme américain entièrement fondé sur le rapport de force militaire brut. Puis, progressivement, un glissement sémantique dans l'ensemble des discours médiatiques : le problème, dit-on maintenant, n'est plus militaire, il est économique. On en est au cœur aujourd'hui. South Pars vient d'être frappé par Israël. En riposte, les Iraniens ont attaqué.

South Pars, c'est la plus grande réserve de gaz au monde — de quoi alimenter la consommation américaine en gaz pendant cinquante ans. Elle se situe à la frontière maritime entre l'Iran et le Qatar. Israël a frappé le côté iranien. Les Iraniens ont frappé les complexes pétroliers côté qatari — des complexes liés à des intérêts américains, même si des questions demeurent sur la nature exacte de ces liens.

La situation est donc celle-ci : Israël suit un plan déterminé, avec une préparation poussée. Ce qui ressort de Washington, en revanche, c'est un manque total de préparation politique — pas nécessairement militaire, mais politique. Pas d'objectif clair. Les marchés sont dans l'expectative. Très nerveux.

 

Karim Emile Bitar — Une guerre de caprice, une impréparation stratégique totale

Donald Trump a pu avoir le sentiment qu'en décapitant les figures emblématiques du régime dans les 48 premières heures, ce régime allait s'effondrer. C'est loin d'être le cas.

Ce qui est surprenant, ce n'est pas tant la réaction iranienne — elle était largement prévisible. C'est la surprise de Donald Trump lui-même. Lors de sa première conférence de presse bilan, une semaine après le début de la guerre, il a dit : « Il y a une surprise majeure, c'est que les Iraniens aient répliqué en frappant les pays voisins. » Or quiconque connaît un minimum ce dossier aurait pu prévoir que ce serait précisément leur modus operandi dès lors que la survie du régime est en jeu, dès lors qu'ils perçoivent la menace comme existentielle.

On pensait avoir tout vu en matière d'amateurisme et d'imprévisibilité avec la guerre d'Irak en 2003. Cette guerre-ci dépasse ce phénomène. La guerre de 2003 avait au moins été précédée d'une longue mobilisation de l'opinion publique américaine. Dès les jours suivant le 11 septembre, Dick Cheney et toute une série d'idéologues néoconservateurs avaient commencé à préparer les esprits — avec des justificatifs qui se sont tous révélés fallacieux, mais il y avait eu ce travail. Cette fois, la guerre a été déclenchée sur un caprice. Aux États-Unis, on distingue les guerres de choix des guerres de nécessité. Un éditorialiste a formulé la chose hier : ce n'est même pas une guerre de choix, c'est une guerre de caprice. La guerre du caprice de Donald Trump. Et depuis le début, on a eu quatre ou cinq justifications différentes.

L'erreur principale : croire qu'on pouvait décapiter un régime comme on avait fait tomber Saddam ou Kadhafi. Le régime iranien est considérablement plus solide. Il dispose d'un organigramme très clair.

Cela dit, les chocs ont été réels côté iranien. Non seulement la décapitation de plusieurs dirigeants, mais les chaînes de commandement ont été partiellement rompues. Il y a eu des frappes contre le sultanat d'Oman, qui abritait des négociations en cours. Larijani, avant d'être lui-même assassiné, avait déclaré : « Nous n'avions pas prévu d'attaquer Oman. Ce n'était pas le plan d'avant-guerre. Nous avions délocalisé une partie de la prise de décision en anticipant ce type de frappes, et la décision a été prise sans qu'il y ait eu de volonté politique d'attaquer Oman. »

Ce qui s'est passé à Oman est très important parce que révélateur. On a appris aujourd'hui — d'abord par un témoignage direct du ministre des affaires étrangères, dans un long article publié dans le magazine Time, indiquant que les négociations avaient bien avancé et que l'Amérique s'était laissée entraîner dans cette guerre — et on a eu confirmation par Jonathan Powell, conseiller à la sécurité nationale de Keir Starmer, personnage très influent en Grande-Bretagne, celui qui avait négocié les accords du Vendredi saint en Irlande du Nord. Powell était présent à Oman et a déclaré être très étonné : les Iraniens avaient fait énormément de concessions, ils étaient prêts à céder leur uranium enrichi.

Trump a dit aujourd'hui qu'il fallait jouer l'effet de surprise. Mais le gain obtenu par cette surprise est loin d'avoir été contrebalancé par l'impréparation stratégique totale qui en découle.

Ce qui passe avant les enjeux économiques, c'est la vie des hommes et des femmes, des êtres de chair et de sang qui vivent dans cette région et qui ne sont plus que des ombres muettes. Ce qui frappe, c'est cette déshumanisation, cette trivialisation du politique. Tout devient un jeu vidéo. On a le sentiment d'être tombé dans une réalité parallèle.

 

Jacques Sapir — Épuisement militaire américain et indifférence médiatique

Je suis d'accord avec mes deux collègues. J'ajouterai simplement que même militairement, l'Iran se défend mieux que prévu.

La première salve iranienne — celle qui répond immédiatement à la mort de Khamenei, partie grosso modo une heure à une heure trente après — a été très efficace. C'est là que les Américains enregistrent leurs premières pertes. On observe la destruction de radars extrêmement précieux, de batteries anti-aériennes — les radars de deux batteries détruits immédiatement. Dans les milieux militaires, on dit que la capacité résiduelle de tir allait baisser. Elle a effectivement baissé. Mais on ne sait pas si cette baisse provient des bombardements américano-israéliens ou simplement du fait que les Iraniens, s'installant dans une guerre longue, ont choisi de ne pas tout tirer dès le premier jour. Et ce que l'on constate depuis trois jours, c'est que le nombre de missiles et de drones remonte.

Deuxième point : les responsables politiques de la région — Émirats, Qatar, Oman — me semblent infiniment plus responsables et plus adultes que les Américains. Je mets de côté les Israéliens, parce que je pense que les Israéliens ne sont plus dans un monde rationnel. La volonté des extrémistes qui contrôlent aujourd'hui le gouvernement israélien, c'est de détruire l'Iran — pas de négocier. Mais si l'on compare le comportement des dirigeants américains à celui des dirigeants de ces pays, les seconds sont nettement plus matures, nettement plus raisonnables.

Troisième point : cette guerre met en lumière l'état d'épuisement de l'appareil militaire américain. Oui, cet appareil reste impressionnant. Il demeure très probablement le premier au monde — les Américains ont plus d'expérience que les Chinois. Mais c'est une force à très court terme. Les Américains ne possèdent pas ce que le langage militaire soviétique et russe appelle la stabilité de force. Ils sont en train d'arriver au bout de leur batterie de missiles. Un responsable du Pentagone a déclaré aujourd'hui que le nombre de missiles restants est devenu critically low — critiquement bas. Sur leurs onze porte-avions, on savait déjà qu'il n'y en avait que six d'opérationnels. De ces six, il apparaît désormais que deux ne sont que marginalement opérationnels. Ça commence à faire beaucoup. La capacité à maintenir une force significative sur théâtre se révèle beaucoup plus difficile que prévu. Les dirigeants de l'US Navy ont d'ailleurs annoncé qu'ils n'entreraient pas dans le Golfe pour l'instant, et qu'il n'était pas question de se lancer dans des opérations de déminage. Quiconque connaît un peu la situation militaire dans le Golfe — ou simplement la géographie des lieux — comprend tout à fait pourquoi. Ils n'ont aucune envie de perdre bêtement des bateaux.

Quatrième point : l'indifférence des médias occidentaux face aux vies iraniennes. On a vu sur LCI une journaliste du Figaro déclarer que ce que font les Iraniens, c'est du terrorisme. On tue les membres de votre gouvernement — qu'on les apprécie ou non, c'est une autre question. On bombarde votre pays. Vous répliquez. Et on vous traite de terroristes. Il faut être un minimum sérieux.

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Après l’Iran, la Turquie sur la ligne de mire ?

19 Mars 2026, 02:02am

Publié par Eliot M. Rieder

Ankara redoute, derrière l’offensive contre Téhéran, une recomposition violente du Moyen-Orient susceptible de la désigner comme prochaine cible

Face à l’intensification des frappes israélo-américaines, la Turquie durcit son discours. Elle y voit moins un épisode de confrontation qu’un basculement stratégique majeur, porteur de déséquilibres durables — et potentiellement d’une menace directe contre ses propres intérêts.

Après l’Iran, la Turquie sur la ligne de mire ?

Une lecture globale d’un conflit en expansion

La position turque face à la campagne militaire israélo-américaine contre l’Iran s’est sensiblement infléchie au fil des dernières semaines. Là où certains acteurs internationaux s’attachent à lire les événements dans la continuité des tensions régionales, Ankara opère un changement d’échelle analytique. Le conflit en cours n’est plus perçu comme une séquence parmi d’autres, mais comme le prélude à une recomposition violente de l’ensemble du Moyen-Orient, de la Méditerranée orientale jusqu’au golfe Persique.

Cette grille de lecture élargie conduit les autorités turques à inscrire les frappes actuelles dans une dynamique cumulative, susceptible de produire une déstabilisation systémique. Le théâtre iranien ne constituerait dès lors qu’un point d’impact initial dans une chaîne de transformations plus vaste, dont les répercussions pourraient excéder largement les frontières de la République islamique.

 

« Éteindre le feu avant qu’il n’embrase toute la région »

Dès le mois de février, au moment où les frappes entraient dans une phase ouverte, le président Recep Tayyip Erdoğan a publiquement condamné les attaques, appelant à privilégier les voies diplomatiques. Le ministère turc des Affaires étrangères a, dans la foulée, dénoncé des opérations «contraires au droit international», mettant en cause leur coût humain, notamment en termes de victimes civiles.

Burhanettin Duran, chef de la communication présidentielle, a quant à lui insisté sur la dimension extensive de la menace, évoquant un risque dépassant largement les seuls protagonistes directs du conflit pour affecter «la stabilité et la sécurité des populations civiles dans un territoire beaucoup plus vaste».

Le 2 mars, le ton s’est encore durci. Recep Tayyip Erdoğan a qualifié les frappes de «violation flagrante du droit international», affirmant que la Turquie «partageait la douleur du peuple iranien». Il a également mis en garde contre les effets systémiques d’une escalade, soulignant que «personne ne peut supporter le fardeau de l’incertitude économique et géopolitique» qu’elle engendrerait. Dans cette perspective, il a appelé à «éteindre ce feu avant qu’il ne s’enflamme encore plus violemment».

Le lendemain, Hakan Fidan a confirmé que la Turquie maintenait des canaux de communication ouverts avec l’ensemble des parties concernées. Il a insisté sur le caractère «essentiel» de la stabilité iranienne et régionale, tout en formulant un avertissement précis: toute perturbation du détroit d’Ormuz, axe central du commerce pétrolier mondial, «pourrait considérablement aggraver la crise».

 

L’économie énergétique, point de vulnérabilité stratégique

Cet accent mis sur la question énergétique ne relève pas d’une simple précaution rhétorique. Il correspond à une vulnérabilité structurelle de l’économie turque. Le pays importe environ 50 milliards de mètres cubes de gaz par an, dont 14,3 milliards sous forme de gaz naturel liquéfié. Cette dépendance expose directement Ankara aux fluctuations des marchés énergétiques internationaux.

Dans un contexte déjà marqué par des tensions inflationnistes et par le poids budgétaire des subventions tarifaires, toute hausse des prix de l’énergie viendrait accentuer les déséquilibres internes. Les autorités turques ont d’ailleurs reconnu, selon des informations rapportées par Reuters, la «gravité de la pollution énergétique pour l’économie nationale» — formulation qui traduit, au-delà de son ambiguïté, la conscience d’un risque systémique.

Un choc sur l’architecture énergétique régionale se traduirait mécaniquement par un renchérissement des importations, une augmentation des coûts de production et, in fine, une dégradation du niveau de vie. L’enjeu dépasse ainsi la seule sphère macroéconomique pour toucher directement la cohésion sociale.

 

Entre rivalité et nécessité d’équilibre

La posture d’Ankara ne saurait toutefois être réduite à ses seules préoccupations économiques. Elle repose sur une appréciation stratégique plus profonde: la destruction militaire de l’Iran ne constituerait pas un facteur de pacification, mais un vecteur de désintégration régionale.

Les dirigeants turcs ne nourrissent aucune illusion quant à la rivalité historique qui les oppose à Téhéran, notamment en Syrie, en Irak ou dans le Caucase. Pourtant, ils considèrent qu’un équilibre, même conflictuel, demeure préférable à un effondrement pur et simple de l’ordre existant.

Hakan Fidan, le ministre des affaires étrangères a ainsi rejeté toute idée de guerre civile en Iran, de même que toute tentative de stimuler des conflits ethniques ou religieux. Le scénario redouté à Ankara n’est pas celui d’un Iran affaibli, mais celui d’un Iran fragmenté, livré à des dynamiques centrifuges incontrôlables.

Une telle évolution ouvrirait, aux portes mêmes de la Turquie, un espace d’instabilité massif, difficilement maîtrisable et susceptible d’alimenter des crises en cascade.

 

Une guerre qui franchit les frontières

Ces préoccupations stratégiques ont trouvé une traduction concrète dans des incidents récents. Les 9 et 10 mars, des missiles balistiques iraniens ont traversé l’espace aérien turc avant d’être interceptés par des dispositifs de l’OTAN. Ankara a immédiatement adressé un message ferme à Téhéran, qualifiant cette intrusion d’«inacceptable» et indiquant que des mesures de protection seraient prises en cas de répétition.

Cet épisode marque un seuil. Le conflit, jusque-là perçu comme extérieur, a commencé à affecter directement la souveraineté territoriale turque. La distance géographique et politique qui séparait Ankara du théâtre des opérations s’en trouve réduite, sinon abolie.

 

La perception d’une stratégie israélienne élargie

Au-delà des risques immédiats, c’est la logique d’ensemble des actions israéliennes qui alimente les inquiétudes turques. À Ankara, celles-ci ne sont pas interprétées comme de simples réponses défensives, mais comme les éléments d’une stratégie plus vaste visant à redessiner l’équilibre régional par la force.

Dès le 23 février, des informations relayées par Al Jazeera faisaient état d’une attention croissante, au sein de cercles israéliens, portée à la Turquie en tant que «prochain rival régional». Cette perception a été renforcée par des déclarations publiques.

L’ancien Premier ministre isarélien Naftali Bennett a ainsi désigné la Turquie comme une «nouvelle menace», appelant à agir «à la fois contre le danger de Téhéran et contre l’hostilité d’Ankara». Au début du mois de mars, il affirmait qu’Israël «ne resterait pas passif après l’Iran», laissant entendre que la séquence actuelle pourrait ouvrir sur d’autres confrontations, dépendantes notamment des choix stratégiques turcs.

 

Une inquiétude structurée : la Turquie comme prochaine étape

Pour les autorités turques, ces signaux convergent vers une conclusion préoccupante: l’écrasement de l’Iran ne marquerait pas la fin d’un cycle de conflits, mais son prolongement sous une forme nouvelle. Dans cette hypothèse, la Turquie pourrait apparaître comme la prochaine cible d’une dynamique de confrontation élargie.

Cette anticipation éclaire la multiplication des initiatives diplomatiques d’Ankara, ses appels répétés à la préservation des mécanismes de négociation, ainsi que le renforcement discret de ses dispositifs défensifs. Il ne s’agit pas seulement de réagir à une crise en cours, mais de se préparer à ses prolongements possibles.

 

Un positionnement dicté par la survie stratégique

La condamnation turque des frappes contre l’Iran s’articule autour de trois registres distincts mais convergents. Elle repose, d’abord, sur une argumentation juridique, dénonçant la violation du droit international et des principes de souveraineté. Elle s’inscrit, ensuite, dans une critique politique, pointant le sabotage des alternatives diplomatiques. Elle exprime, enfin, une inquiétude stratégique, liée aux répercussions directes sur l’économie, le commerce et la stabilité sociale turcs.

Cette position ne relève ni d’une solidarité idéologique avec Téhéran, ni d’une réaction circonstancielle. Elle procède d’une lecture des rapports de force et d’une évaluation des risques à moyen terme.

Recep Tayyip Erdoğan l’a formulé en des termes explicites: «sans les mesures nécessaires, les conséquences pour la sécurité régionale et mondiale pourraient être extrêmement graves».

En condamnant les frappes, Ankara cherche certes à empêcher une guerre contre son voisin. Mais elle vise, plus fondamentalement, à prévenir une dégradation de son propre environnement stratégique. Car dans l’hypothèse où l’Iran cesserait d’exister comme facteur d’équilibre, la phase suivante de recomposition régionale se rapprocherait inévitablement de la Turquie — touchant d’abord ses intérêts, puis ses positions, et, potentiellement, sa sécurité même.

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