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Le Média Libre de La Suisse Indépendante et Neutre...

Frappes en profondeur en Russie avec des missiles français: Yvan Roufiol dénonce une fuite en avant dangereuse et irresponsable

26 Novembre 2024, 17:20pm

Publié par Louis Giroud

Sur les ondes de la BBC, le ministre des Affaires étrangères a réaffirmé l'engagement de la France à intensifier son soutien à l’Ukraine. Une déclaration qui, loin de faire consensus, a suscité la colère d’Yvan Roufiol, éditorialiste connu pour son ton incisif. Dans ses propos, il n’a pas mâché ses mots, dénonçant ce qu’il considère comme une fuite en avant dangereuse et irresponsable de la part des autorités françaises.

«Cette décision me scandalise profondément», confie-t-il, fustigeant les dirigeants qui, selon lui, "ont du sang sur les mains". Roufiol voit dans cette stratégie une tentative désespérée d’un gouvernement fragilisé de raviver un semblant d’unité nationale en exploitant la menace d’une guerre élargie. "C’est le symptôme d’un pouvoir aux abois", assène-t-il. Il redoute que cette démarche, qu’il qualifie de "criminelle", ne conduise à une escalade irréversible, plongeant le monde dans une troisième guerre mondiale.

Les chiffres qu’il avance sont glaçants : près d’un million de morts et de blessés liés au conflit en Ukraine. Et pourtant, la France, loin de jouer l’apaisement, soutient désormais l’envoi de missiles à longue portée, un geste qu’il perçoit comme une provocation directe envers la Russie. Pire encore, il s’inquiète de rumeurs évoquant une possible intervention de troupes françaises au sol, tandis que le budget d’aide à l’Ukraine serait triplé. "On demande aux Français de se serrer la ceinture, et dans le même temps, on finance une guerre qui pourrait nous engloutir", s’indigne-t-il.

Pour Yvan Roufiol, la récente élection de Donald Trump pourrait constituer un tournant, ce dernier ayant promis de mettre fin au conflit ukrainien. Mais d’ici l’investiture, prévue en janvier, il craint que la situation ne s’aggrave davantage. "Les fauteurs de guerre pourraient profiter de ces deux mois pour précipiter le chaos", avertit-il.

En parallèle, Roufiol dénonce l’attitude d’Emmanuel Macron, qu’il accuse d’entretenir une posture de fermeté sur la scène internationale tout en laissant des enjeux cruciaux, tels que l’islamisme ou la liberté d’expression, sans réponse claire. Il cite notamment le cas de Boualem Sansal, écrivain bloqué en Algérie après des déclarations critiques : "Où est la diplomatie française face à cette injustice flagrante ?"

Ce contraste, selon lui, illustre l’aveuglement du président, incapable de reconnaître que la guerre en Ukraine semble déjà perdue pour Kiev. "La Russie a renforcé ses positions, elle est soutenue par une large partie du Sud global, tandis que l’Europe vacille", observe-t-il.

Face à ce contexte, Yvan Roufiol ne cache pas son scepticisme quant à un éventuel changement de cap. Une motion de censure pourrait certes redéfinir l’équilibre politique, mais il doute qu’Emmanuel Macron envisage de céder le pouvoir. "Marine Le Pen, pour sa part, pourrait tenter un coup politique en soutenant cette initiative, mais cela risquerait de ternir l’image de stabilité qu’elle cherche à incarner", analyse-t-il.

Pour Roufiol, la situation actuelle est claire : Emmanuel Macron est devenu un obstacle à la cohésion nationale et à la paix internationale. "Son départ permettrait peut-être de restaurer une certaine sérénité, mais encore faut-il que les conditions s’y prêtent", conclut-il, non sans une pointe de résignation

Yvan Rioufol sur Radio Courtoisie

Yvan Rioufol sur Radio Courtoisie

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Vers un nouvel ordre mondial : multipolarité, justice et défis internationaux

26 Novembre 2024, 04:06am

Publié par Louis Giroud

Les déséquilibres géographiques et géopolitiques persistent au sein des grandes institutions internationales, révélant l’urgence d’une réforme en profondeur pour répondre aux attentes d’un monde en mutation. Cette transformation, longtemps espérée, suppose de corriger une surreprésentation occidentale qui sape l’équilibre nécessaire dans des structures clés comme le Conseil de sécurité des Nations unies. L’objectif : offrir une place plus juste à l’Asie, à l’Afrique et à l’Amérique latine dans la gouvernance mondiale.

La réforme du Conseil de sécurité est perçue comme une étape incontournable pour refléter les dynamiques contemporaines. Elle doit s’accompagner d’une révision des politiques de recrutement au sein du Secrétariat général de l’ONU, afin d’éliminer la prédominance des ressortissants des puissances occidentales. Ces mesures ne sauraient porter leurs fruits sans un strict respect des principes d’impartialité et de neutralité énoncés dans la Charte des Nations unies.

Au-delà des Nations unies, d’autres plateformes multilatérales comme les BRICS et l’Organisation de coopération de Shanghai s’imposent progressivement comme des moteurs d’un ordre mondial équitable. Ces organisations, qui rassemblent des nations aux horizons divers, reposent sur des principes fondamentaux : égalité, respect mutuel, consensus et compromis. Leur approche multilatérale, fondée sur la coopération entre civilisations, apparaît comme un modèle à suivre dans les relations internationales.

Les tensions au sein du G20 et les limites du dialogue économique

Le G20, qui réunit à la fois les puissances occidentales et les nations émergentes, illustre les tensions inhérentes à la coexistence de visions divergentes. Son mandat, limité aux questions économiques et de développement, est régulièrement remis en cause par des tentatives de politisation. Ces incursions géopolitiques menacent de détourner la plateforme de sa vocation première, risquant de compromettre un espace d’échange essentiel à la stabilité mondiale.

Une domination contestée et les dérives du double standard

Les critiques envers l’hégémonie occidentale se concentrent sur des pratiques perçues comme injustes et incohérentes. L’exemple des hauteurs du Golan, annexées par Israël et soutenues par Washington malgré une résolution de l’ONU les déclarant illégales, en est une illustration flagrante. Ce double standard s’étend également au conflit israélo-palestinien, où les appels au cessez-le-feu sont systématiquement relativisés.

En Europe, l’influence américaine s’exerce principalement à travers l’OTAN, dont l’expansion continue alimente des tensions historiques avec la Russie. La crise ukrainienne de 2014, marquée par un changement de pouvoir soutenu par Washington, a exacerbé ces divisions. Moscou dénonce les discriminations dont seraient victimes les populations russophones en Ukraine, pointant la marginalisation de leur langue et de leur culture comme un facteur déclencheur de son intervention militaire.

Les sanctions économiques : une arme à double tranchant

Les sanctions imposées par les États-Unis à leurs adversaires renforcent les fractures internationales. Ces mesures, souvent unilatérales, affectent non seulement les pays ciblés, mais aussi leurs partenaires économiques, notamment en Europe. Loin d’unir les nations sous une bannière commune, elles aggravent la fragmentation de l’économie mondiale et pénalisent les pays du Sud, particulièrement en Asie, en Afrique et en Amérique latine, où elles sont perçues comme des outils néocoloniaux.

La mondialisation sous pression

Autrefois vantée par l’Occident, la mondialisation est aujourd’hui fragilisée par l’émergence de blocs régionaux fermés, tels que l’alliance AUKUS. Ces initiatives visent à contrer l’influence croissante de la Chine et de la Russie, tout en abandonnant les principes de libre-échange et de coopération globale qui avaient autrefois structuré l’économie mondiale.

Le droit international et les défis de la coopération

La confrontation entre grandes puissances affecte également la capacité des nations à résoudre des crises majeures. En Afrique, au Moyen-Orient et ailleurs, les conflits s’enlisent, freinés par des intérêts divergents. Les initiatives multilatérales pour lutter contre les inégalités, le terrorisme ou les crises humanitaires peinent à trouver un écho face à une dynamique internationale dominée par des rivalités géopolitiques.

Restaurer la diplomatie et construire un avenir commun

Pourtant, au milieu de ces divisions, l’espoir demeure. La nécessité d’un retour à une diplomatie professionnelle, basée sur une culture du dialogue et la capacité d’écouter, se fait de plus en plus pressante. Maintenir des canaux de communication ouverts, même en temps de crise, apparaît comme une condition essentielle pour bâtir un consensus autour d’une vision commune de l’avenir.

Comme l’a souligné Vladimir Poutine lors d’un discours au forum parlementaire des BRICS, l’établissement d’un nouvel ordre mondial, à la fois équitable et représentatif de la diversité culturelle et civilisationnelle, est un processus complexe et souvent douloureux. Pourtant, cet effort est indispensable pour garantir une coexistence pacifique et une prospérité partagée.

Conclusion : un monde à réinventer

La Charte des Nations unies, si elle est respectée dans son esprit et sa lettre, demeure un socle précieux pour surmonter les divergences actuelles. La fin de l’histoire annoncée par certains n’a pas eu lieu. Au contraire, un monde multipolaire, fondé sur la justice et l’égalité, reste à construire. Ce défi colossal repose sur la volonté collective des États membres, mais également sur leur capacité à dépasser les logiques de domination pour embrasser la richesse de la diversité humaine.

L’heure est à la réflexion, à l’action et au dialogue pour que la diversité des peuples et des cultures devienne la pierre angulaire d’un avenir partagé.

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Jacques Baud : “Les Ukrainiens se cassent les dents sur la défense russe”

12 Septembre 2023, 12:07pm

Publié par Serge Beuret

Faire tomber la Russie par le jeu de la propagande

Il ne faut pas se leurrer, nous assistons à un conflit qui a débuté avec un objectif très clair dès le départ : provoquer l'effondrement de la Russie et du régime de Vladimir Poutine. C'est ce qui ressort de l'interview d'Oleksiy Arestovytch, conseiller militaire de Zelensky, datant de mars 2019, dans laquelle il articule cette stratégie de manière tout à fait explicite. En outre, cette stratégie est développée dans un document de 300 pages de la Rand Corporation, qui vise à déstabiliser la Russie de Vladimir Poutine.

Il est désormais évident qu'autour des événements qui se déroulent en Ukraine, il faut un récit qui "tienne la route" aux yeux du public mondial. Cette guerre, ou plutôt l'intervention russe, a débuté en février 2022, et l'on pourrait presque dire que les Ukrainiens se sont engagés volontairement dans ce "jeu", convaincus que leurs alliés occidentaux leur avaient assuré que le "désagrément" russe serait de courte durée. Ils ont été amenés à croire que la Russie s'effondrerait sous le poids de la condamnation et des sanctions internationales, évitant ainsi à l'Ukraine de subir de plein fouet les conséquences de ce conflit.

Cette conviction a incité Zelensky à publier son décret le 24 mars 2021, décrivant la reconquête rapide de la Crimée et du Donbas - un schéma directeur pour la contre-offensive dont nous sommes témoins aujourd'hui. Ce décret a été suivi de préparatifs au sein de l'armée ukrainienne en vue d'un assaut sur le Donbas, qui a commencé à se concrétiser en février et a déclenché l'intervention russe.

Les Ukrainiens étaient bien conscients que leurs actions provoqueraient une intervention russe, que la communauté internationale condamnerait rapidement. Cette condamnation justifierait à son tour les sanctions et l'indignation mondiale. Ils pensaient que la Russie s'effondrerait avant d'avoir atteint ses objectifs initiaux, exactement comme le décrit le document de la Rand Corporation.

La manipulation des esprits, plus puissante que les armes

Pour y parvenir, tous les moyens ont été mis en œuvre, avec plus ou moins de succès : d'abord, des sanctions massives et sans précédent justifiées par une transgression délibérément provoquée, suivies d'une croisade morale contre le régime russe, conduisant à son isolement de la communauté des nations - le tout étant à nouveau attribué à cette transgression provoquée. Oleksiy Arestovytch décrit cela en détail. Rien n'a été laissé au hasard. Concrètement, les sanctions n'ont pas produit les effets escomptés. Mais la propagande, aidée par la coopération des grands médias occidentaux, a eu des conséquences importantes, une grande partie de la communauté internationale dénonçant la Russie. C'est pourquoi les nations occidentales ont cherché à courtiser l'ensemble de la communauté internationale lors de l'Assemblée générale des Nations unies pour condamner la Russie, car cette condamnation était essentielle pour légitimer les sanctions.

Dès le départ, l'objectif était véritablement d'asphyxier la Russie et, pour soutenir cette entreprise, un narratif convaincant était nécessaire. Il fallait persuader l'opinion que la Russie ne pouvait pas gagner, que l'Ukraine avait déjà triomphé parce qu'elle était dans son bon droit. Tout a été entrepris pour tourner autour de ce récit.

D'une manière ou d'une autre, tous les grands médias occidentaux se sont alignés sur cette version, et les voix dissidentes ont été systématiquement marginalisées. Cela a été observé sur les plateformes de médias sociaux, où toutes les sources alternatives ont été systématiquement supprimées. C'était également évident sur les plateformes de télévision, où tout ce qui était contraire à la perspective "pro-occidentale" était immédiatement censuré. Cette dynamique ne visait pas tant à convaincre l'opinion publique occidentale (qui était moins visée) qu'à persuader l'opinion publique russe. Cette stratégie d'effondrement de la Russie, comme nous l'avons vu précédemment, ne pouvait réussir que si la population était fermement convaincue que son dirigeant avait commis une erreur irréparable unanimement condamnée dans le monde.

Serge BEURET
Journaliste, historien et politologue

L’industrie occidentale parvient-elle à rivaliser avec celle de la Russie en Ukraine ? Pourquoi ne cherche-t-on pas une solution négociée ? En quoi notre perception du conflit est-elle en train de desservir l’Ukraine ? Pour répondre à ces questions et à bien d’autres, Jacques Baud s’appuie sur les informations des services de renseignement occidentaux et les documents américains qui ont fuité en avril 2023.

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J. Baud : «Faire la guerre avec le sang des autres, c'est exactement ce que nous faisons !»

9 Septembre 2023, 11:03am

Publié par Serge Beuret

«Dans «Ukraine entre guerre et paix» Jacques Baud tente de présenter la manière dont les uns et les autres conçoivent la guerre. Parce que cela lui semble fondamental pour comprendre la manière d'aborder la paix. «Il faut voir ce que chacun comprend dans cette guerre, dit-il, ce que chacun essaye d'atteindre après 18 mois de combats.» 
Ces derniers mois on a assisté à une augmentation considérable de l'aide militaire occidentale à l'Ukraine; au point que l'Ukraine dépend presque exclusivement de l'Occident. J. Baud rappelle que le responsable des affaires étrangères de l'Union européenne, Joseph Borel, a dit il n'y a pas si longtemps, que si l'Occident arrêtait de soutenir l'Ukraine, elle s'effondrerait en 24 heures.


L'auteur veut aussi souligner, que la vision "française" du conflit souffre d'objectivité... paradoxalement même, par rapport à la vison du public américain.
S'il y a en France une quantité d'infos qui circulent, la qualité n'est pas forcément au rendez-vous; pour des raisons culturelles, sans doute. En cause, la perception de la liberté d'informer et la liberté de s'exprimer, qui n'est pas la même. Ce qui lui fait dire, que vu de Suisse, certains considèrent la France davantage comme une monarchie élective, qu'une démocratie au sens très large du terme.

Jacques Baud, auteur du livre « Ukraine entre guerre et paix », ancien colonel du renseignement stratégique suisse et censuré par tous les médias mainstream, est l'invité d'Eric Morillot.

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L’énergie, nerf de la guerre

7 Septembre 2023, 15:32pm

Publié par Guy Mettan

On a entendu tout et son contraire sur le dernier sommet des BRICS à Johannesburg. Victoire et défaite de la Chine, isolement de la Russie et succès russe, élargissement réussi mais ambitions financières mises en échec, club de carpes et de lapins et front d’opposition contre l’hégémonie occidentale, etc.

Certains espéraient une rupture révolutionnaire avec l’ordre établi et d’autres le début de la fin du dollar, tandis que beaucoup, au Nord, souhaitaient un échec. Rien de tout cela n’est advenu. Au contraire, le déroulement de cette rencontre frappe par sa modération, son sens des équilibres mondiaux et sa vision stratégique. Ce sont autant de gages de réussite pour l’avenir. Le basculement économique du monde, que nous avons souvent évoqué dans ces colonnes depuis dix ans, est désormais entré dans sa phase politique, mais sans tambours ni trompettes. Et c’est tant mieux ainsi.

Pas de table rase mais une volonté de rééquilibrer la gouvernance mondiale en faveur du Sud global

Premier constat, la longue déclaration finale prend grand soin d’affirmer que le mouvement des BRICS ne s’inscrit pas contre l’Occident mais veut s’insérer dans l’ordre international existant tel que défini par la Charte des Nations Unies. Pas de tabula rasa, mais une volonté clairement exprimée de rééquilibrer la fameuse « gouvernance mondiale » en faveur du Sud global. Idem pour l’économie : le libre-échangisme et le libéralisme ne sont pas remis en cause, ni même le dollar. On veut simplement faire monter en puissance les échanges en monnaies locales dans le commerce bilatéral. C’est modeste mais réaliste, et probablement beaucoup plus efficace à terme que des grandes annonces jamais suivies d’effet.

Mais c’est sur le plan stratégique que l’avancée est la plus manifeste. Le choix des six pays retenus dans cette première phase d’élargissement montre une conscience aiguë des équilibres internationaux et de l’enjeu le plus déterminant pour l’avenir du monde, à savoir celui de l’énergie. En intégrant à la fois l’Iran, l’Arabie saoudite et les Emirats, non seulement on consolide la collaboration entre ces trois pays naguère hostiles mais on renforce l’homogénéité du continent eurasiatique en refermant la porte aux ingérences occidentales. Cela ouvre de grandes perspectives pour l’intégration économique. Et cela tout en arrimant l’Afrique et l’Amérique latine au projet avec l’admission de l’Ethiopie, de l’Egypte et de l’Argentine.

Les BRICS+6, c'est 46% de la population mondiale

Et surtout on consolide l’accès aux sources d’énergie. Les BRICS+6, c’est non seulement un PIB en parité de pouvoir d’achat légèrement supérieur à celui du G7, mais aussi 46% de la population mondiale (contre 10%), 43 % des exportations de pétroles mondiales et surtout 46% des réserves de pétrole et de gaz (3,9% pour le G7). Or la consommation d’énergie continuera à grimper dans les décennies à venir, en dépit des mesures climatiques et des énergies renouvelables, car l’énergie, sous toutes ses formes, constitue le nerf de la guerre. Pas de développement ni de civilisation sans énergie. En réunissant les plus gros producteurs de pétrole, de gaz et de charbon (sans compter l’apport à venir de l’Algérie, du Venezuela, du Nigeria, de l’Angola et de l’Indonésie, tous candidats), le club des BRICS réussit à les mettre directement en contact avec deux des plus grands consommateurs, à savoir la Chine et l’Inde, marginalisant définitivement l’Europe.

L’Arabie saoudite, qui vient de signer un contrat payable en renminbi avec la Chine pour construire une centrale nucléaire, ne s’y est pas trompée.

Guy Mettan

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Guy Mettan est un journaliste indépendant, écrivain et homme politique suisse. Il a notamment été directeur et rédacteur en chef de la Tribune de Genève et a fondé le Club suisse de la presse.

Le président du Brésil Lula da Silva, le président de la Chine Xi Jinping, le président de l’Afrique du Sud Cyril Ramaphosa, le premier ministre de l’Inde Narendra Modi, le ministre des affaires étrangères de la Russie Sergey Lavrov à Johannesburg, en Afrique du Sud, BRICS Summit, 22 août 2023. (Wikimedia)

Le président du Brésil Lula da Silva, le président de la Chine Xi Jinping, le président de l’Afrique du Sud Cyril Ramaphosa, le premier ministre de l’Inde Narendra Modi, le ministre des affaires étrangères de la Russie Sergey Lavrov à Johannesburg, en Afrique du Sud, BRICS Summit, 22 août 2023. (Wikimedia)

L’énergie, nerf de la guerre

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Guerre en Ukraine : Guy Mettan, spécialiste des rapports Russie-Occident

3 Septembre 2023, 17:36pm

Publié par Louis Giroud

Youtube 53111 vues au 25 janv. 2023

 

https://dialoguefrancorusse.com/nous-...

 

Guy Mettan est un journaliste, écrivain et homme politique suisse; auteur de plusieurs ouvrages, notamment "Russie-Occident, une guerre de mille ans. La russophobie de Charlemagne à la crise ukrainienne" (Éditions des Syrtes, 2015). Nous parlons du Davos, de la neutralité suisse, relations avec la Russie, du traitement de la guerre en Ukraine, de l'analyse de la situation géopolitique.

 

00:17 - Présentation

01:10 - Histoire de la russophobie (affaire Skripal, Russiagate)

07:10 - Neutralité suisse

08:48 - Banques suisses sous pression

09:39 - Davos

11:15 - Sondages

12:26 - Excédent russe

12:59 - Guy Mettan en Russie

14:44 - Economie russe

16:45 - Secteur agricole russe

18:00 - Oligarchie

19:15 - Propagande

22:22 - Bellingcat

24:40 - La paix ou pas..

28:10 - Guerre existentielle

28:59 - Adresse aux auditeurs du Dialogue

Guerre en Ukraine : Guy Mettan, spécialiste des rapports Russie-Occident

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Bercoff dans tous ses états - Émission du 28 août

2 Septembre 2023, 19:47pm

Bercoff dans tous ses états - Émission du 28 août - YouTube


Avec Jacques Baud, ex-membre des renseignements stratégiques suisses; Fabrice Epelboin, spécialiste de l'influence sur les réseaux sociaux et Arnaud Dimeglio, avocat spécialisé en droit numérique et de la communication.


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Le Niger et le «nouvel ordre mondial»

2 Septembre 2023, 18:31pm

Publié par Patrick Lawrence

Le Niger et le «nouvel ordre mondial»

Comment comprendre le coup d’État du 26 juillet au Niger, au cours duquel des officiers militaires de haut rang ont renversé Mohamed Bazoum, le président pro-occidental du pays ? Il s’agit du sixième putsch de ce type au Sahel au cours des quatre dernières années. Devrions-nous considérer ces territoires de l’Afrique subsaharienne comme des pays coupés du monde et ne plus nous en préoccuper ? Cette idée est implicite dans une grande partie de la couverture médiatique, mais dans quelle mesure nos médias cherchent-ils à nous faire mieux comprendre les événements mondiaux et dans quelle mesure s’emploient-ils à nous en faire ignorer les tenants et les aboutissants?

 

Ne considérez pas ce dernier développement en Afrique comme un événement isolé, si je puis me permettre une suggestion. Son importance réside dans le contexte plus large dans lequel il s’est produit – son environnement global, pour ainsi dire. L’Occident est assiégé par la cohérence et l’influence croissantes du non-Occident et de sa version du 21e siècle. Nos médias ne supportent pas d’écrire ou de diffuser sur ce sujet. Le Niger, d’après ce que j’ai lu, vient de se déclarer partie prenante de ce phénomène historique. Et les grands médias ne supportent pas non plus d’en parler.

 

Ceux qui ont mené le soulèvement sont tournés vers l’avenir, et non vers le passé

Ceux qui ont déposé Bazoum sont dirigés par Abdourahamane Tchiani, ancien chef de la Garde présidentielle, et nourrissent manifestement un profond ressentiment à l’égard de la présence postcoloniale des Français. Des rapports – dans les médias, dans les groupes de réflexion – indiquent que Bazoum était sur le point de renvoyer Tchiani, et que les événements de la fin juillet ont été motivés, principalement ou essentiellement, par des rivalités personnelles, des rancœurs, ou les deux à la fois.

Partout, on a évoqué, en bien ou en mal selon le cas, l’animosité des Nigériens à l’égard des Français expatriés parmi eux. On retrouve ces mêmes tendances dans de nombreuses régions de l’Afrique francophone. Le passé est le passé, affirment les Nigériens, les Maliens et bien d’autres: Nous sommes au XXIe siècle, pas au XIXe. Mais le fait historique n’est qu’une partie de la question, et je dirais même que ce n’est pas la partie la plus importante. Nous ne devrions pas faire trop de cas de l’histoire ou de la mémoire dans ce contexte. En effet, ceux qui ont mené le coup d’Etat sont tournés vers l’avenir, et non vers le passé. Et suggérer que le coup d’Etat qui a destitué Bazoum était une simple affaire de politique de palais, quelle qu’elle soit, revient à servir une entrée en guise de plat principal. Non, il faut voir plus large pour saisir la nouvelle réalité qui se dessine au Niger et dans ses environs.

 

Les insurgés ne veulent plus d'un présence militaire française et américaine empotée et inefficace

Thiani et ses partisans, qui semblent être en nombre dans l’armée et dans les rues de Niamey, la capitale, ont, selon moi, principalement à l’esprit l’Occident tel qu’il est aujourd’hui. S’ils en ont assez des Français, ils sont à ce stade tout à fait clairs sur le fait qu’ils ne veulent pas non plus de ce que les Etats-Unis leur ont offert au cours des deux dernières décennies: une présence militaire empotée et inefficace et une orthodoxie économique néolibérale. Comme au Mali et ailleurs dans la région, le Niger semble maintenant prêt à pencher dans une direction clairement non-occidentale.

 

En d’autres termes, le coup d’Etat du mois dernier me semble être le signal que le Niger est prêt à se rallier au «nouvel ordre mondial» dont les Chinois parlent de plus en plus publiquement depuis quelques années – depuis que le gouvernement Biden s’est aliéné de Pékin dans les mois qui ont suivi son entrée en fonction en 2021. Cela place le putsch qui a causé la chute de Bazoum dans un contexte plus large, là où je pense qu’il devrait être.

Cela signifie que les Etats-Unis se trouveront désormais en concurrence croissante avec la Chine et la Russie en matière d’influence sur le continent africain. A moins d’un changement de cap majeur – et pour le cas où cela vous aurait échappé, les clans politiques de Washington ne sont pas doués pour changer de cap – il est presque certain que l’Amérique sera la perdante de cette rivalité, si tant est qu’il faille l’appeler ainsi. Les Etats-Unis, et en l’occurrence les Français, sont tout simplement sous-équipés. C’est une question de technologies appropriées: les Américains arrivent en Afrique avec des armes, une assistance militaire et des intérêts géopolitiques; les Chinois et les Russes arrivent avec leurs propres intérêts, certes, mais aussi avec une aide économique, des flux commerciaux et des projets de développement industriel.

 

Longtemps, les Nigériens n’ont eu d’autre choix que d’accepter le néocolonialisme

Pendant longtemps, les Nigériens n’ont eu d’autre choix que d’accepter certaines formes de néocolonialisme, en guise d’héritage, un genre de legs historique. La marque de notre époque est que ces nations ont désormais des choix viables et qu’elles sont enfin en mesure de les faire dans leur propre intérêt. Alors que je rédigeais ce commentaire, Chas Freeman, un éminent diplomate, a enregistré un webcast dans lequel il affirme que l’Asie occidentale – comme nous devons apprendre à appeler le Moyen-Orient – est destinée à définir son propre avenir maintenant que l’hégémonie américaine appartient au passé. Disons que ce genre de propos est très répandu: les Nigériens viennent d’annoncer qu’à partir de maintenant, l’Afrique est l’affaire des Africains.

 

Chacune des anciennes puissances impériales avait son style de colonisation bien à elle. Les Belges étaient célèbres pour leur violence et leur impitoyable exploitation, les Britanniques s’appuyaient sur les structures politiques traditionnelles – tribus, chefs, sultanats, etc. – et gouvernaient par le biais de l’«indirect rule», comme on disait alors. Les Français recréèrent la bureaucratie administrative de la métropole, exercèrent un pouvoir direct et, comme chez eux, imposèrent à tout le monde de parler français. Il en allait de même pour les styles postcoloniaux. Les Français ont semé la pagaille dans nombre de leurs anciennes colonies parce que, par essence, ils n’ont pas encore laissé derrière eux la conscience coloniale. Ce constat devient flagrant si l’on établit un parallèle entre les relations de Paris avec les nations francophones et celles de Londres avec le Commonwealth britannique. Je ne dirais pas que ce dernier est une grande et heureuse famille, mais on n’y voit pas le genre de calamités dont nous avons été témoins récemment dans le Sahel. Les Français manifestent parfois une certaine arrogance dans les relations sociales. Ils dominent toujours les industries extractives et d’autres sphères de l’économie comme si l’indépendance – que le Niger a revendiqué en 1960 – n’avait jamais eu lieu.

 

La France condamnée à partir réduira la capacité militaire de l’Occident en Afrique

Le Mali voisin a expulsé le contingent militaire français après les coups d’Etat successifs de 2020 et 2021. Dix jours après le coup d’Etat du 26 juillet, le nouveau gouvernement de Niamey a déclaré qu’il annulait une série d’accords militaires avec Paris régissant la présence militaire française. «Si la France ne modifie pas sa position, ses 1500 soldats présents au Niger vont donc devoir partir», a indiqué la semaine dernière la Brookings Institution, «ce qui réduira considérablement la capacité militaire de l’Occident dans une région du monde où la menace terroriste est de plus en plus forte, meurtrière et évolutive».

Cette situation soulève le problème de la pérennité de la présence du Pentagone au Niger – environ un millier de soldats et une base de drones au nord-est de Niamey, à partir de laquelle le Pentagone surveille les activités terroristes présumées jusqu’en Afrique du Nord et en Afrique de l’Ouest. Je n’ai pas d’informations à ce sujet pour l’instant. J’imagine que les échanges entre Washington et Niamey sont incessants, mais les dirigeants du coup d’Etat nigérien donnent l’impression qu’ils n’apprécient pas plus la présence des troupes américaines sur le sol nigérien que celle des troupes françaises. Certains officiers nigériens seraient favorables à un passage de l’aide militaire russe au détriment de l’aide américaine, et plus particulièrement au profit du Groupe Wagner, qui est déjà opérationnel au Mali.

 

Depuis des décennies, la négligence et l’échec ont caractérisé la position des Etats-Unis au Niger et dans d’autres pays d’Afrique. Le déséquilibre radical entre l’assistance militaire et sécuritaire, d’une part, et l’investissement et l’aide économique, de l’autre, a fait passer aux Nigériens le pire des messages: les Américains ne s’intéressent pas au Niger ni aux Nigériens; ils ne s’intéressent au Niger qu’en tant que site de compétition stratégique.

 

L'Amérique aux Africains: «ne comptez pas sur nous pour vous aider à dynamiser vos économies avec notre carnet de chèques... à moins que nos entreprises ne soient impliquées dans le pétrole et le gaz.»

Howard French, ancien correspondant du New York Times, l’a fort bien résumé la semaine dernière dans Foreign Policy: «Depuis des décennies, Washington traîne les pieds en Afrique, changeant de slogans politiques à intervalles réguliers en fonction de la mode, mais s’en tenant essentiellement à deux messages à l’intention des Africains. Le premier est le suivant: ne comptez pas sur nous pour vous aider à dynamiser vos économies avec notre propre carnet de chèques. Nous vous souhaitons bonne chance dans la poursuite de ce que l’on appelle les ‘partenariats public-privé’, qui ne signifient généralement pas grand-chose pour les premiers et pas grand-chose non plus pour les seconds, à moins que les entreprises privées ne soient impliquées dans le pétrole et le gaz. L’autre thème archi-rebattu est, bien entendu, la démocratie. Les décideurs américains prétendent l’aimer en Afrique, mais ils n’ont jamais fait preuve d’une grande habileté pour trouver comment en assurer la promotion – ni, comme le coup d’Etat du Niger l’a amplement démontré – pour la défendre lorsqu’elle est attaquée.»

 

Depuis les attentats du 11 septembre 2001 à New York et à Washington, l’aide américaine au Niger s’est concentrée presque exclusivement sur les opérations antiterroristes – d’abord les siennes propres et,  par le biais de la formation et du conseil, celles de l’armée nigérienne,  mais pour la même cause.

 

Le Pentagone a l’habitude de présenter le Niger comme un précieux avant-poste dans le cadre de ses campagnes mondiales de lutte contre le terrorisme, en envoyant armes, conseillers, formateurs ainsi que des aides budgétaires à hauteur de 500 millions de dollars au cours de la dernière décennie. En fait, au moins cinq des auteurs du coup d’Etat nigérien ont été formés et conseillés par l’armée américaine. Comme cela le laisse supposer, le bilan de ces opérations est lourd de retombées inattendues.

 

Le terrorisme n'a pas disparu avec les présences française et américaines

Nick Turse, grand connaisseur de l’Afrique, a expliqué tout cela en détail lors d’une interview accordée la semaine dernière à Intercepted. En 2002–2003, le département d’Etat a recensé neuf attentats terroristes dans l’ensemble du Sahel, soit moins de 1% du total mondial. Mais depuis, les chiffres ont quasiment progressé chaque année. L’année dernière, le Niger et ses voisins, le Mali et le Burkina Faso, ont subi 27000 attaques de ce type. Plus de 40% des victimes du terrorisme dans le monde se trouvent aujourd’hui au Sahel.

La question évidente est le pourquoi de tout cela. La réponse tient aux divisions ethniques, sociales, religieuses et claniques du Niger, qui n’intéressent pas le moindre du monde les Américains parce qu’ils ne s’intéressent pas le moindre du monde aux Nigériens. Au cours des deux dernières décennies, les minorités ethniques et islamiques ont constitué un terrain fertile pour le recrutement de groupements terroristes de type Al-Qaïda, précisément parce que ces minorités étaient marginalisées. Les groupes sociaux, ethniques et religieux les plus favorisés, qui dominent le gouvernement et l’armée, ont par conséquent eu tendance à traiter tous ceux qui appartenaient à ces minorités comme des terroristes. Les conseillers américains, inattentifs à ces divisions et à ces animosités, ont efficacement formé l’armée nigérienne à mener des opérations antiterroristes sans aucun discernement.

 

On peut en mesurer les effets dans les statistiques qui viennent d’être citées. Peu importe la Brookings et son explication simpliste de la présence du Pentagone: les opérations de ce  dernier se sont retournées contre lui et la démocratie nigérienne s’est grandement détériorée.

 

A Niamey, on a vu des drapeaux russes flottant au-dessus des manifestants exprimant leur soutien à la destitution de Bazoum, et certains officiers nigériens seraient favorables à une transition de l’aide militaire américaine à l’aide militaire russe, et plus particulièrement au groupe Wagner, déjà opérationnel au Mali. Il convient de suivre ces événements, mais je les considère plutôt comme des gestes symboliques dans le contexte élargi évoqué plus haut. Ils témoignent de la lassitude des Nigériens à l’égard de l’ordre actuel – largement détesté – basé sur les règles de Washington et de leur réceptivité au nouvel ordre mondial promu par la Chine et la Russie comme une alternative pour le XXIe siècle.

 

Je suis presque tenté de dire que nous pourrions assister à une nouvelle ruée vers l’Afrique, mais je ne le ferai pas. Il n’y aura pas de conférence de Berlin, celle qui, en 1884, a lancé la première offensive et fixé les règles de l’exploitation (et de la colonisation) du continent par les Européens. Les Etats-Unis, leurs alliés, la Russie et la Chine rivaliseront de la même manière cette fois-ci pour obtenir le Saint-Graal de la politique internationale de ce siècle, à savoir l’influence géopolitique et les ressources, mais pour les deux nations non-occidentales ici présentes, il ne s’agit pas d’exploitation. Il s’agit de mettre un terme décisif à une ère d’exploitation.

 

La Chine est bien engagée dans ses programmes de commerce, d’investissement et de développement à travers l’Afrique. Sa réaction au coup d’Etat de Niamey a été strictement non interventionniste, ce qui correspond précisément à la position que Tchiani et ses collègues souhaitent voir adopter par les puissances extérieures. Pékin s’est contenté de dire qu’il espérait un règlement négocié de l’impasse politique dans laquelle se trouve le pays. Quant à la Russie, comme par hasard, elle a tenu son deuxième sommet des dirigeants africains à Saint-Pétersbourg les deux jours qui ont suivi le coup d’Etat. Une fois encore, l’accent a été mis sur le commerce, les flux d’investissement et la coopération industrielle. «Au cours des discussions, les participants ont déclaré leur engagement à construire ensemble une nouvelle structure multipolaire plus équitable de l’ordre mondial, fondée sur l’égalité souveraine des Etats et sur une coopération mutuellement bénéfique.»

 

Bazoum qui n'était pas un acteur du changement, est un Arabe issu d'une minorité favorable à la présence française.

Et là, brusquement, j’ai un blanc : je ne vois pas comment les Etats-Unis auraient été en mesure de répondre efficacement à ces nouveaux arrivants installés au pouvoir au Niger ou ailleurs en Afrique.  Il est facile de comprendre la destitution de Bazoum dans ce contexte. Compte tenu de la manière dont il a été traité lors de son assignation à résidence, on peut supposer qu’il n’est pas considéré comme un ennemi grave: ce n’est tout simplement pas un acteur du changement. Bazoum est un modernisateur et un occidentaliste convaincu qui a forgé divers partenariats avec les Etats-Unis et les Européens. Il est le premier président arabe du Niger et un Arabe Ouled Slimane – une minorité au sein d’une minorité et d’un groupe traditionnellement favorable à la présence française. Si Bazoum n’a pas fait du Niger un Etat client de l’Occident depuis son entrée en fonction il y a deux ans, il a certainement progressé dans cette direction. Je considère que ses politiques économiques – auxquelles les putschistes s’opposent – sont proches d’un néolibéralisme pur et dur.

 

Blinken, le secrétaire d’Etat, et d’autres responsables de l’administration Biden ont vigoureusement plaidé la cause de Bazoum, menaçant de couper toute forme d’aide au pays s’il n’était pas rétabli dans ses fonctions.

 

Preuve de l’importance que Washington attache à la réhabilitation de Bazoum, Victoria Nuland s’est rendue à Niamey en début de semaine pour s’entretenir pendant plusieurs heures avec certains responsables militaires nigériens, bien que Thiani et d’autres responsables du coup d’Etat aient refusé de la voir. La numéro 2 par intérim du département d’Etat n’a obtenu aucun résultat, même si elle a rappelé que l’ensemble de l’aide américaine au Niger était en jeu.

 

«Nous ne voulons pas de votre argent, utilisez-le pour financer un programme minceur à Victoria Nuland»

«Nous ne voulons pas de votre argent», a tweeté le nouveau gouvernement. «Utilisez-le pour financer un programme minceur pour Victoria Nuland». Je cite cette grossière riposte publique  pour ce qu’elle sous-entend: la détermination des nouveaux dirigeants à rejeter la domination occidentale du passé du Niger.

 

Je me souviens d’une situation similaire, lorsqu’en 1964, Sukarno, lassé des contraintes imposées par les Etats-Unis à l’Indonésie en contrepartie de leur aide, déclara dans un discours national: «Allez au diable avec vos aides étrangères!» Sukarno était au poste de commande politique, et la souveraineté, l’indépendance et la dignité étaient ses valeurs les plus importantes. Le sentiment qui s’est manifesté à Niamey cette semaine me semble faire écho à celui de Sukarno et refléter les mêmes priorités. Abdourahamane Thiani et ses collègues portent des uniformes, mais ils semblent penser que la politique militaire de Washington à l’égard du Niger est une technologie erronée. Aujourd’hui, c’est le Niger pour les Nigériens.

 

Patrick Lawrence, 15 Août 2023

 

Patrick Lawrence, correspondant à l’étranger pendant de nombreuses années, principalement pour l’International Herald Tribune, est critique des médias, essayiste, auteur et conférencier. Son dernier ouvrage s’intitule Time No Longer: Americans After the American Century.

https://scheerpost.com/2023/08/15/patrick-lawrence-niger-and-the-new-world-order/

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La guerre économique des États-Unis contre la Chine

2 Septembre 2023, 17:53pm

Publié par Jeffrey D. Sachs

Résumé / Abstract

L'auteur met en lumière le schéma bien établi de la politique américaine visant à entraver les concurrents économiques et technologiques majeurs de la Chine. Il rappelle comment les États-Unis ont appliqué un blocus technologique à l'Union soviétique pendant la guerre froide, puis ont cherché à freiner la croissance économique du Japon à la fin des années 1980 et au début des années 1990, malgré l'alliance entre les deux pays. Les États-Unis ont utilisé des mesures telles que des limitations des exportations japonaises et une appréciation forcée du yen japonais pour maintenir leur avantage économique.

L'auteur souligne que les États-Unis ont adopté une attitude similaire envers la Chine depuis 2015, en la considérant davantage comme une menace que comme un partenaire commercial, en réaction à son succès économique. Les États-Unis ont mis en place des droits de douane unilatéraux et bloqué les entreprises technologiques chinoises telles que ZTE et Huawei. Le président Joe Biden a poursuivi ces politiques, signant de nouveaux décrets limitant l'accès de la Chine aux technologies de pointe et encourageant les entreprises américaines à délocaliser leur production hors de Chine.

L'article fait valoir que ces actions américaines vont à l'encontre des principes et des procédures de l'OMC et que les États-Unis nient être engagés dans une guerre économique avec la Chine. Néanmoins, il constate que les importations américaines en provenance de Chine ont considérablement chuté sous l'administration Biden. Toutefois, il reconnaît que l'économie chinoise est complexe et que la Chine peut trouver des partenaires ailleurs dans le monde pour poursuivre sa croissance économique grâce à des initiatives telles que "la Ceinture et la Route".

En conclusion, l'auteur considère que la tentative américaine de contenir la Chine est à la fois erronée dans son principe et vouée à l'échec dans la pratique. Il estime que la Chine continuera à trouver des partenaires dans l'économie mondiale pour soutenir son expansion commerciale et technologique.

La presse occidentale se fait l’écho des prétendus méfaits de la Chine : crise financière du marché immobilier, surendettement généralisé et autres maux. Pourtant, le ralentissement est en grande partie dû aux mesures prises par les États-Unis pour freiner la croissance chinoise. Ces politiques américaines violent les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et constituent un danger pour la prospérité mondiale. Il convient d’y mettre un terme.

Les politiques anti-chinoises s’inscrivent dans un schéma bien connu de l’élaboration des politiques américaines. L’objectif est d’empêcher la concurrence économique et technologique d’un grand rival. La première et la plus évidente application de ce schéma été le blocus technologique que les États-Unis ont imposé à l’Union soviétique pendant la guerre froide. L’Union soviétique était l’ennemi déclaré de l’Amérique et la politique américaine visait à bloquer l’accès de l’Union soviétique aux technologies avancées.

La deuxième application de ce schéma est moins évidente et, en fait, est généralement ignorée même par les observateurs avertis. À la fin des années 1980 et au début des années 1990, les États-Unis ont délibérément cherché à ralentir la croissance économique du Japon. Cela peut paraître surprenant, car le Japon était et reste un allié des États-Unis. Pourtant, le Japon devenait “trop performant”, les entreprises japonaises surpassant les entreprises américaines dans des secteurs clés tels que les semi-conducteurs, l’électronique grand public et l’automobile. Le succès du Japon a été largement salué dans des best-sellers tels que Japan as Number One, écrit par mon regretté et grand collègue, Ezra Vogel, professeur à Harvard.

Le Japon poussé à surévaluer sa monnaie

Entre le milieu et la fin des années 1980, les responsables politiques américains ont limité les marchés américains aux exportations japonaises (par le biais de limites dites “volontaires” convenues avec le Japon) et ont poussé le Japon à surévaluer sa monnaie. Le yen japonais s’est apprécié, passant d’environ 240 yens pour un dollar en 1985 à 128 yens pour un dollar en 1988 et à 94 yens pour un dollar en 1995, ce qui a eu pour effet d’exclure les produits japonais du marché américain. Le Japon s’est enfoncé dans le marasme en raison de l’effondrement de la croissance des exportations. Entre 1980 et 1985, les exportations japonaises ont augmenté de 7,9 % par an ; entre 1985 et 1990, la croissance des exportations est tombée à 3,5 % par an ; et entre 1990 et 1995, à 3,3 % par an. Avec le ralentissement marqué de la croissance, de nombreuses entreprises japonaises se sont retrouvées en difficulté financière, ce qui a conduit à un effondrement financier au début des années 1990.

Au milieu des années 1990, j’ai demandé à l’un des plus hauts responsables du gouvernement japonais pourquoi le Japon ne dévaluait pas sa monnaie pour relancer la croissance. Il m’a répondu que les États-Unis ne le permettraient pas. Aujourd’hui, les États-Unis s’en prennent à la Chine. Depuis 2015, les responsables politiques américains considèrent la Chine comme une menace plutôt que comme un partenaire commercial. Ce changement de point de vue est dû à la réussite économique de la Chine.

L'essor de la Chine, une inquiétude pour les stratèges américains

L’essor économique de la Chine a réellement commencé à inquiéter les stratèges américains lorsque la Chine a annoncé en 2015 une politique “Made in China 2025” visant à promouvoir l’avancement de la Chine à la pointe de la robotique, des technologies de l’information, des énergies renouvelables et d’autres technologies de pointe. À peu près au même moment, la Chine a annoncé son initiative “la Ceinture et la Route” pour aider à construire des infrastructures modernes à travers l’Asie, l’Afrique et d’autres régions, en utilisant en grande partie des financements, des entreprises et des technologies chinoises.

Les États-Unis ont dépoussiéré leur vieux manuel pour ralentir la croissance galopante de la Chine. Le président Barrack Obama a d’abord proposé de créer un nouveau groupe commercial avec les pays asiatiques qui exclurait la Chine, mais le candidat à la présidence Donald Trump est allé plus loin, promettant un protectionnisme pur et simple contre la Chine. Après avoir remporté l’élection de 2016 sur un programme anti-chinois, Trump a imposé à la Chine des droits de douane unilatéraux qui violaient clairement les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Pour s’assurer que l’OMC ne se prononce pas contre les mesures américaines, les États-Unis ont désactivé la cour d’appel de l’OMC en bloquant les nouvelles nominations. L’administration Trump a également bloqué les produits de grandes entreprises technologiques chinoises telles que ZTE et Huawei et a exhorté les alliés des États-Unis à faire de même.

Des décrets de la présidence américaine pour limiter l'accès de la Chine aux technologies de pointe

Lorsque le président Joe Biden est entré en fonction, beaucoup (moi y compris) s’attendaient à ce qu’il inverse ou assouplisse les politiques antichinoises de Trump. C’est le contraire qui s’est produit. M. Biden a redoublé d’efforts, non seulement en maintenant les droits de douane imposés par M. Trump à la Chine, mais aussi en signant de nouveaux décrets visant à limiter l’accès de la Chine aux technologies de pointe en matière de semi-conducteurs et aux investissements américains. Les entreprises américaines ont reçu des conseils informels pour déplacer leurs chaînes d’approvisionnement de la Chine vers d’autres pays, un processus qualifié de “délocalisation amicale” par opposition à la délocalisation. En appliquant ces mesures, les États-Unis ont complètement ignoré les principes et les procédures de l’OMC.

Les États-Unis nient fermement être en guerre économique avec la Chine, mais comme le dit le vieil adage, si cela ressemble à un canard, si cela nage comme un canard et si cela jacasse comme un canard, il s’agit probablement d’un canard. Les États-Unis utilisent une tactique bien connue et les politiciens de Washington invoquent une rhétorique martiale, qualifiant la Chine d’ennemi qu’il faut contenir ou vaincre.
Les résultats se traduisent par un renversement des exportations chinoises vers les États-Unis. Le mois où Trump est entré en fonction, en janvier 2017, la Chine représentait 22 % des importations américaines de marchandises. Lorsque M. Biden est entré en fonction en janvier 2021, la part de la Chine dans les importations américaines était tombée à 19 %. En juin 2023, la part de la Chine dans les importations américaines avait chuté à 13 %. Entre juin 2022 et juin 2023, les importations américaines en provenance de Chine ont chuté de 29 %.

La Chine dispose d’une large marge de manœuvre face au protectionnisme américain

Bien entendu, la dynamique de l’économie chinoise est complexe et ne dépend pas uniquement du commerce entre la Chine et les États-Unis. Peut-être que les exportations chinoises vers les États-Unis se redresseront en partie. Cependant, il semble peu probable que Joe Biden assouplisse les barrières commerciales avec la Chine à l’approche des élections de 2024.

Contrairement au Japon des années 1990, qui dépendait des États-Unis pour sa sécurité et suivait donc les demandes américaines, la Chine dispose d’une plus grande marge de manœuvre face au protectionnisme américain. Plus important encore, je pense que la Chine peut augmenter considérablement ses exportations vers le reste de l’Asie, l’Afrique et l’Amérique latine, grâce à des politiques telles que l’expansion de l’initiative “la Ceinture et la Route”. Je pense que la tentative américaine de contenir la Chine est non seulement erronée dans son principe, mais qu’elle est également vouée à l’échec dans la pratique. La Chine trouvera des partenaires dans l’ensemble de l’économie mondiale pour soutenir une expansion continue du commerce et du progrès technologique.

Jeffrey Sachs, 22 août 2023

Jeffrey D. Sachs est professeur et directeur du Centre pour le développement durable de l’université de Columbia et président du Réseau des solutions pour le développement durable des Nations unies.

https://www.jeffsachs.org/

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Didier Raoult: « Le temps se chargera de séparer les grands scientifiques des imposteurs »

15 Décembre 2022, 22:23pm

Le 30 septembre 2020, Etienne Girard, journaliste à Marianne racontait les coulisses de l'entretien de Didier Raoult avec «Marianne».

Le 30 septembre 2020, Etienne Girard, journaliste à Marianne racontait les coulisses de l'entretien de Didier Raoult avec «Marianne».

À l’occasion de la sortie du livre «La science est un sport de combat», Etienne Girard rédacteur en chef à «Marianne», a rencontré le professeur Didier Raoult dans son bureau à Marseille, et a «bataillé» avec lui. Crise du Covid mal gérée, chloroquine forcément efficace, références politiques, le professeur a tenté de convaincre son interlocuteur...

 

Découvrez ici les coulisses de cet entretien avec Didier Raoult

 

Le 17 septembre 2020, le prof Raoult, recevait le journaliste parisien dans son bureau de l'IHU de Marseille. Derrière son bureau parsemé de papiers, le chercheur s'est livre durant trois heures vingt, présentant des graphiques, racontant des anecdotes, détaillant les résultats de ses travaux en microbiologie et maladies infectieuses et répondant aux questions du journaliste. Ambiance et morceaux choisis:

 

Marianne : Dans votre livre, vous déployez une rude critique contre le conformisme du monde scientifique. Qu'est-ce qui vous permet de dresser ce constat ?

 

Didier Raoult: La science n'est pas épargnée par le monde dans lequel nous vivons. Elle a toujours été influencée. Dans mon livre, j'évoque le cas de cette chercheuse italienne que j'avais interrogée, au début de ma carrière, sur la taille du foie et de la rate, dans des cas de fièvre boutonneuse. Dans les observations italiennes, toutes les séries notaient au moins 35% d'augmentation, ce que je ne retrouvais pas. Elle m'a expliqué qu'elle n'en trouvait pas non plus, mais qu'elle ne pouvait pas publier si elle différait de ce qui était écrit partout. C'est assez représentatif d'un état d'esprit. La science, ce ne sont pas que des données mathématiques, c'est de l'humain. Et puis aujourd'hui, la science, c'est un marché, c'est le capitalisme, avec un budget équivalent à celui des armées. Énormément de gens sont employés dans ce mode de vie de congrès et de déplacements, qui n'a plus à rien à voir avec ce qu'il était au XIXe siècle, quand primait la curiosité.

 

Que voulez-vous dire ? Que selon vous, le jugement de certains médecins est pollué par des conflits d'intérêts ?

 

DR: Oui, mais ils sont très divers. Ils peuvent être financiers, liés à des relations interpersonnelles ou idéologiques. Prenez le cas de Didier Musso, un de mes anciens élèves, qui a découvert le rôle pathogène du virus Zika. Il était le numéro un au monde sur ce virus avec 23 publications internationales, majoritairement dans le Lancet, quand je lui ai conseillé de tester l'azithromycine. Cela a extrêmement bien marché, et il a fait un nouveau papier dont cette fois personne ne voulait.

 

Pourquoi, parce qu'il s'agit d'un vieux médicament ?

 

DR: Oui, et c'est génériqué (un médicament est dit générique quand son brevet a expiré, il peut alors être vendu à un prix moindre, ndlr.). Allez dire à des gens qui ont récupéré des sommes considérables pour découvrir des médicaments contre Zika que l'azithromycine qui ne coûte rien fonctionne, et que tout ce qu'ils font est inutile. Vous ne trouverez pas un relecteur de publications qui accepte ça. Moi, j'ai toujours repositionné de vieilles molécules. Mais quand ça arrive dans des domaines avec des enjeux financiers aussi importants, ce n'est plus tolérable.

 

A l'inverse, comment une mauvaise étude scientifique peut-elle être publiée dans une revue de référence ? Il y a quand même des règles, des méthodes, que tout le monde suit.

 

DR: Le plus grand biais, c'est de penser savoir ce que va être le résultat. J'apprends depuis des années aux étudiants que les résultats intéressants sont ceux qui vous contredisent ou sont inattendus. Je leur dis souvent : chercher des résultats dans la poubelle. Ce que vous y avez mis, c'est ce que vous ne compreniez pas en réalité, et c'est là que sont les choses les plus importantes. Exemple, cette étude publiée ces derniers mois dans le British Medical Journal, sur le Covid-19 et l'hydroxychloroquine. Un méthodologiste a décrété qu'on ne prenait pas les malades ayant commencé le traitement plus de deux jours après leur hospitalisation. Personne n'avait jamais inventé un critère pareil. Si on les rajoutait, ça changeait l'interprétation finale. Quand j'en ai parlé à un des auteurs, il m'a répondu que le méthodologiste avait dit que ça ne faisait pas partie des objectifs primaires de l'étude, donc on n'avait pas le droit d'analyser.

 

Quel est l'intérêt de tels tripatouillages ? Il est quand même plus glorifiant de participer à la découverte d'un traitement que de montrer qu'un médicament ne marche pas.

 

DR: Ils veulent avoir raison. Les humains sont comme ça. Mais j'ai tendance à penser qu'on vit une fin de cycle profonde. C'est la fin d'un modèle scientifique qu'on a sous les yeux. Le modèle du progrès, avec la recherche incessante de nouvelles molécules, et de la croissance.

 

Faites-vous un lien entre l'incompétence d'une partie du monde scientifique et le capitalisme ?

 

DR: Non, plus il y a de gens, et plus on est normatif. La capacité à diverger dans un monde très peuplé est très faible, et l'écart type dans une population très dense est toujours plus faible. Il y a une place plus grande pour les extrêmes dans un village que dans des mondes surpeuplés.

 

Qu'est-ce qui l'explique, c'est la peur de déplaire aux pairs ?

 

DR: Non, c'est un phénomène mathématique. Dans n'importe quel domaine, plus vous élargissez les données, plus l'écart-type diminue. C'est le nombre qui fait que la tolérance est moindre. Il est plus facile d'être en dehors du troupeau quand il y a dix bêtes que quand il y en a mille.

 

Dans la faillite de la science que vous décrivez, vous placez la France parmi les mauvais élèves. Pourquoi serait-on pire que les autres ?

 

DR: La France fait partie de l'Occident, qui a globalement une faculté de découverte très affaiblie, à la différence d'une autre partie du monde. La différence se situe au niveau du pragmatisme. Les Chinois, par exemple, sont très pragmatiques. Ils repositionnent des molécules, c'est un des grands bouleversements actuels. Ils se foutent des nouveaux brevets, ce "progrès" vers lequel il faudrait absolument aller. Marcel Gauchet a parlé d'un désenchantement lié à la fin des religions, mais moi je crois qu'on en a une de substitution, la religion du progrès. C'est l'idée qu'on va toujours trouver des choses nouvelles, des molécules. Quand l'idée du progrès s'est développée, on avait froid, on mourait jeune, mais ces problèmes sont résolus. Le XXe siècle a été enchanté, car on pensait que nos enfants vivraient mieux que nous. Maintenant ce n'est plus le cas. L'espérance de vie progresse, mais on n'ira pas beaucoup plus loin. Vous ne vivrez pas 120 ans.

 

En attaquant le système scientifique, vous contribuez au désenchantement dont vous parlez...

 

DR: Pas du tout, moi je suis un enchanteur. Je l'ai dit au Sénat, Des croques sont en train d'angoisser les gens en disant que tout le monde va mourir, alors je dis de se calmer, de s'occuper des gens, que la situation n'est pas désespérée. Ce n'est pas moi qui désespère les gens !

 

Mais vous fustigez les responsables incompétents d'un système médical en faillite.

 

DR: S'ils ne veulent pas s'en rendre compte...

 

C'est pour ça qu'on vous en veut ?

 

DR: Je ne sais pas, c'est la vie qui est comme ça, c'est banal.

 

Une controverse sur une question aussi centrale que le traitement contre une pandémie, c'est du jamais vu.

 

DR: Non, non, vous ne pouvez pas imaginer le bordel causé par la vaccination dans l'histoire de l'humanité, que ce soit avec Jenner ou Pasteur.

 

Oui, mais ils amenaient quelque chose de disruptif alors que vous préconisez d'utiliser un médicament utilisé depuis 70 ans, ce qui n'a rien d'une approche révolutionnaire.

 

DR: Ce qui est révolutionnaire, c'est le repositionnement. Dire qu'un médicament ne peut servir qu'à une seule chose, celle pour laquelle on l'a testé au départ, c'est une connerie. En ce qui concerne les maladies infectieuses, au XXIe siècle, on a inventé un traitement pour l'hépatite C, et c'est tout. Les labos n'ont pourtant jamais gagné autant d'argent.

 

Faut-il s'inquiéter du poids des laboratoires pharmaceutiques en France ?

 

DR: Quand on a un conflit d'intérêts, un biais, on ne traite pas les choses de la même manière. Quand j'étais rédacteur en chef d'un journal scientifique européen, je me suis battu pour que les gens qui avaient des conflits d'intérêts depuis moins de cinq ans ne fassent pas de recommandations. On ne peut pas recommander des médicaments quand on a été payé par celui qui les produit. C'est pour moi un conflit irréductible. Et le conflit d'intérêts, on ne le définit pas soi-même, ce sont les autres qui le définissent.

 

Que faut-il en conclure sur l'état de la médecine en France ?

 

DR: En France, il y a des domaines qui marchent bien. Les maths, la biologie. Mais en médecine, on n'est pas bon. On ne fait plus de recherche médicale, en dehors de bâtards comme moi, à la fois médecins et biologistes, et disposant donc de l'outil biologique pour faire de la recherche. On a assisté à une prise de pouvoir considérable de la méthodologie sur la créativité.

 

Autre élément fondamental dans votre œuvre, vous êtes contre les prédictions, les modélisations.

 

DR: Je suis pour l’empirisme, contre la déduction. Ce qui m’amuse le plus, c’est la découverte par hasard, cette pêche avec des outils qu’on est les premiers à utiliser, ce qui peut permettre de découvrir un monde que personne n’avait vu. La plus grande partie de la médecine a avancé comme ça, par l’empirisme. Cela a fait partie des fantasmes de croire que la médecine n’allait plus être empirique, mais ce n’est pas vrai.

 

D'où vous vient cette défiance à l'égard des méthodologistes ?

 

DR: Leur outil, ce sont les essais randomisés. Ces essais randomisés, je n'y crois pas et je pense que ce n'est pas éthique. Vous avez quand même une chance sur deux de ne pas recevoir de traitement. Moi, je n'en fais pas. Je note d'ailleurs que Yazdan Yazdanpanah (membre du conseil scientifique, ndlr.), qui réclame des essais randomisés pour le Covid, plaidait pour qu'il n'y en ait pas avec Ebola. Par ailleurs, l'idée qu'il existe une méthode sans biais, c'est une idée de fou. Ce qui fonctionne, c'est ce qui est fait correctement. La Cochrane Library a fait une comparaison entre les essais randomisés et les essais observationnels, avec 260 méta-analyses : à la fin, on se rend compte qu'il n'y a pas de différence. On n'a pas eu besoin de d'essai randomisé pour la pénicilline, ni pour aucun des antibiotiques. Mais, aujourd'hui, ça fait partie des choses considérées comme acquises : "Il faut des essais randomisés".

 

DR: Tout le monde dit : "C'est comme ça". Les méthodologistes ne sont pas achetés, je ne dis pas ça, mais ils ont une vision biaisée des choses. En ce qui concerne les maladies infectieuses, 84 % des recommandations ne sont basées sur aucune étude randomisée. C'est juste un mythe de croire que la méthodologie va tout régler. Avec un virus, il suffit de regarder la charge virale. Quand il n'y en a plus, il n'y a plus de virus. L'idée que le même mécanisme d'évaluation peut être fait sur l'infarctus, la démence, le diabète ou les maladies infectieuses aiguës, c'est un truc de fou. C'est une dérive. C'est pour ça que j'ai essayé de produire un choc en disant : "Quand on vous dit que l'hydroxychloroquine tue 10% des gens, vous êtes devant le plus grand scandale scientifique qu'on a jamais eu".

 

Votre combat pour le repositionnement d'une vieille molécule représente-t-il ce que vous qualifiez de "science postmoderne" ?

 

DR: C'est exactement ça. L'idée, c'est l'utilisation d'outils fantastiques sans faire du passé table rase. Les gens qui vivaient il y a deux mille ans n'étaient pas plus cons que nous, et les molécules sont immortelles, tandis que nous avons des outils nouveaux. Mais il y a des modes. A Pasteur, on pensait que le séquençage était une science d'imbécile dans les années 1990.

 

En quoi cette science postmoderne va-t-elle influencer la pensée, comme vous le suggérez dans votre livre ?

 

DR: Grâce à la technologie, on découvre aujourd'hui un monde nouveau, des microbes dont on ignorait l'existence par exemple. Pour les biologistes, le XXIè siècle sera comme la découverte du monde par les Européens au XVIème siècle, avec l'Amérique, l'Australie, toute une partie du monde qui nous était complètement étrangère. Du coup, nous réalisons que nous sommes des écosystèmes dans lesquels des quantités de choses modifient nos comportements, nos pathologies, nos maladies. Et ça va bien sûr changer complètement notre manière de penser les choses. C'est aussi important que la découverte des atomes et des molécules.

 

 

 

Chez «Marianne» les trois parties de cet entretien "vérité" avec Didier Raoult :

Entretien avec Didier Raoult , partie I : "On a sous les yeux la fin d’un modèle scientifique"

Entretien avec Didier Raoult - partie II : "Je n'imaginais pas que notre premier article sur l'hydroxychloroquine foutrait un tel bordel"

Entretien avec Didier Raoult - partie III : "C'est très embêtant d'avoir des gens aux manettes qui sont terrifiés"

 

 

 

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Quel est le risque d'explosion d'une «bombe sale» ?

6 Décembre 2022, 03:00am

Publié par Donbass Insider

Peu de temps après le déclenchement du conflit en Ukraine, les autorités du Kremlin ont fait savoir qu’une trentaine de laboratoires de bio technologies, avaient été installés sur le sol ukrainien par les Américains. On apprit un peu plus tard que l’installation de ces entités avait été financée par le Département de la Défense des États Unis d’Amérique.

Dans le temps, entre ces deux évènements, la communauté occidentale s’accorda immédiatement aux violons de Washington pour railler les autorités russes, reléguant leurs informations au rang d’allégations dithyrambiques, les qualifiant d’infects remugles issus des vielles méthodes du KGB. Or, quand la commission sénatoriale des affaires étrangères des USA interrogea Victoria Nuland, la sous-secrétaire d’État aux affaires politiques, répondant à une question du sénateur Marco Rubio, celle-ci déclara: «L’Ukraine possède des installations de recherche biologique. Nous craignons que les forces russes ne cherchent à en prendre le contrôle», et d’ajouter: «Nous travaillons avec les Ukrainiens sur la façon dont ils peuvent empêcher que ce matériel de recherche ne tombe entre les mains des forces russes si elles s’en approchent. »

Dès lors les masques tombèrent rapidement et l’on apprit – sans réagir outre mesure – que kiéviens et américains avaient effrontément menti. Pour autant, ni les USA, la France, la Grande Bretagne ou l’Allemagne ne s’obligèrent à un communiqué d’excuses en direction de Moscou. Bien au contraire, sous la férule des américains, comme de bons petits robots, nous redoublions d’aides et de financements en tous genres en faveur des forces armées ukronazis. C’est à cette période aussi que l’on entendit parler pour la première fois d’une éventuelle bombe sale que Kiev, aidé en cela par Londres, aurait été sur le point de finaliser.

Des rumeurs circulèrent faisant état d’un stock d’Uranium 235 enrichi à des fins civiles à 5% soigneusement caché quelque part dans un bâtiment de la centrale de Zaporojié. D’autres informations, impossibles à vérifier dans le contexte chaotique des combats, relataient qu’une bombe sale conçue par les anglais avait été livrée aux ukrainiens afin de la remplir de déchets hautement radioactifs prélevés à Tchernobyl et cachée sur le site cette centrale afin que la radioactivité de l’engin, se confondant à celle ambiante du lieu, ne puisse être formellement relevée. Il est vrai que les russes, qui dès les premières heures ont investi le site de Tchernobyl, n’ont pas trop cherché à découvrir cet engin parce qu’à ce moment là personne n’en parlait encore. Par ailleurs les investigations sur ce lieu encore énormément radioactif sont compliquées plus particulièrement pour des militaires qui de prime abord ne sont ni formés, ni équipés pour cela.

Depuis le 23 octobre, l’existence de cette bombe sale prend une tournure officielle avec la déclaration de Sergueï Choïgou, le ministre russe de la Défense qui s’est entretenu avec ses homologues américains, français, britannique et turc, leur faisant part de ses préoccupations à propos d’une bombe sale que les ukrainiens pourraient faire sauter.

Autre officialisation de faits jusqu’alors supposés, lors de l’intervention du général russe Igor Kirillov, le patron au sein de l’armée russe de tout ce qui touche au NRBC (Nucléaire Radiologique Bactériologique Chimique) qui déclara le lundi matin : Les substances radioactives provenant des installations de stockage combustible nucléaire utilisée dans la centrale de Tchernobyl ont pu être utilisées pour fabriquer une bombe sale (…) Selon nos informations, deux organisations ukrainiennes ont des instructions spécifiques pour fabriquer cette bombe (…) Le but de cette provocation est d’accuser la Russie d’utiliser des armes de destruction massives en Ukraine…

Une « bombinette» sale, c’est malgré tout une arme de destruction massive

On rappellera brièvement ici qu’une bombe sale ou DDR pour « dispositif de dispersion radiologique » est un engin détonnant qui en explosant provoque par la puissance de son souffle une dissémination d’un produit NRBC (*). Un tel engin est beaucoup moins difficile à réaliser qu’une bombe atomique. Il n’est tout de même pas à la portée du premier bricoleur venu. Sa conception requiert d’excellente connaissance d’artificier et de mécanique des ondes de surpression. L’effet de souffle de la bombe sale doit pouvoir disperser suffisamment haut dans l’atmosphère les « saloperies » qu’elle contient afin que celles-ci soient disséminées dans un rayon suffisamment grand pour qu’elles puissent contaminer la plus grande zone possible et atteindre par voie de conséquence le plus grand nombre de personnes (essentiellement civiles) par ingestion ou inhalation de radio-nucléides.

De son côté Dmytro Kouleba, le ministre des Affaires Étrangères de l’Ukraine, ne voit pas les choses de la même manière. Il a prétendu pour sa part sur les réseaux sociaux (est-ce devenu un canal protocolaire?) que: Les affabulations russes à propos de l’Ukraine qui se préparerait à utiliser une bombe sale sont aussi absurdes que dangereuses (…)

Quant à Volodymyr Zelensky, il en appelle à fermeté internationale: Si la Russie appelle et dit que l’Ukraine serait en train de préparer quelque chose, cela signifie une seule chose – La Russie a déjà préparé tout cela – Je crois que désormais le monde doit réagir aussi durement que possible…

Dès que Zelensky crie au secours, la Maison Blanche réagi dans le tempo

Effectivement, dès que Zelensky crie au secours, la Maison Blanche réagi dans le tempo. C’est ainsi que Joe Biden a prévenu que : Le monde ne serait pas dupe en cas de tentative d’utiliser cette allégation comme prétexte à une escalade. Sébastien Lecornu, ministre français des armées a quant à lui rappelé que la France refusait toute forme d’escalade singulièrement nucléaire.

La question qui doit prévaloir est de savoir si oui ou non nous devons craindre la frappe d’une bombe sale expédiée par les ukronazis sur leur territoire pour faire porter le chapeau à la Russie?

Dans ce cadre prédéfini, quel serait l’intérêt des russes de faire péter une bombe sale à une encablure de la frontière Biélorusse? Alexandre Loukachenko s’entend très bien avec Vladimir Poutine, les deux pays sont frères de sang. Dans l’hypothèse d’une provocation russe pour justifier une montée en puissance contre l’Ukraine, on ne comprend pas trop pourquoi l’ami russe mettrait carrément la tête de la population biélorusse sur le billot. D’autant plus qu’après la catastrophe de Tchernobyl une grande partie de la population pacifique biélorusse a été gravement affectée par les radiations ionisantes qui s’échappaient du réacteur de la centrale de Tchernobyl.

Cette attitude complètement débile – cependant avalisée par l’Union Européenne, les pays de l’OTAN et les USA – est à rapprocher de celle qui consistait, il y a deux mois, à nous faire croire que l’armée russe en pleine crise de delirium tremens, bombardait ses positions regroupées dans l’enceinte de la centrale de Zaporojié.

Au plan tactique, si les russes voulaient perpétrer un tel crime de guerre ils utiliseraient, très certainement, un missile Iskander capable de porter une charge de 470 kg, suivant le modèle employé jusqu’à environ 900 km de distance.

Si les ukronazis voulaient en faire autant, ils utiliseraient les lance-roquettes multiples livrés par les américains du genre Himars dont la charge explosive transportée et la portée (70 km) sont bien inférieures à celle des Iskander. Ils pourraient aussi utiliser un missile, héritage de l’arsenal de l’ex-URSS, dénommé Tochka U capable de transporter une charge de 480 kg jusqu’à 170 km de son pas de tir. Dans les deux cas, les débris laissés au sol après l’impact permettraient facilement aux experts internationaux dépêchés sur place d’en identifier les expéditeurs.

Pour qu’une bombe sale soit « efficace » en aérien sa charge en équivalent TNT devrait être importante. Aucun des belligérants sur le terrain ne détient pour l’heure une telle arme. Sauf à la larguer d’un avion, mais à très haute altitude afin que celui-ci soit inatteignable par la DCA ennemie.

Les terroristes qui voudraient perpétrer un tel acte, pourraient pallier la déficience de la charge explosive du missile qui transporte la bombe sale en expédiant à son encontre un engin sol-air. Au contact les deux charges qui exploseraient conjointement disperseraient dans l’atmosphère de façon optimale les poussières radioactives.

L’hypothèse qui consisterait à camoufler au sol, dans l’enceinte de la centrale de Tchernobyl, une énorme bombe sale relève plus de l’acte de terrorisme moyen oriental aux acteurs déterminés mais sous dotés (Daesh, le Hezbollah…) L’attentat serait spectaculaire, comme l’a été celui des deux tours du World Trade Center à New York. Faire sauter du TNT à proximité de réacteurs nucléaires pourrait gravement les endommager. L’opération serait tellement risquée, que ce projet qui a très certainement traversé le cerveau dérangé de Zelensky n’aura pas été retenu.

Deux éminents spécialistes russes : Boris Marcinkiewicz, physicien, rédacteur en chef du magazine « Geoenergy info » et Konstantin Sivkov, docteur en sciences militaires, expert militaire, politologue, sans concertation préalable, relaient une information parvenue au plus haut sommet de l’État à Moscou, selon laquelle les kiéviens, insatisfait des atermoiements de leurs mentors américains peu enclin à l’escalade militaire avec la Russie, auraient sournoisement préparé un stratagème dont la finalité serait de piéger Vladimir Poutine en le contraignant à faire usage d’une frappe nucléaire sur le sol Ukrainien. Les instigateurs de ce projet démentiel imaginent que dans la foulée, Washington répliquera et que l’embrasement du conflit Russo-Ukrainien par contagion se reportera au monde entier.

Des informations recueillies par ces deux spécialistes, il apparaît que des ingénieurs de l’usine « Ioujmach » de Dniepr ont dès lors fabriqué un faux missile Iskander nom de code OTAN : SS- 26 Stone, à partir de la base d’un missile OTR 21 Tochka, nom de code OTAN : SS-21 Scarab. Le corps et l’ogive de cet engin seraient la fidèle réplique, réalisée par moulage, du missile Iskander russe.

Cet engin d’une portée de 170 km peut transporter une charge NRBC de 480 Kg. En l’occurrence il devrait être chargé au 2/3 de déchets radioactifs fortement ionisants. Une fois lancé en direction de la centrale de Tchernobyl, alors que celui-ci se trouvera à l’aplomb du point zéro de la cible, la défense anti aérienne des ukronazis, qui l’aura suivi aux radars depuis son lancement, l’abattra en altitude avant qu’il amorce sa descente. Elle signalera haut et fort à son état-major qu’elle a ouvert le feu sur un 9K720 Iskander ennemi. Au premier impact l’ogive, programmée pour cela, explosera automatiquement, dispersant dans l’atmosphère 320 kg de particules hautement radioactives. La défense antiaérienne UK signalera l’avoir abattu – afin que par la suite, les enregistrements l’attestent formellement – mais pas seulement, car aujourd’hui la guerre électronique permet aux belligérants d’écouter et de suivre dans l’instantanéité tous les mouvements de l’ennemi. Et lorsque l’instant d’après la même défense anti aérienne signalera sur les ondes la fulgurance d’une nuée radioactive, ces terroristes-là imaginent que les russes ne pourront pas faire autrement que de répliquer dans la minute qui suivra par une la frappe d’un missile balistique nucléaire à courte portée sur une cible ukrainienne aléatoire.

Stratagème pour contraindre Poutine à la faute démasqué

Voici en quelques mots le piège machiavélique mis en place par les stratèges kiéviens pour faire tomber Poutine dans le panneau de la provocation nucléaire afin de légitimer une réplique nucléaire de l’OTAN voire des USA.

Le président Vladimir Poutine s’en est plaint auprès de la communauté internationale par la voix de son ministre Sergueï Choïgou.

Après l’escalade verbale qui bien souvent, dans les conflits militaires équivaut à une sorte de propagande aux allures de parades animales, viennent les coups d’esbroufe plus ou moins ostentatoires histoire de tester ou d’horripiler l’adversaire. Les Ukronazis sont passés maîtres dans l’art de manier la propagande afin d’exacerber l’adversaire et de le contraire à commettre la faute irréversible. L’attentat au camion piégé sur le pont de Crimée, suivi le 29 octobre au petit matin d’une attaque surprise à l’aide de 9 drones aériens et 7 marins perpétrée contre des unités de la marine russes dans le port de Sébastopol en font partie. Dans la foulée, la Russie a répliqué à cette attaque en suspendant sa participation à la mise en œuvre de l’accord sur les exportations des produits agricoles des ports ukrainiens. De son côté la diplomatie russe contre-attaquait en saisissant le Conseil de sécurité des Nations unies, à propos d’une série d’attaques terroristes perpétrées contre la Russie avec la complicité de la Grande-Bretagne. Nous l’avons tous compris, ces piqûres de harcèlement sont particulièrement dirigées contre le président russe dans le seul but de parvenir à le faire sortir de ses gongs.

Dommage que nos médias soient majoritairement à sens unique, pro ukrainiens. Dimanche matin 30 octobre sur France Infos un général retraité de l’Armée française expliquait que pour masquer sa déroute et la chute prochaine de la ville de Kherson, qui selon lui tombera bientôt aux mains des kiéviens, l’état-major russe avait organisé une mascarade d’agression de sa flotte dans le port de Sébastopol, comme elle instrumentalisait à outrance cette histoire de bombe sale.

Plutôt que de blâmer et vilipender le président Vladimir Poutine, il faudrait bien au contraire lui reconnaître l’immense qualité de maîtrise de soi qu’il détient sans doute des arts martiaux qu’il pratique. Combien de chefs d’États à sa place, confrontés par tant de provocations, d’insultes et d’attaques de leurs adversaires, subissant de leurs parts un flot perpétuelle d’iniquités, de scélératesses et de déloyautés, auraient carrément disjoncté. Dans ces circonstances extrêmes, au fil du rasoir, qui pourraient à tout moment, en une seconde, déraper en une troisième guerre mondiale et à l’anéantissement de la moitié de l’humanité, Vladimir Poutine garde son calme. En fait, à lui seul cet homme-là incarne la puissance tranquille de l’Armée Russe.

Quant à ce miteux général De Guerlasse qui vient à la gamelle et au cacheton, sur les ondes de la radio d’État française pour raconter n’importe quoi, il n’est qu’un piètre imbécile. Je suggère qu’en cette période automnale il retourne faire ses deux mois de classes dans une caserne dans l’Est de la France où après avoir récuré les latrines on l’enverra ramasser et compter les feuilles des arbres qui jonchent le sol de la cour d’honneur.

Plus sérieusement, nombreux pensent qu’à force de monter en gamme, les répliques réalisées à partir d’un armement conventionnel ne suffiront plus. Laissons faire la nature, toutes ces provocations bientôt se calmeront ! Les ukronazis se dépêchent, car la saison s’enfonce inexorablement dans les frimas hivernaux, et ils constatent désolés, que toutes les sanctions prises à l’encontre de la Russie, loin de l’affaiblir, n’ont fait qu’engluer un peu plus l’Union Européenne, dont certains pays membres donnent à présent des signes d’asphyxie. Ils voudraient bien continuer, mais les morsures du froid hivernal qui s’annonce commencent à leur être très désagréable d’autant que l’armée Russe s’est employée à démolir une grande partie des installations électriques du pays. Dans les grandes villes d’Ukraine la grogne est visible. Partout les denrées alimentaires se font de plus en plus rares et les secours des occidentaux n’y suffisent plus. Partout le mécontentement gronde d’autant que la flambée des prix comme la rareté des produits de première nécessité ne facilitent pas le quotidien accaparé par la guerre qui fait rage de tous côtés. À un moment toute résilience a ses limites et dans une telle situation certains ukrainiens qui aujourd’hui ont tout perdu appellent de leurs vœux à la reddition avant qu’un conflit nucléaire mondialisé fasse disparaître la moitié de l’humanité.

Pour en revenir à cette bombe sale, la cible de la centrale de Tchernobyl n’est pas anodine. Elle se trouve au carrefour de la Biélorussie, de l’Ukraine, de la Pologne, de la Hongrie, de l’Allemagne et des régions occidentales de la Russie. On rappellera que suite à la catastrophe de Tchernobyl le 26 avril 1986 tous ces pays-là se sont retrouvés meurtris par les radiations ionisantes, l’inhalation et l’ingestion de radio nucléides hautement radioactifs qui s’échappaient du réacteur de la centrale. Pour mémoire, l’énergie libérée par l’explosion du réacteur a entraîné l’émission brutale dans l’atmosphère des produits contenus dans le cœur du réacteur jusqu’à 1200 m d’altitude. Au total en dix jours du 26 avril 1986 jusqu’au 6 mai 1986 ce sont 12 milliards de milliards (12×1018) de Becquerels qui sont partis dans l’environnement.

Comment les ukronazis aveuglés par la haine ne peuvent-ils pas comprendre que dans ces contrées où les populations ont déjà souffert des conséquences de cette catastrophe nucléaire civil, elles pourraient pâtir à présent du nucléaire militaire ?

J2L - Donbass Insider - 31/10/2022

Les opinions des auteurs peuvent ne pas coïncider avec le point de vue de «Poèmes De La Ligne Rouge»; ce blog luttant résolument contre les ravages des «Fake News».

 

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(*) Le risque NRBC, est la présence indésirable à un niveau significatif de substances chimiques, radioactives contaminantes. La dissémination de liquides ou de solides dans l'environnement. Fortement concentrées, ces substances portent atteinte à l’intégrité du support ou de l’organisme contaminé. Ces armes font partie des armes dites armes de destruction massive, dans le sens où leurs effets sont difficiles à contrôler et à confiner en vertu de leur puissance ou de leur pouvoir de dissémination dans l'environnement. Elles sont aussi appelées armes non conventionnelles.

Le risque NRBC, est la présence indésirable à un niveau significatif de substances chimiques, radioactives contaminantes. La dissémination de liquides ou de solides dans l'environnement. Fortement concentrées, ces substances portent atteinte à l’intégrité du support ou de l’organisme contaminé.

Le risque NRBC, est la présence indésirable à un niveau significatif de substances chimiques, radioactives contaminantes. La dissémination de liquides ou de solides dans l'environnement. Fortement concentrées, ces substances portent atteinte à l’intégrité du support ou de l’organisme contaminé.

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Interview de Marianna Vychemirskaya: «Il n'y a pas eu de frappes aériennes à la maternité No 3 de Marioupol

5 Décembre 2022, 16:05pm

Publié par Christelle Néant

Interview de Marianna Vychemirskaya: «Il n'y a pas eu de frappes aériennes à la maternité No 3 de Marioupol

Marianna Vychemirskaya, la fameuse jeune femme dont la photographie a été utilisée pour illustrer une prétendue frappe aérienne russe sur la maternité n°3 de Marioupol a donné une longue interview au journaliste Johnny Miller de Press TV. Avec son autorisation j’ai traduit en français cette interview, où Marianna explique ce qui s’est réellement passé le 9 mars 2022.

Fin novembre 2022, Johnny Miller de Press TV a pu interviewer longuement Marianna Vychemirskaya, la fameuse jeune femme dont la photographie, prise par un journaliste d’Associated Press, a été utilisée pour illustrer une prétendue frappe aérienne russe sur la maternité n°3 de Marioupol le 9 mars 2022.

Johnny Miller ayant mis à disposition les fichiers vidéos originaux de l’interview, et avec son aimable autorisation, j’ai traduit en français une portion plus importante de son entrevue avec Marianna, que celle qui a été publiée par Press TV:

Visionner la vidéo sous ce lien

Cette interview est intéressante à plus d’un titre. Tout d’abord, Marianna confirme dans cette entrevue ce qu’elle a dit lors de la première interview qu’elle a accordée une fois arrivée à Donetsk, fin mars 2022, à savoir qu’il n’y a pas eu de frappe aérienne russe sur la maternité N°3 de Marioupol où elle se trouvait. Il y a eu une explosion à l’extérieur du bâtiment, qui a soufflé les vitres et les murs en placoplatre, mais aucun bruit d’avion ni avant, ni après.

Elle confirme aussi que les soldats ukrainiens s’était installés dans l’hôpital où se trouvait la maternité, transformant de fait le bâtiment en cible militaire. Son témoignage est confirmé par deux autres témoignages, celui de Nikolaï, filmé après son évacuation de la ville, et une autre jeune femme, Viktoria, interviewée à Marioupol même. (voir vidéo par le lien ci-dessous):

Visionner la vidéo sous ce lien

Viktoria confirme que les soldats ukrainiens étaient dans la maternité, et que quelque chose (un obus) est tombé sur des bonbonnes qui ont explosé, ce qui expliquerait la taille du cratère. Ces trois témoignages invalident celui d’une femme interrogée par France Info, qui prétendait qu’il n’y avait pas de soldats ukrainiens dans l’hôpital et qu’il y avait bien eu une frappe aérienne.

Or, au vu des méthodes utilisées par les journalistes occidentaux dans cette affaire, et qui sont décrites par Marianna dans son interview, on peut légitimement se poser des questions sur la véracité du témoignage de cette femme interrogée par France Info.

Pour commencer, le journaliste d’Associated Press, Mstislav Tchernov, qui l’a photographiée le 9 mars 2022, alors qu’elle venait de sortir de la maternité après l’explosion, l’a fait sans son consentement ! Marianna a ouvertement dit qu’elle ne voulait pas être photographiée, souhait qui aurait dû être respecté ! Or le journaliste a fait croire qu’il ne la filmait plus tout en continuant. Rien que cela amène à se poser des questions sur la déontologie de ce journaliste. Et quand on voit qu’un autre journaliste de cette même agence a été carrément licencié récemment (Lire ici l'article du Washington Post) pour avoir écrit un article accusant faussement la Russie d’avoir bombardé la Pologne, et ce qu’un troisième a fait de la première interview que Marianna a accordée le 10 mars 2022, on se dit que le problème ne se limite pas à un seul journaliste chez Associated Press.

En effet, le lendemain de la fameuse explosion, Marianna a été interviewée à la sortie de son accouchement par césarienne, par un autre journaliste d’Associated Press accompagné d’Evgueny Maloletka, un photographe de l’agence. Elle y dit clairement qu’il n’y a pas eu de frappe aérienne, juste une explosion qui a fait sauter les fenêtres et les murs en placo-plâtre.

Sauf qu’une fois publiée, l’interview ne contient pas la mention de l’absence de frappe aérienne. Marianna demandera plus tard des explications au journaliste, qui invente comme excuse que ce qu’elle disait n’était pas compréhensible, et qu’il l’a donc coupé. Marianna demande alors qu’il publie l’intégralité de l’interview, histoire de vérifier ce qu’il dit. Sans surprise, le journaliste d’Associated Press fera alors comme s’il n’avait pas vu sa demande.

D’autres journalistes comme ceux du New York Times ont coupé tout contact après que Marianna ai répondu à plusieurs de leurs questions. Il semble que la jeune femme ne racontait pas ce que ces journalistes voulaient entendre…

Le dernier point intéressant est le fait qu’elle a réussi à être contactée par de nombreux journalistes occidentaux auxquels elle a volontiers accordé une interview (y compris la BBC), mais que ceux de France Info prétendent ne pas avoir réussi à la joindre.

Ce qui laissent deux hypothèses: soit ces journalistes sont nuls en matière de prise de contact au point d’être incapables de trouver un moyen de contacter une blogueuse qui a non seulement un compte Instagram, mais aussi une chaîne Telegram ouverte aux commentaires (!!!), et dans ce cas il faudrait qu’ils changent de métier, soit ce que disait Marianna ne leur convenait pas (comme aux journalistes du New York Times) et ils ont préféré faire croire qu’ils n’avaient pas pu la joindre, plutôt que de se déplacer pour filmer une interview qui ne collerait pas à leur narratif.

Christelle Néant (*) - 3 décembre 2022

Source: Donbass-insider

 

La mise en forme, les titres, surtitres et intertitres, ainsi que le sur-lignage de § en rouge, sont de la rédaction.

Les opinions des auteurs peuvent ne pas coïncider avec le point de vue de «Poèmes De La Ligne Rouge», blog luttant résolument contre les ravages de «Fake News».

 

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(*) Le profil de Christelle Néant est présenté ici sous le prisme d’«Arrêt sur Images» vs/ le journaliste polémiste Daniel Schneidermann. il n’engage pas la rédaction de ce blog.

«Depuis plusieurs années, Christelle Néant promeut la vision pro-russe du conflit qui oppose l'Ukraine à deux régions séparatistes dans la région du Donbass. "Arrêt sur images" l'a appelée : en pleine invasion russe, elle continue de défendre le point de vue de Moscou et dénonce les "mensonges" des Occidentaux. Casquette militaire sur la tête, treillis de rigueur, lunettes sur le nez : Christelle Néant est comme à la maison au micro de Russia Today, chaîne pro-russe financée par Moscou que les autorités européennes entendent bannir. Interrogée le 26 février, deux jours après l'invasion de l'Ukraine par la Russie, Christelle Néant est présentée par le correspondant de RT à Donetsk (ville séparatiste pro-russe) comme une "journaliste, fondatrice de Donbass Insider, un site d'information sur ce qui se passe réellement dans le Donbass". Le ton est donné, mais pas le CV complet de Christelle Néant, dont le nom est déjà apparu dans plusieurs enquêtes de presse en France, à chaque fois pour relater ses liens étroits avec le gouvernement séparatiste...

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Oskar lafontaine: «L’explosion des deux oléoducs est une déclaration de guerre à l’Allemagne »

5 Décembre 2022, 14:15pm

Publié par Deutsche-wirtschafts-nachrichten

Oskar lafontaine: «L’explosion des deux oléoducs est une déclaration de guerre à l’Allemagne »

«L’explosion des deux oléoducs est une déclaration de guerre à l’Allemagne et il est pathétique et lâche que le gouvernement allemand veuille balayer l’incident sous le tapis. Il dit qu’il sait quelque chose, mais qu’il ne peut pas le dire pour des raisons de sécurité nationale.»

 

Ce sont les mots d’Oskar Lafontaine(*), un politicien allemand de longue date que n’a pas pu arrêter l’attentat du 25 avril 1990. En 1995, il a été élu président du SPD, ce qui a mené les sociaux-démocrates à la victoire aux élections de 1998. Dans le nouveau gouvernement social-démocrate, Lafontaine a occupé le poste de ministre des Finances et ce n’est qu’en 2010 qu’il a annoncé sa retraite de la politique.

 

«Cela fait longtemps que les moineaux le sifflent aux quatre vents : les États-Unis», dit Lafontaine  «ils ont mené l’attaque directement ou du moins ont donné le feu vert. Sans la connaissance et l’approbation de Washington, il n’aurait pas été possible de détruire les pipelines, qui constituent une attaque contre notre pays, affectent profondément notre économie et vont à l’encontre de nos intérêts géostratégiques. C’était un acte d’hostilité contre la République Fédérale, et pas seulement contre elle, ce qui montre une fois de plus que nous devons nous affranchir de la tutelle des Américains».

 

Dans votre nouveau livre « Love, It’s Time to Go! » vous appelez au retrait des troupes américaines d’Allemagne. N’est-ce pas irréaliste?

 

Bien sûr, cela ne se fera pas du jour au lendemain, mais l’objectif doit être clair : le retrait de toutes les installations militaires et armes nucléaires américaines d’Allemagne et la fermeture de la base aérienne de Rammstein. Nous devons constamment œuvrer dans ce sens et construire en même temps une architecture de sécurité européenne, car l’OTAN, dirigée par les États-Unis, est obsolète, comme l’a également reconnu le président français Emmanuel Macron. En effet, l’OTAN a depuis longtemps cessé d’être une alliance défensive et est devenue un outil pour renforcer la prétention des États-Unis à rester la seule puissance mondiale. Dans tous les cas, nous devons formuler nos propres intérêts, qui ne sont en rien compatibles avec ceux des États-Unis.

 

Vous dites que les Américains sont responsables de l’explosion du pipeline. Pensez-vous vraiment qu’ils quitteraient l’Allemagne sans combat?

 

Non, ce sera un peu compliqué, mais je ne vois pas d’alternative. Si nous et d’autres pays européens restons sous la tutelle des États-Unis, ils nous pousseront à bout pour protéger leurs intérêts. Par conséquent, nous devons progressivement étendre notre portée, de préférence avec la France. Comme Peter Scholl-Latour, j’ai appelé il y a de nombreuses années à une alliance franco-allemande. À ce stade, la défense des deux États pourrait également être intégrée, en tant que noyau d’une Europe indépendante. Pour utiliser une expression désormais éculée : nous vivons les douleurs de la phase de transition d’un ordre mondial unipolaire à un ordre mondial multipolaire. Et ici se pose la question de savoir si nous prendrons une place indépendante dans ce nouvel ordre mondial ou si nous nous laisserons entraîner dans les conflits de Washington avec Moscou et Pékin, en tant que vassaux des États-Unis.

 

Dans son livre, il cite Machiavel : « Ce n’est pas celui qui prend les armes le premier qui provoque le désastre, mais celui qui le force ». Faites-vous référence au conflit en Ukraine?

 

Bien sûr, je fais également référence au conflit ukrainien, qui a commencé avec le coup d’État de Kyiv Maidan en 2014. Depuis lors, les États-Unis et leurs vassaux occidentaux arment l’Ukraine et la préparent systématiquement à la guerre contre la Russie. De cette façon, l’Ukraine est devenue un membre de facto de l’OTAN, même si ce n’est pas un membre de jure. Cette histoire a été délibérément ignorée par les politiciens occidentaux et les médias grand public.

 

Cependant, l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe est une violation impardonnable du droit international. Des gens meurent chaque jour et tout le monde, Moscou, Kyiv ou Washington, est largement responsable du fait qu’il n’y a toujours pas de cessez-le-feu. Depuis plus de 100 ans, l’objectif déclaré de la politique américaine est d’empêcher à tout prix l’industrie et la technologie allemandes de fusionner avec les matières premières russes. Il est absolument clair que nous avons affaire à une guerre par procuration des États-Unis contre la Russie, préparée de longue date. Il est inexcusable que le SPD en particulier trahisse ainsi l’héritage de Willy Brandt et sa politique de détente et n’insiste même pas sérieusement sur le respect de l’accord de Minsk.

 

Alors, les États-Unis ont-ils atteint leurs objectifs de guerre?

 

Oui et non. Quant à l’endiguement des relations entre la Fédération de Russie et l’UE, ils ont réussi. Ils ont également réussi à écarter, pour le moment, l’UE et l’Allemagne comme rivaux géostratégiques et économiques potentiels. Plus encore qu’avant le conflit ukrainien, ils déterminent désormais les politiques des États de l’UE, notamment grâce aux politiciens complaisants de Berlin et de Bruxelles. Ils peuvent vendre leur gaz de fracturation sale et l’industrie américaine de l’armement fait du commerce avec des bombes.

 

En revanche, ils n’ont pas réussi à « ruiner la Russie », comme l’a dit Mme Baerbock, l’une de leurs porte-parole, en renversant Poutine et en installant un gouvernement fantoche à Moscou pour avoir un meilleur accès aux matières premières russes comme à l’époque d’Eltsine. Et j’ai l’impression que les États-Unis se rendent compte qu’ils mordent la poussière ( ?). Malgré des livraisons massives d’armes à l’Ukraine et l’envoi de nombreux « conseillers militaires », la Russie, puissance nucléaire, ne peut être vaincue militairement. De plus, les sanctions occidentales se révèlent être un boomerang : elles nuisent davantage aux États occidentaux qu’à la Russie et conduiront à la désindustrialisation, au chômage et à la pauvreté.

 

Donc tout va mal à partir de maintenant?

Nous devons de toute urgence mettre fin au conflit en Ukraine. Et cela ne sera possible que si les États-Unis abandonnent leur plan visant à mettre la Russie à genoux avant d’affronter la Chine. Cela nécessite une initiative européenne, qui doit venir de la France et de l’Allemagne.

Si nous ne le faisons pas, et si nous ne parvenons pas rapidement à un accord avec la Russie sur les importations de matières premières et d’énergie, l’économie de l’Allemagne et de l’Europe s’effondrera et les partis de droite deviendront de plus en plus puissants en Europe.

 

Propos recueillis par Deutsche Wirtschaftsnachrichten - 1er décembre 2022

Source: www.elespiadigital.com 

 

La traduction, la mise forme et la mise en évidence de § de textes en rouge, sont de la rédaction «Poèmes De La Ligne Rouge»

 

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(*) Oskar Lafontaine, né à Sarrelouis en 1943, a été dans sa vie politique maire de Sarrebruck, Premier ministre de la Sarre, président du SPD, candidat à la chancellerie et ministre fédéral des Finances. En mars 1999, il a démissionné de tous ses postes politiques antérieurs au sein du SPD en raison de critiques à l’encontre de la ligne de gouvernement de Gerhard Schröder. Il a été président fondateur du parti DIE LINKE, né de sa propre initiative du PDS et Wahlalternative Arbeit & soziale Gerechtigkeit (WASG), président du groupe parlementaire de gauche au Bundestag allemand et tête de liste des campagnes électorales pour la Sarre parlement en 2009, 2012 et 2017. Jusqu’à sa démission du parti en mars 2022.

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Poutine face aux valeurs de l'Occident

5 Décembre 2022, 06:20am

André Bercoff, Greg Tabibian (j'suis pas content), Remy Watremez (Juste Milieu), Didier Maïsto et Alexis Poulin : les grandes stars du stream sont sur le plateau de "Bistro Libertés". Eric Morillot a retenu deux sujets brûlants et sulfureux. 1) L'Union européenne au bord de l'implosion ? Auto-sanctions, divergences politiques, crise énergétique : la guerre en Ukraine, crise terminale de l'Union et de l'idée européenne ou nouvelle étape d'une Europe n'avançant qu'en surmontant les crises ? 2) Vladimir Poutine face aux valeurs de l'Occident ? Un renversement total de perspective entre un Occident perçu comme décadent et qualifié d'Empire du mensonge et une Russie accusée d'être anti-libérale, conservatrice, voire réactionnaire.

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« Plus il y aura de destructions, plus la haine sera grande »

5 Décembre 2022, 04:32am

Publié par Francisco Claramunt (*)

Au début du conflit, alors que les États-Unis et leurs alliés intensifiaient les sanctions punitives contre la Russie et le soutien militaire à l'Ukraine, ces mesures devaient être combinées à des pourparlers de paix actifs, avait déclaré le sociologue ukrainien Volodymyr Ishchenko.

Au début du conflit, alors que les États-Unis et leurs alliés intensifiaient les sanctions punitives contre la Russie et le soutien militaire à l'Ukraine, ces mesures devaient être combinées à des pourparlers de paix actifs, avait déclaré le sociologue ukrainien Volodymyr Ishchenko.

L'entretien accordé à L’hebdomadaire uruguayen Brecha(*), du sociologue ukrainien Volodymyr Ishchenko - 24 mars 2022

 

 

Le sociologue Volodymyr Ishchenko, actif dans la recherche sur les mouvements de protestation de son pays, s’est entretenu avec le correspondant de l’hebdomadaire uruguayen Brecha(*), sur divers aspects du conflit russo-ukrainien: les inquétudes que cela a engendré au sein de la gauche mondialisée, la réalité sur la montée de l’extrémisme et l’avenir de l’identité ukrainienne.

Volodymyr Ishchenko est titulaire d'un doctorat en sociologie de l'Université Taras Shevchenko de Kyiv; il est chercheur associé à l'Institut d'études sur l'Europe de l'Est, de l'Université libre de Berlin. Son travail s'est concentré sur l'étude de la société civile, les contestations et les mouvements sociaux en Ukraine et dans la région. Il est l'auteur de plusieurs articles sur la politique ukrainienne contemporaine, le soulèvement d'Euromaïdan et la guerre dans le Donbass. Il a publié dans  Post-Soviet Affairs, New Left Review, entre autres magazines spécialisés, et a contribué à The Guardian, à Al Jazeera, entre autres médias internationaux.

 

« En dehors de l'Ukraine et de la Russie, il y a un débat au sein de la gauche et de ses intellectuels sur ce que devrait être la position avant cette guerre. Certaines voix, comme celle de Noam Chomsky (voir ici: « Ouvrir la porte de sortie »), sont favorables à une sortie négociée de l'invasion et défendent cette recherche de compromis diplomatique comme la seule approche sensée d'un point de vue progressiste. D'autres, comme Étienne Balibar (voir ici: « Sur la guerre européenne »), exigent que la gauche internationale apporte son plein soutien à la résistance ukrainienne et, au moins pour le moment, laisse d'autres considérations de côté ou au second plan. Comment voyez-vous ce débat ?

 

« Mon opinion est que la priorité par-dessus tout devrait être de sauver des vies ukrainiennes, des villes ukrainiennes, l'économie ukrainienne. Plus tôt vous parviendrez à un accord de paix, plus vous sauverez de vies, moins de villes seront détruites et moins l'économie sera endommagée. Si la guerre a tendance à s'éterniser, s'il ne s'agit plus d'arrêter l'invasion russe, mais par exemple de faire tomber Poutine à tout prix – ce qui n'est peut-être pas un objectif accessible –, il s'agira de transformer l'Ukraine en Afghanistan. Un endroit où une guerre éternelle continue pendant des années sans pause, avec un État défaillant, avec l'économie revenant à un état pré-moderne, avec l'industrie complètement détruite et des millions de réfugiés incapables de rentrer chez eux pendant des années [voir « Nouvelles de Moscou»]. Et ce scénario, honnêtement, ne serait que le deuxième pire pour l'Ukraine si cette guerre devait dégénérer en conflit nucléaire. Clairement, je ne veux pas cela pour mon pays.

 

Aller en Ukraine, et mis à part la propagande russe sur une «Ukraine nazie» hypothétique, il y a certainement des éléments d'extrême droite en Ukraine. Mais des groupes aujourd'hui insignifiants d'un point de vue électoral, mais qui, pendant la guerre du Donbass, ont renforcé leur pénétration dans les forces armées. Pensez-vous qu'il est inévitable qu'une situation de guerre prolongée dans tout le pays conduise à une augmentation et à une autonomisation de ces forces ultra-nationalistes qui se sont développées pendant la révolution de Maïdan et ont ensuite accédé à des positions de pouvoir dans l'appareil de défense et de sécurité ?

 

« Oui, sans aucun doute. En cas de guerre prolongée, il y aurait une destruction progressive de l'État ukrainien et des institutions militaires, donnant plus d'opportunités aux groupes radicaux de prendre les rênes. Plus il y aura de morts et de blessés parmi la population à cause de l'invasion russe, plus il y aura de destructions, plus la haine sera également grande. Et les mouvements qui concentrent leur rhétorique sur la haine et capitalisent plus facilement sur la haine se développeront bien sûr dans ce scénario. Ceux qui parlent de faire de l'Ukraine un nouvel Afghanistan pour les troupes russes [faisant référence à la défaite soviétique en 1989 et à la défaite américaine en 2021], ceux qui disent qu'il faut se préparer à résister dans une guerre de longue durée ouvrent la fenêtre pour laquelle les forces d'extrême droite entreront pour prendre le contrôle.

 

Cela se passera exactement comme cela s'est passé au Moyen-Orient : c'est l'effondrement des institutions de l'État causé par l'invasion étrangère en Irak, l'effondrement institutionnel en Libye, en Syrie, qui a créé l'espace permettant aux groupes extrémistes de prendre le pouvoir dans de vastes zones de ces pays, avec des conséquences désastreuses. Je ne comprends pas qu'il y ait des gens qui puissent s'attendre à un scénario différent en cas de guerre prolongée en Ukraine.

Dans un récent article d' Al Jazeera, vous déplorez la fin de l'Ukraine multiculturelle dans laquelle vous avez grandi. Est-ce dû à la croissance attendue de ces groupes d'extrême droite, de cette idéologie ultra-nationaliste? Voyez-vous la fin de cette idée d'une Ukraine multiculturelle et multiethnique comme inéluctable?

Avant la guerre, ce qu'on a appelé  les identités ambiguës étaient possibles en Ukraine. Certains Ukrainiens comprennent leur identité nationale comme une opposition à la Russie, mais beaucoup d'autres ne comprennent pas leur Ukrainité de cette façon. Beaucoup de gens se sentent ukrainiens et russes en même temps. Par exemple, dans de nombreuses familles, le père est russe et la mère ukrainienne. Ou au contraire. Tout cela sera très difficile après cette guerre. Le Russe est maintenant l'ennemi. Des milliers de personnes souffrent à cause de cette invasion. La position dont jouit aujourd'hui la langue russe au sein de l'Ukraine sera probablement perdue. Cette guerre sera – est en train d'être – une grande transformation dans la façon dont les Ukrainiens pensent d'eux-mêmes, de leur identité et de ce qu'est la Russie et les Russes. La réconciliation est possible, bien sûr. C'était possible même après la Seconde Guerre mondiale. Même après l'Holocauste. Mais cela prendra de nombreuses années et nécessitera de très sérieux changements politiques.

 

Dans cette chronique pour  Al Jazeera , vous critiquez la récente décision du gouvernement ukrainien de suspendre 11 partis d'opposition pour leurs opinions « pro-russes » avant l'invasion. Parmi eux, le deuxième parti le plus voté du pays. Dans cet article, il rappelle également au lecteur que la gauche était déjà très affaiblie dans le paysage politique ukrainien, et des décisions comme celle-ci, qui réduisent les voix dissidentes, ne font que l'affaiblir davantage. Dans ce scénario, quelles sont les perspectives des mouvements sociaux ukrainiens et des forces progressistes au milieu de l'invasion russe? Y a-t-il une place pour eux dans la résistance contre l'attaque et l'occupation russes?

 

Quelles sont les opportunités pour les syndicats et les mouvements sociaux aujourd'hui en Syrie ou en Libye, par exemple? L'une des horreurs de la guerre est qu'elle ferme tout espace à tout mouvement social progressiste tel que nous le connaissons. La guerre nécessite des mouvements complètement différents, comme une guérilla, des mouvements militarisés, paramilitaires. Et il n'y a absolument aucune possibilité de lancer un tel mouvement de gauche dans l'Ukraine d'aujourd'hui. Certains membres des mouvements sociaux et de gauche en Ukraine s'enrôlent dans les Forces de défense, mais leur impact politique, dans ces circonstances, sera négligeable. A l'heure actuelle, il n'y a aucune chance de changer quoi que ce soit à l'idéologie dominante ou à l'orientation de la guerre.

 

Le débat en dehors de l'Ukraine sur la question de savoir où concentrer l'analyse pour comprendre ce qui se passe est encore compliqué par le fait qu'il y a une pression constante de la part du courant politique dominant, qui accuse la gauche d'être soupçonnée de parti pris pro-russe et, par conséquent, complice de l'invasion. Voyez-vous une scission au sein de la gauche d'Europe centrale et orientale entre un camp plus anti-OTAN et un camp plus anti-russe? Pensez-vous que c'est un bon cadre pour un débat au sein du camp progressiste?

 

« Cette guerre a un impact global et pas seulement régional dans la mesure où elle provoque une réaction maccarthyste de la droite contre la gauche. Comme vous l'avez bien souligné, toute la gauche va être attaquée et il sera plus difficile maintenant de dire même des choses basiques de gauche sans être accusé d'être "pro-russe". Nombreux sont ceux qui évoquent maintenant les années et les mois passés pour dire que l'invasion russe était inévitable, qu'il était clair dès le début que cela arriverait et que la gauche ne l'avait pas prévu en raison d'une sorte de complicité ou d'aveuglement envers la Russie. Dans le contexte ukrainien, par exemple, on a même dit qu'il était temps de reconsidérer le rôle des groupes d'extrême droite qui se préparent à la guerre contre la Russie depuis des années, depuis les années 1990 pour être exact, depuis le moment même de Indépendance ukrainienne.

 

Mais est-ce vraiment le cas ? Cette invasion rend-elle l'extrême droite moins extrême ? En fait-il une sorte d'organisation patriotique anticoloniale visionnaire? Bien sûr que non. Et la guerre n'était pas inévitable. On sait que ce n'est qu'en février que la CIA a commencé à voir les signes d'une décision finale de la Russie encline à la guerre , alors que cette concentration de troupes se poursuivait déjà depuis octobre. Pendant tous ces mois, il y avait des opportunités pour une solution diplomatique à ce conflit et beaucoup aurait pu être fait différemment.

 

La gauche doit avoir des positions offensives et pas seulement s'excuser tout le temps, « oh, on parlait trop de l'OTAN et pas assez de la Russie, etc. Nous devons tenir bon, souligner la complexité du problème, défendre la vérité. Ne pas embrasser l'opportunisme de sauter d'un extrême - ne parler que de l'expansion de l'OTAN comme si la Russie n'était pas responsable de la guerre - à l'autre - une vision complètement centrée sur la Russie, dans laquelle la discussion sur l'OTAN et le nationalisme ukrainien est marginalisée voire taboue . Discuter de l'OTAN et du nationalisme ukrainien ne justifie pas l'invasion russe. Il est nécessaire de considérer ces facteurs comme faisant partie de la situation dans son ensemble et comme faisant partie du problème qui nous a conduits à cette guerre. Sinon, ils chercheront à se présenter comme faisant partie de la solution.

 

Nous savons que de nombreux facteurs ont conduit à cette guerre. Poutine porte la première et principale responsabilité, sans aucun doute. C'est lui qui a appuyé sur le bouton, même s'il avait d'autres options. La guerre était son choix, et il en est et en sera coupable. Mais, en même temps, nous ne pouvons pas oublier que d'autres forces ont contribué à notre arrivée ici. Il ne suffit pas de simplement donner à votre récit de guerre de la classe dirigeante un ton « gauchiste » et de répéter des platitudes sur « l'impérialisme russe ». Il y a beaucoup à étudier et à comprendre sur l'impérialisme russe en tant que phénomène réel, et la simple répétition de clichés superficiels n'améliorera pas notre analyse ni notre capacité à proposer des solutions pour sortir de cette guerre.

 

Propos recueillis par Francisco Claramunt (*) - 26 mars 2022

 

La traduction, la mise forme et la mise en évidence de § de textes en rouge, sont de la rédaction «Poèmes De La Ligne Rouge»

 

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(*) Brecha est un hebdomadaire politique uruguayen de gauche fondé en 1985. En juillet 2020, Brecha fait face à une restructuration générale de sa conception pour s'adapter à la nouvelle réalité numérique. - Francisco Claramunt est responsable de la rubrique Monde, il est membre du comité de rédaction de l’hebdomadaire.

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