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Le Média Libre pour une Suisse indépendante et neutre...

L’anecdote qui dérange: quand la Russie post-soviétique proposa d’entrer dans l’OTAN

20 Décembre 2025, 20:54pm

Publié par Louis GIROUD

Lorsque Vladimir Poutine évoque, au début des années 2000, devant le président américain George W. Bush, une note diplomatique soviétique de 1954 proposant l’adhésion de l’URSS à l’Alliance atlantique, il présente lui-même cet épisode comme une « anecdote ». Le terme peut surprendre. Il ne vise pourtant pas à minimiser l’événement, mais à souligner l’ironie historique qu’il révèle.

Car, précise Poutine, cette proposition — perçue à l’époque comme incongrue en raison de la peur de l’expansion communiste — aurait perdu toute dimension idéologique après la fin de la guerre froide. Le communisme ayant disparu, l’obstacle majeur censé justifier l’exclusion de Moscou n’existait plus. Dans ce nouveau contexte, la question pouvait légitimement être reposée.

 

Une proposition devenue recevable après 1991

En 1954, en pleine guerre froide, la proposition soviétique d’adhérer à l’OTAN pouvait effectivement apparaître comme paradoxale, voire provocatrice. L’Alliance atlantique venait d’être créée pour contenir un système idéologique perçu comme expansif, révolutionnaire et fondamentalement incompatible avec les démocraties libérales occidentales. L’Union soviétique incarnait alors ce projet communiste global.

 

Mais ce cadre s’effondre à la fin des années 1980. La chute du Mur de Berlin, puis la disparition de l’URSS en 1991, mettent fin à la bipolarité idéologique qui avait structuré l’ordre mondial pendant plus de quarante ans. La Russie qui émerge de cette séquence n’est plus un État communiste. Sous la présidence de Boris Eltsine, la Fédération de Russie adopte une économie de marché, procède à des privatisations massives et cherche à s’intégrer aux institutions économiques occidentales. Le projet révolutionnaire mondial a disparu. L’idéologie qui justifiait l’endiguement n’existe plus.

 

C’est dans ce contexte que Vladimir Poutine affirme avoir accepté, en principe, l’idée d’une intégration de la Russie dans l’Alliance atlantique. Non par naïveté, mais précisément parce que la raison historique invoquée depuis 1949 — la menace communiste — était devenue caduque.

 

« Pourquoi pas ? »: une question sans suite

Lorsque la question est évoquée à nouveau, au tournant des années 2000, la réponse de Poutine est rapportée comme simple et directe: « Pourquoi pas ? » Il ne s’agit pas d’une demande formelle, ni d’un ultimatum, mais d’un signal politique. Si l’OTAN se définit comme une alliance défensive, non dirigée contre un État en particulier, l’intégration de la Russie post-soviétique ne devrait plus poser de problème de principe.

 

La réaction occidentale, en revanche, est immédiate et sans ambiguïté. Depuis l’Europe, l’ancienne secrétaire d’État américaine Madeleine Albright tranche : « Ce n’est pas à l’ordre du jour. » La discussion s’arrête là. Il n’y a ni négociation approfondie, ni examen stratégique public, ni tentative de redéfinition collective de la sécurité européenne. Pour Moscou, ce refus sec marque un tournant. Car, cette fois, il ne peut plus être justifié par la peur d’une expansion idéologique communiste.

 

Une exclusion qui change de nature

C’est ici que l’« anecdote » prend tout son sens. En 1954, le rejet de la proposition soviétique pouvait être interprété comme une conséquence logique de la guerre froide naissante. Après 1991, cette explication ne tient plus. La Russie n’exporte plus de modèle idéologique alternatif. Elle ne cherche pas à subvertir les démocraties occidentales au nom d’un projet révolutionnaire. Elle adopte une économie libérale, revendique un conservatisme politique classique et insiste sur la souveraineté nationale — des caractéristiques que partagent, à des degrés divers, de nombreux États occidentaux eux-mêmes.

 

Dès lors, le refus d’envisager l’intégration de la Russie dans l’OTAN apparaît, du point de vue russe, comme un choix stratégique autonome, indépendant de toute considération idéologique. L’exclusion ne serait plus héritée de la guerre froide: elle en prolongerait la logique sous une autre forme.

 

Une alliance toujours orientée?

Cette séquence alimente une interrogation centrale dans le discours russe: si l’OTAN n’est plus un instrument d’endiguement du communisme, quelle est alors sa fonction ? Et surtout, contre qui est-elle organisée ?

L’élargissement continu de l’Alliance vers l’Est, combiné au refus persistant d’intégrer la Russie, est interprété comme la confirmation que l’OTAN demeure, dans sa structure profonde, une alliance militaire orientée. Non plus contre une idéologie disparue, mais contre un État redevenu central sur le continent européen.

 

Une clé de lecture durable

Dans cette perspective, la note soviétique de 1954, rappelée comme une « anecdote », devient un fil conducteur. Elle permet à Moscou d’articuler une continuité historique: celle d’un refus ancien, répété, et jamais véritablement reconsidéré, même lorsque ses justifications initiales se sont effondrées.

Cette lecture éclaire la profondeur du ressentiment stratégique russe et explique pourquoi, au-delà des crises conjoncturelles, l’OTAN reste perçue à Moscou non comme un cadre de sécurité collective adaptable, mais comme l’héritière directe d’une confrontation dont la fin n’a jamais été pleinement actée.

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Sanctions contre Jacques Baud: Berne sort de son silence en murmurant... les réponses d’un petit État qui se couche avant même qu’on ne le pousse...

20 Décembre 2025, 15:10pm

Publié par Louis GIROUD

Selon un article paru dans Weltwoche (« Wir haben mit dem Herrn nichts zu tun: Nach EU-Sanktionen gegen Schweizer Generalstabsoberst Jacques Baud lässt Bundesbern seinen Bürger fallen wie eine heisse Kartoffel »), la Berne fédérale est sortie de sa tanière. Non pour protester, mais pour murmurer des réponses convenues d’une vacuité édifiante.

Sanctions contre Jacques Baud: Berne sort de son silence en murmurant... les réponses d’un petit État qui se couche avant même qu’on ne le pousse...

Département fédéral de la défense (DDPS), dirigé par Martin Pfister (Le Centre):
— «Il ne nous appartient pas de commenter les sanctions de l’UE.»
— «Nous n’avons rien à voir avec cet homme.»

 

Secrétariat d’État à l’économie (SECO), Département fédéral de l’économie, Guy Parmelin (UDC) :
— «Les autorités fédérales compétentes prennent en principe acte de ce type de décisions.»

Le SECO et le Département fédéral des affaires étrangères estiment que les sanctions constituent des «décisions relevant de l’État de droit».

 

Traduction: ce que fait Bruxelles est par définition fondé, légitime, incontestable. Le Bien a parlé.

 

Les Suisses aiment se raconter leur pays comme un îlot de droit, de démocratie, de sagesse, de sang-froid juridique, perdu dans un monde instable où les idéologies s’emballent. Tout cela relève désormais de la mythologie nationale. Car leur Suisse — non pas celle de leur cœur —, mais celle de ceux qui sont aux manettes, cette Suisse «violée» a capitulé. Sans bruit.

 

À l’heure où Bruxelles décide de frapper un citoyen suisse pour délit d’opinion déguisé en sanction morale, la gouvernance de la Confédération, loin de s’indigner, se défausse avec cette élégance administrative qui est la signature des lâchetés modernes. Face à un acte grave, inédit pour un citoyen suisse, les autorités fédérales ne trouvent rien de mieux à dire que: circulez, nous n’avons rien à voir avec cet homme. Rideau. Nettoyage terminé.

 

Petit traité de la lâcheté gouvernementale en régime soumis à une bureaucratie

La Suisse n’a pas abandonné Jacques Baud. Elle a fait plus subtil. Elle l’a recyclé. Transformé en déchet idéologique conforme aux normes européennes. Un citoyen devenu encombrant, puis discrètement jeté, avec ce sourire poli, impeccable, caractéristique des sociétés arrivées au stade ultime de la moraline bureaucratique.

 

Il faut admirer la mécanique. Bruxelles frappe. Berne acquiesce. Et la Confédération, jadis obsédée par la souveraineté, découvre soudain qu’elle n’a «rien à voir avec cet homme». Rien. Ni devoir. Ni solidarité. Ni réflexe. Le citoyen suisse devient un usufruit conditionnel: valable tant qu’il pense correctement.

 

Le plus exquis reste le ton. Ce ton administratif, glacial, aseptisé, qui ne dit jamais «nous avons peur», mais toujours «nous prenons acte». Prendre acte: formule magique. Elle permet de se laver les mains tout en gardant les gants. Elle dit: ce n’est pas nous, c’est le processus; ce n’est pas un choix, c’est l’ordre; ce n’est pas une abdication, c’est l’État de droit — cette divinité creuse qu’on invoque désormais pour absoudre la démission.

 

Le Département fédéral de la défense atteint ici une forme de Sainteté christique. « Nous n’avons rien à voir avec cet homme. » On dirait « Pierre » qui a renié son maître juste avant que le coq ne chante... Phrase terminale qui condense la bassesse avec une élégance chirurgicale.

 

Quant au Département fédéral des affaires étrangères, toujours si prompt à dénoncer la censure ailleurs, il s’est découvert une vocation nouvelle pour le silence vertueux. La liberté d’expression, jadis valeur cardinale, devient soudain facultative lorsqu’elle gêne Bruxelles. Face à Moscou ou Pékin, on tonne. Face à l’Union européenne, on se tait. Ici, la posture suisse cesse d’être risible: elle devient indécente.

 

Car enfin, que s’est-il passé ? L’Union européenne, dans un moment de nervosité idéologique avancée, décide qu’un homme qui écrit, analyse et publie — hors des discours dominants convenus — mérite une sanction économique. Une peine sans juge. Une condamnation sans procès. Une punition préventive pour opinion incorrecte. Et la Suisse trouve cela parfaitement « conforme à l’État de droit ».

 

À ce stade, ce n’est plus de la prudence. Ce n’est même plus de la lâcheté. C’est de la collaboration molle. Collaboration sans uniforme, sans cris, sans drame. Collaboration feutrée, progressiste, durable. Celle qui ne salit pas les mains, mais qui glisse dans le déshonneur.

 

Il faut le redire. Jacques Baud n’est pas sanctionné pour un acte. Il est sanctionné pour un récit. Pour une lecture factuelle de la guerre en Ukraine. Pour avoir parlé hors du catéchisme euro-atlantiste. Le crime n’est pas l’erreur. Le crime est la dissonance.

 

Soyons clairs. Jacques Baud soutient que l’Occident porte une part de responsabilité dans le conflit qui oppose la Russie à l’Ukraine. Il est établi avec des peuves que des accords et des engagements occidentaux n’ont pas été respectés, voire ont été ouvertement violés. Nier toute responsabilité occidentale dans le déclenchement et la prolongation de ce conflit inutile relève de la mauvaise foi. En revanche, vouer Jacques Baud à l’infamie en le désignant comme un « propagandiste pro-Kremlin » constitue une ignominie intellectuelle et politique.

 

Le plus accablant n’est même pas l’abandon. C’est la satisfaction implicite; cette petite musique âcre entendue dans les travées du parlement fédéral: enfin un propagandiste puni, enfin un déviant neutralisé. La Suisse officielle ne censure pas. Elle applaudit par abstention.

 

Philippe Muray parlait de l’Empire du Bien. Nous y sommes. Et en Suisse, nombre d’élus et de bureaucrates de haut vol, loin d’y résister, y tiennent le rôle le plus méprisable : celui des bons élèves zélés, qui relèguent notre beau pays au rang de petit État qui se couche avant même qu’on ne le pousse, qui abdique sans sommation et qui se félicite de sa propre insignifiance morale.

 

Ce que révèle cette affaire, ce n’est pas une maladresse passagère, mais le sentiment qu’on a touché le fond. Les dirigeants actuels de notre belle Confédération n’ont pas seulement lâché un homme. Ils ont acté un principe nouveau : un citoyen peut être banni par nos « alliés » sans jugement, pour ses idées et ses opinions, et l’État se contentera de « prendre acte ». À partir de là, tout est possible. Et surtout, plus rien n’est à défendre.

 

Louis Giroud

 

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Cette Union européenne qui punit la pensée pour avoir la paix...

19 Décembre 2025, 19:37pm

Publié par Louis GIROUD

L’UE aime se raconter qu’elle est née pour conjurer la guerre, pour domestiquer les passions, pour refroidir les ardeurs historiques à coups de droit, de procédures et de compromis raisonnables. Elle aime cette légende parce qu’elle lui évite de regarder où elle a sombré. Car l'UE d'aujourd'hui ne pacifie plus rien. Elle s’excite. Elle surjoue la vertu. Elle multiplie les postures martiales tout en se gardant soigneusement d’en assumer le coût réel. Elle n’a plus la force de gouverner, mais elle a acquis un pouvoir de nuisance, ce qui est le stade juste avant la dégénérescence complète.

Cette Union européenne qui punit la pensée pour avoir la paix...

Depuis des années, cette structure bureaucratique proliférante étouffe les économies, réglemente jusqu’à l’absurde, produit des normes comme d’autres produisent de la fumée, sans autre horizon que sa propre reproduction. Mais ce délire administratif n’était qu’un prélude. Le vrai basculement s’est produit lorsque cette logique a décidé de s’attaquer non plus aux comportements, mais aux idées. À partir de là, l’Union européenne a cessé d’être un cadre juridique. Elle s’est muée en tribunal moral.

La dissidence n’est plus une composante normale du débat démocratique. Elle est un symptôme suspect. Une anomalie. Un risque informationnel. On ne réfute plus, on signale. On ne contredit plus, on disqualifie. On ne débat plus, on inscrit sur des listes.

 

Une brutalité obscène

L’affaire Jacques Baud cristallise cette dérive avec une brutalité obscène. Un citoyen suisse, ancien officier du renseignement, analyste militaire, auteur publié, se retrouve placé sous sanctions par l’Union européenne, assimilé à des figures accusées de crimes majeurs, sans accusation pénale, sans jugement, sans confrontation contradictoire. Son tort est limpide: il n’a pas récité le catéchisme officiel sur la guerre en Ukraine. Voilà donc où en est l’Europe: elle ne combat plus des actes, elle frappe des discours. Elle ne défend plus la liberté d’expression, elle la tolère à condition qu’elle ne fissure pas le récit central, qu’elle ne contamine pas l’unanimisme fabriqué à Bruxelles et relayé par une presse devenue catéchétique.

 

Méthode grotesque

Le plus accablant n’est même pas la décision elle-même, mais la méthode. Une sanction administrative, opaque, froide, impersonnelle, qui tombe comme une massue sans visage. Pas de juge. Pas de défense. Pas de recours réel. Le pouvoir nu, débarrassé des oripeaux de l’État de droit, mais encore enveloppé dans le langage sirupeux des valeurs européennes.

 

Une Suisse officielle aux abonnés absents

Face à cela, la Suisse fait l'autruche, la tête dans le sable. Elle espère que le problème se dissipera tout seul. Les autorités se regardent les pieds... Les médias bâillent. La neutralité, autrefois vigilance armée, est devenue une posture molle, un art consommé de ne surtout pas déranger les nouveaux maîtres bruxellois. On sacrifie un citoyen sur l’autel des bonnes relations institutionnelles, avec cette lâcheté feutrée qui passe aujourd’hui pour du pragmatisme.

Pendant ce temps, l’Union européenne s’enfonce dans une stratégie suicidaire en alimentant la polarisation, en radicalisant ses discours, tout en se donnant l’illusion de sa supériorité morale et stratégique. Elle ne cherche pas à arrêter la guerre. Elle cherche à ne pas avoir tort. Les conséquences sont visibles et cruelles. Économies affaiblies. Sociétés fragmentées. Démocraties sous tension.

 

Notre seul salut: l'intransigeance face à l'arbitraire

Ce qui se joue ici dépasse largement un cas individuel. Ce que l'UE inflige aujourd’hui à un officier suisse critique, elle l’infligera demain à toute entité récalcitrante, à tout État trop indépendant, à toute population insuffisamment docile. La Suisse, petit État fondé sur le droit, n’a pas le luxe de l’aveuglement. Elle n’a ni la force militaire ni la masse politique pour se permettre la naïveté. Elle n’a qu’un rempart: la défense intransigeante des libertés fondamentales.

Rester à distance de cette Union européenne-là n’est pas un caprice souverainiste. C’est une mesure d’hygiène politique. Une nécessité de survie institutionnelle. Une Europe qui dresse des listes noires pour des opinions, qui confond la critique avec une menace, qui remplace le débat par la sanction, a déjà quitté le terrain de la démocratie pour entrer dans celui, bien connu historiquement, de la peur de la pensée. Et les régimes qui ont peur des idées finissent toujours par être vaincus par elles.

 

Louis GIROUD

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L’ancien officier d’état-major Jacques Baud dans la tourmente: Parcours et zones d’ombre d’un cas de censure inédit

19 Décembre 2025, 16:20pm

Publié par Weltwoche - (Rewriting L. Giroud)

L’ancien officier d’état-major Jacques Baud dans la tourmente: Parcours et zones d’ombre d’un cas de censure inédit

Compte-rendu de l’entretien entre Jacques Baud et Roger Köppel rédacteur en chef de «Die Weltwoche»

 

Le 18 décembre 2025, une vidéo publiée par Die Weltwoche propose un entretien exclusif consacré à un dossier présenté comme hautement préoccupant pour l’Europe, et plus encore pour la Suisse : la censure et la sanction infligées à un officier supérieur helvétique. L’échange revient sur une affaire proprement sidérante, qui met en cause des principes fondamentaux de l’État de droit, au premier rang desquels figurent la liberté de la presse, la liberté d’opinion et les droits humains.

Présentation de l’invité et du contexte

Jacques Baud a été officier d’état-major suisse, ancien expert engagé dans des missions sensibles au service de la Confédération et d’organisations internationales. Roger Köppel souligne d’emblée le caractère exceptionnel de la situation: voir émerger, en Suisse, un cas de mise au ban pour des prises de position ou des analyses est décrit comme «incroyable» dans un pays réputé pour sa tradition de neutralité et de liberté d’opinion.

 

Avant d’entrer dans le détail de l’affaire, l’entretien s’attache à dresser le parcours et le portrait de l’invité.

 

Formation et débuts dans le renseignement stratégique

Jacques Baud se définit d’abord comme un citoyen suisse ordinaire, né à Genève. Il suit des études universitaires en économie, puis en relations internationales, avant d’être recruté, durant la guerre froide, par le service suisse d’information stratégique. Sa mission consiste alors à analyser les forces du Pacte de Varsovie. Dans ce cadre, il apprend le russe et se spécialise dans l’observation et l’analyse de la présence soviétique en Europe.

 

Ce travail analytique le conduit à détecter, dans les années 1980, un projet de «purification ethnique» visant la minorité hongroise en Roumanie, sous le régime de Nicolae Ceaușescu. Alerté, le Département fédéral des affaires étrangères (EDA) engage alors une action diplomatique au sein de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe, en coordination avec d’autres États. Selon Jacques Baud, cette intervention contribue à faire cesser le projet, ce qu’il décrit comme l’un des résultats concrets de son travail de renseignement.

 

Missions internationales et engagement humanitaire

Après cette période au service du renseignement, Jacques Baud poursuit son parcours au sein de l’armée suisse, puis est sollicité par le DFAE (Département Fédéral des Affaires Etrangères)  pour des missions liées à la protection des civils et des réfugiés, notamment dans des contextes de crise en Afrique. Il est ensuite engagé par l’Organisation des Nations unies pour assurer la sécurité de camps de réfugiés.

Fort de son expérience, il est également impliqué dans des actions liées à la problématique des mines antipersonnel au milieu des années 1990. Constatant l’ampleur du fléau humanitaire, il propose la création d’un centre de déminage humanitaire à Genève. Le DFAE l’envoie alors à New York, où il développe, pour l’ONU, un réseau d’information sur les mines et un dispositif d’assistance aux victimes.

 

Afghanistan, déminage et réseaux internationaux

Parallèlement, Jacques Baud entretient, durant la guerre froide, des contacts avec l’opposition afghane. Sans se rendre sur place, il élabore et transmet un manuel destiné à aider à l’élimination des mines soviétiques, avec une attention particulière portée à la protection des enfants face aux munitions non explosées. Il indique avoir reçu un message de remerciement de Ahmad Shah Massoud, figure emblématique de l’Alliance du Nord, assassiné en 2001. Cette implication renforce son profil d’expert international, au point qu’il est ensuite sollicité pour créer un service militaire dans le cadre d’une mission de l’ONU au Soudan.

 

Deux ans au Soudan : médiation et opérations de paix

Jacques Baud passe environ deux ans au Soudan, où il affirme avoir été en contact avec près de 80 mouvements rebelles. Son rôle consiste à dialoguer avec ces acteurs armés, notamment dans des opérations de médiation et de libération d’otages. Il insiste sur le caractère non violent de ses interventions et sur la dimension multidisciplinaire de son travail, à l’interface du civil et du militaire.

Il précise que toutes ces activités s’inscrivent strictement dans le cadre de mandats onusiens, réfutant toute implication directe au service d’intérêts étatiques tiers. À l’issue de son mandat, celui-ci est interrompu de manière abrupte, à la suite de démarches diplomatiques impliquant la Suisse et la Chine, dans un épisode qu’il juge incohérent et révélateur de tensions politiques internes à l’ONU.

 

Fonctionnement interne de l’ONU et responsabilités exercées

Resté au sein de l’ONU pour étudier la doctrine et la politique des opérations de paix, Jacques Baud travaille avec une équipe chargée d’analyser instructions et cadres opérationnels. Il précise ne pas avoir été directement rattaché au secrétaire général, mais à un bureau des affaires militaires, dirigé par un général sénégalais, chargé de coordonner les opérations de maintien de la paix impliquant des forces armées. À son retour en Suisse, il collabore de nouveau avec le DFAE, notamment avec Jean-Daniel Ruch, dans des dossiers liés à l’Afrique du Nord et au Tchad, où il participe à des programmes de désarmement et de contacts avec des groupes rebelles.

 

Un officier citoyen : parcours militaire en Suisse

Interrogé sur son statut militaire, Jacques Baud souligne qu’il n’a jamais été soldat professionnel, mais « soldat citoyen », conformément au modèle suisse. Il gravit les échelons classiques de la milice: commandant de compagnie de panzergrenadiers, puis de bataillon Leopard, avant de suivre la formation d’officier d’état-major général.

Au sein du 1er corps d’armée, il travaille sous le commandement de Jean Abt. Cette formation polyvalente, couvrant l’ensemble des spécialités militaires (infanterie, logistique, génie, opérations aériennes), lui permet, selon ses dires, de comprendre l’armée comme un système global, approche qu’il juge décisive pour ses missions internationales.

 

Expérience de terrain et médiation en zone isolée

Pour illustrer cette approche systémique, Jacques Baud relate un épisode marquant: une mission de médiation dans une zone reculée du Soudan, accessible uniquement par hélicoptère. Déposé avec un seul collègue, sans moyens de communication et sans soutien logistique pendant une semaine, il doit négocier directement avec des tribunaux locaux. Malgré l’isolement et les risques, il affirme avoir mené cette médiation à bien, soulignant l’importance de la formation, de l’autonomie et de la compréhension fine des dynamiques locales.

 

La médiation comme méthode: distance, neutralité et compréhension des conflits

Fort de son expérience accumulée sur plusieurs théâtres de crise, Jacques Baud insiste longuement sur ce qu’il considère comme le cœur de son approche : la médiation. Selon lui, toute médiation authentique impose une règle cardinale: ne jamais se placer moralement ou émotionnellement dans le camp de l’une ou l’autre partie. Il ne s’agit ni d’adhérer, ni de condamner, mais de comprendre.

Comprendre signifie analyser les perceptions respectives, les raisons profondes du conflit, indépendamment de toute adhésion idéologique ou affective. La paix, affirme-t-il, ne procède pas des sentiments, mais de la capacité à saisir comment chaque partie perçoit la réalité et les intérêts en jeu. Dans cette perspective, l’opinion personnelle du médiateur n’a aucune pertinence opérationnelle.

 

Ukraine et Russie: une lecture suisse, non émotionnelle

Cette posture éclaire directement sa manière d’aborder la guerre entre l’Ukraine et la Russie. Jacques Baud rejette la logique binaire largement répandue en Europe, selon laquelle il faudrait haïr un camp pour soutenir l’autre. Il rappelle que, placé dans la situation d’un Ukrainien, il se battrait comme Ukrainien, et qu’en tant que Russe, il agirait comme Russe. Mais ce n’est précisément pas son rôle.

Il se définit avant tout comme Suisse, et estime que cette position lui confère un avantage décisif: la distance. Cette distance permet d’analyser les faits sans être submergé par l’émotion ou la propagande, et d’identifier les éléments susceptibles de favoriser une issue pacifique. À ses yeux, l’Europe a largement oublié que la paix se construit par la compréhension des perceptions adverses, non par l’indignation morale ou l’alignement émotionnel.

 

Après l’ONU : Union africaine et nouvelles responsabilités

À l’issue de son mandat au sein des Nations unies, Jacques Baud ne se retire pas immédiatement de la scène internationale. Il exerce une fonction équivalente au sein de l’Union africaine, basée au Kenya, dans le cadre d’un corps d’intervention dédié au maintien de la paix.

 

Cette nouvelle expérience le conduit ensuite à être sollicité par l’Organisation du Traité de l'Atlantique Nord. Il précise toutefois la singularité de sa position : contrairement aux représentants suisses habituels à Bruxelles, généralement issus du Département fédéral des affaires étrangères et rattachés à l’ambassade, il est directement employé par l’OTAN. Il se décrit comme le seul Suisse dans ce cas précis, chargé de représenter la Suisse à l’intérieur même de la structure de l’Alliance.

 

Un rôle clé au sein de l’OTAN (2012–2017)

Entre 2012 et 2017, Jacques Baud est impliqué dans des travaux portant notamment sur la lutte contre la prolifération des armes légères. Dans ce contexte, il observe de très près les événements survenus dans l’est de l’Ukraine à partir de 2014, en particulier dans le Donbass. Il explique que l’une des questions centrales portait sur l’origine de l’armement des groupes autonomistes. Cette proximité analytique avec le conflit fait de cette période sa dernière fonction officielle internationale.

 

Présence en Ukraine : Donbass, Crimée et Odessa

Jacques Baud se rend personnellement en Ukraine et travaille avec les autorités régionales sur des programmes de désarmement, mais aussi de restructuration institutionnelle. Il rappelle qu’en 2014, une partie significative de l’armée ukrainienne était composée de soldats d’origine russe, réticents à combattre ceux qu’ils considéraient comme leurs alliés naturels. Certains d’entre eux rejoignent alors les rangs des insurgés. Il cite également le cas de la Crimée, où, selon lui, sur environ 22 000 soldats ukrainiens stationnés, près de 20 000 passent du côté russe après avoir retiré leurs insignes, illustrant la profondeur des liens humains et culturels dans cette région.

À la demande des autorités ukrainiennes, l’OTAN est alors sollicitée pour accompagner la restructuration des forces armées, notamment afin de résoudre les problèmes de loyauté, de recrutement et de motivation, difficultés qui, selon Jacques Baud, persistent encore aujourd’hui.

 

Odessa et le sud de l’Ukraine : une situation quasi insurrectionnelle

Son témoignage sur Odessa est particulièrement marquant. Il décrit une ville plongée, à l’époque, dans un climat proche de l’état de guerre, alors que le projet de « Novorossiya » ne se limitait pas au Donbass mais concernait potentiellement l’ensemble du sud de l’Ukraine. Les bâtiments étaient gardés comme en zone de conflit, et les tensions omniprésentes.

Il évoque également le massacre survenu dans un bâtiment d’Odessa, où des manifestants russophones périrent dans un incendie. Bien qu’il arrive sur place quelques mois après les faits, il souligne qu’un tribunal ukrainien a conclu, des années plus tard, à une responsabilité majeure de l’État ukrainien, point largement ignoré dans le débat public international.

 

OTAN et Partenariat pour la paix : une distinction juridique essentielle

Jacques Baud insiste avec force sur la nécessité de distinguer l’OTAN en tant qu’alliance militaire et le cadre du Partenariat pour la paix. L’Ukraine, tout comme la Suisse et la Russie à l’époque, est membre de ce partenariat, qui vise l’éducation militaire, l’interopérabilité, l’acquisition de matériel et la coopération, mais exclut les opérations de guerre.

Selon lui, parler de « présence de l’OTAN en Ukraine » sans cette précision crée une confusion juridique et politique majeure. Les engagements se font légalement dans le cadre du Partenariat pour la paix, concept volontairement large mais explicitement non offensif.

 

Fin de carrière officielle et positionnement politique

La carrière officielle de Jacques Baud s’achève sans incident disciplinaire ni polémique formelle. Il part à la retraite avec l’ensemble de ses droits et honneurs, tout en soulignant n’avoir jamais reçu de remerciement particulier de la Suisse. Il décrit son parcours comme linéaire, sans rupture ni sanction jusqu’aux événements actuels.

Interrogé sur son positionnement politique, il se définit comme « centre-droit », attaché au modèle suisse tel qu’il l’a connu dans sa jeunesse: un État doté de services publics forts, combinés à la liberté du commerce et de l’industrie. Il se décrit comme conservateur en matière de défense et d’armée, rappelant qu’il est resté militaire dans son identité tout au long de sa carrière.

Enfin, il note avec émotion le soutien de ses anciens soldats, aujourd’hui chefs d’entreprise ou cadres, illustrant à ses yeux la force du réseau de milice suisse. Résidant désormais en Belgique, pays qu’il juge comparable à la Suisse par son caractère multilingue, il amorce une réflexion plus large sur les différences et similitudes entre ces deux modèles, réflexion qui ouvre la suite de l’entretien.

 

Belgique et Suisse: deux modèles multilingues, deux réalités politiques

Installé à Bruxelles, Jacques Baud observe la Belgique avec un regard de Suisse romand habitué à la cohabitation des langues comme fait national ordinaire. Il souligne une différence centrale : en Suisse, le lien entre communautés linguistiques lui paraît plus direct et plus étroit qu’en Belgique. Là où l’espace belge structure fortement sa vie politique selon les langues, la Suisse lui semble historiquement avoir maintenu des partis transversaux (il cite, à titre d’exemple, des formations présentes dans tout le pays), sans duplication systématique par aire linguistique.

 

Dans son récit, cette différence produit des effets profonds : en Belgique, langue et politique se superposent au point d’alimenter une logique de séparation, tandis qu’en Suisse la pluralité linguistique et confessionnelle n’a pas, selon lui, engendré la même fracture. Il attribue une part importante de cette cohésion à l’armée de milice, qui, dans son expérience, a fonctionné comme un instrument de liaison nationale : des citoyens de régions différentes, réunis, formés et reliés par un objectif commun.

Il note un trait identitaire typiquement helvétique : un Suisse se dit Suisse, puis précise volontiers son canton ou sa ville — « Genève », dans son cas — tout en se sentant appartenir à un même ensemble. Cette culture du réseau, nourrie par la milice, lui paraît décisive aussi du point de vue de la défense. Il fait un parallèle avec l’Ukraine : l’importance du lien social, des attaches, des solidarités concrètes, serait un facteur sous-estimé par certains pays occidentaux dans leur lecture du conflit.

 

Installation à Bruxelles : une retraite précoce et un ancrage personnel

Sur les raisons de son installation en Belgique, Jacques Baud évoque une retraite prise relativement tôt, liée à la fin de son dernier poste au sein de l’OTAN. Il insiste sur la permanence de ses attaches en Suisse : relations, amitiés, soutiens moraux, qu’il salue explicitement, car ils l’aident « mentalement ». Mais il décrit aussi une difficulté professionnelle : malgré la sympathie et les réseaux, la réintégration ou la projection dans une nouvelle activité en Suisse ne lui paraît pas aller de soi.

Il exprime une affection marquée pour Berne — qu’il qualifie de plus belle ville — tout en rappelant qu’il n’est pas bernois, mais genevois. Et il ajoute une note plus mélancolique : Genève, dit-il, n’est plus la Genève qu’il a connue. Cette impression de décalage nourrit une question intime et pratique à la fois: où se sentir chez soi, où revenir, où reconstruire.

Après cinq ans en Belgique, il présente le pays comme agréable et accueillant, où il a retrouvé un réseau et des amis. Cette implantation bruxelloise, au cœur institutionnel de l’Union européenne, conduit l’animateur à l’interroger : faut-il y voir une adhésion à l’UE ?

 

Une position nuancée sur l’Union européenne : coopération oui, hypercentralisation non

Jacques Baud répond sans détour : il n’est pas opposé à la collaboration européenne. Il dit juger logique de travailler ensemble, de coordonner, d’améliorer les relations. Mais il affirme percevoir une évolution qu’il estime excessive : une centralisation, voire une « hypercentralisation » qui irait trop loin.

Pour lui, l’idéal européen des années 1990 tenait surtout à la coopération économique, au travail commun, à l’apprentissage d’une coexistence améliorée — pas à une uniformisation systématique des décisions et des modèles. Il insiste sur la valeur des spécificités nationales : les cultures française, italienne, allemande, et toutes les autres, constitueraient la richesse même du continent.

Il emploie une image parlante — reprise avec humour dans l’échange — celle d’une « salade russe » : si tout est mélangé indistinctement, la substance se perd, les particularités disparaissent. À l’inverse, l’Europe lui semble fonctionner lorsqu’elle produit une synergie entre des cultures distinctes, au lieu d’imposer une culture nouvelle censée les remplacer. La diversité, répète-t-il, doit être préservée : c’est elle, et non l’uniformisation, qui rend l’Europe « efficace » et « jolie ».

Il illustre ce propos par son expérience personnelle: parlant plusieurs langues, connu dans divers pays, il dit bénéficier de soutiens en Italie, en Allemagne, en France. Il rapporte même un commentaire italien récent le présentant comme « notre colonel suisse », signe, à ses yeux, que l’identité assumée et les singularités nationales peuvent créer des liens de respect et de solidarité transfrontalière.

 

 

Vers le cœur du dossier: «sanctionné par l’Union européenn »

Après cette présentation, l’échange se poursuit avec le thème central: Jacques Baud aurait été sanctionné par l’Union européenne et «attaqué» (de sources convergentes, l’initiative en reviendrait à Jean-Noël Barrot Ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères). Roger Köppel annonce que ces éléments seront traités plus loin, mais insiste déjà sur un point: le parcours de Jacques Baud relève moins de la théorie que de la pratique. Il a étudié les conflits, mais il les a aussi affrontés au contact des institutions, des opérations de paix, des réseaux diplomatiques, et des structures euro-atlantiques. Ce rappel sert de transition: après la carrière, vient la prise de parole publique.

 

Depuis la retraite: une activité intellectuelle soutenue

Depuis qu’il a pris sa retraite, Jacques Baud s’est imposé comme essayiste, conférencier et auteur de référence, publiant plusieurs ouvrages consacrés aux conflits internationaux, au terrorisme et aux questions de sécurité. Il indique avoir écrit une quinzaine de livres — sans pouvoir en préciser le nombre exact — souvent de grande ampleur.

Parmi ces travaux, il mentionne un ouvrage majeur: une encyclopédie de la violence politique recensant des milliers de mouvements terroristes et d’organisations criminelles. Selon lui, ces publications ont longtemps fait autorité et servi de références, notamment au sein de services d’information européens.

Il relate à ce propos un épisode significatif: invité en Roumanie à un symposium consacré aux services de renseignement, il aurait été accueilli par le chef du renseignement roumain, lequel lui aurait expliqué que ses ouvrages, traduits en roumain, étaient utilisés dans le cadre de la formation.

Jacques Baud ajoute connaître personnellement des membres de plusieurs services d’information européens — sans en préciser l’origine — qui lui auraient indiqué conserver ses livres dans leurs locaux. L’animateur en conclut que cette notoriété dépasse largement les frontières de la Suisse et suggère qu’elle serait même plus marquée en France, où la maîtrise de la langue française lui offrirait un accès médiatique plus naturel.

 

Commentateur de la guerre en Ukraine : la méthode avant le camp

L’échange aborde ensuite le cœur du sujet : les prises de position de Jacques Baud sur la guerre en Ukraine, qui l’ont imposé comme commentateur du conflit. Interrogé sur ses « déclarations marquantes », il précise sa ligne de conduite : il n’est ni russe ni ukrainien, ni « pour » l’un ni « contre » l’autre. Il se définit avant tout comme un observateur.

Il énonce alors un principe qu’il présente comme central dans son approche : la manière de comprendre une crise conditionne la manière de la résoudre. Analyser le conflit à partir d’un seul camp conduit, selon lui, à s’enfermer dans une logique de confrontation ; il convient donc de se dégager de toute lecture partisane.

L’échange est brièvement interrompu par des bruits de manifestations à Bruxelles, que Jacques Baud attribue à la tenue d’un sommet en cours, avant de reprendre son propos. Il affirme n’avoir jamais soutenu que l’un des camps sortirait nécessairement vainqueur, ni déclaré que Vladimir Poutine ou Volodymyr Zelensky auraient « raison ». Il récuse ce type de jugement.

À l’inverse, il explique s’attacher à décrire les actions des deux parties, en se concentrant sur les faits. Il compare sa posture à celle d’un arbitre de football : si l’arbitre travaille pour une équipe, le match est faussé. Son rôle consiste à maintenir la distance nécessaire, à comprendre les actions, à appliquer les règles et à s’en tenir strictement aux faits.

 

La controverse: « si on n’est pas pour l’Ukraine, on est pro-russe »

Jacques Baud identifie enfin ce qu’il considère comme le mécanisme de polarisation qui le vise: dans l’espace public actuel, dit-il, ne pas être « pour l’Ukraine » suffit à être classé « pro-russe ». Il rejette cette alternative et réaffirme sa position : il n’est ni pour l’un, ni pour l’autre ; il présente des faits.

Or, ajoute-t-il, de nombreux faits seraient systématiquement laissés de côté dans le récit dominant, produisant une vision unilatérale du conflit. Il laisse entendre que sa démarche — exposer des éléments écartés du narratif — explique en grande partie les réactions hostiles à son endroit.

Il amorce enfin une précision méthodologique, en lien direct avec son travail d’auteur : pour éviter toute forme de propagande dans ses livres, il affirme s’appuyer uniquement sur certaines sources — phrase qu’il commence à développer au moment où cette partie de la transcription s’interrompt.

 

Une méthode revendiquée : s’appuyer sur des sources occidentales et ukrainiennes

Poursuivant l’explication amorcée précédemment, Jacques Baud précise la colonne vertébrale de sa méthode : pour éviter la propagande, il dit s’appuyer « uniquement » sur des sources occidentales — principalement américaines — et sur des sources ukrainiennes. Il cite explicitement de grands titres de presse comme le New York Times, le Washington Post ou le Wall Street Journal. Côté ukrainien, il insiste toutefois sur une nuance essentielle : il ne retient pas ce que « le gouvernement ukrainien dit », mais ce que « la presse ukrainienne dit ».

Ce point, selon lui, est décisif, car la presse ukrainienne resterait souvent critique à l’égard de son propre gouvernement, et rapporterait des informations absentes ou minimisées dans les médias occidentaux. De cette dissymétrie naît, à ses yeux, une compréhension tronquée du conflit en Europe : le public n’accéderait qu’à une partie des faits.

 

Une lecture factuelle des opérations militaires

Pour illustrer sa méthode, Jacques Baud s’appuie sur plusieurs exemples précis d’opérations militaires, notamment les combats autour de Krynky, sur la rive orientale du Dniepr. Il explique que cet épisode a souvent été présenté, dans le discours médiatique occidental, comme une avancée stratégique ukrainienne majeure, alors qu’une analyse factuelle des opérations montre, selon lui, une réalité beaucoup plus contrastée.

Il souligne que la bataille de Krynky a donné lieu à des pertes humaines considérables du côté ukrainien, sans débouché opérationnel décisif, et que la persistance de cette tête de pont répondait davantage à des impératifs politiques et communicationnels qu’à une logique militaire rationnelle. À ses yeux, cet exemple illustre les écarts récurrents entre le récit public du conflit et l’évaluation réelle des rapports de force sur le terrain.

Jacques Baud insiste sur le fait que ce type d’analyse ne vise pas à accréditer la thèse d’un camp contre l’autre, mais à décrire les faits tels qu’ils se produisent, en tenant compte des contraintes tactiques, logistiques et humaines propres à chaque opération. C’est précisément cette dissociation entre le récit et l’observation qu’il estime indispensable pour comprendre la dynamique réelle du conflit.

 

Un positionnement revendiqué: « honnête, objectif, neutre »

Jacques Baud résume alors sa posture : une représentation « honnête, objective, neutre » du conflit. L’animateur reformule pour clarifier: il ne se présente pas d’abord comme écrivain, mais comme analyste, observateur technique, cherchant l’évaluation la plus proche possible de la réalité en intégrant l’ensemble des facteurs.

Jacques Baud affirme que cette neutralité est telle qu’elle suscite des perceptions contradictoires: dans un article ou une interview réalisée aux États-Unis, un commentateur aurait écrit, selon lui: « Même si Jacques Baud est pro-Ukraine, il comprend bien les Russes. » Autrement dit, sa tentative de compréhension des logiques russes serait interprétée, par certains, comme une marque de parti pris favorable à Moscou — alors même que d’autres le rangeraient au contraire du côté ukrainien. Pour lui, ce type de lecture confirme qu’il se situe en dehors des étiquettes.

 

Refus des médias russes: préserver la crédibilité et éviter l’instrumentalisation

Vient ensuite un élément clé de son argumentaire: malgré la légalité possible d’interventions médiatiques, il affirme avoir délibérément évité d’apparaître dans des chaînes ou programmes russes pour préserver la crédibilité de son message et empêcher toute instrumentalisation.

Il dit avoir été sollicité à plusieurs reprises par des médias russes officiels ou réputés proches de l’État (il cite TASS, Novosti, RT, entre autres) et avoir systématiquement refusé les invitations. Sa motivation: ne pas devenir un « moteur de parole » pour une propagande pro-russe, et éviter que ses analyses soient utilisées comme caution extérieure au service d’un récit.

Il ajoute qu’il lui est arrivé d’être présent sur RT « sans son savoir », via la reprise d’éléments déjà publiés ailleurs, tout en répétant qu’il n’a jamais cherché à entretenir de liens avec la Russie. Il soutient que, s’il fallait examiner ses e-mails, on verrait l’absence de relation institutionnelle ou personnelle avec ce pays, contrairement à d’autres personnes qui, dit-il, disposent de liens familiaux, de doubles nationalités, ou de collaborations médiatiques assumées.

 

Le basculement : l’accusation de propagande et de complotisme

Le ton change alors nettement lorsque l’animateur lit — ou paraphrase — une formulation d’accusation : Jacques Baud serait présenté comme un relais de propagande pro-russe, distribuant des théories complotistes, notamment en suggérant que l’Ukraine aurait « invité sa propre invasion » afin d’entraîner l’OTAN, et participant à des activités d’information, de manipulation et d’influence susceptibles de menacer la stabilité ou la sécurité de l’Ukraine.

Confronté à ces accusations, Jacques Baud réagit frontalement : il qualifie ces affirmations de fausses, fondées sur des suppositions, et sans lien avec ce qu’il a réellement dit ou fait. Il insiste à nouveau sur l’absence de relations avec des médias russes ou des agences gouvernementales russes, et répète qu’il ne travaille pour personne.

Il emploie un mot fort : pour lui, on est dans une formulation relevant de la diffamation — non seulement parce que l’intention lui est attribuée à tort, mais aussi parce que les faits ne correspondraient pas à la réalité de son parcours et de ses pratiques.

 

« Quel serait mon avantage ? »: rejet d’un mobile politique ou financier

Jacques Baud poursuit sur le terrain du mobile. Si l’on prétend qu’il aurait contribué à « implémenter une politique » au profit de la Russie, demande-t-il, comment cela serait-il possible sans relation avec ce pays ? Quel en serait l’intérêt ? Il affirme ne pas avoir reçu d’argent, ne pas avoir d’avantage personnel, et souligne même que, contrairement à d’autres, il n’a pas de famille en Russie, ni double citoyenneté, ni intérêt direct.

Il répète que son objectif est de dire le conflit de la façon la plus claire et objective possible, sans se faire l’agent de qui que ce soit.

 

L’exemple Arestovitch : « je n’ai pas dit, j’ai cité »

Face à l’accusation spécifique selon laquelle il aurait soutenu l’idée que l’Ukraine aurait provoqué ou recherché son propre envahissement pour entraîner l’OTAN, Jacques Baud répond par une distinction qu’il juge fondamentale : il n’a pas affirmé une théorie personnelle, il a cité une source ukrainienne.

Il dit avoir cité Oleksiy Arestovitch, présenté comme un conseiller majeur de Volodymyr Zelensky jusqu’en 2023 et comme un proche personnel, ayant joué un rôle dans la campagne présidentielle de 2019. Jacques Baud situe précisément la référence : un entretien daté du 18 mars 2019, publié par un média ukrainien nommé « Apostrov » (il propose même d’en fournir le lien). Il insiste : ses livres contiennent les références, et beaucoup proviennent de sources ukrainiennes.

Dans son récit, l’élément est donc de méthode : il refuse qu’on transforme une citation documentée en théorie de complot qu’il aurait inventée.

 

Les tentatives de paix de mars 2022 : éléments « peu connus » en Europe

Jacques Baud enchaîne en affirmant qu’il a, au contraire, mis en avant des éléments montrant une recherche de paix très précoce. Il cite notamment un fait qu’il dit avoir appris par la presse suisse : dès le 25 février 2022, soit un jour après le début de l’opération militaire russe en Ukraine, Zelensky aurait demandé au président de la Confédération Ignazio Cassis d’organiser une conférence de paix. Il affirme que cet appel n’aurait été mentionné que par la presse suisse, et « aucune fois en Europe », ce qui illustrerait, selon lui, la circulation inégale des informations. Il en tire une conclusion: Zelensky aurait été prêt à engager des démarches rapidement, mais cette dynamique aurait été « interdite » ou bloquée par l’Europe — formulation qui annonce un thème plus vaste : l’existence, au sein des capitales occidentales, d’intérêts favorables à la prolongation du conflit plutôt qu’à son arrêt.

Il évoque ensuite les discussions de mars 2022, qu’il présente comme d’initiative ukrainienne. Il ajoute qu’ultérieurement, le New York Times aurait publié des documents permettant de voir que des propositions ukrainiennes ne mentionnaient pas, par exemple, l’entrée dans l’OTAN. Puis il rapporte — en s’appuyant, dit-il, sur la presse suisse — une idée devenue centrale dans certains récits : après la visite de Boris Johnson, des perspectives d’accord auraient été enterrées.

Selon lui, cette séquence nourrit l’hypothèse que certains pays occidentaux, en particulier en Europe, auraient eu intérêt à laisser la guerre s’escalader, car l’Ukraine aurait alors reçu davantage de soutien OTAN. Il précise que ce ne sont pas, selon lui, des « voix pro-russes »: il cite l’exemple d’un entretien qu’il dit avoir mené avec Klaus von Dohnanyi, qu’il présente implicitement comme une voix européenne non alignée sur Moscou.

 

Réaffirmation finale de la posture : neutralité suisse et question de la « bonne position »

Jacques Baud ne se dit ni pro-russe ni pro-ukrainien. Il se revendique Suisse neutre, et ramène la discussion à la question qu’il estime centrale — et qui semble désormais au cœur de l’affaire de sanction évoquée: quelle est, dans un conflit de cette nature, la position juste pour un analyste et pour un pays comme la Suisse, si l’on veut comprendre avant de juger, et résoudre avant de désigner un coupable ?

 

Neutralité devenue suspecte: « si l’on n’a pas d’opinion, on devient un traître »

Dans cette séquence, l’animateur reformule brutalement ce qui apparaît désormais comme le fil rouge de l’affaire : l’idée qu’il ne serait plus permis, dans l’Europe contemporaine, d’adopter une position neutre sur la guerre en Ukraine. Selon lui, l’espace public exigerait une opinion déterminée, et l’absence d’alignement conduirait mécaniquement à une accusation de trahison — « on est automatiquement de l’autre côté ». Il y voit une dérive antidémocratique et anti-intellectuelle : sans distance, dit-il en substance, le conflit devient incompréhensible, donc insoluble.

L’animateur ajoute une précision importante sur la nature des attaques subies : Jacques Baud n’est pas accusé d’actes matériels (espionnage, opérations clandestines, participation à des actions armées, etc.), mais d’avoir tenu des propos, d’avoir interprété des faits, et d’avoir produit une analyse. Autrement dit, l’élément incriminant serait d’abord l’opinion — ou, plus exactement, l’approche analytique jugée inadmissible.

 

« Un procès couvert »: la sanction comme atteinte à un droit fondamental

Jacques Baud enchaîne sur un point qu’il martèle : le dossier qui le vise relèverait moins d’une procédure contradictoire que d’un « procès couvert » contre sa liberté d’expression. Il affirme n’avoir commis aucun crime, n’avoir violé aucune règle pénale, et souligne un principe qui, selon lui, devrait s’imposer en droit européen: même exprimer une opinion offensante, ou soutenir une thèse contestable, ne constituerait pas un crime justifiant une punition politique.

Son interlocuteur pousse la logique jusqu’au bout : même si les accusations étaient exactes — ce que l’invité conteste — il n’y aurait, selon lui, aucune base légitime pour punir quelqu’un sur ce fondement. Le débat bascule alors du terrain géopolitique vers celui des libertés publiques: comment une sanction peut-elle frapper un individu en dehors d’une condamnation judiciaire ?

 

Comment la sanction a été découverte : la presse avant toute notification officielle

Interrogé sur la manière dont il a appris son inscription sur une liste de sanctions, Jacques Baud décrit une scène qui, dans son récit, tient de l’absurde administratif: il découvre l’information dans un article de Radio Free Europe. Il y voit son nom associé à celui d’un autre individu, décrit comme ancien officier français, « français-russien », également présent sur la liste.

Point crucial : au 18 décembre (date de l’émission), il affirme n’avoir reçu aucune notification officielle, ni de l’Union européenne, ni de la Suisse. Aucune lettre, aucun document formel, aucune transmission institutionnelle.

Il mentionne toutefois un épisode: le lundi matin suivant la publication, il reçoit un message de la représentation suisse à Bruxelles l’informant qu’il « allait probablement » figurer sur une liste de sanctions. Il demande alors sur quels éléments repose cette décision, si une procédure est en cours, si l’affaire est sérieuse. On lui répond qu’on le rappellera. Selon lui, aucun rappel n’a suivi, aucune clarification n’est venue.

 

Silence suisse assourdissant: absence d’information, de soutien, de contact

La séquence devient plus personnelle. Jacques Baud précise connaître les deux personnes de la représentation suisse à Bruxelles et avoir travaillé avec elles dans le ministère. À ses yeux, une simple discussion informelle — « offrir un café » — aurait été possible. Or il n’aurait reçu ni avertissement, ni soutien, ni même un échange minimal.

Il résume en une formule: pas de communication, pas d’information, pas de soutien — rien. Son interlocuteur réagit en qualifiant la situation d’« incroyable », rappelant la durée d’engagement de l’intéressé au service de l’État, sur de multiples terrains (Afghanistan, Tchad, Somalie, Soudan du Sud, Darfour). Jacques Baud répond qu’il n’attendait pas de gratitude: il a fait ce qu’il considérait comme son obligation. Mais il pointe un contraste qu’il juge accablant.

 

Le contraste médiatico-politique: on commente tout, sauf un Suisse sanctionné

Jacques Baud décrit un paysage politique où les parlementaires suisses commentent presque tous les événements internationaux : crises au Soudan, aux États-Unis, en Ukraine, en Russie, en Turquie, tensions kurdes, etc. Tweets, déclarations, prises de position : le débat public helvétique se déploie facilement sur les drames du monde.

Mais lorsqu’un citoyen suisse, officier de milice de longue durée et serviteur de l’État, est sanctionné pour avoir exercé — selon lui — un droit fondamental à la liberté d’expression, il n’entend rien. Il ajoute un élément majeur: dans les médias suisses, il n’y aurait “pas une seule ligne” sur son cas. Il s’excuse presque de le dire, mais conclut sèchement: « c’est un désastre ».

Roger Köppel, lui aussi, insiste sur le point de principe: même si les accusations étaient avérées — hypothèse qu’il rejette — le simple fait d’inscrire quelqu’un sur une telle liste resterait, selon lui, un scandale démocratique.

 

Les sanctions au quotidien: immobilité, isolement, asphyxie financière

Vient ensuite la partie la plus concrète, celle des effets immédiats. L’animateur rappelle que la liste comporte des profils vivant en Russie, pour qui les conséquences sont limitées. Il cite le cas de Fyodor Lukyanov, présenté comme un commentateur ayant critiqué Poutine et jugé l’entrée en Ukraine comme une erreur — et pourtant inscrit lui aussi. Mais Jacques Baud, lui, vit dans l’Union européenne, à Bruxelles: l’impact change de nature.

 

Jacques Baud précise qu’il a consulté un juge: en principe, une personne sanctionnée ne devrait pas pouvoir entrer dans l’UE. Pourtant, il y réside déjà. La jurisprudence applicable, dit-il, produit un effet paradoxal : il ne peut plus franchir de frontière à l’intérieur de l’UE. Même rentrer en Suisse deviendrait impossible.

 

Il détaille les implications pratiques:

impossibilité de traverser une frontière intra-européenne;

impossibilité de prendre l’avion;

impossibilité, en pratique, de voyager même pour revenir dans son pays;

obligation de rester en Belgique sous peine d’arrestation lors d’un déplacement.

 

Enfin, Jacques Baud Puis il aborde la dimension matérielle: ses comptes seraient fermés, ses ressources gelées. Il emploie une image volontairement triviale pour exprimer l’asphyxie: il ne peut pas acheter un morceau de pain faute d’accès à ses moyens de paiement.

 

Une décision politique aux conséquences pénales

Jacques Baud insiste sur un point qu’il juge fondamental: la sanction n’est pas, selon lui, une décision judiciaire; c’est une décision politique. Mais s’opposer à cette sanction — la contourner, la violer, ou simplement agir comme si elle n’existait pas — peut basculer sur le terrain pénal… puis en prison… ce qui serait la seule solution pour continuer à se nourir (amusé)

 

Stratégie de survie: avocats et « exceptions humanitaires »

Face à cette impasse, Jacques Baud indique discuter avec des avocats. Une piste existe: demander des exceptions humanitaires, c’est-à-dire des aménagements permettant de survivre (se nourrir, se loger, assurer les besoins élémentaires). Mais il souligne que ces démarches prennent du temps — temps pendant lequel la situation reste bloquée.

 

Il conclut cette partie sur une comparaison glaçante: il affirme n’avoir commis aucun crime, mais se retrouver dans une condition qu’il juge « pire que la prison », puisqu’en prison, au moins, on est nourri. Ici, dit-il, on ne lui interdit pas explicitement de se nourrir mais on lui interdit en pratique d’acheter — jusqu’à évoquer l’impossibilité d’acheter une simple bouteille d’eau…

 

Des sanctions pensées pour des criminels: sentiment d’une mesure « hors cadre »

Jacques Baud insiste sur un point de philosophie politique: le régime de sanctions appliqué à son cas aurait été conçu, à l’origine, pour des terroristes, des criminels, ou des individus dangereux dont l’objectif est précisément de couper les ressources et d’empêcher l’accès à l’espace européen. Il décrit un système adapté à des personnes vivant hors de l’UE, que l’on peut empêcher d’y entrer et dont on peut geler les moyens d’action. Dans son cas, dit-il, la logique devient paradoxale : il réside déjà dans l’Union européenne, ce qui transforme l’outil en mécanisme d’enfermement et d’asphyxie, sans procédure pénale préalable.

 

Hypothèses et prudence : « la réponse honnête, c’est que je ne sais pas »

Interrogé sur l’origine de la proposition de sanctions — qui les a ciblées, qui les a portées, qui « est derrière » — Jacques Baud répond avec une prudence répétée : il ne sait pas…

Il concède néanmoins une hypothèse: au regard de certaines déclarations attribuées à un ministre français (évoquant un affrontement contre la « propagande russe »), il pourrait imaginer une impulsion venue de France.

 

Appel à la Suisse: que peuvent faire autorités, parlementaires et médias ?

Avant de conclure l’entretien, l’interlocuteur pose une dernière question, très politique : Jacques Baud, habitué à être « entre les parties » comme médiateur, se retrouve désormais au cœur d’un affrontement — celui d’une Union européenne qui, selon l’animateur, n’accepterait pas qu’un Suisse neutre examine les deux faces du conflit. Que peut faire la Suisse ? Que peuvent faire les parlementaires ? Les médias ? Comment aider concrètement ?

La réponse de Jacques Baud se structure autour d’un diagnostic: la sanction n’est pas une décision juridique. Elle ne résulte pas d’un jugement, ni d’une condamnation pour violation d’un droit. Il la décrit comme une décision purement politique, volontaire. Par conséquent, dit-il, la solution doit venir du champ politique: ce n’est pas d’abord une affaire de tribunaux, mais de volonté et de décision publiques. Mais il se trouve que du côté de Berne le silence est assourdissant !

 

Confiance dans les autorités suisses malgré tout

Malgré la dureté de la situation, Jacques Baud affirme conserver une confiance dans les autorités suisses et dans les citoyens. Il dit percevoir une prise de conscience: mobilisation, pétitions, initiatives de diffusion (il cite notamment des sous-titres), signes d’un effort collectif pour faire comprendre le dossier. Il désigne implicitement l’État suisse comme acteur central au niveau politique — « notre gouvernement » — tout en laissant entendre qu’il attend une réaction ou une action qui, jusque-là, lui a manqué.

 

Transcription de la vidéo réalisée à l’aide de Turboscribe AI - Rewriting: Louis GIROUD

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Inquiétant ! En muselant la pensée critique, «Bruxelles» a glissé dans la chambre froide de la démocratie

16 Décembre 2025, 07:40am

Publié par Louis GIROUD

Il existe, dans les régimes politiques avancés, des peurs plus structurantes que la peur de l’ennemi extérieur. La plus profonde n’est ni militaire ni sécuritaire: c’est la peur de la parole qui ne demande pas l’autorisation, de l’analyse qui ne sollicite ni label moral ni visa idéologique, de l’observation qui décrit sans communier. La décision prise à Bruxelles de sanctionner un analyste pour ses écrits s’inscrit intégralement dans cette logique. Elle procède d’un mécanisme bureaucratique mûr, redoutablement assumé.

Inquiétant ! En muselant la pensée critique, «Bruxelles» a glissé dans la chambre froide de la démocratie

Un pouvoir sans visage: la perfection fonctionariale

L’appareil bruxellois a atteint une forme d’excellence paradoxale: exercer un pouvoir considérable sans jamais apparaître comme pouvoir. Il ne décide pas, il valide. Il ne condamne pas, il inscrit. Il ne gouverne pas, il harmonise. Tout y est conçu pour dissoudre la responsabilité dans la procédure, pour diluer l’autorité dans la chaîne décisionnelle, pour rendre toute contestation difficile faute d’un visage à interpeller.

Les représentants permanents des États membres incarnent cette mutation. Diplomates de carrière installés dans la durée, ils ne sont ni des élus ni des figures politiques au sens classique. Ils ne répondent pas devant un corps civique, mais devant une continuité administrative. Leur légitimité ne procède pas du suffrage, mais de la compétence reconnue par le système lui-même. Ils incarnent la victoire complète de la fonction sur la décision.

C’est là le cœur du déplacement opéré par la construction européenne : un pouvoir qui ne s’énonce jamais comme tel devient pratiquement incontestable. Il ne dit jamais « nous voulons », mais toujours « il convient ». La politique ne disparaît pas ; elle se dépolitise.

 

COREPER (*): l’antichambre permanente où tout se décide

Dans cette architecture institutionnelle, le centre de gravité réel ne se situe ni au Parlement européen ni dans les formations ministérielles du Conseil, mises en scène pour la communication publique. Le cœur du système se trouve en amont, dans une antichambre permanente où les décisions sont élaborées, stabilisées et verrouillées avant toute exposition publique.

Là, sans caméras, sans débats contradictoires, sans votes visibles, les textes sont préparés, les sanctions ficelées, les listes arrêtées. Lorsque la décision apparaît officiellement, elle est déjà close politiquement. Elle n’est plus qu’un acte de certification. Le débat est remplacé par la ratification. Le politique devient notaire de ce que l’administration a déjà décidé.

Ce système n’est pas dysfonctionnel. Il est au contraire d’une efficacité redoutable. Il permet d’agir vite, sans heurts, sans conflit apparent. Il permet surtout d’éviter ce qui terrifie le plus l’appareil : le dissensus explicite.

 

La liste comme forme contemporaine du droit

Le droit européen contemporain manifeste une préférence croissante pour les dispositifs non contradictoires. La confrontation judiciaire est jugée lente, risquée, imprévisible. Elle suppose des preuves, des échanges, des juges identifiables. La liste, à l’inverse, est parfaite. Elle ne démontre rien, elle classe. Elle ne tranche pas, elle qualifie.

Être placé sur une liste ne signifie pas avoir commis un crime. Cela signifie avoir été jugé incompatible : incompatible avec une orientation stratégique, avec une stabilité narrative, avec un écosystème moral. La liste constitue ainsi une peine sans procès, une condamnation sans jugement, une exclusion sans accusation formelle. Elle appartient pleinement à l’État gestionnaire, transformant la politique en opération de tri.

 

Quand l’écrit devient un acte hostile

La rupture décisive se situe ici. Ce qui est sanctionné n’est pas une action matérielle. Ce n’est ni un financement clandestin, ni une opération d’influence prouvée, ni une activité politique formelle. Ce sont des livres, des conférences, des interventions publiques. Autrement dit, une activité intellectuelle exercée à visage découvert.

Pour rendre cette sanction acceptable, le langage bureaucratique opère une transmutation. Il ne parle pas de pensée, mais d’« activité déstabilisatrice ». Il ne parle pas d’opinion, mais d’« influence hostile ». Il ne parle pas de critique, mais de « propagande ». Ce glissement sémantique est central. Il permet de frapper sans avouer que l’on redéfinit le périmètre du dissible.

 

Sanction d’un analyste pour ses analyses

Si la sanction visant Jacques Baud repose effectivement sur ses livres, ses conférences et ses interventions médiatiques, alors le cœur dur de la liberté d’expression est directement atteint. Ancien colonel de l’armée suisse, ancien membre des services de renseignement, ancien collaborateur de l’OTAN et aujourd’hui retraité, essayiste et conférencier, il a fait l’objet d’une décision de sanctions adoptée à Bruxelles par les représentants permanents des États membres de l’Union européenne.

 

Sans débats, sans juges, mieux qu'un dictat !

Cette décision a été prise sans débat public, sans procédure judiciaire, sans confrontation contradictoire. Elle vise non pas des actes matériels, mais ce qu’il a produit dans l’espace public: des analyses jugées favorables à la Russie et susceptibles d’alimenter une propagande hostile.

 

Les motifs avancés demeurent volontairement généraux, c'est-à-dire flous. Il lui est reproché d’avoir relayé des thèses qualifiées de complotistes, de minimiser la responsabilité russe dans le conflit ukrainien, de remettre en cause la version occidentale dominante des origines et du déroulement de la guerre, et plus largement d’influencer négativement le discours public européen. Aucun lien opérationnel avec un appareil d’État étranger n’est établi. Aucun financement illicite n’est évoqué. Le dossier repose exclusivement sur ses productions intellectuelles.

 

Des travaux appuyés exclusivement sur des sources occidentales

L’hypothèse implicite est limpide: produire une lecture divergente du conflit constituerait en soi une activité déstabilisatrice. À cette qualification, Jacques Baud oppose une contestation méthodique. Il affirme n’avoir jamais reçu le moindre financement russe, ni entretenu de relation de dépendance avec des structures d’influence étrangères. Il rappelle que ses travaux s’appuient presque exclusivement sur des sources occidentales, ukrainiennes ou onusiennes, choix assumé précisément pour éviter toute accusation de relais propagandiste.

 

Il insiste sur le caractère non idéologique de sa démarche, centrée sur l’analyse des décisions politiques et militaires, des rapports de force et des erreurs stratégiques, indépendamment de toute sympathie pour un camp. Il réfute surtout l’accusation centrale: décrire des faits, anticiper une issue défavorable, critiquer le traitement médiatique d’un conflit et alerter sur des impasses stratégiques ne relève ni de la propagande ni de la subversion, mais du travail normal d’un analyste. La décision européenne ne répond pas à ces arguments. Elle ne les discute pas, elle les disqualifie administrativement. Jacques Baud n’est pas sanctionné pour ce qu’il aurait fait, mais pour ce qu’il aurait fait penser.

 

Morale automatisée et idéologie sans idéologues

L’Europe bureaucratique contemporaine ne pense plus. Elle applique une morale pré-encodée. Cette morale n’est plus débattue ; elle est intégrée aux procédures sous forme de catégories, de mots-clés et de grilles d’évaluation. Le système fonctionne sans militants, sans ferveur, sans passion. C’est précisément ce qui le rend implacable. On sanctionne calmement, on neutralise administrativement. C’est la morale du tableur.

 

La censure qui n’a pas besoin d’être proclamée

Le système n’interdit rien explicitement. Il n’a pas besoin de le faire; il montre. Le message circule immédiatement dans tous les milieux intellectuels. Il ne dit pas «vous n’avez pas le droit». Il dit «voici ce qui arrive quand vous sortez du cadre». L’autocensure devient rationnelle et le silence prudent. C’est la censure la plus efficace jamais inventée; celle qui n’a pas besoin d’être proclamée.

 

Cette affaire ne concerne pas un homme, mais un seuil. Le seuil où l’Union européenne assume de sanctionner la pensée comme telle. Le seuil où la neutralité proclamée se transforme en orthodoxie administrative. Ce régime ne brûle pas les livres. Il les rend dangereux pour ceux qui les écrivent. Il ne muselle pas les voix. Il les rend coûteuses. Les espaces libres ne meurent pas toujours dans la fureur. Ils s’éteignent souvent dans la paperasse.

 

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(*) Le COREPER (Comité des représentants permanents) est l'organe central qui prépare les travaux du Conseil de l'Union européenne à Bruxelles. Il est composé des ambassadeurs des 27 États membres auprès de l'UE. 

 

Rôles principaux: 

Préparation législative : Il examine les propositions de la Commission européenne avant qu'elles ne soient soumises aux ministres nationaux.

Recherche de consensus : Son rôle est de résoudre les différends techniques entre les pays pour que les ministres n'aient plus qu'à valider les accords ou trancher les points politiques majeurs.

Coordination : Il assure la liaison entre les administrations nationales et les institutions européennes.

 

Fonctionnement en 2025 

Présidence: En 2025, le COREPER est présidé par l'État membre assurant la présidence tournante du Conseil (la Pologne jusqu'au 30 juin, puis le Danemark à partir du 1er juillet 2025).

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LA PEUR PANIQUE DES MAÎTRES FACE À LA DÉSOBÉISSANCE

14 Décembre 2025, 08:35am

Publié par Louis GIROUD

«Bruxelles» l’a compris et l’a bien enseigné à ses Sujets... avec les artistes comme sousris de laboratoire

 

Il y a des moments où les gens de pouvoirs ont un sursaut d’effroi... En découvrant par exemple que près de la moitié de la population a déserté les médias traditionnels; ce n’est pas une crise démocratique: c’est perçu comme une crise de confiance contre «En haut». Le drame n’est pas que le peuple s’informe autrement. Le drame est qu’il n’écoute plus les injonctions...

LA PEUR PANIQUE DES MAÎTRES FACE À LA DÉSOBÉISSANCE

On l’observe tous les jours, les médias dominants sont des courroies de transmission qui n’ont que peu de choses à voir avec l’information. Ils fonctionnent comme des haut-parleurs disciplinés, chargés de répéter ce que le pouvoir politique et économique a décidé d’appeler la réalité. Pendant longtemps, cela a suffi. On a enveloppé la contrainte dans du commentaire, la ligne officielle dans de la pédagogie, la soumission dans de la morale. Le peuple a suivi, parfois à contrecœur, souvent par fatigue.

Mais voilà: l’enfumage s’use. Et le traitement au corps des esprits finit par provoquer des réflexes de survie intellectuelle. Quand les citoyens commencent à lire ailleurs, écouter autrement, comparer, douter, le système ne parle plus de pluralisme. Il parle de danger.

 

La désinformation: ce mot magique qui dispense de penser

Le mot est devenu une clé universelle. Désinformation. On ne discute plus, on disqualifie. On ne réfute plus, on efface. Tout ce qui échappe au récit officiel est immédiatement pathologisé. Ce n’est pas faux, c’est toxique. Ce n’est pas discutable, c’est dangereux. Ce n’est pas un désaccord, c’est une menace pour la démocratie... Quelle imposture de l’évoquer celle-là !

La ficelle est grosse, mais elle fonctionne encore assez pour justifier l’arsenal. Bruxelles l’a compris avant tout le monde. L’Union européenne a cessé de faire semblant. Elle sanctionne désormais des opinions comme on sanctionne des infractions. Elle punit la parole, elle gèle la pensée, elle met à l’index.

Le cas de Jacques Baud est révélateur. Ancien officier du renseignement suisse, analyste critique du conflit russo-ukrainien, il ne commet ni crime ni appel à la violence. Il pense autrement. C’est suffisant. Le verdict va tomber: silence. Le débat n’est plus un droit, c’est une concession révocable.

 

Quand la censure s’habille en vertu

La pente était tracée depuis longtemps. Les artistes ont servi de laboratoire. La soprano Anna Netrebko, coupable d’être russe sans être suffisamment pénitente, a été effacée des scènes occidentales. Non pour ce qu’elle a dit, mais pour ce qu’elle est supposée incarner. La morale a remplacé le droit. L’allégeance a remplacé la liberté.

Ce qui se joue ici dépasse largement la géopolitique. Il s’agit d’un nouveau régime symbolique. Un régime où l’État, ou ses sous-traitants moraux, s’arrogent le monopole du vrai, du dicible et du fréquentable. Un régime où l’erreur officielle est excusable, mais où la vérité dissidente devient criminelle.

La Suisse, longtemps refuge d’une prudence institutionnelle, observe et imite. À pas feutrés, avec cette politesse bureaucratique qui donne à l’autoritarisme un air de règlement intérieur. La Berne fédérale ne censure pas, elle «régule». Elle ne fait pas taire, elle «protège l’opinion publique». Elle ne supprime pas des idées, elle «lutte contre les effets négatifs sur la formation de l’opinion». La langue est propre, aseptisée, chirurgicale. Le résultat est le même.

 

La crainte de ne pas passer par le sas moral des médias agréés

Ce que redoute le pouvoir n’est pas le mensonge. Il s’en accommode très bien quand il est utile. Ce qu’il redoute, c’est la comparaison. La possibilité qu’un citoyen lise, écoute, confronte et se fasse une idée sans passer par le sas moral des médias agréés.

Un peuple qui doute est ingérable. Un peuple qui discute est dangereux. Un peuple qui rit du sérieux officiel est déjà en sécession intérieure. Alors on sort l’artillerie lourde: lois, plateformes bloquées, sanctions administratives, procédures extrajudiciaires. La démocratie devient un espace surveillé, la liberté une tolérance conditionnelle.

On prétend défendre la société contre la manipulation, alors qu’on la protège surtout contre la pensée libre. On invoque la sécurité pour justifier la mise sous tutelle. On parle d’éthique pour masquer la peur. Peur de ne plus être cru. Peur de ne plus être obéi.

 

Épilogue provisoire: le ridicule des censeurs

Il y a pourtant une ironie magnifique dans cette panique. Plus le pouvoir serre la vis, plus il avoue sa faiblesse. Plus il censure, plus il révèle que son récit ne tient que sous perfusion. On ne bâillonne que ce qui menace. On ne bloque que ce qu’on ne parvient plus à convaincre.

 

À force de vouloir faire taire, Bruxelles et ses relais helvétiques transforment chaque voix dissidente en symptôme, chaque sanction en aveu, chaque loi en caricature d’elle-même. La censure moderne ne se présente plus avec des bottes, mais avec des rapports, des commissions et des slogans bienveillants.

 

La tentative désespérée de reprendre le contrôle des esprits

L’inquiétude est double: celle que le peuple se détourne des médias traditionnels: et celle que cela affecte ceux qui entendent commander.  C’est juste la conséquence que les médias se sont détournés du peuple depuis longtemps. Ce que l’on observe, n’est qu’une tentative désespérée de reprendre le contrôle sur des esprits qui ont compris une chose essentielle: penser par soi-même n’est pas un crime.

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Bilatérales III : «L’élégance de ne rien vous prendre, mais de vous retirer l’essentiel»

13 Décembre 2025, 00:05am

Publié par Louis GIROUD

Il faut reconnaître à l’Union européenne un art consommé de la dépossession douce. Rien n’est jamais brutal, rien n’est jamais frontal; tout se fait dans un vocabulaire si feutré qu’il finit par endormir les plus vigilants. Les Bilatérales III s’inscrivent dans cette tradition raffinée où l’on ne prend rien officiellement, mais où l’on vous retire progressivement l’essentiel, jusqu’à ce que vous découvriez, trop tard, que vous avez signé votre propre effacement.

Bilatérales III : «L’élégance de ne rien vous prendre, mais de vous retirer l’essentiel»

On nous répète que ces accords sont purement techniques, qu’ils ne touchent ni à la souveraineté, ni à la monnaie, ni aux fondements institutionnels suisses. C’est la grande blague du moment. Comme si le droit était neutre, comme si l’économie n’était qu’un échange de marchandises, comme si la monnaie n’était pas le cœur battant de toute organisation politique. Prétendre que l’alignement juridique n’a pas de conséquences politiques revient à expliquer que retirer les freins d’une voiture n’affecte pas sa trajectoire.

 

L'univers où les bénéfices des placements sont payés par les contribuables

Derrière cet alignement, se profile une logique profondément inquiétante, celle qui structure l’Union européenne depuis Maastricht. Une logique qui repose sur un principe pervers: priver les États de leur capacité à se financer eux-mêmes, les contraindre à emprunter sur les marchés financiers, et organiser autour de cette dépendance une architecture où la dette publique devient un produit financier permanent, nourrissant une rente privée garantie par l’impôt.

 

L’endettement comme source de rendement

Ce système, il faut le dire sans détour, est ubuesque dans sa construction. Il repose sur l’idée que l’endettement public ne doit plus être un outil d’investissement collectif à coût maîtrisé, mais une source régulière de rendement pour ceux qui disposent de capitaux à placer. Les États empruntent, les marchés prêtent, les intérêts s’accumulent, et la facture est réglée par ceux qui ne peuvent ni déplacer leur résidence fiscale, ni optimiser juridiquement leur contribution, ni se réfugier sur une île où l’herbe est plus verte. Autrement dit, par la classe moyenne enracinée, celle qui travaille, consomme, paie et se tait.

 

La Suisse, une anomalie indécente

La Suisse, dans ce paysage, fait figure d’anomalie indécente. Un pays qui dispose encore de sa monnaie, de sa banque centrale, de marges de manœuvre budgétaires, d’un rapport relativement sain entre dette et richesse produite, et qui démontre, par sa simple existence, que le modèle européen n’est pas une fatalité historique mais un choix politique. C’est précisément pour cela qu’elle dérange : non parce qu’elle serait hostile à l’Europe, mais parce qu’elle prouve qu’une autre organisation est possible, sans austérité permanente, sans dépendance structurelle aux marchés, sans culpabilisation morale du contribuable.

 

Le perdant est toujours le même: le peuple

Qui gagne avec les Bilatérales III ? Certainement pas le salarié suisse, ni l’indépendant, ni l’artisan, ni le contribuable captif. Les gagnants sont connus: les grandes institutions financières, les fonds d’investissement, les détenteurs de capitaux mobiles et les structures qui vivent très bien de la dette publique. Enfin, les acteurs qui adorent les monnaies stables tant que d’autres paient la facture.

 

Disqualifier la Vérité

On vous dira que ces Bilatérales c’est pour votre Bien. Que c’est pour la stabilité, pour la crédibilité internationale, pour éviter les dérives. C’est disqualifier la vérité, car c’est exactement ce qui a été dit à d’autres peuples, avec les résultats que l’on connaît : dettes toujours plus élevées, pression fiscale accrue, services publics sous tension, classes moyennes fragilisées, pendant que les détenteurs de capital, eux, continuent de bénéficier d’un système conçu pour les protéger. Le système fonctionne, certes, mais il fonctionne contre ceux qui n’ont pas la possibilité de s’en extraire.

 

Pourquoi payer pour des erreurs que l’on n’a pas commises ?

Refuser les Bilatérales III n’est donc ni un caprice souverainiste ni un réflexe passéiste. C’est un acte de lucidité politique. C’est reconnaître que la souveraineté monétaire, fiscale et institutionnelle n’est pas un luxe archaïque, mais une condition minimale pour éviter que l’État ne se transforme en simple collecteur d’impôts au service de rendements privés.

Dans un continent où la dépossession avance à pas feutrés, où les décisions essentielles se prennent toujours ailleurs, la Suisse a encore ce privilège rare : le choix. Il serait tragique de s’en défaire volontairement, au nom d’une modernité qui n’a plus grand-chose à offrir, sinon la promesse polie de payer longtemps pour des erreurs que l’on n’a pas commises.

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L’UE panique face à une Italie qui ose évoquer son bas de laine

11 Décembre 2025, 22:21pm

Publié par Louis GIROUD

Rien n’angoisse autant l’Union européenne qu’un lingot qui bouge. L’Italie possède 2452 tonnes d’or, troisième réserve mondiale, un trésor que la Banca d’Italia conserve pieusement dans des coffres disséminés entre Rome, Londres, Berne et Fort Knox. Mais il suffit qu’un sénateur italien suggère que l’or italien appartienne à l’Italie pour que la BCE sonne l’alarme comme si les hordes gothiques reprenaient d’assaut Rome.

L’UE panique face à une Italie qui ose évoquer son bas de laine

Quand le coffret à bijoux est interdit d'accès à sa propriétaire

 

On croyait naïvement qu’un pays pouvait encore disposer de son patrimoine sans devoir signer une décharge à Francfort ; erreur touchante. Les 2 452 tonnes d’or italien deviennent soudain un objet dangereux, un composant sensible que seule la BCE serait habilitée à manipuler, comme si un gouvernement national risquait de faire exploser le système monétaire simplement en affirmant que ce qui est à lui pourrait servir à quelque chose.

 

Une mise sous séquestre perpétuelle

La BCE n’a pas simplement rappelé que la Banque d’Italie devait rester indépendante: elle a réaffirmé que l’État italien n’avait pas son mot à dire sur la gestion de ce qui lui appartient, parce que «l’indépendance» signifie désormais la mise sous séquestre perpétuelle des décisions stratégiques, un isolement prophylactique du politique pour éviter qu’il ne commette la folie de gouverner. En plu clair, la BCE a  dit que l’État italien peut regarder les coffres, mais pas les ouvrir, encore moins en décider l’usage.

 

Inadmissible qu'un Etat-membre ose se souvenir qu'il existe

Ce qui terrifie vraiment la BCE, c’est qu’un État-membre ose se souvenir qu’il existe. l’Union européenne ne dit pas que l’Italie a tort. Elle dit qu’elle n’a pas le droit de poser la question. Le simple fait d’évoquer une réapropriation des réserves d’or déclenche des rappels de traités, de règles, de protocoles, de paragraphes qui fonctionnent comme des barrières automatiques.

C’est magnifique: l’État italien découvrant qu’il n’a plus droit de toucher ce qu’il possède, parce que ce qu’il possède appartient à une structure qui n’en est pas propriétaire mais qui en détient l’exclusivité de gestion. L’Europe n’est plus un projet: c’est une parodie administrative écrite par Kafka sous antidépresseurs.

 

Quand la BCE s’inquiète, l’humour se fait lourd

La BCE dit ne « pas comprendre clairement l’objectif » de l’amendement italien. On compatit. Il est vrai qu’après vingt ans de gouvernance algorithmique, toute phrase contenant les mots État, peuple et propriété dans la même ligne ressemble forcément à un acte hostile.

L’inquiétude est d’autant plus délectable que les économistes alignés, eux, feignent de croire que ce débat relève du folklore souverainiste. Une diversion, disent-ils. Un «drapeau idéologique», disent-ils encore. Il est toujours fascinant d’observer ces experts expliquer à un pays où réside son patrimoine, et dans quels mots il doit le formuler pour rester dans les clous du «projet européen».

 

Interdiction de mettre les mains dans le tableau de bord

Dès que Rome dit «cet or est à nous», Francfort réplique «cet or n’est à personne, mais surtout pas à vous». Tout est là: une fiction de propriété neutralisée par un régime de gestion qui empêche toute action. L’or devient un objet théorique, un bloc comptable dont l’existence concrète est presque indésirable. Le toucher, c’est déranger le grand appareillage de stabilité qui fonctionne à une condition: que plus aucun État ne se comporte comme un État.

 

L’or, ce truc jaune, immobile, qui maintient l’illusion

Pour la BCE, l’or n’est pas un outil économique, c’est un élément structurel du décor. On le stocke, on l’empile, on l’exhibe dans les bilans, mais on ne l’utilise pas, car l’utiliser reviendrait à admettre que les nations pourraient prendre des décisions dans un contexte où l’Europe veut précisément éviter toute prise d’initiative.

Et puis, ce qui rend la BCE nerveuse, c’est que si l’Italie commence à en parler; la France pourrait bien aussi se réveiller... parce qu'avec sa dette abyssale, ses 2400 tonnes de «jaune», ça serait un peu de beurre sur les épinards...

Pour Francfort, cette immobilisation forcée permet de maintenir l’idée que tout est sous contrôle, que l’euro repose sur une base solide, que les réserves restent ce qu’elles doivent être: un argument psychologique.

 

En vérité l’Europe exige des États dociles et des peuples zombies

Le fond du problème n’a rien à voir avec l’économie. Il tient au fait qu’un État membre se comporte comme un co-propriétaire, alors que Bruxelles veut des locataires pressurables et sous supervision.

Dans cette configuration, un membre qui possède un trésor doit demander l’autorisation de vérifier qu’il le possède encore. Officiellement souverain, pratiquement sous tutelle. L’Europe adore les États: à condition qu’ils restent en veille, qu’ils n’actionnent aucun commutateur, qu’ils se contentent d’approuver les manuels d’instructions écrits ailleurs. L’or italien devient ainsi le symbole parfait d’une Union qui tolère la souveraineté comme concept abstrait, mais qui la redoute dès qu’elle se manifeste sous forme concrète. On accepte le drapeau, on refuse la clé du coffre.

 

Du métal jaune comme test de résistance

Cet épisode n’a rien d’anodin. Il révèle la grande peur de Bruxelles: celle de voir un État récupérer un levier réel. Dès qu’un pays tente de reprendre un outil stratégique — monnaie, frontière, énergie, réserves — l’Europe déclenche un protocole de neutralisation pour rappeler que la décision véritable se prend ailleurs.

Et  cette Europe ne supporte pas que l’Italie, ou n’importe quel pays, puisse encore s’en servir. Un État qui demande où se trouvent ses lingots, c’est un État qui recommence à penser. Et ça, dans la logique actuelle de de l’UE, c’est vraiment intolérable.

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Non à l’empire de la paperasse ! Où l’on découvre que l’Europe moderne ne se gouverne plus, elle s’imprime

9 Décembre 2025, 12:16pm

Publié par Michel ROCHAT

L’empire bruxellois fonctionne comme un Scribe fou qui ne dort jamais, qui tourne à la caféine institutionnelle, qui secrète du règlement comme d’autres sécrètent du fiel, qui remplit la planète d’annexes, de préambules, de considérants, de notes de bas de page, de sous-alinéas, de sous-sous-alinéas, de renvois à des renvois qui renvoient eux-mêmes à des renvois précédents. Elle ne gouverne pas : elle photocopie le réel jusqu’à la suffocation.

Non à l’empire de la paperasse ! Où l’on découvre que l’Europe moderne ne se gouverne plus, elle s’imprime

Chaque minute qui passe, un nouveau règlement jaillit de Bruxelles pour dire à un citoyen européen comment se positionner par rapport à une courgette, un chameau, un chargeur USB ou une émotion vécue pendant ses loisirs. La bureaucratie n’est plus un moyen : c’est une forme de vie.

 

L’UE  c’est 70’000 pages de plus par an, comme si personne ne devait les lire

Depuis le traité de Lisbonne, l’UE a pondu environ 70’000 pages de texte nouveau par an. On ne parle plus d’un Parlement: on parle d’une imprimerie possédée. Une sorte de Gutenberg zombie qui n’a plus de frein moteur.

 

Le rapport Draghi recense 13’000 actes juridiques adoptés en cinq ans

Cela représente des montagnes de papier plus hautes que les Alpes suisses, mais sans la beauté, sans les chamois, sans rien — juste de la cellulose réglementaire, compacte comme une Ursula von der Leyen un lendemain de Conseil. Dans ce monde-là, la modernité consiste à cuire un œuf avec trois directives, deux règlements et un acte délégué qui vous explique comment tenir la casserole. L’homme moderne ne pèle plus une pomme: il l’accomplit selon la procédure CEE 2234/2027/Annexe VII-bis.

 

EconomieSuisse ou la quadrature du cercle: vouloir moins d’État en Suisse, mais importer plus d’État depuis Bruxelles

On pourrait presque admirer l’audace, presque. D’un côté: Economiesuisse réclame de soulager les entreprises du fardeau administratif. De l’autre : elle veut signer des accords institutionnels qui reviennent à brancher la Suisse à la centrale nucléaire du règlement bruxellois. C’est un peu comme militer pour la sobriété énergétique en installant un grille-pain géant dans son salon. Leur ligne peut se résumer ainsi: Moins de bureaucratie nationale, oui — mais plus de bureaucratie étrangère, tout de suite. Moins de règlements suisses excessifs  — mais tout en voulant en importer par palettes entières de Bruxelles.

Mais bien sûr ! Les adversaires des nouveaux accords n’exagèrent même plus: ils divaguent.

 

L’Europe, ce n’est pas Big Brother : c’est Big Brochure

Pourquoi Bruxelles fabrique-t-elle autant de textes ? Parce qu’elle ne sait faire que ça. L’Europe aime la norme comme d’autres aiment les chats. Elle cajole la norme. Elle dort avec la norme. Elle donne un prénom à la norme et lui tricote des projets de directives pour qu’elle ne prenne pas froid.

L’UE a conçu une logique propre: si un problème n’existe pas, on rédige une réglementation pour le faire apparaître. Le réel, lui, n’a plus qu’à suivre.

C’est l’inversion totale: l’univers n’a pas été créé en sept jours; Bruxelles en crée un nouveau chaque matin entre 8 h et 11h30, juste avant le déjeuner de travail où l’on présentera trois nouvelles stratégies-cadres pour optimiser la stratégie-cadre précédente.

 

La Suisse, ce pays déraisonnable qui croit encore qu’un citoyen doit comprendre la loi

Pendant que l’Europe se noie dans son océan de paragraphes, la Suisse continue d’entretenir une idée archaïque: la loi doit rester lisible. Pour un pays où la démocratie directe repose sur le fait que les citoyens lisent et comprennent les objets soumis au vote, l’arrivée du tsunami réglementaire européen reviendrait à diffuser du Wagner dans un hospice: tout le monde souffrirait, mais personne n’oserait le dire.

La moitié du droit économique suisse est déjà influencée par Bruxelles, souvent par transposition autonome — un concept unique au monde qui consiste à adopter la loi d’un autre sans qu’il ne l’ait demandée. Une sorte de syndrome de Stockholm législatif. La Suisse n’est pas encore dans l’UE, mais elle range déjà sa chambre selon les instructions du voisin.

 

L’usine à règles qui se prend pour un destin

On parle souvent de l’expansion des compétences de l’État. Mais l’UE, c’est mieux: c’est l’expansion d’un État sans visage, d’une bureaucratie sans propriétaire, d’une fabrique normative qui tourne seule, comme si les fonctionnaires avaient disparu mais laissé les machines réglées sur « production infinie ». Le cauchemar postmoderne, version Office du marché intérieur.

Au rythme actuel, d’ici 2050, il faudra un permis européen pour respirer correctement à l’intérieur d’un espace de travail partagé. Une respiration non conforme DEVIENDRA un problème de conformité environnementale, immédiatement soumis à révision. Bruxelles ne détruit pas la liberté : elle la reformate. En Times New Roman, 12 points, interligne simple.

 

Et si la Suisse disait NON à l’empire de la paperasse ?

La bureaucratie européenne n’est pas un danger abstrait. C’est un écosystème. Une jungle de classeurs où l’on n’avance qu’en dégageant des lianes de directives.

La Suisse peut continuer à respirer l’air frais des vallées ou inhaler la poussière réglementaire des couloirs de la DG COMP. Elle peut conserver ses procédures de consultation ou les troquer contre les mécanismes de decision shaping (mot magique qui signifie «vous parlerez quand on vous dira de parler»).

La Suisse n’a pas besoin de devenir la sous-préfecture helvétique du Règlement 32/84/UE.
Elle n’a pas besoin de se soumettre à la religion du formulaire.
Elle n’a pas besoin de transformer sa démocratie directe en simple branche locale du département «Compliance» de Bruxelles.

Elle peut dire non, tout simplement. Un mot court, léger, helvétique.
Un mot encore non réglementé par l’Union européenne.

 

Michel ROCHAT

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Suisse à dix millions d'habitants: la peur du manque face au déni du trop-plein

8 Décembre 2025, 23:52pm

Publié par Michel ROCHAT

Les adversaires de l’initiative voient le chaos partout… sauf là où il se trouve. Le pays déborde déjà de toutes parts; l’Office fédéral de la statistique revoit ses courbes tous les cinq ans parce qu’elles explosent en plein vol; l’énergie va manquer; les infrastructures sont saturées; les loyers étouffent la classe moyenne; l’agriculture recule; la nature fond comme le chocolat au soleil — mais non… attention, le chaos, le vrai, ce serait de freiner la machine.

Suisse à dix millions d'habitants: la peur du manque face au déni du trop-plein

Dans la bouche de Cédric Wermuth et consorts, la Suisse serait une sorte de Tamagotchi géant: si l’on ne nourrit pas la croissance démographique chaque matin, elle meurt. La réalité, elle, rappelle plutôt un aquarium dont la pompe a lâché: on continue d’ajouter des poissons parce que «ça fait joli», et quand l’eau devient laiteuse, on accuse le bocal d’être xénophobe.

 

Le chaos selon Wermuth, ce sont les gens qui remarquent qu’ils étouffent

Selon Cédric Wermuth, limiter la croissance démographique provoquerait «le chaos absolu». L’expression fait sourire. Le chaos absolu, chez lui, c’est quand le pays cesse d’ajouter 80'000 personnes nettes par an à son inventaire. Alors qu’en réalité, le chaos absolu, c’est:

– 214 TWh d’énergie consommés dans un pays qui n’en produit même pas la moitié;
– des villes qui bétonnent 2'000 m² de nature par heure;
– 260'000 immigrations nettes en 2023, soit un canton entier arrivé d’un coup;
– des loyers stratosphériques malgré plus de logements vacants qu’en 2002;
– des transports saturés, des écoles débordées et un système social chauffé au rouge.

Mais pour les adversaires de l’initiative, tout cela n’est qu’une «perception» — une atmosphère, une petite fatigue. La Suisse suffoque, mais le problème, nous dit Wermuth, ce sont les gens qui remarquent qu’ils étouffent.

 

«Vous détestez vos voisins, donc vous êtes méchants»

L’argument favori: «Le jour de la votation, 1,5 million de citoyens européens se demanderont s’ils doivent quitter la Suisse.»
Autrement dit: «Si vous votez NON à l’explosion démographique, vos voisins feront leurs valises, les enfants pleureront dans les rues et les chats se jetteront dans les fontaines.»

On atteint ici des sommets de dramaturgie subventionnée.

En face, les partisans de l’initiative rappellent simplement qu’un pays a encore le droit de décider combien d’habitants il peut absorber matériellement, sans se laisser dicter son avenir par un chantage émotionnel digne d’un soap opera. Le peuple suisse doit choisir sa politique démographique, pas sa psychiatre familiale.

 

La peur de la main-d’œuvre introuvable: quand la démographie devient drogue dure

Wermuth répète que sans immigration massive, nos hôpitaux fermeraient et nos aînés seraient «calmés aux sédatifs». L’image est forte: on dirait presque une menace. Mais elle masque des faits têtus.

Plus de population = plus de patients → plus de besoins → plus de pénurie.
C’est de la mathématique de base. Même les élèves des classes débordées peuvent suivre.

Chaque vague migratoire crée elle-même la demande d’une nouvelle vague. On appelle cela un système addictif.

La Suisse devient ainsi un organisme qui ne peut plus fonctionner sans perfusion démographique continue, alors même que cette perfusion provoque les symptômes qu’elle prétend soulager: surcharge des hôpitaux, explosion des primes, urbanisation sauvage, pression sur les sols et sur l’énergie.

Autrement dit: on éteint l’incendie avec un jerrican d’essence.

 

L’art de transformer une limite physique en péché politique

L’initiative parle de durabilité. De limites matérielles. D’énergie, de sols, de logements, de ressources. Les adversaires y voient… de la xénophobie.

C’est un classique: dès qu’on évoque la simple notion de capacité, on vous explique que vous détestez la moitié du monde.
Cédric Wermuth ressort même toute la panoplie historico-morale: antisémitisme d’antan, méfiance ancestrale, «culture dominante xénophobe».

On dirait le catalogue Manufrance de la mauvaise foi.

Pendant ce temps, les faits matériellement vérifiables continuent d’empirer: nature bétonnée, agriculture réduite de 1'143 km², consommation énergétique en hausse, besoins en infrastructures multipliés, systèmes sociaux sous pression.

Mais non: si la réalité vous gêne, c’est que vous êtes méchants.

 

«Plus on est, plus on rit!»

L’argument magique: «Partout où les gens aiment vivre, la prospérité augmente.»
Traduction: «Plus il y a de monde, plus c’est génial. Continuez à pousser, il reste peut-être un angle de trottoir à bétonner près de Zurich.»

Les partisans de l’initiative apportent pourtant une donnée simple, élémentaire, presque enfantine: un petit pays avec des ressources limitées ne peut pas durablement encaisser un million et demi de nouveaux habitants tous les vingt ans.

Ce n’est ni de droite ni de gauche: c’est géologique, géographique, thermodynamique.
La terre, elle, vote pour les limites.
Elle ne connaît pas les discours.
Elle connaît la charge maximale.

 

Le catastrophisme change de camp

Les adversaires de l’initiative jouent à se faire peur: «Fin de la prospérité!», «Fin des hôpitaux!», «Dépression nationale!», «Nos voisins qui fuient!»

Mais la catastrophe — la vraie, la matérielle, la mesurable — c’est la situation actuelle.
C’est la croissance incontrôlée qui dissout la Suisse réelle dans un brouillard statistique.
C’est la fuite en avant énergétique, urbaine, sociale et écologique.
C’est croire que la liberté d’un pays dépend de sa densité de population.

 

La Suisse est un bar à fondue:
– Il est convivial, chaleureux, accueillant — mais quand la table est pleine, elle est pleine.
– Ce n’est pas de la haine.
– Ce n’est pas de la peur.
– C’est juste éviter de renverser le caquelon sur tout le monde.

 

 

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L’Union Punitive SA: Une officine qui tire sur tout ce qui bouge…

8 Décembre 2025, 06:36am

Publié par Louis Giroud

L’Union européenne a découvert la joie simple des états d’âme autoritaires. Elle ne construit plus des cathédrales bureaucratiques: elle dresse des contraventions cosmiques. Son dernier trophée, X – l’ancien Twitter – reçoit ainsi une amende astronomique destinée à rappeler au monde que Bruxelles tient encore son fouet réglementaire. Pas pour défendre les citoyens. Pas pour régler un problème technique. Pour rappeler qu’ici, dans le grand sanhédrin technocratique, le débat libre doit se présenter à l’accueil, retirer un ticket, attendre son tour et se montrer poli. Sinon: sanction.

Le Digital Services Act a été pensé comme un outil de protection. En réalité, c’est l’équivalent numérique d’un couteau suisse fabriqué pendant une crise d’autoritarisme nerveux. On peut tout faire avec: moraliser, punir, infantiliser, exiger, sermonner, contraindre. L’UE s’en amuse comme un enfant qui découvrirait que le bouton rouge fait du bruit: plus c’est vague, plus c’est jouissif.

L’infraction imaginée pour clouer X au pilori ? «Pratiques trompeuses», «manque de transparence», «registre publicitaire». Des expressions conçues pour tenir debout même si on retire les voyelles. Des mots tellement flous qu’un jour, on pourra les appliquer à la météo.

Le vrai problème se trouve ailleurs: X refuse de se laisser toiletter. Musk laisse les gens parler sans que Bruxelles n’enlève les petites lettres imprudentes avec une pince à épiler. Une hérésie. Un pape numérique qui excommunie la censure: insupportable.

 

L’eurocratie, cette vieille maîtresse jalouse

Pendant des années, les plateformes ont accepté de se faire brosser dans le sens du poil réglementaire. Elles demandaient poliment combien de cases il fallait encore cocher pour éviter une remontrance de commissaire européen. Puis Musk arrive. Et soudain, impossible de garder les bêtes en cage.

Bruxelles découvre alors l’angoisse la plus profonde de toute bureaucratie vieillissante: un espace de parole qui n’attend pas ses directives pour respirer. Un agora imprévisible. Un lieu où l’on débat sans demander l’avis du préfet moral continental. L’UE, vexée comme un satrape déchu, décide donc de frapper fort: un coup de marteau réglementaire pour dire « ici, on parle quand on vous le dit ».

 

Washington, soudain pris d’un sursaut de lucidité

Même les États-Unis, qui d’habitude regardent les convulsions bruxelloises avec un sourire diplomatique, ont sursauté. Une amende de cent vingt millions, c’est suffisant pour réveiller le Département d’État. Une telle somme pour des « pratiques trompeuses » ? On pourrait croire que Bruxelles reproche à Musk d’avoir volé la Joconde.

Mais non. C’est simplement la méthode douce de l’UE: quand quelque chose échappe à son contrôle, elle punit. Le géant américain comprend le message: l’Europe ne veut pas réguler la tech, elle veut rappeler qu’elle existe encore. Une Europe qui ne produit plus grand-chose, mais qui distribue les sanctions comme des médailles inversées.

 

L’UE, nouveau directeur de conscience à usage mondial

L’amende n’est pas seulement financière: elle est pédagogique. L’Union se prend désormais pour un internat moral. Elle donne des « délais », réclame des « plans », surveille, juge, sermonne. On croirait entendre un surveillant général s’adressant au cancre le plus bruyant de la classe.

Une logique étrange s’installe: l’UE ne gère plus un marché, elle gère des comportements. Elle ne régule pas une activité: elle corrige une attitude. Et lorsqu’elle manque d’autorité réelle, elle la remplace par une inflation de normes. Le pouvoir se dissout, mais la procédure enfle.

 

Quand Musk parle de dissolution de l’UE…

La réplique de Musk – l’UE devrait être dissoute – a fait s’étrangler des bataillons entiers de hauts fonctionnaires. Pourtant, ce n’est pas l’excentricité d’un milliardaire. C’est le constat clinique d’un continent qui a perdu le fil. Plus l’Europe décline, plus elle multiplie les règles pour éviter de regarder la réalité en face. Le réflexe pavlovien du pouvoir faible: serrer la vis.

Bruxelles ressemble à ces phares en ruine qui continuent de s’allumer mécaniquement, alors même que les navires ne passent plus depuis des années. Le phare ne guide plus, ne protège plus, ne sert plus à rien. Il reste juste pointilleux. Très pointilleux.

 

Le futur: après les plateformes, les citoyens

Car l’essentiel n’est pas l’amende de X. L’essentiel, c’est la trajectoire. Le continent glisse vers une gouvernance punitive où la liberté devient un accident administratif. Si un réseau social peut se faire frapper pour ne pas filtrer les conversations comme Bruxelles l’exige, qu’est-ce qui empêchera demain de sanctionner ceux qui les tiennent ?

Ce n’est pas de la science-fiction. C’est la logique même du système: réguler l’outil, discipliner l’usage, surveiller l’utilisateur. Une vieille histoire européenne. Le numérique ne fait qu’offrir un terrain de jeu plus vaste.

 

L’Europe, ce phare éteint qui vérifie encore les ampoules

Autrefois, le continent prétendait éclairer le monde. Aujourd’hui, il vérifie compulsivement la conformité des interrupteurs. Il ne protège plus la liberté, il l’encadre. Il ne garantit plus le débat, il le conditionne. La lumière est morte, mais la paperasse brille encore.

Et dans ce clair-obscur administratif, une certitude se dessine: la prochaine bataille ne se jouera pas entre Bruxelles et une plateforme américaine. Elle se jouera entre Bruxelles et tout ce qui, de près ou de loin, ressemble à une opinion libre. Parce que c’est ça, désormais, le vrai délit.

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«Bilatérales III»: le grand numéro d’emballage d’EconomieSuisse

8 Décembre 2025, 05:18am

Publié par Louis Giroud

Il existe une constante dans l’histoire politique suisse: chaque fois qu’un pan de la souveraineté est menacé, ce n’est jamais au nom de la contrainte, mais au nom de «l’efficacité». Ceux qui demandent d’abandonner une liberté n’ont jamais l’honnêteté de le dire. Ils expliquent que ce n’est pas une perte, mais une optimisation; pas un renoncement, mais une actualisation; pas un basculement, mais un simple ajustement.

«Bilatérales III»: le grand numéro d’emballage d’EconomieSuisse

Avec les accords «Bilatérales III», EconomieSuisse orchestre ce théâtre-là: une mise en scène savamment calibrée, saturée de chiffres prophétiques, de catastrophes modélisées, de raisonnements tautologiques et d’images destinées à dépolitiser ce qui, depuis 1848, relève pourtant du cœur battant de l’architecture institutionnelle suisse.

 

Transformer son intérêt sectoriel en impératif national

Nous sommes face à un cas d’école: un lobby économique se prenant pour une autorité morale, transformant son intérêt sectoriel en impératif national. Il faut observer cette mécanique de près, car elle dit bien plus qu’un simple rapport de force entre l’économie et le politique: elle révèle la manière dont une démocratie peut être anesthésiée par ceux qui prétendent la sauver de son propre peuple.

 

Le lobby et sa fable: l’Europe comme horizon indépassable

Le discours d’EconomieSuisse ne commence jamais par une question. Il commence par une conclusion: la Suisse n’aurait pas le choix. L’Union européenne serait le pivot, l’axe, la matrice et la colonne vertébrale de la prospérité helvétique. Le reste du monde — États-Unis, Chine, Inde — est relégué au rang de folklore commercial. Tout se passe comme si un éternuement à Bruxelles suffisait à faire s’effondrer l’industrie suisse. Nous sommes face à un récit, non à une analyse.

Aucun tableau sérieux n’est produit pour rendre compte de la diversification réelle des exportations suisses hors de l’UE, de l’importance croissante de secteurs peu ou pas dépendants du marché intérieur européen, du rôle déterminant de la stabilité institutionnelle suisse dans l’attraction des capitaux internationaux, ni de la faiblesse structurelle de nombreuses économies européennes. On passe également sous silence le fait que la balance commerciale est favorable à l’UE, faisant de la Suisse un client solvable plutôt qu’un mendiant dépendant.

 

La Suisse allongée à l’ombre d’un Maître

À la place, on répète que l’UE représente 450 millions de consommateurs comme on psalmodie un dogme. On cite des pourcentages d’exportations sans jamais examiner les secteurs concernés ni leur degré réel de dépendance réglementaire. On oublie surtout que l’économie suisse s’est construite précisément parce qu’elle a toujours refusé de faire dépendre sa souveraineté d’une seule puissance dominante. Ce que raconte EconomieSuisse n’est pas l’avenir, mais une fiction géopolitique où la Suisse deviendrait une principauté allongée à l’ombre d’un Maître. Une fiction qui arrange Bruxelles, évidemment, mais surtout les grandes entreprises incapables d’imaginer un monde où la prophylaxie réglementaire européenne ne leur servirait plus d’aiguillage permanent.

 

Le terrorisme prédictif: quand l’économie joue à l’apocalypse

Chaque fois qu’on demande à EconomieSuisse d’expliquer pourquoi la Suisse devrait accepter un mécanisme de reprise dynamique du droit européen, la réponse ne prend pas la forme d’une démonstration politique, mais d’une litanie de chiffres. Il ne s’agit jamais de données observées, mais de projections: une baisse du PIB de 7,1% à l’horizon 2045, 685 milliards de pertes cumulées, 50 milliards pour l’électricité, 5’200 francs de PIB par habitant. On se croirait à la lecture d’un bulletin météo pour l’année 2080.

Ces chiffres fonctionnent comme des épouvantails. Ils ne démontrent rien; ils effraient. Ils ne constituent pas une analyse, mais un instrument psychologique. Dans n’importe quel autre domaine, un modèle projeté à vingt ans serait accueilli avec la plus grande prudence. En politique européenne, il devient une loi sacrée. Le problème n’est pas l’existence du modèle en soi, mais ce qu’il remplace: la discussion, l’incertitude, le doute légitime et l’évaluation critique. L’économie cesse d’être un outil pour devenir une théologie, dont EconomieSuisse assume le rôle du clergé.

 

L’infantilisation technologique: «Votre Constitution est un smartphone»

On touche ici au sommet de la novlangue. Selon les promoteurs des Bilatérales III, ces accords ne constitueraient qu’une «mise à jour». Comme si la Constitution était une interface logicielle, la souveraineté un système d’exploitation et les cantons de simples icônes. Ce cadrage n’est pas anodin: il a pour fonction explicite de dissoudre le politique dans le technique.

On explique ainsi qu’il ne s’agirait pas d’une transformation institutionnelle, mais d’une question de compatibilité; pas d’un changement de régime juridique, mais d’un simple correctif; pas d’un transfert de compétences, mais d’une synchronisation nécessaire. La réalité est pourtant beaucoup plus simple: cette prétendue «mise à jour» impose que le droit européen devienne la référence chaque fois que la Suisse souhaite conserver un accès au marché. Il s’agit d’un mécanisme d’intégration juridique automatique. Non pas une maintenance, mais une absorption. Non pas une adaptation, mais une dépendance programmée. Ce discours ferait sourire s’il ne concernait pas un pays dont l’originalité institutionnelle constitue l’un des rares miracles politiques de l’histoire moderne.

 

La neutralisation du peuple: un vieux fantasme technocratique

Dans le récit d’EconomieSuisse, le peuple apparaît comme un obstacle plus que comme un sujet politique. On lui concède poliment un référendum, à condition qu’il soit rituel et non décisif: un vote destiné à valider une ligne déjà tracée ailleurs, un geste civique décoratif. Derrière le langage apaisant sur le «respect des processus démocratiques», une vérité nue se dessine: ces accords ne peuvent exister qu’en rendant l’exercice de la démocratie directe impossible.

Une fois la Suisse insérée dans la logique de reprise dynamique du droit européen, tout rejet futur devient simultanément économiquement punissable, juridiquement risqué et politiquement irréversible. Le label «démocratie directe» subsisterait comme une «guirlande», ou comme une boule qu’on accroche au sapin de Noël. Ce que l’Union européenne n’obtiendrait jamais par un vote populaire limpide, ses partisans cherchent à l’obtenir par l’épuisement du droit, par de la sophistication procédurale et la culpabilisation civique.

 

L’oubli stratégique: la Suisse est forte parce qu’elle est singulière

L’argument le plus dévastateur contre les Bilatérales III n’est pas idéologique; il est historique. La Suisse est prospère parce qu’elle refuse l’alignement, cultive la neutralité comme un outil stratégique, protège son fédéralisme, garantit la lenteur démocratique face à l’accélération technocratique, demeure dépositaire d’une souveraineté normative que d’autres ont abandonnée et offre au capital une stabilité que Bruxelles est incapable de fournir. Elle maintient une qualité de décision politique en phase avec son tissu social et assume le coût de sa liberté pour en récolter les bénéfices. On lui demande aujourd’hui de détruire ce qui fonctionne pour se livrer à ce qui ne fonctionne plus.

 

L’emballage de la fausse «Fête» devient une faute politique

Les promoteurs de ces accords ne proposent pas un avenir; ils organisent une résignation. Ils souhaitent que la Suisse devienne ce que l’Europe est devenue: une zone administrative où la règle prime sur la liberté, la conformité sur la créativité et la centralisation sur la subsidiarité. Ils oublient que la Suisse n’est pas née dans un bureau bruxellois, mais dans un pacte, une structure fédérale et une méfiance ancestrale envers les appareils supranationaux.

L’emballage d’EconomieSuisse annonce un changement d’époque. Le lobby ne se contente plus d’influencer la politique; il cherche désormais à la remplacer. Dans ce discours, les choix deviennent des obligations, les alternatives des fantasmes, les réserves des archaïsmes et les opposants des irresponsables. Le peuple est progressivement présenté comme un problème, tandis que la souveraineté est réduite à un coût. Ce n’est plus un débat, mais un cadrage intellectuel destiné à rendre toute autre option impensable. Le lobby demande à la Suisse d’être «adulte», c’est-à-dire raisonnable, c’est-à-dire soumise. Ce lexique doit être refusé.

 

Pour une lucidité sans concession

Dire non à ce paquet institutionnel ne signifie pas dire non à l’Europe. Cela signifie refuser de confondre coopération et absorption, commerce et discipline, partenariat et tutelle. Aucune prospérité durable ne s’est jamais construite sur un renoncement à soi. Aucune innovation véritable ne naît de la conformité. Aucune démocratie digne de ce nom n’accepte que son droit dépende d’une instance extérieure. Aucun pays solide n’abandonne un avantage structurel pour satisfaire les fantasmes d’un lobby.

 

La Suisse a prospéré en résistant

La Suisse n’a jamais prospéré en s’alignant. Elle a prospéré en résistant. Ce n’est pas une posture, mais une réalité historique. L’enfumage d’EconomieSuisse ne doit pas nous tromper: derrière les modèles et les graphiques se cache une vérité simple. Ce que les partisans appellent «modernisation» est une mutation institutionnelle profonde. Ce qu’ils nomment «mise à jour» est une abdication enjolivée. Ce qu’ils présentent comme une «réalité économique» est un récit performatif destiné à empêcher toute autre pensée.

La Suisse n’a pas besoin de devenir l’annexe normative de Bruxelles pour continuer à inventer son avenir. Elle a besoin, comme toujours, de rester maîtresse de ses choix — même lorsque ceux-ci déplaisent à ceux qui rêvent d’une démocratie sans citoyens.

 

LOUIS GIROUD

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«Bilatétales III»: homologation d'une mise sous tutelle

7 Décembre 2025, 23:13pm

Publié par Louis Giroud

Un matin, le Conseil fédéral s’est levé avec l’idée lumineuse d’adopter le vocabulaire des lobbyistes européens. Pas un débat, pas un soupçon de décence institutionnelle. Juste un copier-coller direct de Bruxelles, comme si la Suisse avait enfin décidé d’abandonner les préliminaires pour entrer dans la relation toxique par la grande porte.

Le pays de la démocratie directe se retrouve à reprendre le jargon de ceux qui rêvent de voir sa démocratie sous tutelle. Le tour de magie est simple: rebaptiser un paquet d’accords explosifs en “Bilatérales III” pour le faire passer pour une suite logique, une continuité, une évidence quasi administrative. Le genre de manipulation linguistique qu’affectionnent les régimes qui ne veulent surtout pas qu’on lise les petites lignes.

 

Un label en trompe-l’œil, un pipeline vers la soumission

On vend au public un prolongement de la voie bilatérale. En réalité, l’intitulé sert à maquiller un virage brutal: l’abandon de l’égalité contractuelle au profit d’une relation verticale où l’UE donne les ordres et la Suisse coche les cases. Les “accords bilatéraux” avaient le mérite de la clarté: deux partenaires négocient, signent, appliquent. Le nouveau paquet appartient à une tout autre zoologie juridique. C’est un accord institutionnel: la Suisse reprend automatiquement le droit européen, se met sous la coupe d’un juge étranger, accepte des sanctions si elle ose respirer trop fort. Le marketing s’appelle “Bilatérales III”. Le produit réel: “Soumission 1.0”.

 

Un Conseil fédéral noyé dans les «lobbying papers»

La concordance voulait des conseillers fédéraux capables de se tenir à distance des propagandes, même quand elles sentent bon la moquette neuve de Bruxelles. Manifestement, cette capacité se perd. Le collège reprend un terme militant soufflé par les milieux économiques les plus euro-compatibles. Le Conseil fédéral n’explique rien, il répète. Il ne délibère plus, il s’aligne. On devine l’ambiance: les lobbying papers s’empilent, les arguments sont servis clé en main, les ministres hochent la tête comme des figurants dans leur propre film.

 

Des “clauses de sauvegarde” pour calmer les naïfs

Pour calmer les naïfs, on a inventé une “clause de sauvegarde”. Le genre de formule qui rassure les gens qui n’ont pas encore découvert les notes en bas de page. Officiellement, cette clause permettrait de freiner l’immigration “en cas de graves problèmes économiques ou sociaux”. Dans la réalité, elle exige l’autorisation préalable d’un comité mixte où Bruxelles distribue les permissions comme des jetons de parking. Il n’y a pas de sauvegarde: il y a demande d’indulgence. Et même lorsque Bruxelles consentirait à laisser la Suisse s’auto-défendre quinze minutes chrono, elle garderait le droit d’imposer des “mesures compensatoires”, c’est-à-dire des sanctions en costume trois pièces. Un garde-fou qui punit celui qui l’utilise: du jamais vu depuis les assurances-vie vendues aux naufragés.

 

Le leurre peint en rouge...

On ajoute ensuite une “clause unilatérale” dans le droit suisse, pour donner une impression d’indépendance. Du théâtre. Cette clause n’existe pas dans le traité, Bruxelles ne la reconnaît pas, et son activation violerait l’accord et déclencherait immédiatement les foudres européennes. C’est une alarme qui sonne dès qu’on l’effleure, et dont la notice d’utilisation commence par: “Ne pas utiliser”. Le Conseil fédéral la brandit pourtant comme preuve que la Suisse reste maîtresse chez elle. Une preuve qui n’a pas plus de valeur juridique qu’un post-it.

 

L’illusion du contrôle: la grande spécialité bruxelloise

Les deux clauses – la contractuelle et l’unilatérale – sont parfaitement synchronisées pour ne rien produire. Elles créent une illusion de maîtrise, un simulacre de souveraineté, une marionnette institutionnelle agitée devant un public distrait. La libre circulation reste intégrale, l’immigration continue sans frein, et chaque geste helvétique passe désormais au contrôle technique européen. “Bilatérales III”, c’est la version suisse du piège à guêpes: on attire avec un mot rassurant, et on referme la grille derrière.

 

La Suisse doit signer pour être punie

Les promoteurs du paquet racontent qu’il s’agit d’avancer dans la coopération. Le texte, lui, raconte autre chose: la Suisse doit reprendre le droit européen, s’exposer à des sanctions automatiques, renoncer à toute autodéfense juridique, et avaler une terminologie qui masque la nature réelle du projet. Le Conseil fédéral et les partis qui l’encouragent espèrent que la population suive sans regarder les détails. Mais l’histoire helvétique a parfois ce sursaut étonnant: quand le peuple lit les petites lignes, il devient subversif.

 

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Ce monde où chacun s’épuise à jouer le rôle qu’on attend de lui

7 Décembre 2025, 04:56am

Publié par Louis Giroud

L’époque se résume à une scène trop petite où chacun s’agite dans un costume rapiécé: le populiste indigné, le mondialiste contrit, l’Européen somnambule, la Chine silencieuse qui connaît à l’avance la fin du film. Les blocs idéologiques n’entrent même plus en collision ; ils s’empilent, se déforment et s’écrasent comme des meubles suédois mal assemblés. Tous rejouent des rôles usés que le public n’écoute plus, mais entend à moitié.

Dans cet empilement d’identités usées, on retrouve les souverainistes-populistes brandissant l’étendard d’un protectionnisme salvateur, et en face des mondialistes-impérialistes dont le rêve de grand pique-nique amical s’effondre comme peau de chagrin. Et là, Trump, le protectionniste sauveur de la nation, demeure un officiant zélé du temple atlantiste. Il défend l’hégémonie occidentale avec la même ferveur qu’il vend ses casquettes rouges : sans nuance, sans mémoire. Les discours changent, les réflexes demeurent.

 

La Russie et l’idée des mondes multiples

Face à lui, Poutine avance avec le calme du joueur qui a anticipé plusieurs chutes d’empire. Souverainiste, conservateur, mais convaincu que le monde qui vient ne sera plus structuré autour d’un seul centre. Il imagine un système où plusieurs gravités coexistent, où Washington n’aurait plus la télécommande universelle, où les forces ne s’aligneraient plus mais orbiteraient.

 

L’Europe en quête d’un vocabulaire

Au milieu, l’Europe se contorsionne comme un orchestre sans chef qui continue de jouer par habitude. Les États membres ont abandonné le mot « souveraineté » depuis si longtemps qu’ils ne sauraient même plus le retrouver dans le dictionnaire. Mondialistes par habitude, occidentalo-centristes par réflexe, ils suivent la ligne des think tanks comme on emprunte l’échelle d’une via ferrata, sans s’interroger sur ce qui se trouve au bout.

 

Trump–Poutine: une affinité imaginaire

On évoque souvent une proximité entre Trump et Poutine, mais elle ne dépasse jamais le stade du clin d’œil idéologique. On est en présence de deux personnages persuadés d’incarner l’insubordination, où chacun sert sa propre mise en scène de puissance. Deux solitudes politiques qui se frôlent sans se croiser, incapables de partager le même espace mental plus d’un instant.

 

La Chine qui se redécouvre telle qu’elle fut

La Chine n’est pas un camp, encore moins un bloc idéologique : c’est une civilisation qui revient lentement à son poids naturel, comme un fleuve qui regagne le lit qu’on avait cru pouvoir détourner. Aujourd’hui convive silencieux d’un banquet géopolitique qu’elle observe attentivement, elle fut longtemps perçue comme l’usine du monde, simple appendice industriel du rêve occidental. Elle révèle soudain qu’elle a profité des délocalisations pour assembler non seulement nos gadgets, mais aussi sa propre puissance. En lui confiant nos chaînes de production, nous avons oublié qu’elle n’avait jamais perdu l’art de fabriquer des empires.

 

L’Occident vexé par son propre jeu

Aujourd’hui, l’Occident hurle à la concurrence déloyale comme un joueur vexé de perdre avec les cartes qu’il a lui-même distribuées. Washington accuse Pékin de tous les excès du capitalisme mondialisé — celui-là même qu’il a exporté en palettes complètes, persuadé que le Parti communiste finirait par se dissoudre dans le Coca-Cola. Or la Chine a bu la bouteille et conservé l’État.

 

Taïwan et les chevaliers tardifs

Quand l’Occident se découvre soudain défenseur de la souveraineté taïwanaise, il oublie sa propre propension historique à redécouper les cartes du monde selon ses intérêts. Pendant ce temps, Pékin avance méthodiquement, avec la certitude qu’aucune gesticulation n’est nécessaire : l’arithmétique démographique et industrielle fait déjà le travail. Le temps, allié traditionnel des civilisations longues, lui suffit.

 

La politesse glacée de Pékin

Alors même que nous dénonçons l’autoritarisme chinois, Pékin déroule une politique étrangère tout en calme protocolaire, en sourires millimétrés et initiatives d’apaisement parfaitement calibrées. Cette absence de réaction aux provocations rend l’Occident nerveux : rien n’est plus irritant qu’un adversaire qui ne joue pas la scène prévue.

 

Celui qui connaît la fin sans avoir lu le texte

Dans ce monde où chacun s’épuise à interpréter obstinément le rôle que l’époque lui attribue — populiste indigné, mondialiste repentant, Européen hébété — la Chine apparaît comme l’acteur qui connaît déjà la fin de la pièce. Elle écoute les autres se disputer la scène, prend des notes, calcule. Et tandis que l’Occident rêve encore d’organiser le monde comme on organise un festival, Pékin redessine les routes, les flux, les dépendances.

Le véritable malaise occidental ne tient peut-être pas au caractère autoritaire du régime chinois. Il surgit de cette évidence nue : la Chine n’a plus besoin de l’Occident pour exister. Cette autosuffisance relève, aux yeux des puissances qui se croyaient indispensables, d’une insolence insupportable.

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Quand Emmanuel Macron dégomme Rome, Giorgia Meloni dégaine au vitriol

5 Décembre 2025, 18:52pm

Publié par Louis Giroud

L’escalade verbale entre Emmanuel Macron et Giorgia Meloni dépasse le simple duel politique. Elle révèle les tensions structurelles qui traversent l’Union européenne, de la gestion des migrations aux héritages post-coloniaux en passant par la rivalité franco-italienne en Méditerranée. En réponse aux propos attribués au président français, la dirigeante italienne renvoie Paris à ses choix stratégiques en Libye et à son influence persistante en Afrique, transformant un échange d’invectives en affrontement géopolitique majeur.

Dans une courte intervention, Giorgia Meloni a répondu avec force aux propos attribués à Emmanuel Macron. Le chef de l’État français aurait qualifié les responsables italiens de « vomitevolli », « chini-chi » et « irresponsabili ». La réaction de Meloni a été immédiate, tranchante et chargée d’une dimension historique et géopolitique que la dirigeante entend remettre au premier plan.

Meloni rappelle le précédent libyen : un tournant aux conséquences migratoires

Pour Giorgia Meloni, accuser l’Italie d’« irresponsabilité » est un contresens. Elle renvoie l’accusation vers la France en évoquant l’un des dossiers les plus sensibles de la politique méditerranéenne : l’intervention militaire en Libye.
Selon elle, ceux qui méritent d’être qualifiés d’irresponsables sont ceux qui ont « bombardé la Libye » au moment où l’Italie entretenait un partenariat énergétique privilégié avec Mouammar Kadhafi. Cette décision, estime-t-elle, aurait plongé la région dans un chaos politique et migratoire dont l’Europe — et particulièrement l’Italie — paie encore le prix.

Dans cette perspective, la crise migratoire n’est pas née à Rome : elle découle, affirme Meloni, de choix stratégiques faits à Paris.

Sur la gestion des frontières : critique de la politique française

Abordant l’expression « chini-chi », Giorgia Meloni attaque frontalement la politique migratoire française. Elle accuse Paris de faire repousser systématiquement les migrants à la frontière de Vintimille par la gendarmerie, renvoyant les exilés dans des conditions qu’elle juge inacceptables.
Elle souligne l’incohérence qu’elle perçoit dans le fait de pointer l’Italie du doigt tout en pratiquant une politique de refoulement « à 20 milles » de la frontière.

« Vomitevolli » : Meloni retourne l’accusation vers la France

Lorsque Macron aurait utilisé le terme « vomitevolli », Meloni affirme que l’expression décrit mieux, selon elle, ceux qui continuent d’exploiter l’Afrique. Elle évoque trois axes principaux :

  1. Le contrôle monétaire exercé sur 14 pays africains.
    Elle accuse la France de produire la monnaie utilisée par plusieurs nations africaines et de bénéficier du « signoraggio » associé, perpétuant selon elle un rapport de domination économique.
  2. Les conditions d’extraction des matières premières.
    Meloni évoque le travail d’enfants dans certaines mines africaines, symbole, à ses yeux, des contradictions de l’Europe lorsqu’il est question de solidarité et d’humanisme.
  3. Le cas du Niger et l’uranium.
    Elle rappelle que la France extrait environ 30 % de l’uranium nécessaire à son parc nucléaire au Niger, tandis que près de 90 % des habitants de ce pays n’ont pas accès à l’électricité. Ce déséquilibre incarne, pour Meloni, une injustice majeure et un héritage post-colonial mal assumé.

Dans ce cadre, dit-elle, la France ne saurait dicter à l’Italie ce que serait une gestion responsable.

Un message clair adressé à Macron : « Ne nous donnez pas de leçons »

La conclusion de Giorgia Meloni est sans ambiguïté :
— L’Afrique « s’échappe » de la France, affirme-t-elle.
— La solution aux migrations ne consiste pas à déplacer les Africains vers l’Europe.
— Il s’agit plutôt de « libérer l’Afrique de certains Européens ».

Pour Meloni, les problèmes structurels du continent ne s’expliquent pas par des politiques d’accueil, mais par une reconfiguration profonde des relations entre l’Europe et l’Afrique — en particulier par la fin des mécanismes d’exploitation qu’elle attribue à Paris.

Rappel historique et avertissement diplomatique

En replaçant Giorgia Meloni au centre du discours, cet échange apparaît comme un affrontement politique assumé entre deux visions opposées de l’Europe, de l’Afrique et des migrations. La dirigeante italienne ne se limite pas à répondre à une insulte : elle renvoie à Emmanuel Macron un ensemble de critiques géopolitiques, économiques et morales, tout en revendiquant la légitimité de l’Italie sur ces sujets.

Ce discours s’inscrit dans une dynamique plus large où Rome entend redéfinir sa place dans le débat européen — parfois contre Paris — et remettre en question les équilibres hérités du passé colonial et des interventions militaires occidentales.

 

Mots-clés du sujet
Emmanuel Macron, Giorgia Meloni, Relations franco-italiennes, Tensions UE–Italie, Crise migratoire, Libye, Politique méditerranéenne, Afrique Post-colonialisme français, Souveraineté européenne, Vintimille, Uranium, Niger, Intervention, occidentale, Géopolitique, européenne, Migrations, France–Italie

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