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Le Média Libre pour une Suisse indépendante et neutre...

LA PEUR PANIQUE DES MAÎTRES FACE À LA DÉSOBÉISSANCE

14 Décembre 2025, 08:35am

Publié par Louis GIROUD

«Bruxelles» l’a compris et l’a bien enseigné à ses Sujets... avec les artistes comme sousris de laboratoire

 

Il y a des moments où les gens de pouvoirs ont un sursaut d’effroi... En découvrant par exemple que près de la moitié de la population a déserté les médias traditionnels; ce n’est pas une crise démocratique: c’est perçu comme une crise de confiance contre «En haut». Le drame n’est pas que le peuple s’informe autrement. Le drame est qu’il n’écoute plus les injonctions...

LA PEUR PANIQUE DES MAÎTRES FACE À LA DÉSOBÉISSANCE

On l’observe tous les jours, les médias dominants sont des courroies de transmission qui n’ont que peu de choses à voir avec l’information. Ils fonctionnent comme des haut-parleurs disciplinés, chargés de répéter ce que le pouvoir politique et économique a décidé d’appeler la réalité. Pendant longtemps, cela a suffi. On a enveloppé la contrainte dans du commentaire, la ligne officielle dans de la pédagogie, la soumission dans de la morale. Le peuple a suivi, parfois à contrecœur, souvent par fatigue.

Mais voilà: l’enfumage s’use. Et le traitement au corps des esprits finit par provoquer des réflexes de survie intellectuelle. Quand les citoyens commencent à lire ailleurs, écouter autrement, comparer, douter, le système ne parle plus de pluralisme. Il parle de danger.

 

La désinformation: ce mot magique qui dispense de penser

Le mot est devenu une clé universelle. Désinformation. On ne discute plus, on disqualifie. On ne réfute plus, on efface. Tout ce qui échappe au récit officiel est immédiatement pathologisé. Ce n’est pas faux, c’est toxique. Ce n’est pas discutable, c’est dangereux. Ce n’est pas un désaccord, c’est une menace pour la démocratie... Quelle imposture de l’évoquer celle-là !

La ficelle est grosse, mais elle fonctionne encore assez pour justifier l’arsenal. Bruxelles l’a compris avant tout le monde. L’Union européenne a cessé de faire semblant. Elle sanctionne désormais des opinions comme on sanctionne des infractions. Elle punit la parole, elle gèle la pensée, elle met à l’index.

Le cas de Jacques Baud est révélateur. Ancien officier du renseignement suisse, analyste critique du conflit russo-ukrainien, il ne commet ni crime ni appel à la violence. Il pense autrement. C’est suffisant. Le verdict va tomber: silence. Le débat n’est plus un droit, c’est une concession révocable.

 

Quand la censure s’habille en vertu

La pente était tracée depuis longtemps. Les artistes ont servi de laboratoire. La soprano Anna Netrebko, coupable d’être russe sans être suffisamment pénitente, a été effacée des scènes occidentales. Non pour ce qu’elle a dit, mais pour ce qu’elle est supposée incarner. La morale a remplacé le droit. L’allégeance a remplacé la liberté.

Ce qui se joue ici dépasse largement la géopolitique. Il s’agit d’un nouveau régime symbolique. Un régime où l’État, ou ses sous-traitants moraux, s’arrogent le monopole du vrai, du dicible et du fréquentable. Un régime où l’erreur officielle est excusable, mais où la vérité dissidente devient criminelle.

La Suisse, longtemps refuge d’une prudence institutionnelle, observe et imite. À pas feutrés, avec cette politesse bureaucratique qui donne à l’autoritarisme un air de règlement intérieur. La Berne fédérale ne censure pas, elle «régule». Elle ne fait pas taire, elle «protège l’opinion publique». Elle ne supprime pas des idées, elle «lutte contre les effets négatifs sur la formation de l’opinion». La langue est propre, aseptisée, chirurgicale. Le résultat est le même.

 

La crainte de ne pas passer par le sas moral des médias agréés

Ce que redoute le pouvoir n’est pas le mensonge. Il s’en accommode très bien quand il est utile. Ce qu’il redoute, c’est la comparaison. La possibilité qu’un citoyen lise, écoute, confronte et se fasse une idée sans passer par le sas moral des médias agréés.

Un peuple qui doute est ingérable. Un peuple qui discute est dangereux. Un peuple qui rit du sérieux officiel est déjà en sécession intérieure. Alors on sort l’artillerie lourde: lois, plateformes bloquées, sanctions administratives, procédures extrajudiciaires. La démocratie devient un espace surveillé, la liberté une tolérance conditionnelle.

On prétend défendre la société contre la manipulation, alors qu’on la protège surtout contre la pensée libre. On invoque la sécurité pour justifier la mise sous tutelle. On parle d’éthique pour masquer la peur. Peur de ne plus être cru. Peur de ne plus être obéi.

 

Épilogue provisoire: le ridicule des censeurs

Il y a pourtant une ironie magnifique dans cette panique. Plus le pouvoir serre la vis, plus il avoue sa faiblesse. Plus il censure, plus il révèle que son récit ne tient que sous perfusion. On ne bâillonne que ce qui menace. On ne bloque que ce qu’on ne parvient plus à convaincre.

 

À force de vouloir faire taire, Bruxelles et ses relais helvétiques transforment chaque voix dissidente en symptôme, chaque sanction en aveu, chaque loi en caricature d’elle-même. La censure moderne ne se présente plus avec des bottes, mais avec des rapports, des commissions et des slogans bienveillants.

 

La tentative désespérée de reprendre le contrôle des esprits

L’inquiétude est double: celle que le peuple se détourne des médias traditionnels: et celle que cela affecte ceux qui entendent commander.  C’est juste la conséquence que les médias se sont détournés du peuple depuis longtemps. Ce que l’on observe, n’est qu’une tentative désespérée de reprendre le contrôle sur des esprits qui ont compris une chose essentielle: penser par soi-même n’est pas un crime.

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Bilatérales III : «L’élégance de ne rien vous prendre, mais de vous retirer l’essentiel»

13 Décembre 2025, 00:05am

Publié par Louis GIROUD

Il faut reconnaître à l’Union européenne un art consommé de la dépossession douce. Rien n’est jamais brutal, rien n’est jamais frontal; tout se fait dans un vocabulaire si feutré qu’il finit par endormir les plus vigilants. Les Bilatérales III s’inscrivent dans cette tradition raffinée où l’on ne prend rien officiellement, mais où l’on vous retire progressivement l’essentiel, jusqu’à ce que vous découvriez, trop tard, que vous avez signé votre propre effacement.

Bilatérales III : «L’élégance de ne rien vous prendre, mais de vous retirer l’essentiel»

On nous répète que ces accords sont purement techniques, qu’ils ne touchent ni à la souveraineté, ni à la monnaie, ni aux fondements institutionnels suisses. C’est la grande blague du moment. Comme si le droit était neutre, comme si l’économie n’était qu’un échange de marchandises, comme si la monnaie n’était pas le cœur battant de toute organisation politique. Prétendre que l’alignement juridique n’a pas de conséquences politiques revient à expliquer que retirer les freins d’une voiture n’affecte pas sa trajectoire.

 

L'univers où les bénéfices des placements sont payés par les contribuables

Derrière cet alignement, se profile une logique profondément inquiétante, celle qui structure l’Union européenne depuis Maastricht. Une logique qui repose sur un principe pervers: priver les États de leur capacité à se financer eux-mêmes, les contraindre à emprunter sur les marchés financiers, et organiser autour de cette dépendance une architecture où la dette publique devient un produit financier permanent, nourrissant une rente privée garantie par l’impôt.

 

L’endettement comme source de rendement

Ce système, il faut le dire sans détour, est ubuesque dans sa construction. Il repose sur l’idée que l’endettement public ne doit plus être un outil d’investissement collectif à coût maîtrisé, mais une source régulière de rendement pour ceux qui disposent de capitaux à placer. Les États empruntent, les marchés prêtent, les intérêts s’accumulent, et la facture est réglée par ceux qui ne peuvent ni déplacer leur résidence fiscale, ni optimiser juridiquement leur contribution, ni se réfugier sur une île où l’herbe est plus verte. Autrement dit, par la classe moyenne enracinée, celle qui travaille, consomme, paie et se tait.

 

La Suisse, une anomalie indécente

La Suisse, dans ce paysage, fait figure d’anomalie indécente. Un pays qui dispose encore de sa monnaie, de sa banque centrale, de marges de manœuvre budgétaires, d’un rapport relativement sain entre dette et richesse produite, et qui démontre, par sa simple existence, que le modèle européen n’est pas une fatalité historique mais un choix politique. C’est précisément pour cela qu’elle dérange : non parce qu’elle serait hostile à l’Europe, mais parce qu’elle prouve qu’une autre organisation est possible, sans austérité permanente, sans dépendance structurelle aux marchés, sans culpabilisation morale du contribuable.

 

Le perdant est toujours le même: le peuple

Qui gagne avec les Bilatérales III ? Certainement pas le salarié suisse, ni l’indépendant, ni l’artisan, ni le contribuable captif. Les gagnants sont connus: les grandes institutions financières, les fonds d’investissement, les détenteurs de capitaux mobiles et les structures qui vivent très bien de la dette publique. Enfin, les acteurs qui adorent les monnaies stables tant que d’autres paient la facture.

 

Disqualifier la Vérité

On vous dira que ces Bilatérales c’est pour votre Bien. Que c’est pour la stabilité, pour la crédibilité internationale, pour éviter les dérives. C’est disqualifier la vérité, car c’est exactement ce qui a été dit à d’autres peuples, avec les résultats que l’on connaît : dettes toujours plus élevées, pression fiscale accrue, services publics sous tension, classes moyennes fragilisées, pendant que les détenteurs de capital, eux, continuent de bénéficier d’un système conçu pour les protéger. Le système fonctionne, certes, mais il fonctionne contre ceux qui n’ont pas la possibilité de s’en extraire.

 

Pourquoi payer pour des erreurs que l’on n’a pas commises ?

Refuser les Bilatérales III n’est donc ni un caprice souverainiste ni un réflexe passéiste. C’est un acte de lucidité politique. C’est reconnaître que la souveraineté monétaire, fiscale et institutionnelle n’est pas un luxe archaïque, mais une condition minimale pour éviter que l’État ne se transforme en simple collecteur d’impôts au service de rendements privés.

Dans un continent où la dépossession avance à pas feutrés, où les décisions essentielles se prennent toujours ailleurs, la Suisse a encore ce privilège rare : le choix. Il serait tragique de s’en défaire volontairement, au nom d’une modernité qui n’a plus grand-chose à offrir, sinon la promesse polie de payer longtemps pour des erreurs que l’on n’a pas commises.

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L’UE panique face à une Italie qui ose évoquer son bas de laine

11 Décembre 2025, 22:21pm

Publié par Louis GIROUD

Rien n’angoisse autant l’Union européenne qu’un lingot qui bouge. L’Italie possède 2452 tonnes d’or, troisième réserve mondiale, un trésor que la Banca d’Italia conserve pieusement dans des coffres disséminés entre Rome, Londres, Berne et Fort Knox. Mais il suffit qu’un sénateur italien suggère que l’or italien appartienne à l’Italie pour que la BCE sonne l’alarme comme si les hordes gothiques reprenaient d’assaut Rome.

L’UE panique face à une Italie qui ose évoquer son bas de laine

Quand le coffret à bijoux est interdit d'accès à sa propriétaire

 

On croyait naïvement qu’un pays pouvait encore disposer de son patrimoine sans devoir signer une décharge à Francfort ; erreur touchante. Les 2 452 tonnes d’or italien deviennent soudain un objet dangereux, un composant sensible que seule la BCE serait habilitée à manipuler, comme si un gouvernement national risquait de faire exploser le système monétaire simplement en affirmant que ce qui est à lui pourrait servir à quelque chose.

 

Une mise sous séquestre perpétuelle

La BCE n’a pas simplement rappelé que la Banque d’Italie devait rester indépendante: elle a réaffirmé que l’État italien n’avait pas son mot à dire sur la gestion de ce qui lui appartient, parce que «l’indépendance» signifie désormais la mise sous séquestre perpétuelle des décisions stratégiques, un isolement prophylactique du politique pour éviter qu’il ne commette la folie de gouverner. En plu clair, la BCE a  dit que l’État italien peut regarder les coffres, mais pas les ouvrir, encore moins en décider l’usage.

 

Inadmissible qu'un Etat-membre ose se souvenir qu'il existe

Ce qui terrifie vraiment la BCE, c’est qu’un État-membre ose se souvenir qu’il existe. l’Union européenne ne dit pas que l’Italie a tort. Elle dit qu’elle n’a pas le droit de poser la question. Le simple fait d’évoquer une réapropriation des réserves d’or déclenche des rappels de traités, de règles, de protocoles, de paragraphes qui fonctionnent comme des barrières automatiques.

C’est magnifique: l’État italien découvrant qu’il n’a plus droit de toucher ce qu’il possède, parce que ce qu’il possède appartient à une structure qui n’en est pas propriétaire mais qui en détient l’exclusivité de gestion. L’Europe n’est plus un projet: c’est une parodie administrative écrite par Kafka sous antidépresseurs.

 

Quand la BCE s’inquiète, l’humour se fait lourd

La BCE dit ne « pas comprendre clairement l’objectif » de l’amendement italien. On compatit. Il est vrai qu’après vingt ans de gouvernance algorithmique, toute phrase contenant les mots État, peuple et propriété dans la même ligne ressemble forcément à un acte hostile.

L’inquiétude est d’autant plus délectable que les économistes alignés, eux, feignent de croire que ce débat relève du folklore souverainiste. Une diversion, disent-ils. Un «drapeau idéologique», disent-ils encore. Il est toujours fascinant d’observer ces experts expliquer à un pays où réside son patrimoine, et dans quels mots il doit le formuler pour rester dans les clous du «projet européen».

 

Interdiction de mettre les mains dans le tableau de bord

Dès que Rome dit «cet or est à nous», Francfort réplique «cet or n’est à personne, mais surtout pas à vous». Tout est là: une fiction de propriété neutralisée par un régime de gestion qui empêche toute action. L’or devient un objet théorique, un bloc comptable dont l’existence concrète est presque indésirable. Le toucher, c’est déranger le grand appareillage de stabilité qui fonctionne à une condition: que plus aucun État ne se comporte comme un État.

 

L’or, ce truc jaune, immobile, qui maintient l’illusion

Pour la BCE, l’or n’est pas un outil économique, c’est un élément structurel du décor. On le stocke, on l’empile, on l’exhibe dans les bilans, mais on ne l’utilise pas, car l’utiliser reviendrait à admettre que les nations pourraient prendre des décisions dans un contexte où l’Europe veut précisément éviter toute prise d’initiative.

Et puis, ce qui rend la BCE nerveuse, c’est que si l’Italie commence à en parler; la France pourrait bien aussi se réveiller... parce qu'avec sa dette abyssale, ses 2400 tonnes de «jaune», ça serait un peu de beurre sur les épinards...

Pour Francfort, cette immobilisation forcée permet de maintenir l’idée que tout est sous contrôle, que l’euro repose sur une base solide, que les réserves restent ce qu’elles doivent être: un argument psychologique.

 

En vérité l’Europe exige des États dociles et des peuples zombies

Le fond du problème n’a rien à voir avec l’économie. Il tient au fait qu’un État membre se comporte comme un co-propriétaire, alors que Bruxelles veut des locataires pressurables et sous supervision.

Dans cette configuration, un membre qui possède un trésor doit demander l’autorisation de vérifier qu’il le possède encore. Officiellement souverain, pratiquement sous tutelle. L’Europe adore les États: à condition qu’ils restent en veille, qu’ils n’actionnent aucun commutateur, qu’ils se contentent d’approuver les manuels d’instructions écrits ailleurs. L’or italien devient ainsi le symbole parfait d’une Union qui tolère la souveraineté comme concept abstrait, mais qui la redoute dès qu’elle se manifeste sous forme concrète. On accepte le drapeau, on refuse la clé du coffre.

 

Du métal jaune comme test de résistance

Cet épisode n’a rien d’anodin. Il révèle la grande peur de Bruxelles: celle de voir un État récupérer un levier réel. Dès qu’un pays tente de reprendre un outil stratégique — monnaie, frontière, énergie, réserves — l’Europe déclenche un protocole de neutralisation pour rappeler que la décision véritable se prend ailleurs.

Et  cette Europe ne supporte pas que l’Italie, ou n’importe quel pays, puisse encore s’en servir. Un État qui demande où se trouvent ses lingots, c’est un État qui recommence à penser. Et ça, dans la logique actuelle de de l’UE, c’est vraiment intolérable.

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Non à l’empire de la paperasse ! Où l’on découvre que l’Europe moderne ne se gouverne plus, elle s’imprime

9 Décembre 2025, 12:16pm

Publié par Michel ROCHAT

L’empire bruxellois fonctionne comme un Scribe fou qui ne dort jamais, qui tourne à la caféine institutionnelle, qui secrète du règlement comme d’autres sécrètent du fiel, qui remplit la planète d’annexes, de préambules, de considérants, de notes de bas de page, de sous-alinéas, de sous-sous-alinéas, de renvois à des renvois qui renvoient eux-mêmes à des renvois précédents. Elle ne gouverne pas : elle photocopie le réel jusqu’à la suffocation.

Non à l’empire de la paperasse ! Où l’on découvre que l’Europe moderne ne se gouverne plus, elle s’imprime

Chaque minute qui passe, un nouveau règlement jaillit de Bruxelles pour dire à un citoyen européen comment se positionner par rapport à une courgette, un chameau, un chargeur USB ou une émotion vécue pendant ses loisirs. La bureaucratie n’est plus un moyen : c’est une forme de vie.

 

L’UE  c’est 70’000 pages de plus par an, comme si personne ne devait les lire

Depuis le traité de Lisbonne, l’UE a pondu environ 70’000 pages de texte nouveau par an. On ne parle plus d’un Parlement: on parle d’une imprimerie possédée. Une sorte de Gutenberg zombie qui n’a plus de frein moteur.

 

Le rapport Draghi recense 13’000 actes juridiques adoptés en cinq ans

Cela représente des montagnes de papier plus hautes que les Alpes suisses, mais sans la beauté, sans les chamois, sans rien — juste de la cellulose réglementaire, compacte comme une Ursula von der Leyen un lendemain de Conseil. Dans ce monde-là, la modernité consiste à cuire un œuf avec trois directives, deux règlements et un acte délégué qui vous explique comment tenir la casserole. L’homme moderne ne pèle plus une pomme: il l’accomplit selon la procédure CEE 2234/2027/Annexe VII-bis.

 

EconomieSuisse ou la quadrature du cercle: vouloir moins d’État en Suisse, mais importer plus d’État depuis Bruxelles

On pourrait presque admirer l’audace, presque. D’un côté: Economiesuisse réclame de soulager les entreprises du fardeau administratif. De l’autre : elle veut signer des accords institutionnels qui reviennent à brancher la Suisse à la centrale nucléaire du règlement bruxellois. C’est un peu comme militer pour la sobriété énergétique en installant un grille-pain géant dans son salon. Leur ligne peut se résumer ainsi: Moins de bureaucratie nationale, oui — mais plus de bureaucratie étrangère, tout de suite. Moins de règlements suisses excessifs  — mais tout en voulant en importer par palettes entières de Bruxelles.

Mais bien sûr ! Les adversaires des nouveaux accords n’exagèrent même plus: ils divaguent.

 

L’Europe, ce n’est pas Big Brother : c’est Big Brochure

Pourquoi Bruxelles fabrique-t-elle autant de textes ? Parce qu’elle ne sait faire que ça. L’Europe aime la norme comme d’autres aiment les chats. Elle cajole la norme. Elle dort avec la norme. Elle donne un prénom à la norme et lui tricote des projets de directives pour qu’elle ne prenne pas froid.

L’UE a conçu une logique propre: si un problème n’existe pas, on rédige une réglementation pour le faire apparaître. Le réel, lui, n’a plus qu’à suivre.

C’est l’inversion totale: l’univers n’a pas été créé en sept jours; Bruxelles en crée un nouveau chaque matin entre 8 h et 11h30, juste avant le déjeuner de travail où l’on présentera trois nouvelles stratégies-cadres pour optimiser la stratégie-cadre précédente.

 

La Suisse, ce pays déraisonnable qui croit encore qu’un citoyen doit comprendre la loi

Pendant que l’Europe se noie dans son océan de paragraphes, la Suisse continue d’entretenir une idée archaïque: la loi doit rester lisible. Pour un pays où la démocratie directe repose sur le fait que les citoyens lisent et comprennent les objets soumis au vote, l’arrivée du tsunami réglementaire européen reviendrait à diffuser du Wagner dans un hospice: tout le monde souffrirait, mais personne n’oserait le dire.

La moitié du droit économique suisse est déjà influencée par Bruxelles, souvent par transposition autonome — un concept unique au monde qui consiste à adopter la loi d’un autre sans qu’il ne l’ait demandée. Une sorte de syndrome de Stockholm législatif. La Suisse n’est pas encore dans l’UE, mais elle range déjà sa chambre selon les instructions du voisin.

 

L’usine à règles qui se prend pour un destin

On parle souvent de l’expansion des compétences de l’État. Mais l’UE, c’est mieux: c’est l’expansion d’un État sans visage, d’une bureaucratie sans propriétaire, d’une fabrique normative qui tourne seule, comme si les fonctionnaires avaient disparu mais laissé les machines réglées sur « production infinie ». Le cauchemar postmoderne, version Office du marché intérieur.

Au rythme actuel, d’ici 2050, il faudra un permis européen pour respirer correctement à l’intérieur d’un espace de travail partagé. Une respiration non conforme DEVIENDRA un problème de conformité environnementale, immédiatement soumis à révision. Bruxelles ne détruit pas la liberté : elle la reformate. En Times New Roman, 12 points, interligne simple.

 

Et si la Suisse disait NON à l’empire de la paperasse ?

La bureaucratie européenne n’est pas un danger abstrait. C’est un écosystème. Une jungle de classeurs où l’on n’avance qu’en dégageant des lianes de directives.

La Suisse peut continuer à respirer l’air frais des vallées ou inhaler la poussière réglementaire des couloirs de la DG COMP. Elle peut conserver ses procédures de consultation ou les troquer contre les mécanismes de decision shaping (mot magique qui signifie «vous parlerez quand on vous dira de parler»).

La Suisse n’a pas besoin de devenir la sous-préfecture helvétique du Règlement 32/84/UE.
Elle n’a pas besoin de se soumettre à la religion du formulaire.
Elle n’a pas besoin de transformer sa démocratie directe en simple branche locale du département «Compliance» de Bruxelles.

Elle peut dire non, tout simplement. Un mot court, léger, helvétique.
Un mot encore non réglementé par l’Union européenne.

 

Michel ROCHAT

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Suisse à dix millions d'habitants: la peur du manque face au déni du trop-plein

8 Décembre 2025, 23:52pm

Publié par Michel ROCHAT

Les adversaires de l’initiative voient le chaos partout… sauf là où il se trouve. Le pays déborde déjà de toutes parts; l’Office fédéral de la statistique revoit ses courbes tous les cinq ans parce qu’elles explosent en plein vol; l’énergie va manquer; les infrastructures sont saturées; les loyers étouffent la classe moyenne; l’agriculture recule; la nature fond comme le chocolat au soleil — mais non… attention, le chaos, le vrai, ce serait de freiner la machine.

Suisse à dix millions d'habitants: la peur du manque face au déni du trop-plein

Dans la bouche de Cédric Wermuth et consorts, la Suisse serait une sorte de Tamagotchi géant: si l’on ne nourrit pas la croissance démographique chaque matin, elle meurt. La réalité, elle, rappelle plutôt un aquarium dont la pompe a lâché: on continue d’ajouter des poissons parce que «ça fait joli», et quand l’eau devient laiteuse, on accuse le bocal d’être xénophobe.

 

Le chaos selon Wermuth, ce sont les gens qui remarquent qu’ils étouffent

Selon Cédric Wermuth, limiter la croissance démographique provoquerait «le chaos absolu». L’expression fait sourire. Le chaos absolu, chez lui, c’est quand le pays cesse d’ajouter 80'000 personnes nettes par an à son inventaire. Alors qu’en réalité, le chaos absolu, c’est:

– 214 TWh d’énergie consommés dans un pays qui n’en produit même pas la moitié;
– des villes qui bétonnent 2'000 m² de nature par heure;
– 260'000 immigrations nettes en 2023, soit un canton entier arrivé d’un coup;
– des loyers stratosphériques malgré plus de logements vacants qu’en 2002;
– des transports saturés, des écoles débordées et un système social chauffé au rouge.

Mais pour les adversaires de l’initiative, tout cela n’est qu’une «perception» — une atmosphère, une petite fatigue. La Suisse suffoque, mais le problème, nous dit Wermuth, ce sont les gens qui remarquent qu’ils étouffent.

 

«Vous détestez vos voisins, donc vous êtes méchants»

L’argument favori: «Le jour de la votation, 1,5 million de citoyens européens se demanderont s’ils doivent quitter la Suisse.»
Autrement dit: «Si vous votez NON à l’explosion démographique, vos voisins feront leurs valises, les enfants pleureront dans les rues et les chats se jetteront dans les fontaines.»

On atteint ici des sommets de dramaturgie subventionnée.

En face, les partisans de l’initiative rappellent simplement qu’un pays a encore le droit de décider combien d’habitants il peut absorber matériellement, sans se laisser dicter son avenir par un chantage émotionnel digne d’un soap opera. Le peuple suisse doit choisir sa politique démographique, pas sa psychiatre familiale.

 

La peur de la main-d’œuvre introuvable: quand la démographie devient drogue dure

Wermuth répète que sans immigration massive, nos hôpitaux fermeraient et nos aînés seraient «calmés aux sédatifs». L’image est forte: on dirait presque une menace. Mais elle masque des faits têtus.

Plus de population = plus de patients → plus de besoins → plus de pénurie.
C’est de la mathématique de base. Même les élèves des classes débordées peuvent suivre.

Chaque vague migratoire crée elle-même la demande d’une nouvelle vague. On appelle cela un système addictif.

La Suisse devient ainsi un organisme qui ne peut plus fonctionner sans perfusion démographique continue, alors même que cette perfusion provoque les symptômes qu’elle prétend soulager: surcharge des hôpitaux, explosion des primes, urbanisation sauvage, pression sur les sols et sur l’énergie.

Autrement dit: on éteint l’incendie avec un jerrican d’essence.

 

L’art de transformer une limite physique en péché politique

L’initiative parle de durabilité. De limites matérielles. D’énergie, de sols, de logements, de ressources. Les adversaires y voient… de la xénophobie.

C’est un classique: dès qu’on évoque la simple notion de capacité, on vous explique que vous détestez la moitié du monde.
Cédric Wermuth ressort même toute la panoplie historico-morale: antisémitisme d’antan, méfiance ancestrale, «culture dominante xénophobe».

On dirait le catalogue Manufrance de la mauvaise foi.

Pendant ce temps, les faits matériellement vérifiables continuent d’empirer: nature bétonnée, agriculture réduite de 1'143 km², consommation énergétique en hausse, besoins en infrastructures multipliés, systèmes sociaux sous pression.

Mais non: si la réalité vous gêne, c’est que vous êtes méchants.

 

«Plus on est, plus on rit!»

L’argument magique: «Partout où les gens aiment vivre, la prospérité augmente.»
Traduction: «Plus il y a de monde, plus c’est génial. Continuez à pousser, il reste peut-être un angle de trottoir à bétonner près de Zurich.»

Les partisans de l’initiative apportent pourtant une donnée simple, élémentaire, presque enfantine: un petit pays avec des ressources limitées ne peut pas durablement encaisser un million et demi de nouveaux habitants tous les vingt ans.

Ce n’est ni de droite ni de gauche: c’est géologique, géographique, thermodynamique.
La terre, elle, vote pour les limites.
Elle ne connaît pas les discours.
Elle connaît la charge maximale.

 

Le catastrophisme change de camp

Les adversaires de l’initiative jouent à se faire peur: «Fin de la prospérité!», «Fin des hôpitaux!», «Dépression nationale!», «Nos voisins qui fuient!»

Mais la catastrophe — la vraie, la matérielle, la mesurable — c’est la situation actuelle.
C’est la croissance incontrôlée qui dissout la Suisse réelle dans un brouillard statistique.
C’est la fuite en avant énergétique, urbaine, sociale et écologique.
C’est croire que la liberté d’un pays dépend de sa densité de population.

 

La Suisse est un bar à fondue:
– Il est convivial, chaleureux, accueillant — mais quand la table est pleine, elle est pleine.
– Ce n’est pas de la haine.
– Ce n’est pas de la peur.
– C’est juste éviter de renverser le caquelon sur tout le monde.

 

 

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L’Union Punitive SA: Une officine qui tire sur tout ce qui bouge…

8 Décembre 2025, 06:36am

Publié par Louis Giroud

L’Union européenne a découvert la joie simple des états d’âme autoritaires. Elle ne construit plus des cathédrales bureaucratiques: elle dresse des contraventions cosmiques. Son dernier trophée, X – l’ancien Twitter – reçoit ainsi une amende astronomique destinée à rappeler au monde que Bruxelles tient encore son fouet réglementaire. Pas pour défendre les citoyens. Pas pour régler un problème technique. Pour rappeler qu’ici, dans le grand sanhédrin technocratique, le débat libre doit se présenter à l’accueil, retirer un ticket, attendre son tour et se montrer poli. Sinon: sanction.

Le Digital Services Act a été pensé comme un outil de protection. En réalité, c’est l’équivalent numérique d’un couteau suisse fabriqué pendant une crise d’autoritarisme nerveux. On peut tout faire avec: moraliser, punir, infantiliser, exiger, sermonner, contraindre. L’UE s’en amuse comme un enfant qui découvrirait que le bouton rouge fait du bruit: plus c’est vague, plus c’est jouissif.

L’infraction imaginée pour clouer X au pilori ? «Pratiques trompeuses», «manque de transparence», «registre publicitaire». Des expressions conçues pour tenir debout même si on retire les voyelles. Des mots tellement flous qu’un jour, on pourra les appliquer à la météo.

Le vrai problème se trouve ailleurs: X refuse de se laisser toiletter. Musk laisse les gens parler sans que Bruxelles n’enlève les petites lettres imprudentes avec une pince à épiler. Une hérésie. Un pape numérique qui excommunie la censure: insupportable.

 

L’eurocratie, cette vieille maîtresse jalouse

Pendant des années, les plateformes ont accepté de se faire brosser dans le sens du poil réglementaire. Elles demandaient poliment combien de cases il fallait encore cocher pour éviter une remontrance de commissaire européen. Puis Musk arrive. Et soudain, impossible de garder les bêtes en cage.

Bruxelles découvre alors l’angoisse la plus profonde de toute bureaucratie vieillissante: un espace de parole qui n’attend pas ses directives pour respirer. Un agora imprévisible. Un lieu où l’on débat sans demander l’avis du préfet moral continental. L’UE, vexée comme un satrape déchu, décide donc de frapper fort: un coup de marteau réglementaire pour dire « ici, on parle quand on vous le dit ».

 

Washington, soudain pris d’un sursaut de lucidité

Même les États-Unis, qui d’habitude regardent les convulsions bruxelloises avec un sourire diplomatique, ont sursauté. Une amende de cent vingt millions, c’est suffisant pour réveiller le Département d’État. Une telle somme pour des « pratiques trompeuses » ? On pourrait croire que Bruxelles reproche à Musk d’avoir volé la Joconde.

Mais non. C’est simplement la méthode douce de l’UE: quand quelque chose échappe à son contrôle, elle punit. Le géant américain comprend le message: l’Europe ne veut pas réguler la tech, elle veut rappeler qu’elle existe encore. Une Europe qui ne produit plus grand-chose, mais qui distribue les sanctions comme des médailles inversées.

 

L’UE, nouveau directeur de conscience à usage mondial

L’amende n’est pas seulement financière: elle est pédagogique. L’Union se prend désormais pour un internat moral. Elle donne des « délais », réclame des « plans », surveille, juge, sermonne. On croirait entendre un surveillant général s’adressant au cancre le plus bruyant de la classe.

Une logique étrange s’installe: l’UE ne gère plus un marché, elle gère des comportements. Elle ne régule pas une activité: elle corrige une attitude. Et lorsqu’elle manque d’autorité réelle, elle la remplace par une inflation de normes. Le pouvoir se dissout, mais la procédure enfle.

 

Quand Musk parle de dissolution de l’UE…

La réplique de Musk – l’UE devrait être dissoute – a fait s’étrangler des bataillons entiers de hauts fonctionnaires. Pourtant, ce n’est pas l’excentricité d’un milliardaire. C’est le constat clinique d’un continent qui a perdu le fil. Plus l’Europe décline, plus elle multiplie les règles pour éviter de regarder la réalité en face. Le réflexe pavlovien du pouvoir faible: serrer la vis.

Bruxelles ressemble à ces phares en ruine qui continuent de s’allumer mécaniquement, alors même que les navires ne passent plus depuis des années. Le phare ne guide plus, ne protège plus, ne sert plus à rien. Il reste juste pointilleux. Très pointilleux.

 

Le futur: après les plateformes, les citoyens

Car l’essentiel n’est pas l’amende de X. L’essentiel, c’est la trajectoire. Le continent glisse vers une gouvernance punitive où la liberté devient un accident administratif. Si un réseau social peut se faire frapper pour ne pas filtrer les conversations comme Bruxelles l’exige, qu’est-ce qui empêchera demain de sanctionner ceux qui les tiennent ?

Ce n’est pas de la science-fiction. C’est la logique même du système: réguler l’outil, discipliner l’usage, surveiller l’utilisateur. Une vieille histoire européenne. Le numérique ne fait qu’offrir un terrain de jeu plus vaste.

 

L’Europe, ce phare éteint qui vérifie encore les ampoules

Autrefois, le continent prétendait éclairer le monde. Aujourd’hui, il vérifie compulsivement la conformité des interrupteurs. Il ne protège plus la liberté, il l’encadre. Il ne garantit plus le débat, il le conditionne. La lumière est morte, mais la paperasse brille encore.

Et dans ce clair-obscur administratif, une certitude se dessine: la prochaine bataille ne se jouera pas entre Bruxelles et une plateforme américaine. Elle se jouera entre Bruxelles et tout ce qui, de près ou de loin, ressemble à une opinion libre. Parce que c’est ça, désormais, le vrai délit.

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«Bilatérales III»: le grand numéro d’emballage d’EconomieSuisse

8 Décembre 2025, 05:18am

Publié par Louis Giroud

Il existe une constante dans l’histoire politique suisse: chaque fois qu’un pan de la souveraineté est menacé, ce n’est jamais au nom de la contrainte, mais au nom de «l’efficacité». Ceux qui demandent d’abandonner une liberté n’ont jamais l’honnêteté de le dire. Ils expliquent que ce n’est pas une perte, mais une optimisation; pas un renoncement, mais une actualisation; pas un basculement, mais un simple ajustement.

«Bilatérales III»: le grand numéro d’emballage d’EconomieSuisse

Avec les accords «Bilatérales III», EconomieSuisse orchestre ce théâtre-là: une mise en scène savamment calibrée, saturée de chiffres prophétiques, de catastrophes modélisées, de raisonnements tautologiques et d’images destinées à dépolitiser ce qui, depuis 1848, relève pourtant du cœur battant de l’architecture institutionnelle suisse.

 

Transformer son intérêt sectoriel en impératif national

Nous sommes face à un cas d’école: un lobby économique se prenant pour une autorité morale, transformant son intérêt sectoriel en impératif national. Il faut observer cette mécanique de près, car elle dit bien plus qu’un simple rapport de force entre l’économie et le politique: elle révèle la manière dont une démocratie peut être anesthésiée par ceux qui prétendent la sauver de son propre peuple.

 

Le lobby et sa fable: l’Europe comme horizon indépassable

Le discours d’EconomieSuisse ne commence jamais par une question. Il commence par une conclusion: la Suisse n’aurait pas le choix. L’Union européenne serait le pivot, l’axe, la matrice et la colonne vertébrale de la prospérité helvétique. Le reste du monde — États-Unis, Chine, Inde — est relégué au rang de folklore commercial. Tout se passe comme si un éternuement à Bruxelles suffisait à faire s’effondrer l’industrie suisse. Nous sommes face à un récit, non à une analyse.

Aucun tableau sérieux n’est produit pour rendre compte de la diversification réelle des exportations suisses hors de l’UE, de l’importance croissante de secteurs peu ou pas dépendants du marché intérieur européen, du rôle déterminant de la stabilité institutionnelle suisse dans l’attraction des capitaux internationaux, ni de la faiblesse structurelle de nombreuses économies européennes. On passe également sous silence le fait que la balance commerciale est favorable à l’UE, faisant de la Suisse un client solvable plutôt qu’un mendiant dépendant.

 

La Suisse allongée à l’ombre d’un Maître

À la place, on répète que l’UE représente 450 millions de consommateurs comme on psalmodie un dogme. On cite des pourcentages d’exportations sans jamais examiner les secteurs concernés ni leur degré réel de dépendance réglementaire. On oublie surtout que l’économie suisse s’est construite précisément parce qu’elle a toujours refusé de faire dépendre sa souveraineté d’une seule puissance dominante. Ce que raconte EconomieSuisse n’est pas l’avenir, mais une fiction géopolitique où la Suisse deviendrait une principauté allongée à l’ombre d’un Maître. Une fiction qui arrange Bruxelles, évidemment, mais surtout les grandes entreprises incapables d’imaginer un monde où la prophylaxie réglementaire européenne ne leur servirait plus d’aiguillage permanent.

 

Le terrorisme prédictif: quand l’économie joue à l’apocalypse

Chaque fois qu’on demande à EconomieSuisse d’expliquer pourquoi la Suisse devrait accepter un mécanisme de reprise dynamique du droit européen, la réponse ne prend pas la forme d’une démonstration politique, mais d’une litanie de chiffres. Il ne s’agit jamais de données observées, mais de projections: une baisse du PIB de 7,1% à l’horizon 2045, 685 milliards de pertes cumulées, 50 milliards pour l’électricité, 5’200 francs de PIB par habitant. On se croirait à la lecture d’un bulletin météo pour l’année 2080.

Ces chiffres fonctionnent comme des épouvantails. Ils ne démontrent rien; ils effraient. Ils ne constituent pas une analyse, mais un instrument psychologique. Dans n’importe quel autre domaine, un modèle projeté à vingt ans serait accueilli avec la plus grande prudence. En politique européenne, il devient une loi sacrée. Le problème n’est pas l’existence du modèle en soi, mais ce qu’il remplace: la discussion, l’incertitude, le doute légitime et l’évaluation critique. L’économie cesse d’être un outil pour devenir une théologie, dont EconomieSuisse assume le rôle du clergé.

 

L’infantilisation technologique: «Votre Constitution est un smartphone»

On touche ici au sommet de la novlangue. Selon les promoteurs des Bilatérales III, ces accords ne constitueraient qu’une «mise à jour». Comme si la Constitution était une interface logicielle, la souveraineté un système d’exploitation et les cantons de simples icônes. Ce cadrage n’est pas anodin: il a pour fonction explicite de dissoudre le politique dans le technique.

On explique ainsi qu’il ne s’agirait pas d’une transformation institutionnelle, mais d’une question de compatibilité; pas d’un changement de régime juridique, mais d’un simple correctif; pas d’un transfert de compétences, mais d’une synchronisation nécessaire. La réalité est pourtant beaucoup plus simple: cette prétendue «mise à jour» impose que le droit européen devienne la référence chaque fois que la Suisse souhaite conserver un accès au marché. Il s’agit d’un mécanisme d’intégration juridique automatique. Non pas une maintenance, mais une absorption. Non pas une adaptation, mais une dépendance programmée. Ce discours ferait sourire s’il ne concernait pas un pays dont l’originalité institutionnelle constitue l’un des rares miracles politiques de l’histoire moderne.

 

La neutralisation du peuple: un vieux fantasme technocratique

Dans le récit d’EconomieSuisse, le peuple apparaît comme un obstacle plus que comme un sujet politique. On lui concède poliment un référendum, à condition qu’il soit rituel et non décisif: un vote destiné à valider une ligne déjà tracée ailleurs, un geste civique décoratif. Derrière le langage apaisant sur le «respect des processus démocratiques», une vérité nue se dessine: ces accords ne peuvent exister qu’en rendant l’exercice de la démocratie directe impossible.

Une fois la Suisse insérée dans la logique de reprise dynamique du droit européen, tout rejet futur devient simultanément économiquement punissable, juridiquement risqué et politiquement irréversible. Le label «démocratie directe» subsisterait comme une «guirlande», ou comme une boule qu’on accroche au sapin de Noël. Ce que l’Union européenne n’obtiendrait jamais par un vote populaire limpide, ses partisans cherchent à l’obtenir par l’épuisement du droit, par de la sophistication procédurale et la culpabilisation civique.

 

L’oubli stratégique: la Suisse est forte parce qu’elle est singulière

L’argument le plus dévastateur contre les Bilatérales III n’est pas idéologique; il est historique. La Suisse est prospère parce qu’elle refuse l’alignement, cultive la neutralité comme un outil stratégique, protège son fédéralisme, garantit la lenteur démocratique face à l’accélération technocratique, demeure dépositaire d’une souveraineté normative que d’autres ont abandonnée et offre au capital une stabilité que Bruxelles est incapable de fournir. Elle maintient une qualité de décision politique en phase avec son tissu social et assume le coût de sa liberté pour en récolter les bénéfices. On lui demande aujourd’hui de détruire ce qui fonctionne pour se livrer à ce qui ne fonctionne plus.

 

L’emballage de la fausse «Fête» devient une faute politique

Les promoteurs de ces accords ne proposent pas un avenir; ils organisent une résignation. Ils souhaitent que la Suisse devienne ce que l’Europe est devenue: une zone administrative où la règle prime sur la liberté, la conformité sur la créativité et la centralisation sur la subsidiarité. Ils oublient que la Suisse n’est pas née dans un bureau bruxellois, mais dans un pacte, une structure fédérale et une méfiance ancestrale envers les appareils supranationaux.

L’emballage d’EconomieSuisse annonce un changement d’époque. Le lobby ne se contente plus d’influencer la politique; il cherche désormais à la remplacer. Dans ce discours, les choix deviennent des obligations, les alternatives des fantasmes, les réserves des archaïsmes et les opposants des irresponsables. Le peuple est progressivement présenté comme un problème, tandis que la souveraineté est réduite à un coût. Ce n’est plus un débat, mais un cadrage intellectuel destiné à rendre toute autre option impensable. Le lobby demande à la Suisse d’être «adulte», c’est-à-dire raisonnable, c’est-à-dire soumise. Ce lexique doit être refusé.

 

Pour une lucidité sans concession

Dire non à ce paquet institutionnel ne signifie pas dire non à l’Europe. Cela signifie refuser de confondre coopération et absorption, commerce et discipline, partenariat et tutelle. Aucune prospérité durable ne s’est jamais construite sur un renoncement à soi. Aucune innovation véritable ne naît de la conformité. Aucune démocratie digne de ce nom n’accepte que son droit dépende d’une instance extérieure. Aucun pays solide n’abandonne un avantage structurel pour satisfaire les fantasmes d’un lobby.

 

La Suisse a prospéré en résistant

La Suisse n’a jamais prospéré en s’alignant. Elle a prospéré en résistant. Ce n’est pas une posture, mais une réalité historique. L’enfumage d’EconomieSuisse ne doit pas nous tromper: derrière les modèles et les graphiques se cache une vérité simple. Ce que les partisans appellent «modernisation» est une mutation institutionnelle profonde. Ce qu’ils nomment «mise à jour» est une abdication enjolivée. Ce qu’ils présentent comme une «réalité économique» est un récit performatif destiné à empêcher toute autre pensée.

La Suisse n’a pas besoin de devenir l’annexe normative de Bruxelles pour continuer à inventer son avenir. Elle a besoin, comme toujours, de rester maîtresse de ses choix — même lorsque ceux-ci déplaisent à ceux qui rêvent d’une démocratie sans citoyens.

 

LOUIS GIROUD

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«Bilatétales III»: homologation d'une mise sous tutelle

7 Décembre 2025, 23:13pm

Publié par Louis Giroud

Un matin, le Conseil fédéral s’est levé avec l’idée lumineuse d’adopter le vocabulaire des lobbyistes européens. Pas un débat, pas un soupçon de décence institutionnelle. Juste un copier-coller direct de Bruxelles, comme si la Suisse avait enfin décidé d’abandonner les préliminaires pour entrer dans la relation toxique par la grande porte.

Le pays de la démocratie directe se retrouve à reprendre le jargon de ceux qui rêvent de voir sa démocratie sous tutelle. Le tour de magie est simple: rebaptiser un paquet d’accords explosifs en “Bilatérales III” pour le faire passer pour une suite logique, une continuité, une évidence quasi administrative. Le genre de manipulation linguistique qu’affectionnent les régimes qui ne veulent surtout pas qu’on lise les petites lignes.

 

Un label en trompe-l’œil, un pipeline vers la soumission

On vend au public un prolongement de la voie bilatérale. En réalité, l’intitulé sert à maquiller un virage brutal: l’abandon de l’égalité contractuelle au profit d’une relation verticale où l’UE donne les ordres et la Suisse coche les cases. Les “accords bilatéraux” avaient le mérite de la clarté: deux partenaires négocient, signent, appliquent. Le nouveau paquet appartient à une tout autre zoologie juridique. C’est un accord institutionnel: la Suisse reprend automatiquement le droit européen, se met sous la coupe d’un juge étranger, accepte des sanctions si elle ose respirer trop fort. Le marketing s’appelle “Bilatérales III”. Le produit réel: “Soumission 1.0”.

 

Un Conseil fédéral noyé dans les «lobbying papers»

La concordance voulait des conseillers fédéraux capables de se tenir à distance des propagandes, même quand elles sentent bon la moquette neuve de Bruxelles. Manifestement, cette capacité se perd. Le collège reprend un terme militant soufflé par les milieux économiques les plus euro-compatibles. Le Conseil fédéral n’explique rien, il répète. Il ne délibère plus, il s’aligne. On devine l’ambiance: les lobbying papers s’empilent, les arguments sont servis clé en main, les ministres hochent la tête comme des figurants dans leur propre film.

 

Des “clauses de sauvegarde” pour calmer les naïfs

Pour calmer les naïfs, on a inventé une “clause de sauvegarde”. Le genre de formule qui rassure les gens qui n’ont pas encore découvert les notes en bas de page. Officiellement, cette clause permettrait de freiner l’immigration “en cas de graves problèmes économiques ou sociaux”. Dans la réalité, elle exige l’autorisation préalable d’un comité mixte où Bruxelles distribue les permissions comme des jetons de parking. Il n’y a pas de sauvegarde: il y a demande d’indulgence. Et même lorsque Bruxelles consentirait à laisser la Suisse s’auto-défendre quinze minutes chrono, elle garderait le droit d’imposer des “mesures compensatoires”, c’est-à-dire des sanctions en costume trois pièces. Un garde-fou qui punit celui qui l’utilise: du jamais vu depuis les assurances-vie vendues aux naufragés.

 

Le leurre peint en rouge...

On ajoute ensuite une “clause unilatérale” dans le droit suisse, pour donner une impression d’indépendance. Du théâtre. Cette clause n’existe pas dans le traité, Bruxelles ne la reconnaît pas, et son activation violerait l’accord et déclencherait immédiatement les foudres européennes. C’est une alarme qui sonne dès qu’on l’effleure, et dont la notice d’utilisation commence par: “Ne pas utiliser”. Le Conseil fédéral la brandit pourtant comme preuve que la Suisse reste maîtresse chez elle. Une preuve qui n’a pas plus de valeur juridique qu’un post-it.

 

L’illusion du contrôle: la grande spécialité bruxelloise

Les deux clauses – la contractuelle et l’unilatérale – sont parfaitement synchronisées pour ne rien produire. Elles créent une illusion de maîtrise, un simulacre de souveraineté, une marionnette institutionnelle agitée devant un public distrait. La libre circulation reste intégrale, l’immigration continue sans frein, et chaque geste helvétique passe désormais au contrôle technique européen. “Bilatérales III”, c’est la version suisse du piège à guêpes: on attire avec un mot rassurant, et on referme la grille derrière.

 

La Suisse doit signer pour être punie

Les promoteurs du paquet racontent qu’il s’agit d’avancer dans la coopération. Le texte, lui, raconte autre chose: la Suisse doit reprendre le droit européen, s’exposer à des sanctions automatiques, renoncer à toute autodéfense juridique, et avaler une terminologie qui masque la nature réelle du projet. Le Conseil fédéral et les partis qui l’encouragent espèrent que la population suive sans regarder les détails. Mais l’histoire helvétique a parfois ce sursaut étonnant: quand le peuple lit les petites lignes, il devient subversif.

 

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Ce monde où chacun s’épuise à jouer le rôle qu’on attend de lui

7 Décembre 2025, 04:56am

Publié par Louis Giroud

L’époque se résume à une scène trop petite où chacun s’agite dans un costume rapiécé: le populiste indigné, le mondialiste contrit, l’Européen somnambule, la Chine silencieuse qui connaît à l’avance la fin du film. Les blocs idéologiques n’entrent même plus en collision ; ils s’empilent, se déforment et s’écrasent comme des meubles suédois mal assemblés. Tous rejouent des rôles usés que le public n’écoute plus, mais entend à moitié.

Dans cet empilement d’identités usées, on retrouve les souverainistes-populistes brandissant l’étendard d’un protectionnisme salvateur, et en face des mondialistes-impérialistes dont le rêve de grand pique-nique amical s’effondre comme peau de chagrin. Et là, Trump, le protectionniste sauveur de la nation, demeure un officiant zélé du temple atlantiste. Il défend l’hégémonie occidentale avec la même ferveur qu’il vend ses casquettes rouges : sans nuance, sans mémoire. Les discours changent, les réflexes demeurent.

 

La Russie et l’idée des mondes multiples

Face à lui, Poutine avance avec le calme du joueur qui a anticipé plusieurs chutes d’empire. Souverainiste, conservateur, mais convaincu que le monde qui vient ne sera plus structuré autour d’un seul centre. Il imagine un système où plusieurs gravités coexistent, où Washington n’aurait plus la télécommande universelle, où les forces ne s’aligneraient plus mais orbiteraient.

 

L’Europe en quête d’un vocabulaire

Au milieu, l’Europe se contorsionne comme un orchestre sans chef qui continue de jouer par habitude. Les États membres ont abandonné le mot « souveraineté » depuis si longtemps qu’ils ne sauraient même plus le retrouver dans le dictionnaire. Mondialistes par habitude, occidentalo-centristes par réflexe, ils suivent la ligne des think tanks comme on emprunte l’échelle d’une via ferrata, sans s’interroger sur ce qui se trouve au bout.

 

Trump–Poutine: une affinité imaginaire

On évoque souvent une proximité entre Trump et Poutine, mais elle ne dépasse jamais le stade du clin d’œil idéologique. On est en présence de deux personnages persuadés d’incarner l’insubordination, où chacun sert sa propre mise en scène de puissance. Deux solitudes politiques qui se frôlent sans se croiser, incapables de partager le même espace mental plus d’un instant.

 

La Chine qui se redécouvre telle qu’elle fut

La Chine n’est pas un camp, encore moins un bloc idéologique : c’est une civilisation qui revient lentement à son poids naturel, comme un fleuve qui regagne le lit qu’on avait cru pouvoir détourner. Aujourd’hui convive silencieux d’un banquet géopolitique qu’elle observe attentivement, elle fut longtemps perçue comme l’usine du monde, simple appendice industriel du rêve occidental. Elle révèle soudain qu’elle a profité des délocalisations pour assembler non seulement nos gadgets, mais aussi sa propre puissance. En lui confiant nos chaînes de production, nous avons oublié qu’elle n’avait jamais perdu l’art de fabriquer des empires.

 

L’Occident vexé par son propre jeu

Aujourd’hui, l’Occident hurle à la concurrence déloyale comme un joueur vexé de perdre avec les cartes qu’il a lui-même distribuées. Washington accuse Pékin de tous les excès du capitalisme mondialisé — celui-là même qu’il a exporté en palettes complètes, persuadé que le Parti communiste finirait par se dissoudre dans le Coca-Cola. Or la Chine a bu la bouteille et conservé l’État.

 

Taïwan et les chevaliers tardifs

Quand l’Occident se découvre soudain défenseur de la souveraineté taïwanaise, il oublie sa propre propension historique à redécouper les cartes du monde selon ses intérêts. Pendant ce temps, Pékin avance méthodiquement, avec la certitude qu’aucune gesticulation n’est nécessaire : l’arithmétique démographique et industrielle fait déjà le travail. Le temps, allié traditionnel des civilisations longues, lui suffit.

 

La politesse glacée de Pékin

Alors même que nous dénonçons l’autoritarisme chinois, Pékin déroule une politique étrangère tout en calme protocolaire, en sourires millimétrés et initiatives d’apaisement parfaitement calibrées. Cette absence de réaction aux provocations rend l’Occident nerveux : rien n’est plus irritant qu’un adversaire qui ne joue pas la scène prévue.

 

Celui qui connaît la fin sans avoir lu le texte

Dans ce monde où chacun s’épuise à interpréter obstinément le rôle que l’époque lui attribue — populiste indigné, mondialiste repentant, Européen hébété — la Chine apparaît comme l’acteur qui connaît déjà la fin de la pièce. Elle écoute les autres se disputer la scène, prend des notes, calcule. Et tandis que l’Occident rêve encore d’organiser le monde comme on organise un festival, Pékin redessine les routes, les flux, les dépendances.

Le véritable malaise occidental ne tient peut-être pas au caractère autoritaire du régime chinois. Il surgit de cette évidence nue : la Chine n’a plus besoin de l’Occident pour exister. Cette autosuffisance relève, aux yeux des puissances qui se croyaient indispensables, d’une insolence insupportable.

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Quand Emmanuel Macron dégomme Rome, Giorgia Meloni dégaine au vitriol

5 Décembre 2025, 18:52pm

Publié par Louis Giroud

L’escalade verbale entre Emmanuel Macron et Giorgia Meloni dépasse le simple duel politique. Elle révèle les tensions structurelles qui traversent l’Union européenne, de la gestion des migrations aux héritages post-coloniaux en passant par la rivalité franco-italienne en Méditerranée. En réponse aux propos attribués au président français, la dirigeante italienne renvoie Paris à ses choix stratégiques en Libye et à son influence persistante en Afrique, transformant un échange d’invectives en affrontement géopolitique majeur.

Dans une courte intervention, Giorgia Meloni a répondu avec force aux propos attribués à Emmanuel Macron. Le chef de l’État français aurait qualifié les responsables italiens de « vomitevolli », « chini-chi » et « irresponsabili ». La réaction de Meloni a été immédiate, tranchante et chargée d’une dimension historique et géopolitique que la dirigeante entend remettre au premier plan.

Meloni rappelle le précédent libyen : un tournant aux conséquences migratoires

Pour Giorgia Meloni, accuser l’Italie d’« irresponsabilité » est un contresens. Elle renvoie l’accusation vers la France en évoquant l’un des dossiers les plus sensibles de la politique méditerranéenne : l’intervention militaire en Libye.
Selon elle, ceux qui méritent d’être qualifiés d’irresponsables sont ceux qui ont « bombardé la Libye » au moment où l’Italie entretenait un partenariat énergétique privilégié avec Mouammar Kadhafi. Cette décision, estime-t-elle, aurait plongé la région dans un chaos politique et migratoire dont l’Europe — et particulièrement l’Italie — paie encore le prix.

Dans cette perspective, la crise migratoire n’est pas née à Rome : elle découle, affirme Meloni, de choix stratégiques faits à Paris.

Sur la gestion des frontières : critique de la politique française

Abordant l’expression « chini-chi », Giorgia Meloni attaque frontalement la politique migratoire française. Elle accuse Paris de faire repousser systématiquement les migrants à la frontière de Vintimille par la gendarmerie, renvoyant les exilés dans des conditions qu’elle juge inacceptables.
Elle souligne l’incohérence qu’elle perçoit dans le fait de pointer l’Italie du doigt tout en pratiquant une politique de refoulement « à 20 milles » de la frontière.

« Vomitevolli » : Meloni retourne l’accusation vers la France

Lorsque Macron aurait utilisé le terme « vomitevolli », Meloni affirme que l’expression décrit mieux, selon elle, ceux qui continuent d’exploiter l’Afrique. Elle évoque trois axes principaux :

  1. Le contrôle monétaire exercé sur 14 pays africains.
    Elle accuse la France de produire la monnaie utilisée par plusieurs nations africaines et de bénéficier du « signoraggio » associé, perpétuant selon elle un rapport de domination économique.
  2. Les conditions d’extraction des matières premières.
    Meloni évoque le travail d’enfants dans certaines mines africaines, symbole, à ses yeux, des contradictions de l’Europe lorsqu’il est question de solidarité et d’humanisme.
  3. Le cas du Niger et l’uranium.
    Elle rappelle que la France extrait environ 30 % de l’uranium nécessaire à son parc nucléaire au Niger, tandis que près de 90 % des habitants de ce pays n’ont pas accès à l’électricité. Ce déséquilibre incarne, pour Meloni, une injustice majeure et un héritage post-colonial mal assumé.

Dans ce cadre, dit-elle, la France ne saurait dicter à l’Italie ce que serait une gestion responsable.

Un message clair adressé à Macron : « Ne nous donnez pas de leçons »

La conclusion de Giorgia Meloni est sans ambiguïté :
— L’Afrique « s’échappe » de la France, affirme-t-elle.
— La solution aux migrations ne consiste pas à déplacer les Africains vers l’Europe.
— Il s’agit plutôt de « libérer l’Afrique de certains Européens ».

Pour Meloni, les problèmes structurels du continent ne s’expliquent pas par des politiques d’accueil, mais par une reconfiguration profonde des relations entre l’Europe et l’Afrique — en particulier par la fin des mécanismes d’exploitation qu’elle attribue à Paris.

Rappel historique et avertissement diplomatique

En replaçant Giorgia Meloni au centre du discours, cet échange apparaît comme un affrontement politique assumé entre deux visions opposées de l’Europe, de l’Afrique et des migrations. La dirigeante italienne ne se limite pas à répondre à une insulte : elle renvoie à Emmanuel Macron un ensemble de critiques géopolitiques, économiques et morales, tout en revendiquant la légitimité de l’Italie sur ces sujets.

Ce discours s’inscrit dans une dynamique plus large où Rome entend redéfinir sa place dans le débat européen — parfois contre Paris — et remettre en question les équilibres hérités du passé colonial et des interventions militaires occidentales.

 

Mots-clés du sujet
Emmanuel Macron, Giorgia Meloni, Relations franco-italiennes, Tensions UE–Italie, Crise migratoire, Libye, Politique méditerranéenne, Afrique Post-colonialisme français, Souveraineté européenne, Vintimille, Uranium, Niger, Intervention, occidentale, Géopolitique, européenne, Migrations, France–Italie

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Un ex-espion balance: le vrai plan de l’OTAN pour détruire la Russie et l’Europe ?

4 Décembre 2025, 01:21am

Publié par La rédaction - Pascal Lottaz

Liens :

  

Page d’accueil de Rainer : https://www.rainerrupp.de/

Livre de Rainer : https://www.eulenspiegel.com/buecher/...

Substack Neutrality Studies : https://pascallottaz.substack.com

Boutique : https://neutralitystudies-shop.fourth...

 

Chapitres: 


00:00:00 Introduction  
00:00:50 Motivation : la guerre du Vietnam et le recrutement par l’Allemagne de l’Est  
00:09:34 Infiltrer l’OTAN : de Bruxelles au centre de situation  
00:25:42 L’espionnage a-t-il empêché la Troisième Guerre mondiale ? (Théorie des jeux et stratégie)  
00:30:22 L’agression de l’OTAN et le plan à long terme pour la Russie  
00:38:31 Propagande actuelle, risque nucléaire et les « Screaming Eagles »  
00:45:58 Réalité opérationnelle vs. mythe d’une invasion russe  
00:50:15 Les élites occidentales : loyauté envers l’empire plutôt qu’envers la nation  
00:56:24 L’avenir de l’OTAN et la souveraineté européenne  
01:00:16 Conclusion

Rainer Rupp, ancien espion de la RDA infiltré au cœur de l’OTAN pendant plus de vingt ans, retrace son parcours : une jeunesse marquée par la propagande pro-américaine, une désillusion profonde face à la guerre du Vietnam, puis un basculement vers les mouvements de gauche et le renseignement est-allemand. Recruté à l’OTAN comme analyste outsider, il accède aux documents les plus sensibles, participe aux simulations nucléaires Wintex et devient expert Chine de l’Alliance. Il affirme avoir transmis ces informations non pour aider l’URSS à gagner une guerre, mais pour éviter un affrontement nucléaire fondé sur des malentendus stratégiques. Selon lui, l’OTAN a conservé une posture fondamentalement offensive, tandis que les élites occidentales, désormais transnationales et disciplinées, restent alignées sur Washington au détriment de leurs propres populations. Il dénonce l’écart croissant entre récits officiels et réalités géopolitiques, notamment autour de la Russie et de l’Ukraine. Pour Rupp, l’Occident se dirige vers une crise systémique : fragmentation des États européens, déclin industriel, hystérisation politique et affaiblissement de l’OTAN. L’avenir dépendra, dit-il, d’un choix clair : glisser vers un autoritarisme occidental ou revenir à une démocratie bourgeoise rationnelle.

 

Transcription de la vidéo du Dr Pascal Lottaz [1], révision et compte-rendu, par la Rédaction (Louis Giroud)

Rainer Rupp : un espion est-allemand au cœur de l’OTAN

Rainer Rupp, né en 1945 en Allemagne de l’Ouest, est recruté par les services de renseignement de la RDA à la fin des années 1960, tout en travaillant pour l’OTAN à partir de 1967. Pendant plus de vingt ans, il transmet des dizaines de milliers de documents classifiés à l’Est, avant d’être arrêté en 1993 et emprisonné jusqu’en 2000.

L’entretien commence par une exploration de ses motivations : une profonde désillusion face à la politique américaine, née pendant la guerre du Vietnam, l’évolution de sa conscience politique, et sa découverte des écrits de Marx et Engels.

 

La radicalisation politique et la rencontre avec un agent est-allemand

À la fin des années 1960, Rupp s’engage dans les mouvements étudiants contre les lois d’exception en RFA. C’est dans ce contexte qu’il rencontre un « dénicheur de talents » du HVA (renseignement extérieur de la RDA). Une relation intellectuelle se noue.

Un voyage d’une semaine en RDA achève de le convaincre : il ne veut pas y vivre, mais il veut aider à protéger ce qu’il perçoit comme un projet socialiste réel. Ses premières missions consistent à infiltrer des réunions du NPD, parti néofasciste allemand alors en plein essor.

 

Bruxelles, lobbying européen et entrée à l’OTAN

Après ses études, il part à Bruxelles grâce à une bourse. Il y rencontre celle qui deviendra sa femme. Une carrière s’ouvre à lui dans une banque britannique, puis dans un cabinet de lobbying auprès de la Commission européenne, où il apprend les mécanismes concrets d’influence au sein des institutions.

Grâce à une recommandation de son épouse, il postule à un poste analytique à l’OTAN. Après un long processus, il est recruté — un rare cas de recrutement externe, les analystes venant en général des services de renseignement nationaux.

 

Rupp au cœur du renseignement : analyses, réseaux et accès privilégié

À l’OTAN, Rupp travaille avec des officiers issus du MI6, de la CIA, du renseignement français et italien. Son expérience du lobbying l’aide à naviguer dans cette bureaucratie complexe. Rapidement, il gagne la confiance de ses supérieurs, qui lui donnent accès à un large flux de documents. Il devient aussi expert Chine de l’OTAN, participant aux réunions spécialisées impliquant les services de renseignement des grands États membres (DIA, CIA, etc.) et contribuant aux documents stratégiques diffusés à tous les pays de l’Alliance.

 

L’accès au « Saint Graal »: le centre de situation de l’OTAN

L’un de ses rôles les plus sensibles concerne sa participation au Current Intelligence Group, chargé d’analyser chaque matin les informations stratégiques collectées dans le centre de situation — un espace hautement restreint où convergent les données militaires, politiques et économiques des 24 dernières heures.

Cet accès lui permet de transmettre à l’Est des informations essentielles, notamment lors des exercices nucléaires Wintex, où l’OTAN simule des scénarios conduisant systématiquement à une première frappe nucléaire contre l’URSS.

 

Sa motivation: prévenir la guerre, pas la gagner

Rupp insiste : il n’a jamais cherché à aider l’Union soviétique à gagner une guerre. Son objectif était d’éviter un malentendu stratégique pouvant provoquer un conflit nucléaire. Il cite le document militaire MC 161, où l’OTAN reconnaît explicitement que l’Union soviétique ne veut pas la guerre.

Il juge l’OTAN — et particulièrement les généraux américains — fondamentalement agressive, masquant ses intentions sous une rhétorique de défense. Son procès reflètera cette ambiguïté : sa motivation non financière lui vaut une réduction de peine.

 

Après la Guerre froide: l’OTAN n’a pas changé, mais le contexte oui

Pour Rupp, l’OTAN reste animée par la même logique expansionniste, mais la confiance populaire envers l’Occident est plus fragile qu’avant. Il considère que la politique occidentale actuelle, notamment vis-à-vis de la Russie et de l’Ukraine, repose sur:

  • une propagande plus agressive et théâtrale;
  • une dissonance croissante entre discours officiel et réalité;
  • une provocation permanente visant à pousser la Russie à réagir.

Selon lui, ces dynamiques rappellent la fin de l’URSS, lorsque le récit officiel ne correspondait plus à la réalité vécue.

 

Les élites occidentales: un réseau transnational discipliné

Rupp affirme que les élites occidentales ne sont plus loyales à leurs nations mais à un réseau transnational centré sur Washington. Il cite plusieurs exemples de dirigeants allemands contraints à la démission pour avoir tenu des propos jugés contraires à cette ligne.

Cette cohésion élitaire — qu’il décrit comme une forme de « discipline impériale » — explique la persistance de choix contre-productifs pour les populations européennes.

 

Un Occident en crise systémique

Enfin, il estime que l’OTAN est fragilisée :

  • les États européens divergent de plus en plus (Hongrie, Slovaquie);
  • les élites américaines exploitent désormais leurs propres alliés;
  • le discours public occidental s’éloigne de la réalité économique;
  • un « point Gorbachev » pourrait survenir si un seul grand pays brise le consensus.

Il prédit que l’OTAN n’existera pas dans 70 ans et que l’Occident devra choisir entre :

  • un glissement vers un État autoritaire;
  • ou un retour à une démocratie bourgeoise rationnelle.

 

—————

 

[1] - Pascal Lottaz est Associate Professor à Kyoto University, au sein de la faculté de droit et du Hakubi Center. Suisse alémanique, il découvre le Japon à 18 ans lors d’un échange scolaire décisif qui oriente l’ensemble de son parcours académique. Il y poursuit un master en public policy au National Graduate Institute for Policy Studies, puis un doctorat en relations internationales.

Ses recherches se concentrent très tôt sur les acteurs neutres dans les conflits modernes: sa thèse porte sur la diplomatie de la Suisse, de la Suède ou encore de l’Espagne face au Japon durant la Seconde Guerre mondiale.

Il devient ensuite l’un des spécialistes émergents de la neutralité en relations internationales, un domaine qu’il explore à travers l’histoire, le droit, la diplomatie et la sécurité.

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« Pourquoi Moscou ne peut pas échapper à Tel-Aviv »

4 Décembre 2025, 00:13am

Publié par Pascal Lottaz - La rédaction

Chapitres :

 

00:00:00 Introduction et héritage soviétique au Moyen-Orient

00:07:09 Le pragmatisme de la Russie en Syrie : accepter Al-Julani

00:12:27 Les racines russes du sionisme et les premiers liens URSS-Israël

00:20:53 Le facteur tchétchène : comment les guerres passées influencent la perception d’Israël

00:24:01 Pourquoi la Russie reste passive sur Gaza : la contrainte de la guerre en Ukraine

00:29:38 « Notre Gaza » : pourquoi les libéraux russes ont tendance à soutenir Israël

00:36:20 L’absence de discours et de littérature antisionistes en Russie

00:42:53 Relations avec les monarchies du Golfe : l’OPEP et les « affaires douteuses »

Après une première exploration du positionnement chinois vis-à-vis de la Palestine et de l’Asie occidentale, Pascal Lottaz (Neutrality Studies) [1] se penche vers le positionnement de Moscou. L’objectif: comprendre la relation complexe et évolutive que la Russie entretient avec le Moyen-Orient, de la Palestine à l’Iran en passant par la Syrie.
Pour éclairer ces enjeux, l’entretien s’appuie sur l’expertise de la professeure Maria Kicha, docteure en droit et professeure associée à l’Université d’État de Justice de Russie, à Rostov-sur-le-Don. Spécialiste reconnue de la région, elle étudie depuis longtemps l’Asie de l’Ouest et la politique russe qui s’y déploie.

 

Transcription de l’entretien du Dr Pascal Lottaz, révision et compte-rendu, par la Rédaction (Louis Giroud

La professeure Kicha rappelle que la présence russe au Moyen-Orient s’inscrit dans un continuum historique. Dès la période soviétique, l’URSS ambitionnait déjà de jouer un rôle central dans les affaires de la région.
À la fin des années 1940 et au début des années 1950, Moscou soutient d’abord la création de l’État d’Israël, mais ce soutien s'interrompt lorsque l’URSS comprend qu’Israël s’aligne entièrement sur les États-Unis. Dans le contexte de la guerre froide, la planète se divise alors en deux blocs antagonistes : un camp pro-américain et un camp pro-soviétique.

L’URSS s’oriente rapidement vers le soutien des républiques arabes, considérées comme proches idéologiquement : la Syrie, parfois l’Irak, ainsi que les mouvements palestiniens.
Face à cela, les États-Unis renforcent leur appui aux monarchies du Golfe (Arabie saoudite, Oman, Koweït, Qatar, Émirats arabes unis) et à certaines républiques pro-occidentales comme le Liban. Une véritable guerre froide intra-arabe s’installe, opposant les monarchies conservatrices aux républiques nationalistes soutenues par Moscou.

 

Une relation ancienne avec l’Iran, complexe et mémorielle

L’Iran occupe une place à part dans cette configuration. Non arabe, héritier d’une civilisation ancienne, il entretient avec la Russie une histoire longue et tourmentée. À l’époque impériale, les deux pays sont voisins dans le Caucase du Nord, où se croisent les territoires de l’Arménie, de l’Azerbaïdjan et de la Géorgie. Certaines régions aujourd’hui azerbaïdjanaises faisaient alors partie de l’Iran historique, ce qui nourrit encore aujourd’hui tensions et susceptibilités.

Les guerres russo-persanes marquent profondément la mémoire iranienne. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’Iran est même divisé entre l’URSS et la Grande-Bretagne dans le cadre de l’opération Accor :

  • le nord est occupé par les troupes soviétiques,
  • le sud par les forces britanniques.

C’est dans ce contexte qu’a lieu la conférence de Téhéran de 1943, réunissant Churchill, Staline et Roosevelt. La Dre Kicha souligne aussi l’échange culturel inattendu produit par ces interactions : l’adoption iranienne du samovar, devenu un objet quotidien presque identitaire, bien que ses origines rappellent une période de guerre et d’occupation. Les Iraniens, note-t-elle, ont une mémoire historique particulièrement vive, ce qui influence encore largement leur perception de la Russie contemporaine.

 

Recomposition stratégique après la chute de l’URSS

L’effondrement soviétique redéfinit profondément la politique russe au Moyen-Orient. La Fédération de Russie, plus petite et dépourvue de nombreuses républiques soviétiques, doit reconstruire ses réseaux et son influence sans le cadre du Pacte de Varsovie.

Dans cette nouvelle configuration, Moscou consolide des relations durables avec plusieurs acteurs régionaux, notamment la Syrie, où les liens restent forts depuis l’époque de Hafez al-Assad et se poursuivent avec Bachar al-Assad.
La Russie affirme qu’elle ne soutient pas un homme, mais un pays et une nation; elle entend préserver des relations enracinées et une présence stratégique, notamment militaire.

 

Continuité stratégique avec la Syrie malgré un nouveau régime

La récente visite à Moscou de M. al-Jolani, nouveau dirigeant syrien, a surpris l’opinion internationale, mais la Dre Kicha rappelle que ce changement était largement anticipé par les experts russes. Contrairement à l’Occident, qui tend à isoler les gouvernements jugés illégitimes ou hostiles, Moscou adopte une posture pragmatique:

les gouvernements passent, le pays demeure.

Ainsi, même si al-Jolani a évincé Bachar al-Assad – longtemps soutenu par la Russie –, Moscou compose avec ce nouveau pouvoir afin de préserver:

 

ses bases militaires;

ses investissements;

ses liens avec la population syrienne;

sa position géopolitique dans la région.

 

La Dre Kicha compare cette approche pragmatique à celle adoptée à l’égard des talibans en Afghanistan : une fois au pouvoir, ils deviennent un gouvernement avec lequel il faut traiter, quelles que soient les positions antérieures.

Elle estime également qu’al-Jolani est un personnage plus complexe que la simple étiquette “ex-terroriste”, évoquant les parallèles parfois établis avec Volodymyr Zelensky en Ukraine.

 

Al-Jolani, une figure plus complexe qu’attendu

L’éviction de Bachar al-Assad et l’émergence de M. al-Jolani ont d’abord suscité surprise et scepticisme, notamment en Occident, où certains observateurs ont vu dans ce nouveau dirigeant une possible marionnette imposée de l’extérieur. Sa transformation physique, son rasage de barbe et son repositionnement politique ont alimenté les spéculations. Pourtant, comme le souligne la Dre Kicha, la réalité semble plus nuancée :
Al-Jolani s’affirme désormais comme un acteur capable d’entretenir des relations variées – notamment avec la Russie – même si certains scénarios, comme une normalisation avec Israël, paraissent pour l’instant improbables.

 

Les limites de la normalisation arabe avec Israël

Selon la Dre Kicha, les pays arabes, y compris l’Arabie saoudite, ne semblent pas prêts aujourd’hui à établir des relations diplomatiques formelles avec Israël. Ce contexte explique pourquoi les accords d’Abraham, qui visent à créer des ponts entre Israël et plusieurs États musulmans, s’étendent plutôt à des pays non arabes comme l’Azerbaïdjan ou le Kazakhstan.
Ces États, moins impliqués dans l’histoire du conflit israélo-palestinien, n’ont aucun contentieux historique avec Israël, ce qui facilite une normalisation politique et économique.

 

Une relation russo-israélienne façonnée par l’histoire et les migrations

La relation entre la Russie et Israël se révèle particulièrement complexe, non seulement en raison des dynamiques géopolitiques, mais aussi en raison de l’importante population d’origine russe en Israël. La question même du terme à employer – diaspora russe, Juifs russes, ou diaspora israélienne en Russie – reflète cette ambiguïté.

L’URSS avait soutenu Israël à ses débuts, notamment parce que nombre de pionniers et idéologues sionistes étaient originaires de l’Empire russe:

  • David Ben-Gurion, né David Grün,
  • Golda Meir, née Golda Mabovitch,
  • Léon Pinsker,
  • et de nombreux autres militants ou penseurs du mouvement sioniste.

Ces personnalités venaient souvent de régions autrefois intégrées à l’Empire russe : la Pologne actuelle, des zones moldaves, ukrainiennes ou baltes. Beaucoup avaient également été impliquées dans des mouvements anti-monarchistes, ce qui pouvait les rapprocher, sur certains plans, des idéaux soviétiques.

 

Le sionisme travailliste et l’influence soviétique

Si certaines idées du sionisme travailliste pouvaient sembler compatibles avec la vision économique soviétique, la Dre Kicha rappelle qu’il ne s’agissait en rien d’un « sionisme communiste ».
Le projet sioniste excluait explicitement toute participation arabe au système de travail palestinien :

  • pas de solidarité ouvrière;
  • pas de coopération commune;
  • pas d’intégration sociale ou syndicale.

Néanmoins, les structures socio-économiques comme les kolkhozes soviétiques inspirèrent les kibboutzim israéliens, soulignant une forme de transfert idéologique partiel qui avait séduit le Kremlin.
Voyant ces similitudes, l’URSS avait initialement perçu le jeune État d’Israël comme un partenaire naturel : ses leaders venaient de Russie, ils

 

Désillusion soviétique et réalignement américain d’Israël

Toutefois, la rupture intervient rapidement lorsqu’Israël adopte une orientation pro-américaine affirmée. Dès lors, le soutien soviétique initial apparaît comme une erreur stratégique majeure.
La Dre Kicha souligne que cette période constitue l’un des épisodes les plus tragiques de la diplomatie soviétique : l’URSS, tout juste sortie victorieuse de sa lutte contre le Troisième Reich, n’a pas vu venir l’évolution idéologique et géopolitique du mouvement sioniste.

Pour comprendre cette transition, elle cite les travaux de John Quigley, universitaire américain et expert du droit international. Quigley décrit en détail comment, malgré l’opposition d’une majorité d’États, seuls deux pays puissants ont soutenu l’admission d’Israël à l’ONU :

  • les États-Unis,
  • l’URSS.

Un soutien paradoxal, compte tenu du nettoyage ethnique déjà documenté dès 1948.

 

Nationalismes exclusifs : un parallèle troublant

Les idéologies fondatrices de l’État israélien, note la Dre Kicha, comportent des aspects difficiles à distinguer d’autres formes de nationalisme exclusif. Certaines déclarations de leaders sionistes ressemblent, dans leur formulation, à celles de dirigeants fascistes ou nazis.
Un phénomène dont certains se sont amusés sur les réseaux sociaux à travers des « quiz » consistant à deviner la provenance de citations – exercice révélateur d’une proximité idéologique inattendue.

Elle rappelle également l’épisode historique où un cadre nazi effectue une visite d’étude en Palestine sous guide sioniste, une réalité attestée par des objets d’archives comme une médaille commémorative gravée « Un nazi part en Palestine ». Ces éléments témoignent de convergences historiques complexes autour d’une idée alors partagée : déplacer les Juifs d’Europe et les installer ailleurs — en Palestine notamment.

 

Le réalignement soviétique vers les régimes arabes

Après la Seconde Guerre mondiale, la déception du Kremlin vis-à-vis d’Israël entraîne un basculement net : l’URSS soutient dès lors ouvertement les républiques arabes nationalistes, perçues comme des alliées naturelles dans le champ géopolitique.
C’est à cette époque que s’intensifie également le rôle d’Hasbara, la diplomatie publique israélienne, que la Dre Kicha qualifie plus directement de propagande.
Ce dispositif englobe :

  • des responsables politiques;
  • des journalistes;
  • des diplomates;
  • des influenceurs;
  • une armée d’utilisateurs et de bénévoles sur les réseaux sociaux.

Tous mobilisés pour défendre un récit dominant : Israël serait la seule démocratie du Moyen-Orient, un petit État menacé par des voisins arabes décrits comme arriérés ou barbares, engagé dans une lutte permanente contre le terrorisme islamique.

 

Le traumatisme tchétchène et l’écho russe à la rhétorique israélienne

La question du terrorisme islamiste résonne profondément en Russie, qui a vécu deux guerres meurtrières en Tchétchénie dans les années 1990 et au début des années 2000.
La Tchétchénie, région du Caucase du Nord intégrée à la Fédération de Russie, est associée à l’un des épisodes les plus violents et traumatiques de l’histoire post-soviétique.
Cette expérience contribue à expliquer pourquoi une partie de la société russe peut être sensible à certains aspects du récit israélien, notamment dans sa dimension sécuritaire.

 

La Tchétchénie, les soutiens étrangers et les cicatrices toujours vives

Les guerres de Tchétchénie demeurent un traumatisme majeur pour la Russie contemporaine. Les Tchétchènes sont des citoyens russes, titulaires de passeports de la Fédération de Russie, mais le conflit a été d’une violence extrême, marqué par un affrontement sanglant qui a coûté la vie à de nombreux soldats russes et combattants étrangers.

Une partie des groupes armés tchétchènes a bénéficié de soutiens extérieurs :

  • Arabie saoudite;
  • Turquie;
  • Émirats arabes unis.

Ces liens sont aujourd’hui officiellement « oubliés » pour des raisons diplomatiques, mais ils n’en demeurent pas moins présents dans la mémoire politique russe. La Dre Kicha rappelle par exemple que le président turc Recep Tayyip Erdogan inaugure parfois des parcs ou des équipements publics portant le nom de Djokhar Doudaev, chef séparatiste tchétchène. En Russie, cela alimente une forme d’amertume, souvent résumée par une plaisanterie amère:

« Si Erdogan donne le nom de Djokhar Doudaev à une rue en Turquie, alors nous devrions baptiser une rue Abdullah Öcalan en Russie. »

Ce type de référence montre à quel point les souvenirs de la Tchétchénie restent sensibles lorsqu’il est question de terrorisme, de séparatisme et de politique moyen-orientale.

 

La position officielle de Moscou sur la Palestine et Gaza

Sur la question palestinienne, la Russie adopte une ligne officiellement critique envers la violence israélienne, mais calibrée. Le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a maintes fois appelé aux Nations unies à mettre fin à « l’effusion de sang » et au carnage à Gaza, sans toutefois employer le terme de « génocide ». Moscou tente de pousser Israël à cesser son assaut tout en évitant une rupture ouverte.

Un épisode récent a suscité des interrogations : lors d’un vote au Conseil de sécurité de l’ONU, la Russie ne met pas son veto à une résolution largement perçue comme coloniale dans son esprit, qui entérine de fait un cadre politique favorable aux intérêts américains et israéliens. Cette attitude a semblé en contradiction avec l’image que Moscou cherche à construire dans le cadre des BRICS et du «Sud global». La Dre Kicha propose une grille de lecture:

  • la Russie soutient politiquement la Palestine;
  • reconnaît l’État palestinien avec Jérusalem comme capitale,
  • invite des délégations du Hamas à Moscou;
  • entretient des relations partenariales avec plusieurs composantes de l’axe de résistance pro-iranien;
  • et bénéficie aujourd’hui de relations très étroites avec la République islamique d’Iran.

Mais ce soutien se heurte aux réalités d’une autre guerre.

 

L’ombre portée de la guerre en Ukraine

La Russie mène ce qu’elle appelle officiellement une « opération militaire spéciale » en Ukraine, mais qui, en pratique, absorbe une part majeure de ses ressources humaines, économiques et politiques.
La Dre Kicha, originaire de Rostov-sur-le-Don, ville du sud de la Russie proche du Donbass, décrit un impact quotidien et concret :

  • l’aéroport civil de Rostov a été fermé le 24 février 2022 et ne fonctionne plus,
  • la ville, qui compte plus d’un million d’habitants, a perdu ses liaisons aériennes normales,
  • les déplacements vers Moscou, d’autres villes russes ou l’étranger sont devenus plus difficiles,
  • la population vit avec des rappels constants de la guerre : proximité du front, drones, mesures de sécurité.

Dans ce contexte, Moscou cherche à ne pas ouvrir de second front diplomatique majeur avec l’Occident autour de la question palestinienne, tout en gardant un discours critique vis-à-vis d’Israël. L’abstention au Conseil de sécurité s’inscrit ainsi dans une logique de gestion de priorités : préserver sa marge de manœuvre internationale tout en concentrant l’essentiel de ses forces sur le conflit ukrainien.

 

Une politique étrangère revendiquée comme « équilibrée »

La Dre Kicha insiste sur un point : la Russie, comme la Chine, revendique une politique internationale équilibrée.
Cela signifie:

  • reconnaître officiellement l’État d’Israël;
  • tenir compte de la présence de nombreux citoyens russes en Israël;
  • préserver des canaux politiques, économiques et sécuritaires avec Tel-Aviv;
  • tout en affichant un soutien à la Palestine, en particulier sur le plan diplomatique.

Depuis les années 1990, puis au début des années 2000, et à nouveau après le début de la guerre en Ukraine, la Russie a connu plusieurs vagues d’émigration vers Israël. Beaucoup de ces nouveaux arrivants conservent leur citoyenneté russe.

Dans certains milieux instruits et libéraux, une vision relativement positive d’Israël reste répandue:

  • Israël perçu comme « patrie historique des Juifs »;
  • « seule démocratie du Moyen-Orient »;
  • pays où les droits humains seraient globalement respectés, au moins pour les citoyens juifs.

Les Palestiniens, eux, sont souvent relégués à l’arrière-plan de ce récit.

 

Un intérêt limité pour le Moyen-Orient au sein de la société russe

Contrairement à la Chine, où la violence à Gaza a suscité une forte empathie parmi les jeunes en résonance avec le « siècle de l’humiliation », le Moyen-Orient n’occupe pas une place centrale dans le débat public russe.
Plusieurs facteurs sont avancés:

  • l’immensité territoriale de la Russie et la masse de problèmes internes à gérer;
  • la difficulté, pour beaucoup de citoyens, à suivre déjà ce qui se passe dans leur propre pays;
  • la priorité accordée aux enjeux domestiques et au conflit en Ukraine.

Dans la vie quotidienne, la relation personnelle joue un rôle important dans la perception du conflit. Lorsqu’un ami, un collègue ou un ancien camarade part vivre en Israël pour des raisons privées, la plupart des Russes ne rompent pas les liens pour des motifs politiques. Les propos agressifs ou haineux tenus parfois contre les Arabes sont souvent relativisés par un réflexe du type:

«Ils ont leur propre histoire, leur propre atmosphère là-bas. Ce n’est pas mon affaire.»

Cela n’empêche pas l’existence d’un public plus politisé, qui s’informe activement sur Gaza, suit les événements, et a « ouvert les yeux » sur la nature de la politique israélienne, surtout depuis l’intensification des bombardements et des destructions.

 

La mémoire de la Seconde Guerre mondiale comme prisme moral

Un élément central de la sensibilité russe demeure le souvenir de la lutte contre l’Allemagne nazie.
Dans presque chaque famille, on compte un grand-père tué, blessé ou traumatisé par la guerre. Cette mémoire collective est entretenue par la célébration du 9 mai, le Jour de la Victoire, principale fête civile du pays, plus importante que le Nouvel An.

Ce passé forge un référentiel moral très fort face à ce qui est perçu comme :

  • des politiques de nettoyage ethnique;
  • des bombardements massifs contre des civils;
  • des discours déshumanisants.

Pour une partie de la société russe, les images de Gaza réactivent ce souvenir de la barbarie nazie. Pour d’autres, le sujet reste périphérique face à l’urgence des questions internes.

 

Entre attachement personnel et dissonance cognitive

La Dre Kicha illustre cette complexité par une anecdote tirée de sa propre expérience académique. Après près de vingt ans d’enseignement universitaire, certains de ses anciens étudiants ont émigré en Israël. Ce sont aujourd’hui des adultes, parents, avec leur propre trajectoire.

Un jour, en faisant défiler les réseaux sociaux, elle tombe sur la photo d’une ancienne étudiante – une jeune femme brillante, joyeuse, dont elle garde un souvenir positif – posant avec une amie en Israël. La légende de la photo indique :

« Nos enfants vivront dans notre Gaza. »

Ce slogan de revanche ou de militarisation identitaire provoque un choc :
l’ancienne étudiante ne vient pas de Gaza, mais de Taganrog, une ville proche de Rostov-sur-le-Don, en Russie méridionale.
Ce décalage entre la biographie réelle et l’identification à un récit nationaliste exacerbé illustre la puissance des imaginaires, de la propagande et de la socialisation politique au sein d’Israël.

 

Le pouvoir de l’idéologie sioniste et ses effets en Russie

L’anecdote de l’ancienne étudiante de la Dre Kicha illustre de manière frappante la force de l’idéologie sioniste. Une jeune femme née à Taganrog, ville proche de Rostov-sur-le-Don, descendant de familles enracinées en Russie, se présente sur les réseaux sociaux en affirmant:

«Nos enfants vivront dans notre Gaza.»

Ce glissement identitaire, qui fait de la Russie une simple parenthèse dans une histoire supposément continue « de 3 000 ans en Israël », manifeste la puissance d’un récit nationaliste capable de reconfigurer le rapport aux origines, au lieu de vie et à l’appartenance.
Pour de nombreux Juifs en Russie, explique la Dre Kicha, le sionisme est perçu comme une forme de patriotisme, une idéologie qui légitime l’attachement à Israël en tant que « foyer historique ».

 

Une opposition juive au sionisme… ailleurs, mais peu visible en Russie

L’interlocuteur rappelle qu’en Occident, plusieurs intellectuels juifs – comme Jeffrey Sachs aux États-Unis ou Yakov (Jacob) Rabkin au Canada – ainsi que des courants de judaïsme orthodoxe, s’opposent au sionisme au nom de principes religieux ou éthiques. Il existe également des Juifs laïcs critiques du projet sioniste. En Russie, en revanche, une opposition juive visible au sionisme est quasi inexistante.
La Dre Kicha souligne que:

  • le professeur Yakov Rabkin, russophone originaire de l’URSS (Leningrad / Saint-Pétersbourg), est probablement la figure la plus importante pour penser le judaïsme anti-sioniste;
  • ses livres sont traduits et publiés en russe;
  • mais ils restent peu discutés, marginalisés dans l’espace public.

Cette situation contribue à l’absence d’un débat structuré sur le sionisme et sur le conflit israélo-palestinien au sein de la société russe.

 

Un vide éditorial sur la Palestine et les historiens critiques d’Israël

La Dre Kicha insiste sur un point décisif: en Russie, les références critiques majeures sur l’histoire d’Israël et de la Palestine sont quasiment absentes de l’édition grand public.

Ainsi :

  • aucun ouvrage des « nouveaux historiens » israéliens n’est disponible en russe:
    • ni Benny Morris,
    • ni Avi Shlaim,
    • ni Tom Segev,
    • ni Ilan Pappé ;
  • aucun grand auteur palestinien n’est publié:
    • ni Rashid Khalidi,
    • ni Walid Khalidi,
    • ni Nur Masalha,
    • ni d’autres historiens et intellectuels majeurs de la cause palestinienne.

La Dre Kicha travaille actuellement à un livre en russe sur le conflit israélo-arabe, mobilisant ces auteurs et d’autres sources académiques internationales. Elle pense qu’il s’agira probablement de l’un des premiers ouvrages de ce type en Russie, ce qui souligne à quel point le sujet reste peu traité dans le champ intellectuel et médiatique national.

Ce vide éditorial contribue largement au fait que la Palestine soit un thème moins présent dans le débat public russe que dans de nombreux pays européens ou nord-américains.

 

Réseaux sociaux : une présence surtout religieuse, un manque de voix humanistes

Interrogée sur le rôle des réseaux sociaux, la Dre Kicha confirme que, contrairement à la Chine où les plateformes regorgent d’images et d’analyses sur Gaza, les réseaux sociaux russes ne sont pas saturés de contenus pro-palestiniens.

Il existe bien des pages et des comptes qui soutiennent la Palestine, mais :

  • ils sont très souvent d’inspiration musulmane;
  • ils s’adressent prioritairement à un public croyant;
  • ils restent associés à des identités religieuses ou communautaires.

La Dre Kicha exprime un regret profond:
elle souhaiterait voir émerger un discours humaniste, non religieux, non national, fondé sur des principes universels de dignité et de justice, accessible à l’ensemble de la société. Or ce type de voix est rare et difficile à trouver dans l’espace russophone. Elle juge cela « très triste ».

 

«Ce n’est pas notre affaire»: la tentation de l’indifférence et ses dangers

Une attitude répandue en Russie consiste à considérer la Palestine comme un dossier lointain :

« Ce n’est pas notre affaire. Nous vivons dans un autre pays. Nous avons nos propres problèmes. »

La Dre Kicha rejette fermement cette logique. À ses yeux, ce qu’Israël fait subir aux Palestiniens est absolument inacceptable non seulement moralement, mais aussi politiquement, car la méthode – bombardements massifs, blocus, punition collective – peut devenir un précédent global.

Aujourd’hui, dit-elle, « ce n’est pas votre affaire », mais demain, vous pouvez devenir la victime.
Ce basculement potentiel devrait, selon elle, alerter toutes les sociétés, y compris celles qui se perçoivent comme éloignées du conflit.

 

La critique d’une vision manichéenne du monde

La Dre Kicha critique également la rhétorique simpliste opposant « forces de la lumière » et « forces des ténèbres », une vision du monde incarnée par des dirigeants comme Benjamín Netanyahou, qui se voit en « homme en blanc combattant le mal global ».

Cette grille de lecture manichéenne :

  • masque la réalité complexe des rapports de force,
  • légitime des violences extrêmes au nom du Bien absolu,
  • encourage une polarisation où toute critique est diabolisée.

Pour elle, parler de Gaza ou de la Palestine, ce n’est pas choisir un camp dans une bataille mystique, mais refuser une méthode de gouvernement par la violence, le nettoyage ethnique et la déshumanisation, méthode qui pourrait un jour être appliquée ailleurs.

Une question périphérique pour la Russie, au croisement de liens personnels et de calculs géopolitiques

En fin d’entretien, l’intervieweur résume l’analyse:

  • la Palestine, Gaza et le sionisme sont des sujets moins centraux en Russie que dans de nombreux pays d’Europe ou en Chine;
  • l’histoire particulière des liens personnels (émigration vers Israël, familles mixtes, réseaux professionnels) complexifie la prise de position;
  • la Russie souhaite maintenir une politique extérieure équilibrée, sans confrontation directe avec Israël ou ses alliés occidentaux,
  • d’où une attitude de critique mesurée, sans aller jusqu’à utiliser son veto pour bloquer certaines résolutions onusiennes.

La Dre Kicha se dit globalement d’accord avec cette description, qui rejoint les observations de la collègue chinoise mentionnée au début du cycle d’entretiens.

 

Monarchies du Golfe : un partenariat pragmatique

Pour compléter le tableau de la politique russe en Asie occidentale, la Dre Kicha attire l’attention sur un autre aspect : les relations avec les monarchies pétrolières arabes, notamment:

  • Arabie saoudite,
  • Émirats arabes unis,
  • mais aussi Jordanie et même Maroc.

Ces pays appartiennent historiquement à un camp pro-américain et pro-britannique, mais ils partagent avec la Russie un intérêt stratégique décisif : la production et la régulation du pétrole, notamment dans le cadre de l’OPEP et de l’OPEP+.

Dans ce contexte, Moscou doit préserver un équilibre délicat:

  • coopérer avec les monarchies sur les marchés de l’énergie;
  • profiter des opportunités économiques et financières qu’offrent ces pays;
  • tout en gardant sa posture de puissance « alternative » à l’Occident.

La Vision 2030 du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, qui vise à diversifier l’économie du royaume et à l’ouvrir davantage, attire de nombreux Russes :

  • pour les affaires;
  • pour le tourisme;
  • pour des séjours prolongés.

Les Émirats arabes unis, eux, deviennent un « second lieu de séjour » pour une partie des élites russes – y compris parfois pour des individus dont le passé professionnel ou financier est décrit comme « un peu douteux ». Dubaï et Abou Dhabi jouent ainsi un rôle de hub pour les capitaux, les entreprises et certaines fortunes russes en quête de stabilité ou de discrétion.

 

Une politique étrangère multiforme appelée à durer

Au terme de cet entretien, l’image qui se dégage de la politique russe en Asie occidentale est celle d’une diplomatie multiforme, pragmatique et équilibriste :

  • soutien politique affiché à la Palestine, mais sans rupture totale avec Israël;
  • approfondissement stratégique avec l’Iran et les acteurs de l’« axe de résistance »;
  • maintien de liens militaires et historiques avec la Syrie, quelle que soit la couleur du régime en place;
  • coopération économique étroite avec les monarchies pétrolières du Golfe;
  • gestion prudente de ses ressources diplomatiques et militaires en raison de la priorité accordée au conflit en Ukraine.

La Russie ne cherche pas la confrontation frontale en Asie occidentale. Elle préfère maintenir une relation de travail avec les acteurs clés de la région, en jouant sur plusieurs tableaux à la fois: énergétique, sécuritaire, diplomatique, idéologique.

Dans ce paysage, la question palestinienne reste importante sur le plan moral pour certains segments de la société russe et pour des universitaires comme la Dre Kicha, mais elle demeure relativement périphérique dans la hiérarchie des priorités nationales, façonnée avant tout par la guerre en Ukraine, les défis internes et les impératifs de survie géopolitique.

 

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L’entretien se conclut sur une note pratique: la Dre Maria Kicha mentionne qu’elle tient une chaîne Telegram en russe, où elle publie analyses et réflexions sur le Moyen-Orient et la politique russe. Ses travaux, et notamment son futur livre sur le conflit israélo-arabe, contribueront probablement à combler une partie du vide intellectuel et éditorial qui entoure encore, en Russie, la question de la Palestine et de l’histoire du sionisme.

 

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[1] - Pascal Lottaz est Associate Professor à Kyoto University, au sein de la faculté de droit et du Hakubi Center. Suisse alémanique, il découvre le Japon à 18 ans lors d’un échange scolaire décisif qui oriente l’ensemble de son parcours académique. Il y poursuit un master en public policy au National Graduate Institute for Policy Studies, puis un doctorat en relations internationales.

Ses recherches se concentrent très tôt sur les acteurs neutres dans les conflits modernes: sa thèse porte sur la diplomatie de la Suisse, de la Suède ou encore de l’Espagne face au Japon durant la Seconde Guerre mondiale.

Il devient ensuite l’un des spécialistes émergents de la neutralité en relations internationales, un domaine qu’il explore à travers l’histoire, le droit, la diplomatie et la sécurité.

Lottaz fonde le projet Neutrality Studies, à la fois réseau académique international et chaîne YouTube. Il y analyse les enjeux contemporains de la neutralité, interroge les récits dominants et reçoit universitaires, diplomates et experts pour discuter guerre, multipolarité et ordre mondial.

Son travail cherche à éclairer le rôle souvent sous-estimé des États non-alignés et à comprendre comment la neutralité façonne — ou pourrait façonner — la géopolitique contemporaine.

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Racismes et malentendus: le poids des mots, le choc des sens

3 Décembre 2025, 22:13pm

Publié par Eliot M. Ryder

Dans le vocabulaire scientifique, peu de termes cristallisent autant de malentendus que le mot race. L’expression, héritée à la fois de la zoologie, des idéologies du XIXᵉ siècle et des traditions littéraires humanistes, circule aujourd’hui dans la conversation courante avec une ambiguïté déconcertante. Elle transporte des significations multiples qui se télescopent : biologiques, historiques, idéologiques, esthétiques. Cette polysémie persistante explique une grande partie des conflits intellectuels et moraux actuels autour de l’identité humaine.

Pour comprendre pourquoi la discussion sur les « races » humaines tourne si fréquemment à l’incompréhension, il faut d’abord revenir aux définitions.
En biologie, l’espèce constitue l’unité fondamentale de classification. Elle désigne un groupe d’organismes capables de se reproduire entre eux et de donner une descendance fertile. À ce titre, Homo sapiens — l’être humain moderne — forme une seule et même espèce. Tous les humains, partout sur la planète, sont inter-féconds ; aucun groupe humain n’a divergé assez longtemps pour devenir une sous-espèce distincte. Les variations visibles, aussi spectaculaires soient-elles, ne modifient pas ce constat central.

 

Les races en zoologie: une précision qui ne s’applique pas à l’homme

Dans la terminologie zoologique, le mot race possède un sens précis. Il renvoie à une sous-population:


– stable dans le temps;
– isolée reproductivement;
– génétiquement cohérente.

 

Ces critères impliquent souvent des milliers de générations, séparées par des barrières géographiques strictes ou par une sélection artificielle — comme pour les races de chiens, de chats ou de bovins. Sans isolement reproductif prolongé, il n’y a pas de divergence suffisante pour parler de race au sens biologique. Chez l’être humain, aucun de ces critères n’est rempli: les populations ont migré, échangé, se sont mélangées, ont été conquises, dispersées, remélangées. La variation humaine est continue, fluide, impossible à découper en blocs étanches. Autrement dit: scientifiquement, il n’existe pas de races humaines.

 

Les races comme construction historique : l’héritage du XIXᵉ siècle

Une deuxième acception du mot race, beaucoup plus trouble, apparaît au XIXᵉ siècle. Les idéologies colonialistes et nationalistes y projettent leurs ambitions politiques et leurs hiérarchies morales. La « race » devient alors une fiction classificatoire et hiérarchique, censée expliquer à la fois l’histoire, l’intelligence, la morale et la destinée supposée des peuples.

Cette définition, discréditée par les sciences modernes, appartient aujourd’hui largement au champ de l’histoire des idées. Mais elle continue de hanter l’espace public, à la manière d’un vestige toxique : les mots survivent aux systèmes de pensée qui les ont engendrés.

 

La race humaine : une troisième acception humaniste

À l’opposé de ce passé idéologique, l’expression « race humaine » constitue une troisième acception du terme: littéraire, philosophique, universaliste. On la retrouve chez Rousseau, Hugo, Camus. Elle désigne l’humanité comme communauté naturelle et morale.

Ici, la «race» signifie simplement l’ensemble de tous les humains. Un usage noble, mais non scientifique, qui crée pourtant une nouvelle couche de sens autour d’un mot déjà saturé de nuances contradictoires.

 

Là où tout se brouille: l’acception vernaculaire

Il existe pourtant une quatrième acception, souvent ignorée dans les débats savants mais déterminante dans la vie quotidienne. Elle n’est ni biologique, ni idéologique, ni littéraire. Elle est vernaculaire, intuitive, perceptive. Dans l’expérience ordinaire, le mot race sert d’abord à désigner des différences esthétiques.


On parle ainsi :
– de «races de chiens Husky, Caniche, Labrador, etc.»;
– de «races de chats Bengale, Radgoll, siamois, etc.
»;

 

Ce mot est utilisé pour distinguer ce que l’œil repère immédiatement: la forme, la couleur, la taille, la silhouette, le pelage, la tête. Le grand public ignore que ces « races animales » sont des créations artificielles, façonnées par l’homme, souvent récentes, dépendantes d’un isolement reproductif strict imposé par l’élevage.

Dans la perception commune, le raisonnement est direct, presque enfantin: des différences visibles = des races. Et ce glissement se transpose automatiquement aux humains.

 

Le malentendu fondateur du racisme ordinaire

C’est ici que se loge la véritable racine du racisme banal, celui des rues et des cafés: une confusion intuitive entre différences esthétiques et catégories biologiques.

 

– Un Inuit «n’a pas la même tête» qu’un Éthiopien.
– Un Scandinave «n’a pas le même teint» qu’un Mélanésien.
– Un Pygmée  n’a pas la même stature» qu’un Européen.

 

Le cerveau humain, qui catégorise naturellement par apparence, applique aussitôt son vocabulaire simple : si ces humains « ne se ressemblent pas », alors ils doivent être de « races différentes ».
Il ne s’agit pas d’une doctrine. Il ne s’agit pas d’un programme idéologique. Il ne s’agit même pas d’une intention malveillante. C’est une erreur de classification, née d’un mot mal adapté et d’une analogie intuitive.

 

Un mot à quatre faces, et le piège qui en découle

Le mot race n’a pas un sens, mais quatre :

1. biologique, rigoureux, non applicable à l’humain ;
2. historique-idéologique, discrédité ;
3. humaniste, moral, littéraire ;
4. vernaculaire, fondé sur l’apparence, spontané.

 

C’est cette quatrième acception, la plus invisible et la plus puissante, qui façonne les perceptions populaires. Elle fonctionne comme un réflexe visuel : voir une différence, la nommer par habitude, puis l’interpréter comme une catégorie.

Et c’est précisément là que naissent la quasi-totalité du racisme ordinaire:
non pas dans la haine, mais dans la confusion des mots;
non pas dans la doctrine, mais dans l’analogie esthétique;
non pas dans une idéologie construite, mais dans une catégorie spontanée qui n’a jamais été clarifiée.

Le débat contemporain gagnerait en lucidité s’il reconnaissait cette réalité simple : le racisme le plus répandu n’est pas un système de pensée, mais une erreur de vocabulaire.

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Guy Mettan: au cœur des relations internationales, du journalisme et de la souveraineté suisse

3 Décembre 2025, 02:53am

Publié par Youtube - TheSwissBox Conversation

Figure bien connue du paysage médiatique et politique helvétique, Guy Mettan a traversé les mondes du journalisme, de la diplomatie économique et de l’engagement politique avec une constance rare : celle de défendre la pluralité des points de vue et l’indépendance des nations.

 

Ancien rédacteur en chef de la Tribune de Genève, ex-président du Grand Conseil genevois, fondateur du Business Club Romand et du Club suisse de la presse, Guy Mettan s’est imposé au fil des décennies comme une voix originale, parfois à contre-courant, dans le débat public suisse. Il a également présidé la Croix-Rouge genevoise et siégé pendant près de dix ans au Conseil de la Croix-Rouge suisse.

 

Auteur prolifique, Guy Mettan a notamment publié Russie-Occident, une guerre de mille ans, un essai marquant sur la russophobie, ainsi que Le continent perdu, plaidoyer pour une Europe souveraine, et un opéra-rock sur Guillaume Tell. Son parcours illustre bien ce que certains appellent « le brouillard de la guerre » informationnelle — cette zone d’incertitude où se croisent propagande, diplomatie, et recherche de vérité.

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EU–Suisse : Adrian Amstutz dénonce un «sous-développement souverain» orchestré depuis Bruxelles

1 Décembre 2025, 22:07pm

Publié par Compte rendu: DLLR

À l’heure où la Confédération examine le nouveau paquet d’accords institutionnels négociés avec l’Union européenne, la prise de position d’Adrian Amstutz, figure de Pro Suisse et responsable du dossier Suisse–UE, résonne comme un avertissement. L’ancien conseiller national voit dans ces textes non pas une « modernisation des bilatérales », mais une mise sous tutelle progressive de la démocratie helvétique. Dans un entretien accordé à Zukunft CH, il détaille un scénario qu’il juge préoccupant: « Bruxelles dicte – Bundesbern capitule »

À ceux qui estiment la Suisse mieux arrimée à l’UE qu’aux États-Unis, notamment après les tensions commerciales du mandat Trump, Amstutz répond par un diagnostic inverse. Selon lui, ni la conjoncture américaine ni la situation intérieure de l’Union ne permettent de bâtir une dépendance durable.
L’UE serait « engluée dans les crises économiques, politiques et financières »; quant à la Suisse, elle n’aurait d’autre boussole que ses principes fondateurs : neutralité, fédéralisme, démocratie directe, ouverture contrôlée au monde

 

Un basculement juridique majeur

Au cœur des critiques : l’adoption automatique de pans entiers du droit européen et la reconnaissance du rôle d’arbitre suprême du Cour de justice de l’Union européenne (CJUE).
Pour Amstutz, cette architecture conduirait à un affaiblissement « économique, démocratique et social » du pays, assorti d’obligations financières structurelles envers Bruxelles.
Il pointe le mécanisme de règlement des différends : présenté comme équilibré, il serait selon lui « un dispositif unilatéralement favorable à l’UE », le prétendu tribunal arbitral étant « lié aux décisions et à la doctrine de la CJUE » — un « simple cache-sexe » institutionnel.

 

Une inquiétude démographique

Amstutz insiste sur l’un des points les plus sensibles : l’intégration de la directive sur la citoyenneté européenne, qui élargit considérablement les droits de séjour et de regroupement familial.
Dans son analyse, la Suisse s’exposerait à une « nouvelle vague d’immigration massive », d’autant plus préoccupante que l’UE poursuit son processus d’élargissement vers les Balkans, l’Ukraine, la Géorgie ou la Moldavie.
Un afflux potentiel de « millions de candidats au séjour » mettrait à rude épreuve les infrastructures helvétiques déjà saturées, de la santé aux transports en passant par les loyers et les assurances maladies.

 

La question des référendums: un débat démocratique déplacé

Sur le terrain institutionnel, Amstutz juge «irrecevable» la position du Conseil fédéral, qui refuse l’idée d’un référendum obligatoire soumis au double oui du peuple et des cantons.
Il rappelle que des objets de portée bien moindre — de l’interdiction des cornes de vaches aux semaines de vacances — ont été soumis aux deux majorités.
À ses yeux, il serait incohérent que des accords impliquant la reprise automatique de lois étrangères, des sanctions potentielles contre des décisions populaires ou des contributions financières permanentes se voient exemptés de ce filtre démocratique fondamental.

 

Des accords sectoriels controversés

Trois domaines techniques cristallisent également les critiques:

Electricité : un accord qui, selon Amstutz, ne garantit en rien la sécurité énergétique en cas de pénurie. Les États voisins privilégieraient inévitablement leur propre population. La Suisse devrait, selon lui, rétablir une base de production nationale solide, incluant gaz et nucléaire.

Sécurité alimentaire : un « monstre bureaucratique » imposant aux cantons, aux boulangeries artisanales ou aux fromageries d’alpage des contraintes uniformisées susceptibles de faire disparaître de nombreux petits producteurs, au profit de grands groupes capables d’absorber ces normes.

Santé : un accord qui imposerait des obligations financières et réglementaires importantes tout en excluant la Suisse de toute participation décisionnelle. L’UE, en dernière instance, pourrait restreindre l’accès du pays aux dispositifs communs en cas de désaccord — un « souveraineté zéro, obligations pleines » résume-t-il.

 

La capitulation fédérale face à la logique d’intégration

La thèse centrale d’Amstutz repose sur une logique de glissement involutif:
dépendance juridique;

perte de maîtrise migratoire;

fragilisation des petites entreprises;

érosion du pouvoir populaire;

neutralité relativisée.

Selon lui, le Conseil fédéral et une partie du patronat — « les très grands groupes et leurs dirigeants étrangers » — verraient surtout dans ces accords des opportunités de simplification et de consolidation de marchés, quitte à laisser s’éroder la spécificité institutionnelle helvétique.
Les PME, pilier de l’économie nationale, seraient les grandes perdantes de ce « basculement vers un système bureaucratique hors échelle ».

 

Un débat ouvert, mais un avertissement appuyé

L’entretien se termine sur une invitation aux lecteurs à formuler leur propre position. Mais le message d’Amstutz est net :
accepter ces accords reviendrait à acter la première étape d’un alignement structurel qui ne dit pas son nom.
À ses yeux, seul un objectif peut expliquer un tel choix gouvernemental : le chemin discret mais réel vers un futur rapprochement formel avec l’UE.

 

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Bio - Adrien Amstutzt

Adrian Amstutz (né en 1953 à Sigriswil, BE) est un entrepreneur et ancien conseiller national suisse. Issu du secteur de la construction, il cofonda le bureau Amstutz Abplanalp Birri AG avant d’entrer en politique. Il devint maire de Sigriswil puis député au Grand Conseil bernois. Élu au Conseil national en 2003, il y siégea jusqu’en 2019, avec un bref passage au Conseil des États en 2011. Figure marquante de l’UDC, il fut président du groupe parlementaire à Berne de 2012 à 2017 et dirigea la campagne fédérale du parti en 2019. Après son retrait de la vie parlementaire, il a occupé des fonctions dirigeantes dans plusieurs organisations économiques, dont l’ASTAG, et siège aujourd’hui dans divers conseils d’administration. Il est également membre du comité de Pro Suisse.

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